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Semaine Afriques des Solutions - Gilles Vanderpooten

Semaine l’Afrique des Solutions 2026 : Gilles Vanderpooten, Ambassadeur de Solutions, invité à Paris

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La 4e édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) se tient les 23 et 24 octobre 2026 à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Parmi les invités, Gilles Vanderpooten, directeur général de Reporters d’Espoirs, reçoit la Médaille d’Honneur d’Ambassadeur de Solutions et prend la parole lors de la présentation de huit projets structurants.

Un rendez-vous né d’un constat sur la visibilité

Lancée en 2023 par l’association Notre Voix, la Semaine l’Afrique des Solutions part d’un constat que ses organisateurs répètent d’une édition à l’autre : faute de visibilité, de connexions stratégiques et de financements adaptés, de nombreuses initiatives africaines peinent à atteindre leur plein potentiel. La SAS se définit comme une plateforme consacrée à l’identification, à la valorisation et à la mise en réseau des solutions portées par les Africains, les Afrodescendants et leurs partenaires.

L’événement a déjà changé de lieu et de thème. Après une première édition en France en 2023, la deuxième s’est tenue à Rabat en octobre 2024, première fois que l’événement se déroulait sur le sol africain, autour du rôle des médias et des entrepreneurs dans l’accélération des solutions. La troisième est revenue à la mairie du 16e arrondissement de Paris les 24 et 25 octobre 2025, avec pour objectifs affichés de changer les narratifs négatifs sur l’Afrique et de mobiliser des investisseurs.

« L’Afrique n’est pas un continent en attente de solutions », rappelle son président fondateur, Léonce Houngbadji.

Semaine l’Afrique des Solutions 2026 : une 4e édition à forte dimension médiatique

Placée sous le thème « Génération Solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme », l’édition 2026 met les médias au premier plan, selon le programme communiqué par les organisateurs. Huit projets structurants, sur une vingtaine annoncés, sont présentés lors de la première journée, le vendredi 23 octobre. Un Forum des Solutions Africaines est également au programme, avec des sujets comme la santé numérique, la transition écologique et l’agriculture.

La journée de clôture, le samedi 24 octobre, est consacrée au renforcement des capacités : ateliers pratiques sur le pitch et la communication, et Labs thématiques conçus comme des espaces de co-création. Des journalistes, dont plusieurs venus de la République démocratique du Congo, sont attendus.

Gilles Vanderpooten, Ambassadeur de Solutions à la SAS

Gilles Vanderpooten dirige Reporters d’Espoirs depuis 2015. Il est l’auteur de La France des Solutions (Arthaud, 2017) et le coauteur, avec Stéphane Hessel, d’Engagez-vous.

À Paris, il rejoint les Ambassadeurs de Solutions pour l’Afrique, les Caraïbes et leurs diasporas et reçoit à ce titre la Médaille d’Honneur correspondante, selon l’organisation. Il intervient aussi dans la séquence consacrée aux huit projets structurants. Après leur présentation, l’organisation l’a invité à porter son regard sur ces initiatives, à partager sa lecture de la dynamique positive à l’œuvre en Afrique malgré les défis, et à contribuer à la réflexion sur les conditions de leur réalisation et de leur déploiement.

Ce que le journalisme de solutions apporte à la Semaine l’Afrique des Solutions 2026

Les médias ne font pas qu’informer. En choisissant ce qu’ils racontent, ils décident en partie de ce qui devient visible, et donc de ce qui peut être soutenu, financé ou reproduit. Une initiative qui fonctionne mais que personne ne documente reste hors du débat public.

Le journalisme de solutions ne consiste pas pour autant à écrire plus favorablement. Il applique à une réponse la rigueur qu’on réserve d’ordinaire à un problème : ce qui est mis en œuvre, avec quels résultats, avec quelles limites, et à quelles conditions cela peut être reproduit. Documenter n’est pas promouvoir. Une solution qui échoue ou qui ne passe pas à l’échelle fait partie de l’enquête.

La distinction compte ici. La SAS se présente comme une plateforme de valorisation et de mise en réseau, ce qui n’est pas le rôle d’une rédaction. L’organisation parle elle-même de conditions de réalisation et de déploiement : les huit projets en sont donc, pour l’essentiel, au stade de l’ambition plutôt que du résultat démontré. C’est sur ce terrain, entre l’annonce et la preuve, que la méthode du journalisme de solutions peut apporter un éclairage.

Semaine l’Afrique des Solutions 2026 : informations pratiques

  • Dates : vendredi 23 et samedi 24 octobre 2026
  • Lieu : mairie du 16e arrondissement de Paris
  • Thème : « Génération Solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme »
  • Organisateur : association Notre Voix
  • Participation : réserver un pass de contribution

Comment sortir du chaos par un sursaut humaniste ? Reporters d’Espoirs participe au 3e séminaire de la pensée européenne à Conques en Aveyron (15-18 octobre 2026)

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L’évolution du monde nous conduit à devoir sortir du chaos général par un sursaut humaniste qui s’appuie sur les valeurs européennes. Philosophes, entrepreneurs, économistes, journalistes et dirigeants associatifs se retrouvent à Conques du 15 au 18 octobre pour le penser et formuler des propositions concrètes. Dans un séminaire animé par le philosophe Dominique Bourg et par Patrick d’Humières. Le site de Conques en Aveyron raconte 1200 ans d’histoire française, invitant à comprendre d’où l’on vient et ce que l’on doit poursuivre ensemble.

« En ces temps chaotiques, il faut se consacrer plus que jamais à penser les enjeux et à partager des solutions justes et démocratiques ». C’est par cette invite que le philosophe Dominique Bourg, professeur émérite à Lausanne, associé à Patrick d’Humières, expert des questions de durabilité, habitant de Conques, accueilleront du 15 au 18 octobre 2026 une douzaine de personnalités engagées sur les questions majeures qui conditionnent l’avenir de la planète, du pays et de nos territoires : la protection du climat et de la nature, la maîtrise de l’IA à des fins utiles, le devenir du projet européen face aux empires prédateurs et la préservation du jeu démocratique, la responsabilité des grandes entreprises etc.

