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« Un ordinateur est forcément incroyablement rapide, précis et idiot, et les humains sont forcément lents, répétitifs et intelligents »

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Yani Khezzar, journaliste et responsable de l’innovation pour l’information à TF1

Yani Khezzar est journaliste responsable de l’innovation au sein de la rédaction de TF1. Son rôle : participer à l’enrichissement des reportages diffusés dans le journal télévisé, en les agrémentant de 3D, réalité augmentée ou en traitant des données nouvelles grâce à l’intelligence artificielle. Nominé au Prix Reporters d’Espoirs 2021 dans la catégorie innovation, Yani Khezzar était également présent sur notre espace au salon Vivatech pour un tour d’horizon des innovations éditoriales et numériques au service du journalisme de solutions, aux côtés de François Saltiel (Arte, France Culture) et d’Alice Pouillier (Ulule, SoGood).

Votre travail d’innovation participe-t-il à une volonté de montrer autre chose que « les trains qui déraillent » et le monde qui va mal ?

On a encore plus besoin aujourd’hui, durant cette pandémie, de messages d’optimisme. Le journal de TF1 a à cœur de mettre en avant des initiatives, notamment pour équilibrer des JT lorsqu’ils sont anxiogènes en raison d’actualités graves. Notre raison d’être est d’inspirer positivement la société, en témoigne le slogan de TF1, “partageons des ondes positives.

Nous tachons de l’illustrer par des portraits de personnalités inspirantes, ou par des opérations comme SOS Villages lancée par Jean-Pierre Pernaut pour mettre en relation des repreneurs et commerçants des villages de France. Les formats innovants, la technologie

comme la 3D et la réalité augmentée, nous permettent également de montrer à l’écran ce qui n’est pas filmable, pour alerter tout en donnant à voir des solutions ou en projetant un futur souhaitable. C’est ce que nous avons fait en offrant dans plusieurs reportages une vision en 3D de ce que pourrait donner la montée des eaux en France, ou de l’impact du changement climatique sur nos cultures agricoles d’ici 2050. [Reportages visionnables sur ce lien]

Tout téléspectateur peut constater ce que donne l’intégration de la 3D ou de la réalité augmentée dans vos reportages. La technologie modifie-t-elle aussi votre manière de travailler, en coulisses ?

Dans notre démarche d’innovation, il y a en effet aussi des choses qui ne se voient pas à l’écran mais modifient, et améliorent, la façon dont les journalistes travaillent. L’intelligence artificielle nous permet par exemple de faciliter le dérushage de nos interviews (dans le processus de montage des sujets), ou encore de surveiller nos réseaux sociaux et de vérifier les informations qui y circulent. Souvent, lorsqu’une information prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle va la repérer en amont. Ces nouveaux outils nous permettent d’accroître notre efficacité.

Finalement, votre démarche s’inscrit-elle dans une problématique bien connue de tous : la captation de l’attention !

TF1 est un média télé qui produit avant tout de l’information visuelle, tout en tâchant de ne jamais céder à l’information-spectacle. Le danger lorsque l’on utilise ces outils, c’est de vouloir trop s’amuser avec. Si l’on souhaite se divertir avec des effets spéciaux, le cinéma ou les jeux vidéo sont bien plus appropriés. La technologie utilisée dans le JT est toujours au service du contenu. Par exemple, pour le reportage sur la fonte des glaciers à l’horizon 2050,  

son but est d’illustrer en images que la montée des eaux va transformer le littoral français. Les images parleront toujours mieux que les mots. Afin de mobiliser la population sur ces sujets et de trouver des solutions, il n’y a rien de tel que de faire un peu de prospective pour montrer ce qu’il risque de se produire. Ainsi nous avons projeté une simulation de l’Université de Caen enrichie par les données du GIEC régional, sur une rue d’Etretat qui sera probablement inondée en cas d’orage.

Quid des solutions à envisager une fois que l’on a mis en lumière ce risque ? Des logements flottants construits sur l’eau par exemple.

Le côté spectaculaire de la réalité augmentée est indéniable mais il sert le sujet. Un public qui aurait tendance à zapper facilement ou à se renseigner sur les réseaux sociaux peut finalement s’intéresser au reportage grâce aux outils technologiques. Ce pouvoir d’attraction doit être utilisé à bon escient et toujours au service de l’information. Notre mot d’ordre est également d’utiliser la technologie uniquement lorsque l’information n’est pas filmable.

Comment voyez-vous « l’automatisation » de l’information dans 5 ans ?

