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Couvrir journalistiquement la biodiversité : une multiplicité d’angles possibles

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La COP 16 touche bientôt à sa fin – le 1er novembre – et elle entend se solder par un accord important sur la préservation de la biodiversité. De nombreuses solutions existent en ce sens et une nécessité se manifeste de politiques publiques renforcées. Parler de biodiversité dans les médias, c’est aussi montrer comment la protéger et donner la parole à ceux qui en connaissent les enjeux.

Les aires protégées présentent un espoir car leur impact positif sur les écosystèmes a été démontré. Ces espaces sont des outils multi-facettes et rassemblent de nombreuses thématiques qu’elles soient sociales, économiques, environnementales…pouvant être traitées avec des approches très variées.

Biodiversité : Quels enjeux ?

Pour cette nouvelle COP, il ne s’agit pas de redéfinir des engagements mais plutôt pour les pays de « rendre effectives les actions, les interventions, les politiques publiques et les plans stratégiques qui sont mis en place pour atteindre les cibles de Kunming-Montréal », explique Joachim Claudet, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la durabilité des systèmes socio-écologiques côtiers et marins. Cela passe par l’intervention de nombreux acteurs, depuis la communauté scientifique jusqu’à l’écosystème médiatique. Médiatiquement, le sujet de la biodiversité se heurte souvent à la focalisation sur l’émerveillement suscité par « les baleines ou les pingouins ». « Il faut dépasser ce côté teddy bear-espèce emblématique et travailler à un niveau beaucoup plus systémique ». Selon le spécialiste, ce qui manque le plus est le relai de sujets a priori moins « séduisants » mais pour autant primordiaux. Une approche transdisciplinaire qui offre un traitement médiatique varié tout en exposant des solutions à l’extinction en masse de la biodiversité.

Une solution attestée : les aires protégées

Les aires protégées, qu’elles soient marines ou terrestres, « sont des périmètres, des espaces géographiquement définis, à l’intérieur desquels les usages humains sont interdits ou réglementés, selon le type d’usage et dont l’objectif principal est la conservation de la biodiversité » explique Joachim Claudet. Outils de gestion par zone, elles ont pour unique but la conservation de la biodiversité, des écosystèmes et espèces inhérentes. D’après le spécialiste, « montrer que les aires protégées sont un outil pour la durabilité est indispensable, que cette dernière soit environnementale, sociale ou économique ». Elles s’inscrivent sur le long terme et comportent des coûts – ne plus pouvoir pratiquer une activité dans le périmètre de l’aire protégée ou ne pouvoir la pratiquer que de manière différente – mais leurs bénéfices sont supérieurs. Le coût, pour les activités les plus extractives et impactantes, est plus fort au moment de la mise en place de l’aire protégée. Mais à moyen terme, l’aire sera bénéfique : si l’on prend l’exemple de la pêche, il y aura exportation de la biomasse, débordement et ensemencement de l’intérieur de l’aire vers l’extérieur, ce qui se traduira par des stocks de pêche accrus, des bénéfices pour la recherche et pour le tourisme. Conscients de cet impact positif à moyen-long terme, les Açores ont annoncé la protection de 30 % de leurs eaux afin de s’aligner aux objectifs de la COP 15 et de créer la plus grande aire marine protégée de l’Atlantique Nord, initiative qui prendra effet dans 9 mois. D’après le spécialiste, « il faut faire évoluer les pratiques » et cela passe par « une volonté politique, des politiques d’accompagnement ». Les politiques d’accompagnement et de compensation sont, dans ce cas, requises pour ne pas laisser seules les communautés territoriales et prendre le risque qu’elles proscrivent les logiques « perdant puis gagnant ». Les journalistes ont ainsi un rôle majeur à jouer pour expliciter les portfolios d’interventions et de transition vers la durabilité.

La géo-ingénierie et la technologie d’absorption de dioxyde de carbone : de nouvelles pistes à explorer et médiatiser ?

L’océan est source de solutions et d’innovations majeures : des écosystèmes côtiers en bonne santé peuvent aider à lutter contre les conséquences néfastes du changement climatique et de l’érosion de la biodiversité. Ces écosystèmes font par exemple office de protection contre la hausse du niveau de la mer ou tampons entre polluants et milieu marin. Aussi les solutions inhérentes au milieu marin sont nombreuses et peuvent constituer des pistes particulièrement intéressantes à explorer dans le champ médiatique.

Par ailleurs de nouvelles technologies, en plein essor, permettent d’accroître la quantité de CO2 capturée et séquestrée par l’océan. « Ces technologies que l’on ne considère pas nécessairement mûres comportent un certain nombre de points d’attention puisque nous ne maîtrisons pas les externalités négatives qu’elles pourraient engendrer, si elles sont employées à de grandes échelles », renseigne Gauthier Carle, responsable plaidoyer de la Plateforme Océan & Climat. « Il est important de décarboner mais d’abord et avant tout de limiter les impacts écologiques et sociaux de ces solutions que certains promeuvent » ce qui nécessite d’accroître la recherche et de mieux suivre, comprendre et rapporter ces sujets. L’enjeu est également de documenter les avancées et d’en vérifier les mises en œuvre.

Journalistes, s’emparer des enjeux : quelle aide pour relayer l’information ?