Pendant trois jours, les participants alterneront débats et dialogue avec de grands experts comme Cédric Villani, Marc Fleurbaey, Apolline Guillot, pour dégager des propositions concrètes applicables et capables de faire évoluer nos comportements humains. Vers plus de sobriété pour protéger les ressources, et vers plus de justice pour mieux les répartir. Les discussions seront conclues par le Président de la Fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani, qui montrera à quel point les valeurs européennes restent pour nous un atout indispensable pour sortir du désordre mondial.

Le vendredi 16 octobre de 18h30 à 20h, dans le cloître de l’Abbatiale, Nicolas Truong, philosophe et journaliste au Monde, connaisseur intime d’Edgar Morin, parlera en public de l’héritage du grand intellectuel qui vient de nous quitter (entrée libre). Et samedi 17 octobre, à l’issue d’une délibération collective sur les conclusions du séminaire, présentées par le directeur de Reporters d’Espoirs, Gilles Vanderpooten, les participants dialogueront avec quelques acteurs locaux, dont le président de la CCI de l’Aveyron, Dominique Costes, autour des voies de changement socialement acceptables.

Ce séminaire entend chaque année faire de Conques un lieu privilégié et apprécié  « où l’on pense l’Humanité », en s’adossant au sens du site dont Patrick d’Humières, auteur du livre « L’appel de Conques » rappellera aux participants l’histoire millénaire. Le séminaire est organisé par une communauté d’une vingtaine d’acteurs qui travaillent toute l’année sur ces sujets, dans le cadre du Sursaut Lab de Conques.

« COP16 -PLENARY 1NOV 76 » par UN Biodiversity, CC BY 2.0

Comment aborder la COP17 dans les médias ?

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Du 19 au 30 octobre, la 17e Conférence des Parties (COP) sur la Convention de la diversité biologique (CDB) se déroulera à Yerevan, en Arménie. Les 196 pays qui font partie du traité évalueront les progrès accomplis sur la mise en application de cette convention, incluant ses objectifs de protéger la biodiversité et de gérer l’utilisation des ressources naturelles. Voici ce que vous devez savoir avant le début de la conférence. 

Tous les mots suivis d’un * sont dans notre glossaire de la biodiversité.

Une COP, c’est quoi ? 

Une Conférence des Parties* (COP) est un sommet international dédié à une convention où plusieurs Parties — les membres de la convention — se retrouvent pour négocier et adopter des termes, conditions et objectifs liés à la convention. La COP la plus connue est celle qui rassemble des États membres de l’ONU sur le changement climatique et qui a lieu chaque automne (aussi surnommée “COP Climat”). 

Ces rassemblements sont l’émanation de la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement qui s’est tenue à Rio de Janeiro en 1992. Plusieurs conventions y ont été établies, incluant la Convention sur la diversité biologique (CDB). Les premières COP se sont déroulées au cours des cinq années suivantes. 

Au-delà du climat et de la biodiversité, il existe des COP pour d’autres accords environnementaux comme la Convention sur la lutte contre la désertification et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. La première COP Océans se tiendra du 11 au 22 janvier 2027 à New York. Elles sont toutes liées en structure mais distinctes en sujet.

Les COP, quel intérêt ?

Les COP fonctionnent comme des forums où presque tous les pays du monde se réunissent autour d’un même sujet : chaque État membre a une voix, qu’importe sa taille, sa visibilité ou son envergure sur la scène géopolitique mondiale. Ces événements sont des tribunes permettant aux pays vulnérables ou aux petits États d’accroître leur influence, ainsi que des espaces où les communautés autochtones, le monde scientifique et la société civile peuvent se manifester et faire pression sur les décisionnaires. 

Les principales missions des COP consistent à élaborer et adopter des traités, allouer des financements à certaines questions prioritaires, évaluer les progrès accomplis par rapport aux objectifs fixés lors des COP précédentes, et s’appuyer sur ces conclusions pour définir les objectifs futurs. Cependant, l’une des critiques récurrentes à leur encontre est que la COP manque de pouvoir : elle ne peut pas imposer le respect des décisions, car celles-ci sont prises par consensus et ne sont pas juridiquement contraignantes. De plus, cette exigence d’un consensus absolu signifie, dans de nombreux cas, qu’un seul pays dissident peut bloquer le processus et freiner les avancées. 

La COP17 : quels enjeux ?  

La prochaine COP dédiée à la Convention sur la Diversité Biologique* (CDB) sera la 17e du genre et se tiendra en Arménie du 19 au 30 octobre 2026. La CDB est un accord qui a pour objectifs la conservation de la biodiversité, l’utilisation durable des ressources naturelles et le partage juste et équitable des avantages venant des ressources génétiques. Ces concertations biennales réunissent les signataires de la CDB pour examiner les progrès internationaux dans la mise en œuvre du traité et déterminer les objectifs des années à venir. 

La COP17 se concentrera sur la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, une politique adoptée lors de la COP15 qui vise à enrayer et à inverser la perte de la diversité biologique avant la fin de la décennie. Cette année sera la première fois que les Parties procèdent à un bilan global des progrès collectifs accomplis dans la mise en œuvre de l’accord de Kunming-Montréal. Mais il y a déjà des frictions, plusieurs pays étant en retard pour soumettre leurs plans d’action. Il risque d’y avoir un grand écart entre les engagements pris et l’objectif de faire que 30 % des terres et 30 % des écosystèmes marins deviennent des aires protégées d’ici à 2030, enjeu majeur des dernières COP. 

« Implémentation » sera le maître mot, avec plusieurs discussions visant à traduire les cibles globales en action nationale et concrète. Mais historiquement, la question de savoir qui doit payer figure parmi celles qui génèrent le plus de tensions. L’accord de Kunming-Montréal prévoit qu’au moins 200 milliards de dollars américains soient mobilisés chaque année avant 2030. Il demande également aux pays développés d’augmenter d’au moins 30 milliards de dollars américains leurs dons annuels aux pays ayant besoin d’un soutien financier d’ici à la fin de la décennie. 

Autre sujet central : qui bénéficie des connaissances sur la génétique, telles que le fonctionnement des génomes et de l’ADN, par exemple ?  

