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« La littérature est un vecteur de protection de la langue française » Geneviève Pigeon, présidente de l’ANEL du Québec

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Geneviève Pigeon est présidente de l’Association nationale des éditeurs de livres du Québec (ANEL) depuis septembre 2023. Editrice, elle enseigne également à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Jeudi 11 avril, elle a participé à l’inauguration du Festival du Livre de Paris, qui place le Québec en invité d’honneur.


Quel est votre rôle en tant que présidente de l’Association nationale des éditeurs de livres du Québec ?

C’est un rôle de représentation autant à l’extérieur qu’au sein même de l’association. Je suis appelée à rencontrer des organismes subventionnaires, des éditeurs, à me rendre à des salons du livre. J’ai également une représentation au sein de l’association. Je préside le conseil d’administration et les assemblées générales. Je représente les éditeurs à l’interne et à l’externe.

Que le Québec soit l’invité d’honneur du Festival du Livre de Paris cette année, est-ce important pour l’édition québécoise ?

Le Québec a déjà été invité il y a 25 ans au Festival du Livre de Paris. Cette année, c’est vraiment une étape importante car le Québec a un écosystème littéraire solide dans lequel les membres connaissent leurs codépendances. On arrive avec une littérature très mature et dynamique. Elle est portée non seulement par des éditeurs chevronnés, mais aussi par une nouvelle génération qui fonce. Cette nouvelle génération a décidé de ne pas tenir compte des obstacles et est déjà bien implantée dans l’Europe francophone. On a des propositions littéraires très contemporaines, avec des voix uniques.

Quels obstacles l’édition québécoise rencontre-t-elle ?

C’est une réponse très pragmatique mais il y a beaucoup d’obstacles à l’exportation. Par exemple, si un auteur est invité à un évènement en France la semaine prochaine, je dois envoyer 700 exemplaires à partir de Montréal. C’est matériellement impossible. En bateau, le temps d’expédition est trop long. En avion, le coût est beaucoup trop élevé. La seule solution serait d’avoir un entrepôt en Europe. Mais les livres qui ne circulent pas, ça ne sert à rien non plus. On pourrait aussi imaginer la création d’une deuxième maison d’édition en France, mais là aussi, il y a des obstacles d’impression. La difficulté réside également dans le contact. En France, vous avez beaucoup de librairies. Pour qu’un auteur se fasse connaître, il faut être sur le terrain, aller à leur rencontre. Donc depuis Montréal, c’est difficile !

La littérature francophone parvient-elle à se faire une place au Canada face à la langue anglaise ?

A l’exception du Québec, non. Il existe 1 million de francophones au Canada hors Québec, mais c’est un vaste territoire. Les francophones sont concentrés dans des zones spécifiques. La littérature franco-canadienne est peu lue étant donné le peu de gens qui parlent français.

Donc pour se développer, la littérature québécoise mise sur l’Europe ?

Oui, même si certains éditeurs estiment que le Canada leur suffit. Mais pour développer un nouveau marché, il faut se tourner vers l’Europe francophone qui représente un marché déjà saturé. Donc c’est dur de se faire sa place.

Quels sont les liens, collaborations ou échanges entre le monde de l’édition québécois et français ?

Il y en a beaucoup. Certains éditeurs font le choix de travailler avec des distributeurs français. D’autres, comme c’est mon cas, vendent des cessions de droits à des éditeurs français. On développe des partenariats très chouettes avec des maisons d’édition françaises qui vont être mieux placées pour développer une carrière ou un marché. On a par exemple la collection Talismans, chez Déspaysage, qui publie des ouvrages écrits par des personnes autochtones d’Amérique du Nord.

La francophonie a-t-elle de beaux jours devant elle au Québec ?

Je dirais que oui. En ce qui concerne l’Amérique, c’est toujours fragile. On est entouré d’anglophones dans un marché mondial qui est très anglophile. Mais on observe un intérêt des Québécois pour la littérature locale. Ça demeure un portrait rassurant.

Comment préserver la langue française ?

La littérature est un vecteur de protection de la langue française. C’est peut-être la réflexion d’une francophone qui ne vient pas de France métropolitaine, mais je pense que pour la préserver, il faut accepter qu’elle soit vivante, qu’elle évolue, que les jeunes ne parlent pas comme leurs parents et leurs grands-parents.  En ce sens, la littérature permet à cette langue de bouger, voyager, rencontrer des lectorats différents qui vont apprendre de nouveaux vocabulaires.

Propos recueillis par Maëlle Widmann / Reporters d’Espoirs.