Quels enjeux pour les professionnels des médias ? Le devoir d’information et la contribution à la médiation scientifique, bien sûr. L’urgence à communiquer le constat scientifique qui fait état du lien entre la crise du climat et l’érosion de la biodiversité, aussi. Mais il s’agit de ne pas traiter les sujets en silo. La biodiversité et le changement climatique étant des « composantes essentielles de notre économie », ils peuvent être abordés dans quelque sujet que ce soit – y compris au sujet des guerres et conflits ou du projet de loi de finance. Pour reprendre l’exemple des aires protégées, par exemple, « pour les journalistes économiques, explique Joachim Claudet, il s’agit de montrer les coûts engendrés par l’absence de création d’une aire protégée. Ces coûts et bénéfices peuvent être chiffrés de manière économique et sociale. »

Joachim Claudet résume : « le travail des journalistes passe par aider à porter à la connaissance du plus grand nombre trois aspects essentiels : l’urgence de mettre en place des changements transformateurs, la manière dont nous dépendons de l’environnement et enfin le fait que les solutions à mettre en œuvre ne peuvent pas être toutes gagnantes-gagnantes en maintenant les pratiques actuelles. Une transformation est indispensable sous peine de n’avoir finalement que des perdants ».

Sur qui les journalistes peuvent-ils s’appuyer ? « Suivre des organisations ressources, ONG, instituts de recherche. Certains réseaux peuvent mobiliser nombre d’acteurs et constituer un point focal pour les médias afin de les orienter et d’être à même de répondre à leurs questions » selon Gauthier Carle. Par exemple, la Plateforme Océan & Climat propose des fiches ressources sur les conséquences du changement climatique sur l’océan, sur la pêche et l’aquaculture dans le contexte du changement climatique, et publie un rapport mettant en avant un panel de solutions pour le climat et la biodiversité.

Léa Varenne

Pour aller plus loin

https://ocean-climate.org/wp-content/uploads/2021/06/Ocean-solutions-report.pdf

http://www.joachimclaudet.com/

https://ocean-climate.org/

Santé mentale chez les journalistes : Où se situent nos homologues d’outre-Atlantique ? Samuel Lamoureux répond.

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À l’occasion de la Journée internationale de la santé mentale, ce jeudi 10 octobre, nous avons voulu nous intéresser à la manière dont elle concerne particulièrement la profession journalistique, parfois mise à rude épreuve.  Nous avons questionné Samuel Lamoureux, chercheur et professeur canadien en communication au Département Sciences humaines, Lettres et Communication de l’Université TÉLUQ. Ses analyses portent sur le journalisme, les médias, les conditions de travail et la santé mentale des journalistes au Canada et dans le monde francophone. Tiraillée entre ses propres biais internes, la virulence de certains lecteurs mais aussi les situations qu’elle se doit de couvrir, la profession journalistique laisse peu de place au bien être psychologique des journalistes, dont la sphère intime est fortement impactée. Samuel Lamoureux préconise une réflexion personnelle par et pour les journalistes afin qu’ils puissent répondre avec justesse à leurs problèmes. Certaines actions mises en place outre-Atlantique peuvent inspirer une meilleure prise en charge de la santé mentale des journalistes en France.

Léa Varenne – En cherchant des contenus sur  la santé mentale des journalistes , il faut se rendre à l’évidence : voilà un sujet très peu abordé. Pourtant, il y a beaucoup à faire. Est-ce un tabou ?

Samuel Lamoureux – Il y a plusieurs raisons à cela. La première c’est parce qu’aller creuser ce sujet signifierait poser des questions dérangeantes pour la profession. La souffrance au travail qui peut aussi être nommée « stress chronique » est documentée au sein des salles de rédaction depuis longtemps. Par exemple, le syndicat de Radio Canada (service public équivalent de France Télévisions au Canada) a déjà réalisé des enquêtes internes sur la souffrance au travail, mais elles n’ont pas été rendues publiques. Il en était sorti que plus de 40% de journalistes déclaraient avoir déjà ressenti des symptômes de détresse psychologique, même plusieurs fois par an, du stress chronique, des insomnies, des dépressions, des burn-out…C’est quelque chose qui est documenté, mais pas rendu public, parce que ça voudrait dire qu’on pose des questions délicates. Pourquoi est-ce que les journalistes souffrent autant ? Quand on creuse, on soulève deux aspects qui ne sont pas évidents à aborder : d’une part, les méthodes de travail – notamment le rythme de production, avec parfois des pratiques ultra commerciales-, et d’autre part la réaction du public quand les journalistes expriment leurs difficultés. Je me souviens que sur Twitter, notamment, des lecteurs s’en sont beaucoup pris à certains journalistes en disant qu’ils n’avaient pas à se plaindre. Depuis ce temps-là, je sens qu’il y a moins de volonté de la part des journalistes de se montrer fragiles.

Pensez-vous que la manière dont ils traitent l’actualité – qui est majoritairement négative – affecte la santé mentale des journalistes qui y sont exposés en première ligne ?

Je ne sais pas si le problème est le fait qu’on traite l’actualité de manière négative ou si c’est plutôt qu’on la traite de manière extrêmement rapide en mode « breaking news ». On se concentre sur beaucoup de conflits que nous avons des difficultés à mettre en perspective. On voit juste des images de villes détruites, le monde qui brûle, des ouragans, etc. Pour moi, il n’y a pas de volonté particulière de la part des éditeurs de dire : « couvre des sujets négatifs ». C’est plutôt : « couvre l’actualité la plus chaude » ou « live tweet un événement ». Et quand vous voulez couvrir l’actualité chaude, souvent, le plus facile, c’est de suivre un événement négatif, une fusillade, un ouragan et de retweeter ce que d’autres font. C’est là que réside l’intérêt du journalisme de solutions : on ne peut pas juste suivre l’actualité chaude et retweeter. Il faut des textes plus longs qui expliquent davantage de choses. Quand on dit à un journaliste de couvrir les victimes d’un attentat, mais sans jamais mettre cela en perspective, sans jamais donner de solutions, c’est sûr que ça a un impact sur les professionnels de l’information, qu’ils travaillent de chez eux, ou qu’ils se rendent sur le terrain. Là, on peut parler de choc post-traumatique.

Pourriez-vous faire un état de la situation au Canada, et en France, en matière de santé mentale chez les journalistes et dans les salles de rédaction ? La santé mentale est-elle prise en compte dans ce domaine ? Notez-vous une différence entre le Canada et l’Union Européenne ?