La COP16 a établi le Fonds Cali*, une enveloppe financière gérée par l’ONU et alimentée par les grandes entreprises et acteurs qui dépendent fortement des données et des ressources génétiques (industries pharmaceutiques, cosmétiques, etc.). Ce fonds a été créé à la suite des revendications des pays en développement, qui abritent une grande partie de la biodiversité mondiale. Ils ont estimé que, puisque la majorité des ressources génétiques se trouve dans les pays du Sud et est détenue par des communautés autochtones, les revenus générés par leur exploitation doivent revenir à ces peuples. De leur côté, des pays développés considèrent que cette réorientation des fonds va suffoquer l’innovation scientifique et que les données génétiques doivent rester gratuites et en accès libre. 

Seul l’avenir dira comment toutes ces questions seront résolues dans les couloirs de la conférence. 

Journalistes : comment couvrir la COP17 sans greenwashing ?

Les COP offrent de nombreuses pistes à explorer pour leur traitement médiatique. Mais cela suppose de dépasser les annonces pour aller plus loin.

 Quelques conseils : 

  • Les annonces ne correspondent pas nécessairement aux décisions qui ont été prises. Parfois les délégations annoncent qu’il y a du « mouvement » ou du « progrès » sur un traité : ça ne signifie pas toujours qu’une nouvelle politique est créée. → Creuser pour voir ce qu’il en est concrètement.
  • Sur un sujet similaire : les engagements annoncés par les gouvernements peuvent différer — et c’est souvent le cas — de ce qui a été effectivement convenu. → Identifier les points de divergence et d’alignement, puis approfondir la question.
  • Les chiffres des financements dans les politiques mises en œuvre diffèrent-ils de ceux annoncés dans les engagements pris ? → Se pencher sur les dépenses annoncées et celles effectuées.
  • Regarder qui est représenté dans les négociations : quelles voix sont les plus audibles, quels intérêts sont reflétés, quelles langues sont utilisés et qui bloque ou inspire le progrès. → Explorer les intérêts (économiques, sociaux, environnementaux) qui ressortent des négociations.
  • Analyser les progrès qui viennent de la conférence, ainsi que les possibilités qu’ils ouvrent et les écueils potentiels. → Mobiliser le journalisme de solutions pour évaluer l’impact réel des COP.

  Source de l’image : « COP16 -PLENARY 1NOV 76 » par UN Biodiversity, CC BY 2.0

On a relu Le Figaro : blocus des lycées, sortir du face-à-face pour chercher des réponses

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Un ministre qualifie, des chiffres d’interpellations tombent, et le lecteur referme la page en se demandant s’il faut choisir un camp. Le traitement médiatique des blocus de lycées suit souvent ce rituel. L’information est exacte, mais elle laisse une question de côté : pourquoi ces lycéens sont-ils dans la rue, et que peut-on y répondre ?

On a tous lu ce type de dépêche. Les faits sont là, sourcés, attribués. On en ressort avec une impression : ça dégénère, et on ne sait pas quoi en faire.

Prenons un cas concret. Le 28 septembre 2026, Le Figaro (avec l’AFP) a publié un article titré « Blocus des lycées : le ministre de l’Intérieur dénonce des actions qui s’apparentent à « des violences urbaines » ». L’article est factuel. Il rapporte fidèlement la parole du ministre Laurent Nuñez et un bilan chiffré précis. Il remplit sa mission d’information.

Chez Reporters d’Espoirs, nous l’avons relu avec notre grille : celle du journalisme de solutions. Nous n’avons ajouté aucun fait. Nous avons changé les questions. Voici, point par point, comment l’information change de visage.

Le titre : de la qualification à la question

  • 🔴 L’angle « Constat » : le titre reprend la qualification du ministre : des « violences urbaines ». L’effet : le lecteur entre dans l’article avec une seule question en tête : est-ce de la violence ou de la contestation ? Le débat se joue sur les mots, avant même les faits.
  • 🟢 L’angle « Solutions » : « Blocus des lycées : au-delà du maintien de l’ordre, que répond-on aux classes surchargées et aux professeurs absents ? » L’effet : on garde l’information sécuritaire, mais on ouvre une seconde porte. Le lecteur passe de spectateur d’un affrontement à observateur d’un problème qui a des causes, donc peut-être des réponses.

Les chiffres : du bilan policier à la mesure du grief

  • 🔴 Ce que dit l’approche classique : 164 interpellations lundi, 180 établissements concernés, contre 61 établissements et 78 interpellations vendredi. Douze policiers ou gendarmes, une douzaine de lycéens et huit personnels, dont trois chefs d’établissement, blessés. L’effet : tous les chiffres mesurent la réponse policière et l’extension du mouvement. Aucun ne mesure ce qui est reproché. Le lecteur retient un problème d’ordre public qui s’étend.
  • 🟢 Ce que voit l’œil « Solutions » : on conserve ces chiffres, y compris les blessés, qui ne sont pas un détail. On y ajoute ceux qui documentent les griefs : effectifs par classe, heures de cours non remplacées, dans les lycées bloqués comme dans les lycées voisins qui ne le sont pas. L’effet : le lecteur peut juger si le grief est fondé, sans que le journaliste tranche à sa place.

Les voix : d’un seul témoin à une enquête

  • 🔴 Ce que dit l’approche classique : une voix domine, celle du ministre. Les lycéens sont les sujets des phrases, jamais des interlocuteurs. Le principal syndicat lycéen n’apparaît que pour appeler au blocage. Les personnels blessés sont des victimes, pas des témoins. L’effet : on sait ce que le pouvoir pense des blocus, pas ce qu’en disent ceux qui bloquent ni ceux qui enseignent.
  • 🟢 Ce que voit l’œil « Solutions » : on demande aux lycéens ce qu’ils réclament, aux enseignants et aux chefs d’établissement ce qu’ils observent, et surtout à un établissement où la tension est retombée comment cela s’est passé. L’effet : l’enquête devient humaine. On cherche ce qui a marché quelque part, pas seulement ce qui dégénère ailleurs.