« Aider les jeunes à entreprendre dans l’économie sociale et solidaire », Denis Philippe

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A la rencontre de la Chambre Régionale des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire de la région PACA et de son président Denis Philippe, administrateur d’AESIO Mutuelle (entreprise mécène du Prix Reporters d’Espoirs)


Les verres s’entrechoquent, les discussions vont bon train dans le bistrot situé à quelques encablures du palais des ducs de Dijon où se déroulent les Journées de l’économie autrement. Nous rencontrons Denis Philippe qui, en fervent mutualiste, préside la Chambre Régionale des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire (CRESS) de la région PACA. Il aspire à ce que l’économie sociale et solidaire se donne davantage d’ambitions : au-delà des « petits chemins de traverse », il est temps qu’elle emprunte « le boulevard qui s’offre devant elle ». Le deuxième anniversaire du parcours dédié aux jeunes entrepreneurs de l’ESS en ce mois d’avril 2024 est l’occasion de revenir sur les avancées du secteur.

Exister politiquement : stop aux « pudeurs de gazelle » de l’ESS !

« ll faut que nous soyons, nous représentants et organisations de l’ESS, organisés et forts ». Il faut dire que cette branche particulière de l’économie, regroupant associations, coopératives, entreprises sociales, fondations et mutuelles, peine à prendre la mesure de son poids sur le territoire : jusqu’à 14% de l’emploi salarié privé, 10% du PIB et plus de 200 000 entreprises, sans compter les millions de bénévoles engagés dans le tissu associatif français. Rien qu’en région PACA, près de 17 000 structures assurent 10% de tous les emplois de la région. Il y a un « créneau à prendre » selon Denis Philippe, qui regrette la difficulté des grands acteurs de l’ESS à « faire ensemble » et les discours d’impuissance qui en découlent.

Pourtant le potentiel est là, dès lors qu’il y a un modèle économique viable pour ces entreprises dont la création vient avant tout « répondre à un besoin social ». Si l’argent n’est « pas un but mais un outil » nécessaire pour se développer en tant que structure, c’est aussi le nerf de la guerre pour un secteur qui peut revendiquer cinq banques coopératives d’ampleur à l’échelle nationale. Elles sont d’ailleurs majoritaires dans la banque de détail, celle de notre quotidien, représentant 60 % de l’activité. Denis Philippe en est convaincu : fédérer ne serait-ce que ces acteurs bancaires doit permettre à l’ESS d’exister politiquement et à ses dirigeants d’être, à la manière des cadres du MEDEF, reçus par le Président de la République et la Première Ministre – quitte à taper un peu du poing sur la table pour se faire entendre. Il regrette qu’aujourd’hui que les têtes de réseau de l’ESS rentrent d’abord « dans une logique de représentation, sans prendre de décision économique ni entamer de négociation politique ».

D’où vient alors ce blocage ? Aucun obstacle réel selon Denis Philippe, qui voit surtout un frein psychologique : « il existe une réserve là où d’autres ne s’embarrassent pas de pudeurs de gazelle » quant au marketing et à l’influence. C’est ce côté timoré qui perpétuerait les discours présentant l’ESS comme « différente », « moins visible », « gentillette »… à rebours d’entreprises « engagées » ou « à mission qui reprennent à leur compte des concepts inscrits dans les statuts et l’histoire de l’ESS et devenus tendance, observe-t-il. Aux acteurs de l’ESS de se réapproprier le sens de ces termes en communiquant mieux et plus largement sur leur capacité à rassembler, à incarner, à montrer.

Démontrer par l’exemple

Mettre en avant les réalisations de l’ESS en partant du terrain, de ce qui s’y fait de concret en termes de santé, d’alimentation, de restauration… C’est cela qui peut démontrer selon Denis Philippe la « pertinence du modèle mutualiste », à même de convaincre des élus mais aussi d’attirer les jeunes avec « des dispositifs qui donnent à voir ». Les jeunes certes cherchent du sens mais veulent tout autant « gagner leur vie comme tout le monde ». « Les beaux discours sur l’emploi et les valeurs de l’ESS ne suffisent pas à convaincre. Il faut montrer que l’ESS apporte des réponses aux questionnements des jeunes et devenir un tremplin pour leurs aspirations ». Son rêve ? Que, demain, des jeunes frappent à la porte de la CRESS avec une idée de projet à entreprendre, en demandant un accompagnement. C’est l’axe qu’il a développé en région PACA : la CRESS s’est associée à sept organisations (France Active, mouvement des Scop, intermade, Mouvement Associatif Sud Paca, Coorace Paca, Cros Région Sud, Têtes de l’Art) et a obtenu le soutien de la Banque Populaire Méditerranée, pour offrir aux entrepreneurs un parcours de 7 semaines leur permettant de booster leur projet, intitulé « Mon projet d’Entreprise ESS ». Il célèbre son 2e anniversaire en ce mois d’avril.