Quand on parle de santé mentale, on parle de problèmes de burn-out, de surmenage, de dépression aussi.

J’ai lu un article dans Le Monde selon lequel 40% des jeunes journalistes français quittaient le métier et abandonnaient leur carte de presse après sept ans de métier. La question des pigistes représente un enjeu plus spécifique encore. Au Canada, il ne gagnent pas plus de 20 000 dollars par an, ce qui pose beaucoup des problèmes d’isolement et impacte toutes les sphères de la vie puisqu’il est impossible de payer un loyer avec un salaire si faible. Les journalistes se surmènent pour trouver d’autres sources de revenus qui peuvent générer des problèmes éthiques. Certains jeunes se tournent vers des métiers qui sont mal vus par la profession comme la publicité ; d’autres acceptent n’importe quelles conditions de travail, en ne comptant pas leurs heures. Et ça, en psychologie, « en faire plus avec moins », c’est littéralement la recette d’un surmenage. Ce cocktail de pression vient à la fois des supérieurs, et de l’auto-pression que se mettent les journalistes pour atteindre leurs objectifs. Comment penser à la santé mentale de quelqu’un si on le considère comme une unité interchangeable qui doit juste remplir son quota d’actualités, qui varie selon l’offre et la demande ? Cela constitue un cocktail toxique qui pousse beaucoup de personnes à quitter le métier.

L’agence de presse Reuters met à disposition des journalistes des formations en e-learning (sur le site *) sur le thème de la résilience et de la santé mentale. Voyez-vous d’autres initiatives en matière de prise en charge ?

Il existe un débat assez classique en sociologie : celui d’opposer l’individu et le collectif. C’est-à-dire se demander est-ce la faute de l’individu ou est-ce la faute du collectif ? Dans le premier cas il doit se débrouiller pour ajuster son comportement ; dans le deuxième cas il doit modifier son mode de fonctionnement.

Ce débat traverse le monde du journalisme. Beaucoup de gens disent que les journalistes ont des problèmes parce qu’ils se mettent trop de pression, et c’est en partie vrai. J’ai questionné des personnes travaillant dans les ressources humains qui me parlaient de techniques comme la méditation. Je ne suis pas du tout contre le fait d’apprendre à être plus zen dans sa vie et c’est important pour les personnes anxieuses d’apprendre à être moins anxieuses, mais le problème est plus large. Il y a un vrai problème de rapport au téléphone par exemple. Les journalistes sont trop connectés et il est important qu’ils réussissent à se mettre des barrières. Mais ce n’est pas une solution suffisante à mon goût parce qu’elle se contente de mettre l’accent sur l’individu qui doit apprendre à régler ses propres problèmes. On sous-entend ainsi que c’est peut-être la faute des individus s’ils sont malades parce que pas assez responsables, ou pas adaptés au rythme. Il y a des limites à dire aux gens qu’ils doivent juste s’adapter.

Parfois, c’est le collectif lui-même qui est malade. Ces dernières années, beaucoup d’articles sont parus sur la toxicité des relations dans certaines rédactions, notamment envers les femmes. C’est présent au Canada comme en France et documenté dans le livre du sociologue français Jean-Marie Charon, Hier journalistes. Quand se pose la question du sexisme type « plafond de verre », le problème ne vient pas de l’individu. C’est le problème du collectif, donc, dans ce cas-là, on a besoin d’une réaction collective. Comment notre collectif peut-il s’améliorer ? Comment peut-on en finir avec les plafonds de verre ? Là, ça devient une réflexion collective, associative et qui parfois doit mener à des prises de parole publiques. Il y a quelques années, il y a eu le #MeToo Média, entre autres en Europe. Ça a été une libération de la parole.

Ainsi selon moi, il faut un bon dosage entre les deux solutions. D’un côté des solutions individuelles pour apaiser les gens anxieux et trop stressés et d’un autre côté, des solutions plus collectives.

Existe-t-il des formations dès les écoles de journalisme sur la manière de couvrir un sujet potentiellement anxiogène tout en préservant sa santé mentale ?

Créer ce genre de cours représente une préoccupation grandissante. Deux collègues, Matthew Persson et Dave Sieglin, ont créé une formation sur les traumatismes prodigués dans les écoles de journalisme. Dans leur rapport sur la santé mentale « Prenez soin de vous », leur constat en 2022 était qu’au Canada, 90 % des journalistes n’auraient pas eu de formation sur la santé mentale ou sur la gestion des traumatismes. Dans le cursus scolaire on enseigne plus le contraire, « Soyez endurcis, soyez comme Albert Londres, allez au bagne et écrivez vos articles, allez voir les horreurs, la guerre, et montrez-nous ce qu’il s’est passé ». On enseigne souvent la figure de journaliste-aventurier, qui doit absolument aller sur les terrains « chauds ».

Proposez-vous, dans vos travaux, de nouvelles stratégies de prise en charge des journalistes et acteurs des médias ?

Je suis beaucoup inspiré par le concept de « psychodynamique du travail ». Il a été popularisé en France par Christophe Dejours. Ce qui est dit dans cette approche-là c’est que, pour gagner la santé il faut augmenter son pouvoir d’agir et son pouvoir de décision. Je travaille avec l’Association des Journalistes Indépendants du Québec, et on organise beaucoup d’événements où les journalistes indépendants doivent eux-mêmes réfléchir, trouver des solutions à leur problème. Chaque mois, on organise des rencontres de socialisation où on essaie de discuter des principaux problèmes. Par exemple : beaucoup de pigistes avaient remarqué qu’un média en particulier mettait des mois à les payer, parfois six mois. Nous en avons discuté puis il y a eu des actions. Plusieurs personnes leur ont écrit sur Instagram, des rencontres ont été faites avec d’autres organisations, ce qui a conduit le média à changer ses pratiques : il a compris qu’il était préférable de payer ses pigistes sans délai.