Les revendications : du décor au cœur de l’enquête [modifié]

  • 🔴 Ce que dit l’approche classique : une seule phrase énumère les motifs : classes et emplois du temps surchargés, absence de professeurs. L’effet : les griefs deviennent un décor. Le lecteur ne sait pas s’ils sont fondés ni s’il existe des réponses.
  • 🟢 Ce que voit l’œil « Solutions » : ces griefs deviennent le fil conducteur. Quelles réponses existent déjà : remplacement des enseignants absents, instances de dialogue avec les élèves, organisation des emplois du temps ? Lesquelles ont produit des résultats, avec quelles limites ? L’effet : la question passe de « comment faire cesser le blocus » à « comment traiter ce qui le provoque ». Ce n’est pas la même enquête, et ce n’est pas le même lecteur qui en sort.

La chute : de l’escalade à la sortie possible

  • 🔴 La chute classique : le dispositif des forces de l’ordre est reconduit mardi, et l’Union syndicale lycéenne appelle à bloquer partout. L’effet : on ferme sur l’escalade annoncée. Le lecteur attend le prochain épisode, avec une fatigue croissante.
  • 🟢 La chute « Solutions » : qu’est-ce qui pourrait faire retomber la tension, et qui l’a déjà obtenu, où et comment ? L’effet : on ferme sur une piste, pas sur une menace.

Pourquoi est-ce un enjeu démocratique ?

Cet exercice n’est pas une question de style. Ces lycéens seront électeurs dans quelques années. Leur premier contact avec la parole publique passe par la façon dont on raconte leur mobilisation.

Réduire le mouvement à des « violences urbaines » est une lecture. Le réduire à une revendication légitime en est une autre. Le journalisme de solutions refuse les deux réductions : les violences ont eu lieu, les blessés existent, et les griefs sont aussi réels. Tenir les deux, c’est donner au lecteur de quoi comprendre, débattre et choisir.

Ce que cette relecture ne fait pas

Elle ne remplace pas un reportage. Pour qu’un article devienne un article de solutions, il faut aller chercher ce qui n’est pas dans la dépêche : des chiffres sur les griefs, des voix de terrain, un cas documenté de sortie de tension. Sans cela, on change de lunette, mais on ne voit pas plus loin.

💡 Pour aller plus loin
  • Comprendre notre méthode : apprenez à pratiquer le journalisme de solutions avec le MOOC JoSo Agir dès l’école : téléchargez notre Kit Pédagogique pour apprendre aux plus jeunes à décrypter l’information.
  • S’inspirer : plongez dans notre Revue

03.11.2026 – Reporters d’Espoirs au Forum Biodiversité et Economie 2026

By Agenda, Biodiversité Actu, Economie, Environnement, Home, Le Lab BiodiversitéNo Comments

Reporters d’Espoirs anime un atelier dans le cadre du Forum Biodiversité et Economie, porté par l’Office français de la biodiversité, le 3 novembre 2026 (16h15-17h15), à Paris.

Sujet de la conférence : Entreprises : vos actions méritent-elles d‘être médiatisées ? Regards croisés de journalistes, scientifiques, et dirigeants

Avec la participation de :

  • Mathieu Viviani, journaliste économie et transition écologique
  • Diana Mangalagiu (SciencesPo, Neoma Business School)

 Informations et inscriptions

Cet atelier s’inscrit également dans le cadre du Lab Reporters d’Espoirs Biodiversité.

Edith Lefranc est journaliste chez Midi Libre.

Miser sur l’hyperlocal pour créer de l’attachement au territoire : le pari de Midi Libre avec « Les engagés de la ruralité”

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Crédits : Alexis Béthune Midi Libre

Edith Lefranc est journaliste à Midi Libre, chargée des pages “Village” et de la rubrique “Les engagés de la ruralité”. Cette dernière met en avant la richesse des initiatives locales des territoires couverts par Midi Libre. La rédaction organise également un événement annuel pour créer du lien entre les personnes interviewées. Rencontre.

Vous avez lancé la  rubrique “Les engagés de la ruralité” en  2024. Quelle en est la genèse ?

Edith Lefranc : Je m’occupe initialement du service “village”, qui regroupe les presque 700 correspondants de Midi Libre. J’assure leur pilotage ainsi que celui des équipes de journalistes et des secrétaires de rédaction. J’écris par ailleurs des articles. Au vu  des papiers de nos correspondants, j’ai constaté que le territoire regorge d’initiatives incroyables. On en parlait certes dans le journal, mais dans la chronique locale du correspondant. C’était dommage que de superbes sujets passent sous les radars, aussi on s’est dit qu’ils méritaient un coup de projecteur. 

Au départ, j’avais proposé à l’ancien directeur de la rédaction de réaliser une série pendant une période creuse d’actualité. Après réflexion, nous nous sommes dit qu’il serait plus intéressant encore  de l’étaler dans le temps et de nourrir ainsi  la page régionale hebdomadaire. Ainsi, nous nous sommes lancés chaque vendredi à compter de novembre 2024. En fixant février comme date butoir si jamais la rubrique ne  plaisait pas ou que l’on manquait de sujets. Dans les faits, je n’ai jamais eu de problème à en trouver. 

Votre rubrique veut “donner envie d’agir”, ce qui constitue un pilier du journalisme de solutions. Y avez-vous été formés ?

EL : Je n’ai jamais été formée mais je connaissais la démarche. Dès le départ, l’idée de cette rubrique était de parler de “choses plus positives” dans un journal où il y a forcément beaucoup d’actu plombantes. Nous voulions parler de tout ce qui marchait en tâchant de rendre compte à chaque fois des freins et des difficultés.  Mon idée, c’est de mettre en avant la reproductibilité. Pour que ce soit reproductible, il faut dire comment l’initiative a été créée, les écueils et  les nouveaux enjeux qui se posent à elle. 

Comment votre direction et vos collègues perçoivent-ils ce travail de journalisme de solutions?

EL : Cette rubrique est bien perçue par ma rédaction et mes collègues journalistes, qui me font parfois des retours. Elle est presque devenue notre marque de fabrique qui nous distingue par la proximité qu’elle offre. De moins en moins de journalistes demeurent aussi proches du terrain dans les endroits reculés de la France. Rarement, des sujets sont repris par des médias nationaux. J’ai eu la reconnaissance de ma direction, qui a changé il y a un an. Maintenant, la stratégie, c’est la proximité. Nous sommes passés de l’économie de l’attention à l’économie de la relation. Le journal existe depuis plus de quatre-vingt ans, notre marque est très implantée, c’est ce que veut mettre en avant la direction.