Aider les jeunes à entreprendre dans l’ESS : 150 entrepreneurs accompagnés en 2 ans en région PACA

En 2022 le parcours « développement » a accompagné 20 entreprises. Parmi elles, 60% ont déjà plus de 50 salariés, et 30% ont un objet de transition écologique. Quant aux entrepreneurs en phase de lancement, ils bénéficient d’un programme « création ». Nous avons interrogé trois d’entre eux.

Glenn Lenga, fondateur de Save my Shoes, en restaurant des baskets allonge leur cycle de vie et veut ainsi lutter contre la fast fashion et la surconsommation. Son entreprise a reçu l’agréement ESUS, qui permet de certifier la valeur solidaire d’une entreprise. « Ça prouve qu’elle a une utilité sociale et solidaire. Pour mes projets d’avenir, c’est bien d’avoir une reconnaissance publique », explique le jeune entrepreneur de 34 ans. Les trois mois d’accompagnement l’ont amené à comprendre l’intérêt de l’ESS : « on m’a donné des cartes pour mener à bien mon projet, et j’ai reçu beaucoup d’informations intéressantes que je mets en pratique tous les jours. Ça m’a conforté dans mon idée d’avoir une utilité à la fois économique, sociale et solidaire ».

Pour Ghislaine Bourillon, le parcours offert par la CRESS PACA a été l’opportunité de développer « une vision à 360 degrés ». Cette quinquagénaire a lancé la première filiale de recyclage de bijoux fantaisie : « je suis arrivée avec un projet original, et j’ai bénéficié d’une écoute et d’un accompagnement qui ont aidé à le concrétiser ». L’entrepreneuse insiste sur l’importance de prendre le temps pour mettre en place ce genre de projet : « Aujourd’hui, on est dans l’urgence de tout faire. Avec la CRESS, on retrouve cette ouverture sur le monde, on écoute et on comprend ».

Quant à Eddy Bonjean, il a pour projet de monter un restaurant dont les salariés seront des personnes en situation de handicap. Ce restaurateur a toujours été « sensible à l’ESS ». Il travaille depuis 13 ans dans le médico-social, et a pu avec l’accompagnement de la CRESS accéder à des compétences qui lui manquaient : « ce qui nous a vraiment aidé, c’est le montage des statuts, et la compréhension du côté fiscal par exemple. On a bénéficié d’un accompagnement sur les choses qu’on ne maîtrisait pas ». L’entrepreneur insiste également sur la visibilité qu’apporte ce parcours : « A la fin de l’accompagnement, mon projet a été repéré par France Travail. C’est pratique pour trouver des soutiens et des partenaires. »

Avant de se présenter devant une CRESS, encore faut-il connaître l’ESS et savoir de quoi il s’agit. Denis Philippe estime que « sa notoriété limitée au sein de la population découle d’un manque d’intérêt des journalistes pour un sujet qui, il faut le dire, ne déplace pas les foules ». Il est lucide : « sans coup de com’ – ou de gueule – seuls les journalistes véritablement intéressés par l’associatif font le déplacement ». Néanmoins, la CRESS PACA a déjà convaincu depuis 2022 150 entrepreneurs de rejoindre ses programmes d’accompagnement. Autant d’ambassadrices et d’ambassadeurs potentiels de l’économie sociale et solidaire auprès des journalistes.

Paul Chambellant et Maëlle Widmann

« Si on n’a pas les solutions à portée de main, on va les chercher » – Anna Mojzesz, directrice du programme MoHo4Young, et Sylvain Dhugues, lauréat

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Anna Mojzesz, 26 ans, est responsable de la communication du collectif MoHo basé à Caen et directrice du programme MoHo4Young, une communauté qui s’engage et récompense les projets associatifs portés par des jeunes pour un monde plus solidaire et durable. Sylvain Dhugues, 23 ans, est l’un des 14 lauréats de l’édition 2023. Son projet : sensibiliser au harcèlement scolaire et à la sédentarité à travers le sport. Dans cette interview croisée qui résonne avec le thème de la jeunesse que nous portons cette année à l’occasion du 20e anniversaire de Reporters d’Espoirs, tous deux détaillent leur activité et leur vision de l’engagement.

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Apprendre à s’informer, un enjeu citoyen – entretien avec Virginie Sassoon

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Virginie Sassoon est directrice adjointe du CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), docteure en sciences de l’information et de la communication, et experte de l’analyse des stéréotypes dans les médias. A l’occasion de la 35ème édition de la Semaine de la Presse et des Médias à l’Ecole qui se tient cette semaine, elle nous livre son point de vue sur la relation entre les jeunes et les médias.


Quel est votre rôle, Virginie ?