Je pense qu’il faut créer des espaces de réflexion, de collaboration, où les journalistes peuvent énoncer leurs problèmes et trouver des moyens de les régler par la force de leur collectif. Certes je suis un expert mais ce n’est pas mon rôle en tant que tel de montrer aux gens comment vivre. Les gens sont assez intelligents pour trouver des solutions à leurs problèmes, parfois ils manquent simplement de temps et d’espace. Je pense qu’on doit faciliter les échanges dans la profession, et créer aussi des espaces où les journalistes n’ont pas peur d’avoir des représailles. Il y a des endroits où les langues peuvent se délier et ça peut être organisé par une association, par un syndicat, par les journalistes eux-mêmes. ■

Propos recueillis par Léa Varenne, chargée de veille et de rédaction à l’ONG Reporters d’Espoirs.

Sources

Rapport « Prenez soin de vous » : https://www.journalismforum.ca/rapport-prenez-soin

Article du Monde : https://www.lemonde.fr/comprendre-en-3-minutes/article/2023/11/05/pourquoi-autant-de-jeunes-journalistes-quittent-le-metier-au-bout-de-sept-ans-comprendre-en-trois-minutes_6198317_6176282.html

Boîte à outils (English content)

https://ijnet.org/en/toolkit/mental-health-and-journalism

https://www.mentalhealthreuters.com/introduction

Les États généraux de l’information aspirent à un « journalisme de solutions » : Reporters d’Espoirs met à disposition ses 20 ans d’expertise et d’actions concrètes

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Le mois dernier se tenait la restitution du plan d’action des États Généraux de l’Information au CESE à Paris. 15 propositions et 2 recommandations ont été présentées, adressées aux pouvoirs publics, en vue de soutenir la liberté d’expression et le pluralisme dans les médias. Des mesures concrètes sont proposées dans le rapport : propositions d’abrogation de lois, renforcement de l’éducation aux médias dans le milieu scolaire, éducation du public contre la désinformation, etc. Reporters d’Espoirs se réjouit que la démarche du journalisme de solutions -qu’elle a lancée en 2004 et qui fête cette année ses 20 ans- soit mentionnée à cinq reprises comme une réponse à l’info-anxiété et pour l’innovation éditoriale.

Tout simplement d’un journalisme « à spectre large », comme le décrit Serge Michel, ancien directeur de la rédaction du journal Le Monde. En complément des « 5W » – les cinq questions que se pose en général un journaliste lorsqu’il appréhende un nouveau sujet (qui, quoi, où, quand, pourquoi) – il s’agit d’en ajouter une 6e : « qu’est-ce qu’il se passe dans la société, des réponses à ce problème existent-elles ? ». En expliquant, dans la version la plus poussée, à la fois le problème et ses causes, l‘initiative, le processus de résolution qui l’a rendue possible, les résultats obtenus et les limites de l’initiative.

Une fierté française ? Cette démarche s’est structurée en France dès 2004, avec Reporters d’Espoirs, avant d’essaimer aux États-Unis, en Europe et dans le monde.

DÉCERNER DES PRIX POUR SOUTENIR LES DÉMARCHES JOURNALISTIQUES 

Le groupe de travail Citoyenneté, information et démocratie soulève à juste titre « La question de la protection de la population, notamment de la jeunesse, contre les excès de l’information (sous l’angle de la santé publique) » et propose que l‘« un des enjeux [soit] de promouvoir le « journalisme de solutions » en ne se limitant pas à soulever les problèmes, le cas échéant en le récompensant par des prix » (page 127 du rapport). En ce sens le Prix Reporters d’Espoirs a depuis 2004 distingué 160 lauréats pour leurs reportages de journalisme de solutions et leurs innovations éditoriales, au cours de 13 éditions saluant des productions écrites, audiovisuelles, des innovations éditoriales des médias régionaux, nationaux, européens et internationaux. Avec le recul, nous confirmons les vertus d’un Prix. Il a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions, etc.

RECENSER LA DIVERSITÉ DES SUJETS ET PRODUCTIONS POUR INSPIRER

Le rapport ajoute qu’« en matière de contenu, sans préjudice du principe de liberté éditoriale, la société devrait s’engager à favoriser une diversité dans les sujets abordés, à promouvoir une approche du « journalisme de solutions » ainsi qu’à garantir une représentativité de la population française dans ses intervenants » (page 130). Le journalisme de solutions offre en effet un « spectre large » en ce qu’il permet de compléter l’approche « conventionnelle » en y ajoutant un examen de réponses possibles à des problèmes écologiques, sociaux, économiques ou encore culturels. Le pratiquer, c’est l’opportunité de diversifier et d’enrichir les lignes éditoriales, de donner la parole à des personnes qui agissent sur le terrain, d’analyser et de diffuser la connaissance d’initiatives utiles à la société. Afin de valoriser les réalisations dans le domaine et d’accompagner les journalistes dans leur recherche de sujets et d’initiatives pour les illustrer, Reporters d’Espoirs répertorie au quotidien les productions éditoriales de journalisme de solutions : elle en compte actuellement plus de 7000 référencées dans ses bases (LePlus) et est en mesure d’en analyser la progression média par média. 