La rubrique a-t-elle permis de trouver de nouveaux annonceurs ?

EL : La régie publicitaire du Midi Libre pense que la rubrique devrait intéresser des annonceurs d’autant plus que nous en sommes à la deuxième saison. L’enjeu pour la régie est qu’un bandeau publicitaire de bas de page puisse être commercialisé. Mais s’il n’y a pas, cela me laisse à moi journaliste, plus de place pour écrire mon sujet !

Organisez-vous des évènements en lien avec la rubrique  ?

EL : En juin 2025, nous avons organisé la rencontre de tous les engagés de la ruralité dont nous avions parlé durant l’année. Cet évènement a pris la forme d’une table ronde avec plus de 30 personnes autour de  trois thèmes de discussion donnant la parole à chacun.

Quels sont les retours de vos lecteurs ?

EL : La page comporte un encadré qui incite chacun à nous écrire sur une adresse mail dédiée (ruralite[at]midilibre.com) pour nous faire part d’ initiatives qui créent du lien près de chez eux. Les plus intéressantes d’entre elles font l’objet d’un reportage par nos soins. Le réseau des correspondants m’aide beaucoup également. La seule crainte que j’avais au début était de ne pas trouver suffisamment de matière pour diversifier les sujets. Je craignais de devoir multiplier les papiers sur des épiceries sociales et solidaires ou des cafés associatifs. Pour le moment, je trouve de la matière, sur des sujets aussi diversifiés que  le patrimoine, la culture ou l’environnement. Je partage mes articles sur les réseaux et je sens un intérêt majeur.

Produire ce type de journalisme demande du temps humain, comment vous en sortez-vous ?

EL : Nous avons perdu à Midi Libre la moitié des effectifs en trente ans. Je pourrais avoir la tentation de faire beaucoup de sujets par téléphone pour gagner du temps. Mais le fait de voir des personnes, des visages, de ramener l’humain au premier plan, je pense que c’est aussi cela qui plaît à mes confrères et à nos lecteurs. 80 % de mes sujets font aussi l’objet d’une vidéo : soit par un photographe-vidéaste qui m’accompagne, soit par mes soins. J’envoie les rushs de la vidéo au service dédié, mes collègues se chargent de la monter et la vidéo est publiée indépendamment de l’article.  

Aller sur le terrain, faire parler les gens, créer  de la proximité, c’est le sel de notre travail et c’est bien l’intention de notre pôle vidéo. Dans la PQR, le lectorat papier est âgé et majoritairement masculin, alors que sur les réseaux sociaux l’audience est plus jeune et plus féminine.

Marine Issartel

Le journalisme de solutions, un nouveau souffle pour les médias de l’Europe de l’Est

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Quand on parle de journalisme de solutions en Europe, on pense aux pays de l’Europe de l’Ouest et du Nord mais moins de l’Europe centrale et de l’Est. Pourtant, depuis presque dix ans, les initiatives se multiplient, prenant la forme de médias, de formations ou de réseaux de journalistes. Que donne la recherche sur une initiative encore balbutiante et dans des contextes politiques fragiles ? C’est ce que nous allons voir dans cet article de la série “Le JoSo dans le monde ».

Pour comprendre la façon dont le journalisme de solutions s’est implanté en Europe centrale et de l’Est, il est important de comprendre à quoi ressemble le paysage médiatique dans ces régions marquées par les crises. La consommation des médias et les changements d’habitude des citoyens sont étudiés dans le Digital News Report publié chaque année par Reuters et l’Université d’Oxford, avec un prisme historique, social et économique. Nous nous sommes intéressés au rapport 2026 pour plusieurs pays. En voici quelques extraits. A noter, le taux de confiance dans les médias dans le monde est de 37 %.

Un paysage médiatique fragilisé

République Tchèque : 

  • 36 % des Tchèques ont confiance dans les médias et 41 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le paysage médiatique montre un rétablissement économique mais aussi la montée des pressions technologiques notamment avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle.
    • La concentration des médias augmente tandis que les abonnements baissent en particulier ceux de la presse papier.
  • L’adoption d’une législation à partir des principaux cadres européens a été maintes fois retardée.
    • En attendant, les principaux organes de presse et associations de journalistes ont adopté un code d’autorégulation qui vise à renforcer la transparence, l’autonomie éditoriale et le respect de normes éthiques communes.

Hongrie :

  • Seuls 17 % des Hongrois disent avoir confiance dans les médias (contre 31 % il y a 10 ans) et 45 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Les élections législatives d’avril 2026 et la fin l’ère Orbán ont suscité des changements majeurs en Hongrie. Le gouvernement contrôlait jusqu’alors 80 % des médias et poussait l’usage massif de l’IA.
    • Son projet de loi qui prévoyait des amendes et voulait interdire les rédactions de recevoir de l’argent de pays étrangers a été suspendu malgré plusieurs tentatives – en réponse, il y a eu un boom des dons aux rédactions indépendantes.

Serbie :

  • 22 % des Serbes ont confiance dans les médias tandis que 53 % d’entre eux évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le paysage médiatique s’est beaucoup détérioré cette année en lien avec la crise politique (depuis novembre 2024 – qui a mobilisé des milliers de Serbes).
    • Depuis, le gouvernement a de plus en plus la main sur les médias tout comme son influence financière et politique sur le marché, et persécute de plus en plus les médias indépendants.
      • La crise a poussé au déclin de la liberté des médias et de la sécurité des journalistes, notamment via des mesures répressives.
  • Cependant, il y a de plus en plus d’intérêt pour le journalisme d’investigation et les médias citoyens.

Slovaquie :

  • 19 % des Slovaques ont confiance dans les médias et 47 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le service public slovaque est faible, il est souvent utilisé par le gouvernement pour diffuser sa communication.
    • Le paysage médiatique est polarisé, notamment la presse.

Le manque d’investissements financiers dans les médias d’information, couplé à la baisse des revenus publicitaires, a eu de lourdes conséquences pour le journalisme dans cette région de l’Europe. Face à cette situation, certains journalistes ont mutualisé leurs forces pour trouver une autre façon de faire du journalisme.