Je suis directrice adjointe du CLEMI depuis 4 ans, tout en étant dans l’organisation depuis presque 8 ans. Mon rôle est d’accompagner et de soutenir l’ensemble des projets. De faire le lien entre les enseignants, les chercheurs et les acteurs de l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Engagée sur les projets en coéducation entre les familles et les écoles, je suis à l’initiative de ressources pour les parents- l’univers de « La Famille Tout-Ecran »– ; j’accompagne des concours comme « Zéro cliché » qui lutte contre les stéréotypes de genre en permettant aux élèves de produire des vidéos, des podcasts ou des articles sur l’égalité filles-garçons. Enfin, je m’occupe de partenariats comme celui avec Reporters d’Espoirs.

Pourquoi vous être engagée au CLEMI ?

Au départ, je suis docteure en sciences de la communication et de l’information, ce qui m’a amenée à étudier le fonctionnement des médias et leur impact. J’ai été enseignante et ai fondé une association d’éducation aux images. Cela a mené à la création d’un festival de cinéma pour les enfants avec des ateliers pour qu’ils puissent créer leur propre film. Ayant un jour rencontré une coordinatrice du CLEMI de l’académie de Bordeaux, j’ai tout de suite trouvé l’organisation passionnante. La présence du CLEMI au niveau académique et national est une réelle force pour faire le lien entre l’école et les médias. Cela crée des passerelles pour comprendre la fabrication de l’information, ce qui est essentiel pour garder la démocratie vivante. Quand j’ai su que le CLEMI recrutait, je n’ai pas hésité une seule seconde !

Jeunes et actualité

Comment faire renouer les jeunes avec l’actualité ?

Je ne pense pas que les jeunes soient déconnectés de l’actualité. Ils ont leur propre actualité, qui n’est pas celle du monde des adultes, ni des médias dits traditionnels. Au CLEMI, on essaye de partir des pratiques informationnelles des jeunes pour faire des séances d’éducation aux médias qui soient adaptées à leurs réalités. On mise sur le « learning by doing ». En produisant l’information, les élèves se sentent beaucoup plus impliqués, et cela impacte aussi la manière dont ils la reçoivent. Ce cercle vertueux les rend plus éveillés et plus critiques sur la manière dont ils s’informent.

Quelles sont les projets que vous mettez en place pour y parvenir ?

Le CLEMI a plusieurs missions. Il forme environ 30 000 enseignants par an. On distribue des brochures pédagogiques. Cette année, le dossier de la Semaine de la Presse et des Médias s’intitule « l’info sur tous les fronts », et propose des activités et des analyses pour comprendre l’information en temps de guerre, les enjeux de l’IA, des défis écologiques mais aussi les enjeux liés au traitement médiatique du sport pour cette année olympique. Chaque année, ce dossier est diffusé à grande échelle et permet aux enseignants de réaliser des projets en EMI. On accompagne également la création de médias dans le cadre scolaire : des journaux, des web radios, des web TV, des comptes sur les réseaux sociaux pour des projets éducatifs. Le CLEMI a également la mission d’organiser des évènements, comme la Semaine de la Presse et des Médias à l’Ecole (SPME) qui concerne 4,5 millions d’élèves cette année. La SPME rassemble 1800 partenaires. On organise aussi des évènements comme le concours « Médiatik », le plus grand concours national de médias scolaires et « Zéro Cliché » que j’ai évoqué. La force du CLEMI, c’est son réseau. Des référents dans chaque académie interviennent dans les établissements pour accompagner les équipes éducatives.

Au-delà du CLEMI, des initiatives à saluer ?

France TV organise le Tour de France de l’EMI. Les enseignants participent pendant deux jours à des formations, des ateliers et des conférences avec des journalistes. C’est très riche car ça concerne tout le territoire. La Voix du Nord a lancé son média Ta Voix, qui accompagne des élèves de 13 à 17 ans dans la création d’articles et leur donne une grande visibilité. Plus généralement, je trouve intéressante la manière dont les titres de presse quotidienne régionale ouvrent leur espace pour l’expression des jeunes et leur donnent la parole. De la même manière, on pourrait citer les actions des antennes de Radio France, d’Arte, d’Europe 1, des titres de Bayard, de La croix, de TF1, avec les rencontres de l’info ou encore d’institution comme l’ARCOM…Avec M6 et Gulli, les jeunes choisissent eux-mêmes leurs sujets et les réalisent avec des professionnels. Les sujets sont ensuite diffusés sur les antennes, c’est gratifiant. Il faut saluer aussi tous les médias qui prennent le temps d’accueillir les jeunes et de leur montrer les coulisses de la fabrication de l’information, comme Sud-Ouest ou BFM.

Coopération avec Reporters d’Espoirs

Pouvez-vous expliquer l’initiative d’éducation des jeunes aux médias que nous menons ensemble, CLEMI et Reporters d’Espoirs ?