FORMER ET ÉDUQUER A L’INFORMATION ET SES IMPACTS

Enfin, il estime « souhaitable » « [La] généralisation [du journalisme de solutions], par le biais de la formation initiale des journalistes mais aussi de la formation continue au sein des organes de médias. » (page 160) Pour notamment « Renforcer, dans la formation des journalistes, la sensibilisation aux risques en santé mentale liés au caractère anxiogène de l’information » (page 162). Reporters d’Espoirs en est venu à la même conclusion. Aussi elle intervient tout au long de l’année dans les écoles de journalisme et au sein des rédactions régionales et nationales ; offre un cours en ligne gratuit développé avec l’école de journalisme d’Aix-Marseille (EJCAM) ; propose un catalogue de formations qui l’aborde sous des angles aussi variés que la pratique éditoriale, les opportunités en termes de monétisation des contenus, de recrutement des abonnés, de motivation des équipes, ou encore de lien avec des sujets anxiogènes comme la crise écologique qui appellent à des connaissances scientifiques.

Pour aller plus loin encore, le CLEMI (Éducation nationale) et Reporters d’Espoirs proposent depuis mai 2024 une formation aux enseignants des écoles, collèges et lycées permettant de développer auprès de leurs élèves l’apprentissage des techniques journalistiques et la curiosité pour les initiatives de leur territoire en pratiquant l’interview. Un complément que nous pensons indispensable dans la lutte contre les « fake news », pour offrir un recul critique tout en donnant envie à la jeunesse de s’informer auprès des sources les plus fiables qui soient : celles de qualité et de déontologie journalistiques.

Le journalisme de solutions existe et se structure depuis vingt ans. Le contexte, l’envie des journalistes et des médias d’innover et de répondre aux nouvelles attentes de leurs publics, voire parfois d’accompagner les évolutions de la société, et de préserver la santé mentale des citoyens, ne peuvent que l’amener à se développer. Reporters d’Espoirs remercie les États généraux de l’information de l’encourager et tient son expertise de 20 années dans le domaine à la disposition de toutes et tous, en France et en Europe.

8 au 11 octobre : Mémona Hintermann à La Réunion

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Mémona Hintermann-Afféjee est actuellement en voyage à La Réunion, son île natale, où elle inaugure mardi 8 octobre 2024 la première Maison des femmes, de la mère et de l’Enfant, aux côté notamment d’Huguette Bello, présidente du conseil de surveillance du CHU Nord de Saint-Denis. Cette initiative vise à prévenir les violences faites aux femmes et aux enfants. Elle y convie notamment des professeurs, convaincue que c’est à l’Ecole qu’il  est possible de changer les mentalités.

Elle profite de ce séjour pour arpenter les établissements scolaires, notamment le 10 octobre où elle rencontrera au cœur du lycée qui porte son nom l’équipe pédagogique et les élèves ; le 11 octobre au Collège de Cambuston, établissement situé en REP+ où depuis 2015 elle accompagne des actions en lien avec des associations de quartiers pour fortifier les liens sociaux. « Le journalisme de solutions, c’est ça aussi. C’est en tant que journaliste que j’agis ! » rappelle Mémona, grand reporter, ancienne membre du CSA (ARCOM), éditorialiste à La Dépêche du Midi et à Midi Libre, et dynamique administratrice de Reporters d’Espoirs.

2 octobre / 17 octobre / 13 novembre : les Webinaires d’information pour vous, candidats au Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs

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Vous souhaitez candidater au Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs et avez des questions sur ses modalités, des interrogations sur le choix de votre sujet, sur la dimension européenne à donner à votre reportage… ?
Nous sommes à votre disposition pour des conseils personnalisés, notamment à l’occasion de webinaires collectifs pour vous faire profiter de témoignages de lauréats des années précédentes.

Nous vous donnons rendez-vous en ligne :

  • mercredi 2 octobre 2024 de 18h à 18h45
  • jeudi 17 octobre de 18h à 18h45
  • mercredi 13 novembre de 18h à 18h45

>Toutes les infos sur le Prix sont également à retrouver sur la page dédiée

23.9.2024, Bruxelles : « Comment façonner l’avenir des médias ? »

By Actu réseaux internationaux, Agenda, Home, Non classéNo Comments

C’est la question soulevée par l’événement organisé par la Fondation Europe Média Lab ce lundi 23 septembre à Bruxelles, auquel participe Reporters d’Espoirs. En plus d’être représentée dans les débats par Mémona Hintermann, administratrice de l’association et grand-reporter, et de participer à la « Marketplace for Media Innovation Funding », l’association y organise un séminaire stratégique sur le déploiement du journalisme de solutions en Europe avec la contribution d’experts de la philanthropie, des institutions européennes et des médias.

Au programme de l’événement accessible sur inscription ici :

10:00 – 10:30 Walk-in & registrations

10:30 – 11:00 Opening keynote & introduction
Christophe Leclercq, Founder & Chairman Europe MédiaLab
Keynote: Věra Jourová, Commission Vice-President for Values and Transparency – Keynote: Sabine Verheyen, First Vice President of the European Parliament

11:00 – 11:45

An EU democracy Commissioner? Shape a media industrial policy
Moderator: Lyndsey Jones, Associate consultant, strategist & coach, WAN-IFRA & Stars4Media NEWS – Christophe Leclercq, Founder & Chairman Europe MédiaLab – Mémona Hintermann, Grand reporter, Reporters d’Espoirs, ex-member French CSA – Nikola Minchev, MEP Renew – Benjamin Sabbah, Reporters Without Borders – Paolo Cesarini, Director EDMO/EUI – Juri Laas, Spokesperson of the President of the European Parliament
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11:45 – 11:55
Briefing: Tease the learning from 5 Stars4Media projects
Moderator: Cătălina Dumbrăveanu, Stars4Media NEWS Project Manager, VUB . 5 out of the 9 project winners of the Stars4Media NEWS programme will present their best practices. Find the complete list of…
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12:25 – 13:10
Integrate Eastern Europe: bridge the democratic gap in Brussels
Moderator : David Mekkaoui, Europe MédiaLab Managing Director – Vsevolod Chentsov, Ambassador of Ukraine to the EU – Mariia Leonova, Managing Director, The Tellers Agency – Nicolae Mocanu, News Di…
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13:10 – 13:20
Keynote: pitch a democracy infrastructure: Maison du MédiaLab
David Mekkaoui, Europe MédiaLab Managing Director
Maison du MédiaLab is Brussels’ infrastructure aiming to host and welcome Eastern Europe correspondents. Europe MédiaLab is seeking financial support to accompany these future residents.