Un hub du journalisme de solutions en Europe centrale

Le journalisme de solutions s’est structuré en Europe centrale et de l’Est à partir de 2016 grâce à TOL. Une ONG fondée en 1999, par Jeremy Druker (rédacteur en chef et directeur exécutif) qui a pour but de renforcer le professionnalisme, l’indépendance et l’impact des médias d’information dans les pays européens post-communistes et de l’ancienne Union Soviétique. TOL présente différents programmes : 

  • Le magazine en ligne, Transitions, bilingue anglais-langue native du journaliste, se focalise sur l’Europe centrale, de l’Est, Sud-Est et la Turquie, le tout grâce à un réseau de journalistes locaux et internationaux. Les contributeurs sont indépendants et couvrent des sujets souvent peu abordés.
  • Concernant le journalisme de solutions, Transitions s’appuie sur le Transitions’ Knowledge Center for Solutions Journalism qui fournit des cours, du mentorat et un soutien aux journalistes. Le centre collabore également avec des universités et écoles de journalisme pour intégrer cette méthodologie au sein des programmes.
  • Un programme Media Academy est proposé, Tol Education, et plus de 14 500 personnes à travers le monde ont participé aux cours via leur plateforme en ligne mais aussi en présentiel.

Transitions s’est mis au journalisme de solutions en 2016 via Ashoka République Tchèque qui a introduit un Prix Spécial du Journalisme de solutions lors de la cérémonie des Prix du journalisme Tchèque. Ce prix spécial n’a perduré que jusqu’en 2019. Avec le journalisme de solutions, Jeremy Druker et Lucie Černá (cheffe du programme de mentorat chez Transitions) ont trouvé un moyen de faire du journalisme autrement. Après un travail de formation et de coordination de plusieurs années, notamment épaulé par le Solutions Journalism Network (SJN) américain, Transitions a pris la coordination des activités régionales dans le domaine et offre aux journalistes locaux formations et soutien.

« Hub » du journalisme de solutions dans cette région de l’Europe, Transitions a su s’imposer et a permis à de nombreux médias de réaliser des reportages constructifs. Entre 2018 et 2021, 20 ateliers en ligne et en présentiel ont été organisés et plus de 650 journalistes, étudiants et rédacteurs en chef ont été formés. Depuis lors, ils organisent les European Solutions Journalism Summit chaque année à Prague.

Formations, réseaux et prix : un écosystème en construction 

Les programmes et réseaux passés 

Transitions s’est imposé comme leader du journalisme de solutions mais d’autres réseaux et programmes se sont développés. C’est le cas du projet mené par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) en collaboration avec le Constructive Institute, en 2024. L’objectif : implanter un programme afin de montrer aux rédacteurs et journalistes comment le journalisme constructif/de solutions contribue à la démocratie en présentant des solutions concrètes. Un programme qui s’inscrit dans un cycle de sensibilisation pour combattre la manipulation de l’information dans les pays Balkans occidentaux. 

Les formations et réseaux ne manquent désormais plus. De même pour les récompenses attribuées aux professionnels de l’information qui se sont tournés vers le journalisme de solutions. C’est le cas du prix Tchèque du journalisme de solutions, mentionné ultérieurement, ainsi que le Prix Spécial du journalisme de solutions Slovaque, remis lors de la cérémonie des Prix du Journalisme, organisé par Memo 98 et Open Society Foundation. 

L’Union Européenne a également contribué à “SoJo Europe”, programme européen de deux ans (2023-2025) à hauteur de 1,6 millions d’euros, cofinancé par la Commission Européenne via le Creative Europe Media. Sont aussi associés le Journalismfund Europe (Belgique), le Constructive Institute (Danemark), le South East European Network for Professionalisation of Media  (réseau de 19 organisations de médias dans treize pays d’Europe centrale et la Turquie) et Transitions (République Tchèque). Il a pour but de promouvoir la production de contenus de solutions et des enquêtes partout en Europe, et d’apporter des clés pour construire un modèle économique viable grâce à l’expertise de pays d’Europe du Nord et de l’Ouest.

Les projets actuels

Mediacentar, fondée en 1995, est une organisation bosniaque qui vise à améliorer les normes journalistiques pour le journalisme indépendant. Elle a développé un module de formation en présentiel sur le journalisme de solutions, disponible en plusieurs langues. Mediacentar organise par exemple à la fin du mois de septembre 2026, une formation régionale au Monténégro, afin de promouvoir des reportages sur l’agenda écologique des balkans occidentaux (soutenu financièrement par divers organismes allemands) et en collaboration avec Clean Energy Wire (CLEW), la principale plateforme européenne dédiée au journalisme collaboratif et axé sur les solutions en matière de climat et d’énergie. 

Transitions a lancé au printemps 2026, le projet Rebuilding Trust Project. Il vise à rassembler un groupe de rédactions pour tendre vers un journalisme fondé sur les données et impliquant de multiples parties prenantes, au service de la résilience démocratique. Les rédactions vont travailler avec des chercheurs, organisations de la société civile, experts en data et autres partenaires à travers l’Europe. L’objectif : explorer comment le journalisme basé sur les faits, la data et les solutions contribuent à un meilleur écosystème d’information et des démocraties résilientes. Ce projet est financé par un fonds de soutien du département des affaires étrangères suisse.

A lire aussi : https://reportersdespoirs.org/journalisme-solutions-amerique-latine/

La recherche dans cette région commence à émerger

Lenka Vochocová, enseignante-chercheuse tchèque au Département des médias de l’Université Charles de Prague, a publié en avril 2026 “Good News is No News, despite the crisis” – Les bonnes nouvelles ne font pas la une, malgré la crise – avec une focale sur la République Tchèque. L’enseignante revient sur le fait que dans le pays, le terme “journalisme de solutions” est davantage employé que “journalisme constructif”. Comme en France. Il est plus “institutionnalisé” notamment avec la mise en place de programmes de mentorat et des prix. Le terme “constructif” paraît plus conceptuel, moins normatif et pousse moins au changement que le terme “solutions”. La chercheuse a mené une étude auprès de huit journalistes sur leur perception du rôle du journalisme de solutions en temps de crise, ce qui les a motivés à faire du journalisme de solutions et ce qu’ils en pensent. 