Avec Reporters d’Espoirs, notre collaboration est née d’une évidence. Nous avons des engagements communs pour transmettre aux plus jeunes une démarche citoyenne qui soit porteuse d’espoirs. Au sein du CLEMI, nous avons deux référentes expertes Caroline Fromont de l’académie de Lille et Elodie Gautier de l’académie de Créteil, déjà engagées dans des démarches de journalisme de solutions avec des enseignants. L’expertise de Reporters d’Espoirs en la matière est venue enrichir les démarches déjà existantes, et leur a donné de la visibilité. L’éducation aux médias s’accorde avec les principes du journalisme de solutions parce qu’il y a un besoin des enseignants de développer une approche constructive et porteuse d’espoirs dans le rapport à l’information pour leurs élèves. Plus globalement, ce partenariat avec Reporters d’Espoirs répond à une nécessité de résister à la fatigue informationnelle et à la morosité ambiante.

Vous œuvrez depuis plusieurs années à la lutte contre les fake news : n’est-ce pas un peu anxiogène pour la jeunesse ?

Très bonne question. Il y a dans l’éducation aux médias une ambition émancipatrice. L’actualité peut être extrêmement anxiogène, cette éducation sert à devenir plus actif dans ses pratiques informationnelles. Elle sert notamment à comprendre les logiques algorithmiques des réseaux sociaux qui ne profitent pas forcément à notre santé mentale. L’éducation aux médias permet aussi de développer un sens critique, c’est un cheminement qui n’agit pas de la même manière sur tout le monde, mais qui permet d’être plus éclairé dans notre rapport à l’information. Ça permet parfois de résister à cette fatigue, à cette anxiété, et de ne pas céder à l’infobésité.

Compléter votre approche par l’apprentissage du journalisme de solutions, est-ce une manière de leur donner des perspectives, de les aider à se projeter dans l’avenir ?

Oui, j’y crois complétement. Pour ne pas se décourager, on a besoin de regarder du côté de celles et ceux qui agissent, qui s’engagent, qui cherchent et qui parfois trouvent. Le journalisme de solutions, ce n’est pas dépeindre une société qui serait idéale, ou regarder le verre à moitié plein tout le temps. C’est une approche qui permet de retrouver un pouvoir d’agir qui est vital, et qui permet surtout de retrouver une confiance dans nos démocraties et dans notre rapport au collectif, à tous les niveaux.

Les jeunes à travers le prisme des médias

Comment jugez-vous le traitement médiatique qui est réservé aux jeunes ?

Même si ça n’englobe pas tous les médias, on peut déplorer les idées reçues sur le fait qu’ils soient tous complotistes, décérébrés ou encore des digital natives surconnectés. Il y a globalement un manque de nuances. « Les jeunes » est une expression qui ne veut pas dire grand-chose car la jeunesse est plurielle. Par exemple, ils s’informent différemment selon qu’ils vivent seuls ou chez leurs parents, selon leurs milieux socioculturels, leurs centres d’intérêts. Il y a une diversité et une complexité de la jeunesse qui n’est pas souvent représentée. Il faudrait leur ouvrir de l’espace, pour leur permettre de se définir eux-mêmes, et les outiller pour qu’ils puissent construire leur propre narratif.

Des émissions et programmes qui vous interpellent positivement ? Que vous recommandez aux jeunes ? Et à leurs parents ?

J’écoute beaucoup la radio, des podcasts et la presse écrite à laquelle j’accède maintenant en ligne. Je trouve que le plus important, c’est d’avoir du plaisir à s’informer. Quand s’informer devient une contrainte, crée de la déprime et de l’inquiétude, il faut agir. Cultiver sa curiosité, partager les contenus qui nous font réfléchir, aller vers des médias qui privilégient le temps long ou la profondeur, comme la revue l’Eléphant ou Le 1. La presse jeunesse avec les enfants est aussi très riche. Que ce soit Phosphore ou Okapi, il y a un souci de la contextualisation et une information conçue à hauteur d’enfants qui est précieuse pour donner le goût de l’info.

Propos recueillis par Maëlle Widmann pour Reporters d’Espoirs

« Reporters d’Espoirs a vraiment été une école » Anaïs Dedieu, salariée de l’association de 2016 à 2020

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Anaïs Dedieu, ancienne salariée de Reporters d’Espoirs, est désormais attachée de presse à la Fondation Auteuil. Elle revient sur son expérience au sein de notre association.

Quel a été ton parcours à Reporters d’Espoirs ?

Entrée chez Reporters d’Espoirs en janvier 2016 pour un service civique de 6 mois, je suis finalement restée en CDD, avant d’être embauchée en CDI. Je suis finalement restée quatre ans, jusqu’en avril 2020.

