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Repenser la nature sur nos écrans, la chronique d’Eva Roque

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Genre à part entière, le documentaire animalier participe depuis cinquante ans à notre sensibilisation à la nature. Et prend désormais en compte les problématiques environnementales.

La chronique d’Eva Roque

La gazelle est toujours chassée par le lion. La murène, planquée entre deux rochers, toujours aussi effrayante. La femelle ourse et son petit sur la banquise de l’Arctique, toujours aussi émouvants. Depuis les années 1960, notamment grâce aux productions de la BBC, les documentaires animaliers nous donnent à voir le monde. Des images esthétiques pour vanter la beauté de la nature.

Pourtant l’envers du décor n’a pas toujours été reluisant. Scènes montées, voire truquées avec la participation d’animaux en partie domestiqués, scénarii tronqués pour les bienfaits de l’histoire, récits conçus parfois en dépit de toute vérification scientifique… Comme si le spectacle offert par la nature n’était qu’un immense divertissement qui ne méritait aucune réflexion. Un décor pour des films toujours plus grandioses, à coup de dollars et d’utilisation de matériel sophistiqué. Sans oublier une tendance à user d’un anthropomorphisme abêtissant. Il faut lire cet excellent article signé Damien Mestre et intitulé « Le Documentaire animalier peine à faire sa mue », parue sur le site de « Socialter »,  sur la difficile transformation du documentaire animalier.

Les diffuseurs ont compris qu’il y avait là une appétence du public et un juteux marché, les documentaires animaliers se vendant facilement à l’international. En France, le service public n’hésite plus à programmer en prime time des films de ce genre. On a vu apparaître des chaînes thématiques comme Planète+ ou Ushuaïa TV en parallèle des plateformes qui multiplient les contenus sur ce thème. Autant de documentaires qui pendant longtemps ont accompagné nos siestes dominicales avant de devenir désormais des événements audiovisuels ultra rythmés. Parfois trop formatés.

Reste que du « Monde du silence » à « La Sagesse de la pieuvre » en passant par « Microcosmos, le peuple de l’herbe » – pour ne citer que ceux-là -, reconnaissons la part de rêve et de découverte que ce cinéma nous offre.

Depuis quelques années, le ton a changé. Sans doute pas assez, certes,  mais aux belles images est désormais associé un discours écologique. La poésie se glisse aussi dans quelques séquences. Divertir, vulgariser et surtout informer se mêlent pour proposer de nouveaux récits, des narrations contextualisées où le réchauffement climatique se voit et s’entend. Où l’extinction de certaines espèces est évoquée, comme dans « Royaumes de glace », sur France 2, documentaire qui a totalement intégré à son scénario les bouleversements écologiques que nous vivons. Les conditions de tournage ont évolué également. Exit, par exemple, les hélicoptères trop polluants, trop chers, au profit des drônes. Il était temps de mettre en adéquation le message délivré sur les écrans avec les pratiques de la production.

Le cinéma d’auteur tente aussi de se frayer un chemin dans ce nouveau marché. Une petite place, certes, mais cela a le mérite d’exister. Alors savourons les films de Laurent Charbonnier, notamment, et son « Tapage dans la basse-cour », disponible sur la plateforme Tënk. Réjouissons-nous aussi de l’humour qui s’invite dans ces documentaires à l’instar d’« Aïlo : une odyssée en Laponie », de Guillaume Maidatchevsky, raconté par Aldebert. Et que dire de la multitude de chaînes sur Youtube qui participent à ce réenchantement du monde par écrans interposés : « Partager, c’est sympa » ou « Ta mère nature ». Autant de contenus qui viennent s’ajouter à une offre pléthorique d’enquêtes et autres documentaires nous alertant sur les questions environnementales, comme Brut Nature ou encore la plateforme Vakita créée par Hugo Clément. La nature est un spectacle qui mérite beauté et information.

Eva Roque est journaliste culture et média. Vous la retrouvez sur les ondes de France Inter, dans la presse (Libération, La Tribune), comme à la télévision (C L’Hebdo sur France5). Elle tient aussi la chronique « Ecrans » dans la revue Reporters d’Espoirs. Voici sa chronique parue dans le n°2, « Nature : vous n’avez encore rien vu ! ».