13:20 – 13:30
Briefing: tease the learning from 4 Stars4Media projects
Moderator: Cătălina Dumbrăveanu, Stars4Media NEWS Project Manager, VUB. 4 out of the 9 project winners of the Stars4Media NEWS programme will present their best practices. Find the complete list of…
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13:30 – 14:30
Marketplace for Media Innovation Funding: networking lunch
This rotating table lunch is the perfect moment to network with key players in the European media landscape, from policymakers to publishers and tech innovators, including with Reporters d’Espoirs / Reporters of Hope, the european organisation on solutions and constructive journalism since 2004.

Comment faire des journalistes des médiateurs du débat, des artisans du dialogue, pour ne pas sombrer dans une culture de la polémique nourrissant division et ressentiment ?

By Biais de négativité, Home, Le LabNo Comments

Reporters d’Espoirs a réuni en octobre 2023 une sémiologue, Mariette Darrigrand, la productrice d’une émission de de télévision offrant des débats approfondis, Nathalie Darrigrand (C ce soir, 90 minutes quotidiennes de débats sur France 5), l’enseignant et ex-rédacteur en chef d’un journal réputé pour la qualité de ses débats, François Ernenwein (La Croix), le rédacteur en chef d’une revue qui prend le temps de raconter les passions françaises, François Vey (Zadig), et un étudiant ayant réalisé son mémoire sur le journalisme de solutions, Antoine de Seigneurens. Pour les faire plancher sur la question suivante : Comment faire des journalistes des médiateurs du débat, des artisans du dialogue, plutôt que de la polémique nourrissant les divisions et ressentiments ? Comment faire que les médias progressent ainsi dans leur fonction de rassemblement, de pacification, de compréhension mutuelle, pour être pleinement utiles à la société, à la coexistence, alors que la division et le communautarisme sévissent, et que les opinions continuent de prédominer sur le réel ?

 

Le constat : la violence à la Une

Rédacteur en chef de Zadig, François Vey part de l’expérience de cette revue trimestrielle qui propose un contenu « constructif » et creuse dans la vie des territoires à travers des reportages inédits. Face à une concurrence davantage axée sur la confrontation, qui génère davantage de recettes, la revue Zadig se retrouve, dans les piles des marchands de journaux, distancée par des titres polémiques comme la revue trimestrielle Front Populaire de Michel Onfray.

Mettre en scène, raconter ou amener le dialogue peut-il dans ce contexte être économiquement attractif pour les médias et entreprises de presse ? A qui et comment s’adresser pour opérer un changement de paradigme sur ce sujet – étudiants et journalistes, dirigeants de médias, citoyens ? Si le journaliste doit devenir médiateur, sur quelles méthodes et bonnes pratiques peut-il s’appuyer ?

 

Le rôle du journaliste : narrateur, médiateur ou cartographe ?

Ancien rédacteur en chef à La Croix, François Ernenwein a enseigné durant de nombreuses années les techniques d’écriture à des étudiants d’écoles de journalisme. L’intégration du récit dans le travail du journaliste lui a permis de sortir de la position de surplomb -parfois reprochée aux journalistes-, et de s’intéresser plus en profondeur aux discours des citoyens et aux débats qui les animent. L’empathie au centre du récit est, pour lui, un élément primordial pour une meilleure prise en compte de « l’épaisseur des choses ».

Les contenus médiatiques ne sont que l’image de faits sociaux et anthropologiques intrinsèques aux sociétés humaines, comme la polarisation ou la catharsis. Mais le journaliste peut « trouver des ruses » pour encourager le débat constructif et amener du dialogue dans des espaces conflictuels. Selon François Ernenwein, il existe une demande sociale en ce sens. Il semblerait néanmoins que, dans les écoles de journalisme, on ne s’intéresse que peu à cette vision du journaliste comme « pacificateur », ou « médiateur ». Pourtant le journaliste pourrait avoir un rapport au terrain différent et un nouveau rôle « d’ambassadeur de la paix sociale », soutient Mariette Darrigrand.

Consultant stratégie chez Prophil et étudiant journaliste au Celsa, Antoine de Seigneurens cite l’exemple de #MeToo pour démontrer que le journaliste sait faire circuler l’information et propulser des débats sociétaux sur le devant de la scène. Selon lui, la possible transformation de la fonction de community manager, assurée par de nombreux journalistes et étudiants, en community-médiateur pourrait offrir des opportunités intéressantes en termes de rapport aux citoyens-utilisateurs et de médiation numérique.

Plutôt que de représenter une figure de médiateur, François Vey pense qu’il est nécessaire de se pencher sur le constat, le réel : le journaliste doit travailler sur les données et partager des diagnostics pour obtenir une vue d’ensemble d’un sujet complexe. La polarisation va en effet de pair avec la méconnaissance des enjeux, l’affrontement se base sur des savoirs et des connaissances plus ou moins établis. Pour que le journaliste œuvre à « mettre d’accord » les gens sur des sujets complexes, il faut selon François Vey avant tout qu’il leur offre un recul nécessaire, et qu’il les aide à confronter le réel aux opinions. Or actuellement, en matière de journalisme politique par exemple, la fonction de déconstruction du discours se perd, et le storytelling semble l’emporter. Sur les plateaux TV, après les discours du Président, les intervenants et journalistes paraphrasent ses propos et, par manque de temps, ne proposent que très peu d’analyse critique.