Quels étaient tes missions au sein de l’association ?

Membre au Lab, je réalisais des études qualitatives sur le climat et des cas pratiques sur des médias engagés dans le journalisme de solutions, sur Nice Matin par exemple. J’ai aussi travaillé sur des baromètres des journaux télévisés, mesurant la part consacrée aux solutions dans les reportages. J’ai beaucoup appris sur le paysage médiatique. Je me suis occupée des relations presse pendant la semaine La France des Solutions, et ai également travaillé à la fidélisation des quelque soixante partenaires média engagés dans cette opération. J’ai participé à l’organisation du Prix Reporters d’Espoirs, en tachant d’identifier des reportages couvrant des thématiques de société variées : culture, innovation sociale, environnement, etc.

Qu’as-tu retiré de ton expérience à Reporters D’Espoirs ?

C’est grâce à Reporters d’Espoirs que j’ai découvert les relations presse. C’est d’ailleurs mon métier actuel. Reporters d’Espoirs a été ma première expérience dans ce domaine. L’association m’a vraiment servie d’école. Durant mon service civique, j’étais en master de recherche, je travaillais sur l’impact médiatique et les modèles économiques, je faisais aussi des sciences sociales. Mon expérience au Lab m’a donc servi dans mes études. J’ai également compris que le journalisme de solutions pouvait être une piste pour des médias en difficulté. Le Tour des Reporters d’Espoirs et La France des solutions m’ont également beaucoup appris dans le domaine de l’évènementiel. Nous étions des artisans de l’organisation d’événements accueillant parfois plusieurs centaines de personnes. Ça demandait pas mal de polyvalence. Ça m’a aussi permis de créer mon petit réseau d’écoles et d’universités, puisque j’allais par exemple au CELSA pour parler du journalisme de solutions aux étudiants. J’ai même animé des conférences, des débats, et ai fait ma première télé sur TV5monde !

Quel a été ton parcours depuis ?

Reporters d’Espoirs m’a fait découvrir les relations presse et les relations publiques, et m’a appris à identifier des ambassadeurs et des personnalités. C’est grâce à cette expérience que j’ai su ce que je voulais faire, et Gilles m’a fait confiance. Il m’a beaucoup appris. J’ai également pu développer mon plaidoyer avec le journalisme de solutions. C’est d’ailleurs toujours ma ligne directrice aujourd’hui, et je la garderai tout au long de ma carrière en relations presse. Je me sers beaucoup du prisme des solutions, de l’impact, de l’apport concret de nos actions à la Fondation d’Auteuil, pour convaincre les journalistes avec qui je travaille. J’ai remarqué que les médias étaient généralement preneurs de ce genre d’approche. Il est certain qu’ils seront toujours attirés par les news sensationnalistes, mais la presse généraliste est toujours intéressée à montrer ce qui fonctionne. Ce qui leur manque, c’est justement de connaître les initiatives et de savoir quoi mettre en avant. En ce sens-là, Reporters d’Espoirs est une vraie pépite. C’est pour ça que je crois beaucoup en son action.

« La seule vérité qui vaille, c’est celle du terrain » – Christine Buhagiar, directrice régionale Europe à l’AFP et membre du jury du Prix européen du jeune reporter

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Christine Buhagiar est la directrice régionale Europe de l’Agence France-Presse (AFP). Passée précédemment par les services France, politique, économique, puis vidéo de l’AFP, elle a rejoint cette année le jury du Prix européen du jeune reporter d’espoirs. Elle évoque pour nous son expérience journalistique et son activité au sein de l’AFP.

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« La nature est un berceau de spiritualité » – Brigitte Adès, grand reporter et cheffe du bureau britannique de la revue Politique Internationale

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Brigitte Adès est écrivaine et grand reporter. Cheffe du bureau britannique de la revue Politique Internationale, elle a interviewé de grands chefs d’Etat de Margaret Thatcher à Mikhaïl Gorbatchev. Habituée des plateaux de télévision où elle intervient sur les questions de politique étrangère, elle est aussi une grande amoureuse de la nature dont elle a fait son engagement.

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« Il faut d’urgence lier État de droit et État social » – Marie Boëton, grand reporter à La Croix L’Hebdo et lauréate du Prix Reporters d’Espoirs de l’innovation sociale

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Marie Boëton est journaliste et grand reporter à La Croix L’Hebdo. Elle a été distinguée la semaine dernière en recevant le Prix Reporters d’Espoirs de l’innovation sociale 2023 avec son reportage « Avec Éco Habitat, accélérer la rénovation thermique ». Passionnée de droits humains, elle a longuement travaillé sur le sujet et détaille pour nous sa pratique journalistique.