Les conclusions de l’étude permettent de comprendre la présence du journalisme de solutions en Europe centrale et de l’Est. En effet, les journalistes tchèques ne voient pas le journalisme de solutions comme un moyen de sortir des crises. Au contraire elles font obstacle à son développement dans les rédactions car il ressort qu’il est trop exigeant en ressources et trop contraignant. Et ce, malgré une bonne image de cette méthodologie. Tous reconnaissent le fait que le journalisme de solutions est un moyen de s’émanciper de la crise des médias, de retrouver de la stabilité dans les démocraties et de l’utilité dans son métier. Par ailleurs, ils remarquent que le journalisme de solutions n’est que très peu présent dans le pays car peu de médias s’en saisissent. Pour cela, ils estiment que les conditions humaines et financières doivent être réunies, ne laissant pas la place à des changements structurels dans les rédactions. Dans une région qui porte encore les stigmates de son passé, et où l’efficacité dans la production de l’information est le maître mot, il paraît difficile d’implanter le journalisme de solutions sans passer par des réseaux.

Marine Issartel/Reporters d’Espoirs

Photo de James Baltz sur Unsplash

Pesticides : un traitement médiatique qui influence la compréhension des enjeux

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Les pratiques agricoles ont évolué au fil des siècles : de la domestication à la mécanisation, puis à la fertilisation chimique associée à l’utilisation de pesticides. La couverture médiatique de ces derniers a elle aussi évolué en France entre les années 2000 et 2020, passant d’une perspective centrée sur l’environnement à une approche mettant les préoccupations sanitaires au premier plan.

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L’Iceberg ou comment prendre le temps de s’informer sur l’environnement donne envie d’agir

By Cartographie, Home, SolutionsNo Comments

L’Iceberg, revue indépendante sans publicité qui s’intéresse à notre rapport au vivant sous le prisme scientifique, a été lancée au printemps 2025.  Comment un média se décide à lancer une revue papier à l’heure du tout numérique ? Quelle ligne éditoriale a été choisie ? Pourquoi mettre en avant des initiatives et l’envie d’agir au cœur du projet sans parler de journalisme de solutions ? Autant de questions auxquelles Chaymaa Deb, rédactrice en chef et Matthieu Combe, directeur de la publication, nous ont répondu dans une interview croisée.

Quelle est la genèse du projet ? 

Matthieu Combe : Natura Sciences est à l’origine de L’Iceberg. C’est un média que j’ai créé en 2009, qui était au départ un blog  et qui s’est transformé en média.  Au bout d’un certain moment, on avait l’impression de se répéter tout le temps à dire que tout va mal. Avec L’Iceberg, l’idée était de traiter les questions écologiques sous le prisme scientifique ; comment on peut apporter de la science mais différemment. Le tout croisé avec des approches de terrain pour voir concrètement dans les territoires ce qu’il est possible de faire pour limiter – ou au moins s’adapter – face à la crise écologique. 

Sortir de la course à l’article web

Chaymaa Deb : À partir de 2015, plusieurs médias spécialisés sur les questions écologiques ont été créés , notamment en ligne. Alors que l’on vient d’un média web [Natura Sciences], on a rapidement trouvé qu’il y avait des limites. Sur internet, la mécanique de l’information devient une course pour sortir le maximum d’articles. Cette machine, qui s’emballe toujours plus vite, parce qu’il faut répondre aux algorithmes de Google, ou d’Instagram, nous précipite dans une logique de putaclic. 

On s’est dit que ce modèle ne suffit pas à créer une pensée, à impulser un changement de société et tendre vers une société plus écologique et solidaire. Cela nécessite une prise de recul de la part des gens, qu’ils prennent le temps de s’informer correctement pour pouvoir la digérer et construire leur pensée en tant que lecteur certes, mais surtout en tant que citoyen. Le meilleur moyen de le faire, c’est de sortir des écrans parce qu’on a parfois besoin d’être plus au calme pour réfléchir. C’est comme ça que l’on s’est dit qu’une revue trimestrielle, ça laisse le temps de bien traiter des sujets en profondeur, de manière plus complète, pour pouvoir accompagner les acteurs dans le fait de monter en connaissances, sur différents sujets liés à l’écologie, à une société plus solidaire.

Quand est-ce que le processus de création de L’Iceberg a commencé et quand est sorti le premier numéro ?  

Matthieu : Le premier numéro est sorti en avril 2025. 

Chaymaa : Avant ça, il y a eu toute la phase de maturation et de conception de la revue, qui a pris deux ans.

Combien êtes-vous dans la rédaction ?

Matthieu : À chaque numéro, il y a une quinzaine de pigistes qui travaillent pour nous et une quinzaine d’illustrateurs, photographes.

Chaymaa : À la fin de chaque numéro, nous avons une rubrique dans laquelle nous présentons toutes les personnes qui ont permis de le confectionner. Pendant l’année et demie de conception, nous avons également travaillé avec une directrice artistique. Dans un tel projet, c’est important d’être accompagné de personnes aux talents complémentaires, bien que cela représente un coût conséquent. 

Concernant la partie administrative et financière, on bénéficie de l’expérience de Matthieu avec Natura Sciences. Nous sommes vraiment chanceux parce que cette partie de l’ombre peut être très compliquée à gérer. 

Matthieu : Nous avons également été accompagnés au lancement de la revue pour comprendre les mécanismes de la distribution en kiosques. 

Votre magazine est indépendant, sans publicité et fonctionne grâce aux ventes et aux abonnements, avez-vous un lien particulier avec votre audience ?

Chaymaa : La création de L’Iceberg répond à des remontées de terrain. À l’époque de Natura Sciences, Matthieu a écrit deux livres, notamment un qui est sorti en 2019 qui s’intitule Survivre au Péril Plastique. Pendant l’été 2020,  nous avons eu la possibilité de faire des ateliers, conférences, débats sur la question de la pollution plastique dans des centres de vacances partout en France. Sans cette expérience, L’Iceberg n’existerait probablement pas aujourd’hui.  Tous les soirs, des gens nous disaient être  très inquiets sur l’avenir du monde, sur la pollution, sur ce qu’on allait pouvoir faire comme société et qui nous disaient tous la même phrase, « moi, je fais tout ce que je peux, mais ça ne sert à rien ».