Des « bonnes pratiques » dans le paysage audiovisuel Français

Nathalie Darrigrand évoque l’émission « Voyage en territoires opposés »que produit sa société Together média etqui est lancée à l’automne 2023 sur France 5 animée par le journaliste Karim Rissouli. Sur quelques jours, on envoie sur le terrain intellectuels ou représentants d’une élite scientifique ou médiatique, pour rencontrer des personnes qui ont des vues totalement opposées à la leur. Le premier épisode, sur le thème de l’écologie, voit François Gemenne (membre du GIEC) aller à la rencontre du collectif écologiste et contestataire « Les Soulèvements de la Terre » ; Camille Etienne (militante écologiste) se rendre sur le circuit Paul Ricard à la rencontre de fans de course automobile ; et Antoine Buéno qui défend une « croissance durable » échanger avec un collectif « pro-décroissance » en Bretagne. Résultats : les discours sont engagés et plutôt construits ; et même si personne ne change d’avis, une réelle prise de conscience de la complexité des sujets et des difficultés des « gens normaux » se produit. On peine toutefois à trouver un dénominateur commun : par exemple l’activiste écologiste se trouve en difficulté d’argumentation face à des personnes qui affirment que la voiture est leur passion vitale.

D’autres initiatives s’en approchant sont mentionnées :

  • Les initiatives de quotidiens locaux comme Nice Matin qui laisse parfois les lecteurs choisir les sujets à traiter par les journalistes, et travaille sur des sujets polarisants comme par exemple la relation conflictuelle de l’homme et du loup dans les alpages français et italiens.  Ou La Nouvelle République, qui propose des pages « Dialogue ».
  • La série documentaire australienne « Go Back to Where You Came From » (2011-2018, SBS) proposait à 6 participants ayant des positions anti-immigration de refaire la route des migrants.
  • Les initiatives visant à remettre au goût du jour les joutes oratoires et disputes médiévales, par exemple dans les écoles.
  • L’émission Crossing Divides a été conçue par Emily Kasriel suivant l’idée que la BBC, par l’ampleur de son réseau de correspondants, était en mesure d’aller chercher des solutions aux conflits à travers le monde. Elle donne à voir, à San Francisco, des journalistes partageant un repas avec des Chinois qui soutiennent Trump et d’autres qui s’opposent radicalement à lui ; ou en Indonésie, un chrétien et un musulman, ex-enfants soldats de communautés religieuses combattantes il y a vingt ans, qui se retrouvent désormais à promouvoir la paix par la culture.
  • Les « German Talks » à l’initiative du média ZEIT Online, ont essaimé dans une trentaine de pays sous l’intitulé « My Country Talks ». Ils proposent de confronter des points de vue opposés sur des sujets de société qui nourrissent les clivages : religions, extrême droite, mariage pour tous, migrations, etc. Avec une idée très simple : faire que les personnes se rencontrent en tête à tête durant une heure, dans un café, hors des écrans et de tout public.

  • Entre autres contenus moins « constructifs », la chaîne Youtube américaine Jubilee a mis en scène des débats et entretiens entre individus totalement opposés sur des sujets de société. Par exemple : Black Conservatives vs White Liberals ; Conservative vs Liberal Gays. Ce format ne permet pas d’aller dans la profondeur des arguments et encourage le pathos, mais il a le mérite de présenter les préjugés de citoyens « ordinaires » et de mettre en lumière la polarisation excessive, parfois injustifiée, ou les possibles voies de réconciliation.

Reporters d’Espoirs

INTERVIEW # Jeunesses du monde dans l’objectif de Théo Saffroy

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« Je m’intéresse avant tout aux gens qui font bouger les lignes »

Amoureux de la culture mexicaine, Théo Saffroy photographie aussi la jeunesse du monde dans ses combats et ses paradoxes. À 31 ans, son travail, subtil mélange de documentaire et de fiction, veut raconter la réalité au-delà des clichés et des masques. Révéler des univers cachés, découvrir les montagnes derrière les écrans et les carcans… Son remède pour inspirer, à son échelle.

Votre intérêt pour la photographie, d’où vient-il ?

Théo Saffroy. Le déclic est arrivé avec le projet « El Grito » : une aventure de huit mois et 25 000 km à moto en Amérique du Sud avec mon meilleur ami. J’étais très intéressé par l’histoire coloniale du continent et les peuples précolombiens… nous avions 22 ans et rêvions d’aventure ! Avec ma caméra, j’ai pu documenter notre aventure, rencontrer des centaines de personnes, et réaliser des reportages notamment avec les Mapuches au Chili, les Quechuas au Pérou ou encore les Yanesha d’Amazonie. Un projet documentaire sur l’identité du continent qui fut ensuite publié et exposé en France. La photographie est arrivée à ce moment-là comme une manière de transmettre un récit et une réalité cachée.

Des inspirations dans le milieu de la photographie ?
T. S. Mon premier choc a été la découverte de la photographie humaniste de Sebastião Salgado. Ensuite j’ai beaucoup regardé la street photo new-yorkaise de Joel Meyerowitz par exemple, et le travail d’Harry Gruyaert sur les couleurs primaires qui donne beaucoup d’intensité et d’équilibre à ses compositions. C’est cette photographie du réel que je trouve la plus émouvante et que j’essaie de reproduire : jeu de composition, lumières contrastées et couleurs vives. Je m’inspire aussi beaucoup de la photographie de mode, particulièrement sur le travail de mise en scène comme Alex Prager et Sarah van Rij.