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« On voit d’autant mieux les étoiles qu’il fait nuit » – Anne-Françoise de Taillandier, journaliste à Famille Chrétienne

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Anne-Françoise de Taillandier est journaliste à Famille Chrétienne. Issue d’une école de communication et d’abord passée par la publicité, elle s’est tournée vers le journalisme il y a deux ans et demi. Elle figure aujourd’hui parmi la pré-sélection du Prix Reporters d’Espoirs 2023 de l’innovation sociale avec son reportage sur « Pourquoi les Mureaux n’ont pas craqué », et nous raconte son parcours journalistique.

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« C ce soir », le bon élève du débat médiatique

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« “C ce soir” est-elle déjà la meilleure émission de la télévision française ? » Un mois à peine après le lancement du nouveau programme de France 5, les chroniqueurs de « Capture d’écrans » sur France Inter interrogeaient son succès. Enfin une émission de débat qui fait la part belle aux idées, tourne le dos au clash et présente des intervenants qui s’écoutent mutuellement, comme on n’en avait plus vu depuis la fin de « Ce soir (ou jamais !) » en 2016. La faute à une culture journalistique de l’affrontement ? À un intérêt inavoué des citoyens pour la polémique ? À l’incapacité chronique qu’ont les gens d’écouter l’avis des autres, une fois donné le leur ? « C ce soir », qui a entamé sa quatrième saison, semble être parvenue à s’imposer comme l’une des rares émissions télévisées où il fait bon débattre. Attaché aux contenus médiatiques qui refusent la confrontation, Reporters d’Espoirs creuse la fabrique de cette émission avec Nathalie Darrigrand, Directrice Générale de Together Media.

Lancée en janvier 2021, l’émission « C ce soir », produite par Together Media – dirigé par l’ancienne directrice de France 5 Nathalie Darrigrand – emprunte à Etienne Klein son credo : Débattre, c’est argumenter pour ne pas se battre. Dans la lignée des programmes axés sur l’échange davantage que sur la confrontation, tels « Ce soir (ou jamais) ! » anciennement diffusé sur France 2 et France 3, ou « 28 minutes » toujours à l’antenne d’Arte, l’émission de France 5 incarne l’ambition de France Télévisions de « renforcer la place du débat d’idée sur ses antennes ». A la production éditoriale de l’émission diffusée du lundi au jeudi à 22h30, on y retrouve le producteur Benjamin Oulahcene, le rédacteur en chef Maxime Darquier et le présentateur Karim Rissouli – journaliste habitué à cet exercice complexe, animateur d’« En société » le dimanche à 18h30 et qui a précédé Thomas Snégaroff aux commandes de « C politique » à 20h.

À bord de ce navire composé d’une dizaine d’individus, deux chroniqueuses passées par la radio : la journaliste culturelle Camille Diao – qui anime l’émission le jeudi – et Laure Adler, ex-directrice de France Culture et « plus vieille influenceuse de France » selon ses propres mots. Les invités sont accueillis sur le plateau d’un studio parisien et échangent, pendant une heure et dix minutes en moyenne, sur des sujets qui fâchent : justice environnementale, cannabis, dissolution des Soulèvements de la Terre, pornographie… Il semble que « C ce soir » n’ait pas bâti sa réputation sur le consensus. D’autant plus intéressant, donc, d’analyser la manière dont toute l’équipe parvient (et parfois ne parvient pas) à garantir l’existence d’un véritable débat.

Un programme en évolution, des émissions toujours ciselées

Un sondage Ifop, conduit en juin 2021, indiquait que plus de 90% des répondants trouvaient le débat public trop conflictuel dans les médias. On parle de certaines émissions emblématiques du clash, on dit que les opinions se polarisent et que les Français ne savent plus s’écouter. « Les gens ne se parlent plus », affirmait Nicolas Daniel, directeur des magazines de FranceTV, à Télé-Loisirs en présentant le futur projet de France 5 produit par Together Media et porté par Karim Rissouli, « Voyage en territoire opposé » – une émission destinée à faire se rencontrer sur le terrain des personnalités aux convictions radicalement opposées, afin de créer de nouvelles possibilités de dialogue. Puisque plus personne ne s’entend, comment animer une émission d’idées, sur des sujets complexes, sans tomber dans le pugilat ? Selon Nathalie Darrigrand, tout tient dans la programmation minutieuse de chaque épisode. Le sujet du débat, souvent choisi la veille dans l’après-midi, est discuté tous les matins en conseil de rédaction, en fonction de l’actualité. Une fois fixé, c’est au tour du casting d’être mis sur la table. Qui inviter ? Qui mettre face à face ? Comment organiser le débat de telle manière qu’il y ait contradiction, sans que celle-ci ne se transforme en « foire d’empoigne » ? L’idée étant de doser la confrontation pour éviter à la fois la paraphrase et la défensive. Pas de recette miracle, cependant : il arrive que les mélanges ne fonctionnent pas, et que le clash s’invite sur le plateau.