Nous avons fini par leur dire que tous les soirs, on se retrouvait face à des personnes différentes qui nous disaient toutes la même chose. C’est bien la preuve que vous n’êtes pas tout seul, c’est juste que vous ne vous voyez pas. Ce que nous voulons faire avec L’Iceberg, c’est apporter des réponses à des inquiétudes parfois liées à des manques de connaissances sur des sujets, mais aussi montrer des pistes d’action individuelles ou collectives. 

Aujourd’hui, les liens que nous entretenons avec notre communauté passent essentiellement par les réseaux sociaux et nos newsletters. Nous espérons pouvoir organiser prochainement des événements pour se rencontrer en vrai, au cours de moments collectifs et conviviaux. 

Réussissez vous à identifier des réussites ? Et a contrario, des difficultés ?

Matthieu : Dans les réussites, nous allons sortir notre sixième numéro, ce n’est pas rien. On nous dit également que la revue fait du bien aux gens, cela récompense notre travail. Notre promesse initiale était justement de croiser les sciences avec le terrain et en ayant un bel objet [le magazine], c’est une réussite. Le fait d’allier à la fois des faits scientifiques avec ce qui se fait sur le terrain et voir des personnes qui agissent, c’est ce qu’ont envie de voir les gens. Avec chaque problématique, nous pouvons faire le lien et ça permet d’avoir une grille de lecture qui est un peu plus optimiste. 

Chaymaa : Concernant les difficultés, je dirais qu’on reste un média indépendant et que l’argent, ce n’est jamais facile, et qu’il y a toujours le défi d’avoir assez de fonds pour pouvoir continuer. 

Matthieu : Chaque décision coûte de l’argent, nous devons peser le pour et le contre quand il s’agit de dépenser. On doit se demander : est-ce que ce sont des dépenses nécessaires ou est-ce qu’on peut faire autrement. C’est un arbitrage permanent. Je pense que le public et même les personnes avec qui on travaille ne le voient pas forcément.

Votre magazine fait du journalisme de solutions, comment l’intégrez-vous dans les articles ? Qu’est-ce que cela vous évoque ?

Matthieu : Nous ne revendiquons pas le fait de faire du journalisme de solutions bien qu’il soit omniprésent dans la revue. Nous ne le revendiquons pas parce que souvent l’image qui est accolée au journalisme de solutions, ce sont des initiatives très locales et qui n’avaient pas vocation à être renouvelées. Nous, on s’intéresse à des initiatives qui soient reproductibles ou qui inspirent des gens à agir par ailleurs. Cette idée de reproductibilité est dans la définition du journalisme de solutions mais on ne s’intéresse pas uniquement aux initiatives. Nous faisons du journalisme de solutions qui s’intègre plus globalement dans nos contenus et même dans nos analyses, nos enquêtes, nos reportages. 

Chaymaa : Ce qui peut-être peut nous poser problème dans la notion de journalisme de solutions, c’est que l’on puisse penser que la solution est le pendant positif d’un problème. Quand on parle d’une initiative dans notre rubrique “place à l’action”, c’est pour montrer la construction collective. 

Combien de personnes sont abonnées à la revue ?

Matthieu : Nous avons 1000 abonnés à la revue et nous venons de lancer une nouvelle campagne d’abonnements le 8 septembre pour en doubler le nombre en vue de la sortie du sixième numéro fin octobre. Et 5500 abonnés à la newsletter.

Si vous souhaitez soutenir L’Iceberg, voici le lien.

Marine Issartel

 

Un nouveau Prix « Ecologie360 – Reporters d’Espoirs » créé à Visa pour l’image – Perpignan pour distinguer la photographie environnementale

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Pour sa première édition, le « Prix Ecologie360 – Reporters d’Espoirs Visa pour l’image » a été décerné à Laurent Ballesta, pour son travail de 30 ans sur et dans les Océans. Biologiste et photographe, Laurent Ballesta a plongé partout, il observe les fonds, en mesure la dégradation et parfois les améliorations. Il en ramène toujours des photos sous-marines de toute beauté.

Laurent Ballesta était présent à la soirée du festival du vendredi 4 septembre, lors de laquelle a été projeté la série photographique pour laquelle il est primé. Une exposition intitulée « Loin du ciel » lui est de plus consacré durant toute la durée du festival. Il y dévoile les images de ses découvertes faites au cours des dix dernières années.

Pour Benoit Habert, mécène du Prix et fondateur du magazine Ecologie360, « La photographie, comme le journalisme, nous alertent souvent sur les grands problèmes du monde, et nous avons besoin de ces vigies. Nous avons besoin, aussi, d’amplifier le coup de projecteur médiatique sur tout ce qui est beau et utile. C’est l’objet de ce Prix qui associe la vision positive d’Ecologie360 à la promesse d’une info et de médias qui donnent envie d’agir incarnée par Reporters d’Espoirs ».

Corinne Denis, présidente de Reporters d’Espoirs, journaliste et scientifique de formation, est d’autant plus heureuse d’associer l’ONG à ce nouveau Prix que « Reporters d’Espoirs s’est donné pour mission de sensibiliser les journalistes et leurs médias aux enjeux de la biodiversité : l’œuvre remarquable de Laurent Ballesta, sublimant la beauté de la nature et forte de sa dimension scientifique, y contribuera amplement ».

Un jury d’exception

Le jury de cette première édition du « Prix Ecologie360 – Reporters d’Espoirs Visa pour l’image » est composé de

  • Delphine Lelu, directrice générale de Visa pour l’image,
  • Benoit Habert fondateur du magazine Ecologie 360,
  • Pierre Doncieux (Ecologie 360),
  • Gilles Vanderpooten directeur général de l’ONG Reporters d’Espoirs,
  • Cyril Drouhet, directeur de la photo et des reportages du Figaro Magazine.

Ce prix, créé cette année, s’inscrit dans la tradition d’engagement de Visa pour l’Image pour le photojournalisme de qualité, et dans la mission d’Écologie 360 et de Reporters d’Espoirs de démontrer que l’information sur l’environnement peut être vecteur d’enthousiasme et de mobilisation plutôt que de découragement. Ce prix valorise une vision résolument positive, optimiste et porteuse d’espoir sur la réalité de la transition écologique dans le monde.