Qu’est-ce qui caractérise la « photographie documentaire » ?
T. S.
En ce qui me concerne, mes séries sont issues de réflexions personnelles qui tournent en général autour d’une jeunesse en mouvement et d’une idée de métamorphose, de « l’autre soi » en quête de liberté. Ce qui la caractérise spécifiquement, à mon avis, c’est surtout la notion de temps. Elle est primordiale pour développer une série. Je prépare mes shootings en amont (documentation, prise de contact) puis, une fois sur place, je prends le temps de créer une connexion avec mes sujets. Je les rencontre souvent avant le shooting sans appareil photo pour expliquer ma démarche, apprendre à les connaître et comprendre leur mode de vie, leurs habitudes. Cela me permet d’identifier les éléments à photographier tout en laissant une place à l’imprévu et à la collaboration. C’est un travail au temps long, parfois précaire, mais qui permet de témoigner d’une réalité entière avec des rencontres humaines plus fortes et des photographies plus intimes.

La jeunesse semble traverser l’ensemble de votre œuvre, est-ce un hasard ?
T. S. Je ne pense pas que ce soit un hasard, bien que ce soit rarement mon point de départ. Je m’intéresse avant tout aux gens qui font bouger les lignes, qui suivent une direction par passion et offrent un regard différent sur la société… Et il se trouve que la jeunesse a ce talent, cette soif de liberté, qu’ils s’émancipent à travers le parkour [une méthode d’entraînement pour franchir toutes sortes d’obstacles dans des environnements urbains ou naturels, Ndlr.], ou luttent sur un ring pour s’affranchir des règles de genre.

Les jeunes vous inspirent ?
T. S. Bien sûr ! Je suis extrêmement surpris par les jeunes d’aujourd’hui. Ils me donnent parfois l’impression d’avoir déjà vécu une vie tant leur discours est mature. Les lutteuses mexicaines, par exemple, ont cette aura, cette force, elles incarnent un passé violent avec une grande résilience. Depuis quelques années j’aborde les mutations de la société à travers la fenêtre du sport. Pour moi, les sportifs de haut niveau ont une force d’incarnation. Pour se consacrer à leur discipline, ils connaissent le sacrifice dès le plus jeune âge, un dépassement physique et mental constant, et développent un système de valeurs nobles autour du respect. De quoi inspirer la jeunesse.

Un message pour la jeunesse ?
T. S. Une phrase de Brel: « se tromper, être imprudent et aller voir ». Être curieux donc, s’accomplir en allant vers l’autre et vers le monde. Il faut conserver son authenticité, la cultiver et aller au bout de ses passions, de ses folies même, tout en respectant son entourage.

Vos photos contrastent parfois avec le sérieux des sujets qu’elles illustrent…
T. S. J’aime jouer avec l’absurde ou le contraste pour créer de nouvelles portes d’entrée vers des sujets plus sérieux. C’est la partie fictionnelle du documentaire. Cela renvoie aussi au paradoxe et à l’harmonie qu’il y a souvent dans mes sujets : imaginaire et réalité, intimité et énergie, équilibre et absurdité. Entrer dans un sujet grave avec des images graves serait sans doute plus compliqué. Je mise par exemple sur les leggings et les paillettes des lutteuses pour mieux aborder les 11 féminicides quotidiens au Mexique, je mets l’accent sur la prothèse stylisée de l’athlète paralympiques Arnaud Assoumani pour mieux parler du handicap…

Vous avez photographié le collectif musical Bon Entendeur. Quelle influence la musique a-t-elle sur vous ?
T. S. Je suis un grand amateur de rock et de musique en général, sujet sur lequel j’ai même réalisé un mémoire de sociologie. Je me suis intéressé à la création des courants musicaux contemporains : quels mouvements économiques, technologiques, sociétaux ont créé le rock’n’roll au sortir de la Seconde Guerre mondiale, pourquoi le disco et la techno sont apparus à ces moments précis… La musique dit beaucoup d’une époque, des idéologies et de ses influences. Par ailleurs, les collaborations avec des artistes me permettent de développer une dimension plus créative. Je m’amuse à créer dans un univers fictif, surréaliste, parfois cosmique : on peut partir plus loin dans la création et moins se soucier du réel. Cela me rapproche de la BD futuriste des dessinateurs du magazine « Métal hurlant » ou du dessinateur Ugo Bienvenu, qui inspirent beaucoup mon travail.

Comment composez-vous les lumières et les zones d’ombre ?
T. S. Les ombres renforcent l’idée du contraste et surtout du mystère, qui donne envie d’aller voir. Elles permettent de modeler l’image, de créer des formes et des compositions plus saisissantes. J’aime cette phrase d’Antoine de Saint-Exupéry dans «Le Petit Prince » : « Quand le mystère est trop impressionnant, on n’ose pas désobéir ». Elle traduit l’attirance et la curiosité qui redoublent d’intensité pour une zone mystérieuse et sans repères.

Vous qui êtes photographe documentaire, aimeriez-vous passer de l’autre côté de la caméra ?
T. S. Non, je ne crois pas. Dernièrement j’ai eu des passages à la télé et à la radio qui m’ont fait plaisir, mais autrement je ne me vois en aucun cas passer devant la caméra. Je n’ai pas envie d’être autre chose qu’un « directeur des histoires » !


↪︎ Retrouvez son portfolio sur theosaffroy.com

Propos recueillis par Paul Chambellant/Reporters d’Espoirs

Photo : Copyright Luccicanza/RM Conseil

13.09.2024 : Forum de Giverny, le rendez-vous des entreprises durables

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Photo : Copyright Luccicanza/RM Conseil

Pour sa 6e édition, le Forum de Giverny se tiendra le vendredi 13 septembre 2024 au Musée des impressionnismes de Giverny (Eure).

Rassemblant dirigeants d’entreprises, acteurs économiques et pouvoirs publics, cette réunion annuelle a pour dessein d’apporter des solutions concrètes et d’amplifier l’impact des démarches RSE.

Sont attendus de nombreux invités parmi lesquels Robert Vautard, climatologue et membre du GIEC, Muriel Signouret, directrice RSE de la SNCF, Jean-Dominique Sénard, président de Renault, ou encore des représentants de WWF France, EDF, Groupe Caisse des dépôts, et AXA Climate.