« C ce soir » tournait à l’origine autour d’un grand invité, avec lequel le présentateur s’entretenait dans une première partie. Un temps de rencontre était ensuite organisé avec une personnalité liée à l’actualité, avant que d’autres invités ne rejoignent le plateau pour exposer leur point de vue, souvent divergent. La deuxième et la troisième saisons abandonnent cette structure en trois actes, pour se consacrer exclusivement à l’échange entre cinq ou six intervenants, la plupart étant des intellectuels et des personnalités engagées qui ont consacré un certain temps à réfléchir aux thématiques dont ils discutent. « L’idée n’est pas de faire une exposition professorale des points de vue, mais de créer une discussion animée et de faire émerger les nuances » affirme Nathalie Darrigrand. Dès le début de l’émission, Karim Rissouli, en alternance avec Camille Diao, donne les règles du jeu, résume les activités, l’expertise, et surtout les positions de chacun pour poser les bases de l’échange. Tout se fait dans les conditions du direct. Et le résultat est là : « France TV pourrait produire ce genre d’émission rappelle la Directrice Générale, [mais] elle continue de compter sur le savoir-faire [des] équipes de Together Media, fortes de leurs expériences sur d’autres émissions politiques [comme C Politique] ».

Un succès surveillé

Diffusée en deuxième partie de soirée, c’est-à-dire après les JT des autres chaînes, l’émission prend le risque d’une redondance avec les événements de la journée, qui constituent en même temps pour elle un ancrage. Si le public demeure captif de l’émission, si celle-ci est parvenue à s’imposer assez vite dans le paysage audiovisuel (environ 330 000 téléspectateurs chaque soir, selon Médiamétrie), si les commentaires sur les réseaux sociaux lui sont majoritairement favorables, c’est en partie parce qu’on y trouve un recul qui manque parfois ailleurs. « Il y a toujours la tentation de l’actu, reconnaît Nathalie Darrigrand. Or quand on y cède, ça ne donne pas forcément les meilleures émissions. Début juin, par exemple, le jour de l’attaque au couteau qui avait eu lieu à Annecy, nous nous étions posé la question de la pertinence d’un débat autour de ce drame. Mais c’était tellement omniprésent que nous n’avons simplement pas pu l’ignorer. Nous avons organisé un épisode à ce sujet, et nous avons reçu des retours selon lesquels ça n’était pas forcément une bonne idée. Ça n’était pas notre marque. Nous ne sommes pas une chaîne d’information en continu. » Il s’agit donc de bien doser, encore une fois. Suivre l’actualité, tenir compte des préoccupations du moment tout en conservant le recul de l’analyse à J+1 ou J+2. Cette programmation à flux tendu se répercute-t-elle sur la disponibilité des invités pressentis ? Selon Nathalie Darrigrand, les inquiétudes quant à une possible macrocéphalie parisienne dans ce choix ne sont pas fondées, la position géographique de l’invité ou le montant du billet de train pour qu’il puisse rejoindre le studio n’étant pas des critères.  

Malgré le soin apporté au casting de l’émission, celle-ci ne peut se soustraire à une critique assez récurrente lorsqu’il s’agit du service public : un manque de pluralisme politique dans le choix des invités. Dans les entretiens qu’ils accordent, les membres de l’équipe s’en défendent toujours. Du fait de son statut particulier, le groupe France Télévisions a l’obligation légale de fournir un même temps de parole à toutes les mouvances, politiques notamment, élues – l’Arcom veille au grain. Mais au-delà de la contrainte juridique, la question se pose de donner la parole à toutes les mouvances, tout court. En somme, faut-il permettre à chacun de participer au débat public, au risque de promouvoir des discours minoritaires et extrêmes ? La productrice de « C ce soir » répond sans hésitation. « Notre cadre, c’est le cadre républicain. Nous n’invitons pas les gens qui ne le respectent pas, qui sont condamnés ou portent des propos haineux. » Suffit-il cependant d’écrémer à l’entrée pour éviter la violence et les attaques ad hominem ? Oui et non, sans doute : depuis plus de deux ans que « C ce soir » existe, l’émission a reçu les louanges des confrères et consœurs, malgré les quelques épisodes qui se sont soldés par un esclandre, esclandre dont d’autres médias se sont emparés comme de la fausse note tant attendue. « À être trop gâté, on en devient sans doute plus exigeant, au point même de relever quelques dérapages » écrivait Étienne Labrunie dans Télérama. Pas de quoi enterrer « C ce Soir », ni le débat public sur nos écrans.

Propos recueillis par Louise Jouveshomme