Il va être intéressant d’accompagner le développement de l’innovation dans l’information. Il faut aborder la journée d’un journaliste comme étant un ensemble de tâches. Certaines sont des tâches proprement journalistiques comme la définition d’un sujet, l’enquête et la vérification des informations. Il va falloir y accorder de plus en plus de temps, notamment en raison de la concurrence des plateformes qui ne sont pas proprement journalistiques, comme les réseaux sociaux ou des citoyens. La valeur ajoutée des médias journalistiques sera précisément de mettre un point d’honneur à la vérification de l’information. Sachant qu’une journée ne dure que 24h, il faut réduire le temps sur certaines tâches des journalistes afin qu’ils se consacrent à l’essentiel. L’intelligence artificielle peut nous apporter ce bénéfice. L’automatisation de tâches à faible valeur ajoutée, comme l’abattage de dépêches, le phoning ou encore la retranscription manuscrite des interviews va permettre de soulager le travail des journalistes. Pour reprendre la pensée d’Einstein, un ordinateur est forcément incroyablement rapide, précis et idiot et les humains sont forcément lents, répétitifs et intelligents. C’est la combinaison des deux qui va permettre de créer quelque chose de puissant et d’utile.

Retrouvez la retransmission vidéo du débat dont est extraite cette interview sur :

Propos recueillis par François Saltiel, animateur du débat, et retranscrits par Léa Sombret.

« Le beau, à Chaumont-sur-Loire, résulte de l’alliance de l’art, du patrimoine et du jardin », Chantal Colleu-Dumond

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Chantal Colleu-Dumond est la directrice du Domaine et du Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire. Retrouvez-la dans notre émission en direct du « Train de la relance » à Orléans ce vendredi à 13h ! Sur le thème « La France, c’est le Beau », en compagnie d’autres acteurs de solutions de la région Centre-Val de Loire.

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« Nous devons mériter la confiance des lecteurs et, pour ce faire, reprendre les fondements du journalisme. » Marie Bertin et Jeanne La Prairie

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Guylaine Germain, 26 ans, a remporté le Prix Européen du Jeune Reporter 2021 pour son reportage “Des professionnels qui ne font pas “genre”, la ségrégation sexuelle dans le monde du travail”. Après des études de droit et science politique, elle s’est installée à Bruxelles pour effectuer un master en journalisme. Depuis son plus jeune âge, elle voue une véritable passion à Tintin qui a influencé son goût pour le reportage.

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“Les gens n’attendent pas qu’on leur dise quoi faire ou que d’autres se chargent de résoudre les problèmes”, entretien avec Nicolas Dessaigne

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LaFranceDesSolutions.fr est un moteur de recherche créé par Reporters d’Espoirs à destination des professionnels des médias. Son objectif : faciliter leur veille de contenus de solutions et d’initiatives pour les aider à enrichir leurs reportages, identifier de nouveaux angles, sujets, des projets concrets et pérennes. À l’occasion du lancement de cette plateforme de mise en relation des acteurs de solutions et des médias, nous mettons en lumière nos partenaires techniques, acteurs de la FrenchTech. Nicolas Dessaigne, ingénieur et entrepreneur, a co-fondé Algolia en 2012, un puissant moteur de recherche qui propulse de nombreux sites web dont LaFranceDesSolutions.fr, la plateforme de Reporters d’Espoirs offerte aux journalistes souhaitant faciliter leur veille d’initiatives et partager leurs reportages.

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« Recevoir un prix Reporters d’Espoirs m’a permis de rencontrer des journalistes professionnels et de mettre en lumière mon travail. C’est également un véritable coup de pouce financier. » Guylaine Germain

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Guylaine Germain, 26 ans, a remporté le Prix Européen du Jeune Reporter 2021 pour son reportage “Des professionnels qui ne font pas “genre”, la ségrégation sexuelle dans le monde du travail”. Après des études de droit et science politique, elle s’est installée à Bruxelles pour effectuer un master en journalisme. Depuis son plus jeune âge, elle voue une véritable passion à Tintin qui a influencé son goût pour le reportage.

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« Les solutions existent mais il faut les présenter de manière à ce qu’elles soient entendues » Xavier Fontanet

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Président du groupe Essilor de 1990 à 2013, entreprise devenue leader mondial sur le marché de l’optique ophtalmique, Xavier Fontanet est éditorialiste, professeur à HEC, et participe activement à l’animation de l’émission BFM stratégie. La Fondation Fontanet qu’il a fondée et qu’il préside, abritée sous HEC, distribue des bourses d’étude. Dans le cadre des Jeudis de la stratégie et d’Outremer network, Xavier Fontanet accompagne des créateurs d’entreprise issus de l’immigration par de la formation de haut niveau en stratégie et une distribution de bourses.

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« Pour trouver des solutions, il faut laisser s’exprimer un maximum de gens », entretien avec Benoît Raphaël

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Benoît Raphaël est journaliste, expert en transition numérique des médias et entrepreneur. Il a notamment cofondé Flint en 2016, un explorateur d’informations, basé sur l’intelligence artificielle et collective, pour s’informer de façon rapide et pertinente et présent sur notre nouvelle plateforme LaFranceDesSolutions.fr.

Cette plateforme, créée par Reporters d’Espoirs est à destination des journalistes et des professionnels des médias. Son objectif : faciliter leur veille de contenus de solutions et d’initiatives pour les aider à enrichir leurs reportages, identifier de nouveaux angles, sujets, des projets concrets et pérennes.

À l’occasion du lancement de cette plateforme de mise en relation des acteurs de solutions et des médias, nous mettons en lumière nos partenaires techniques, acteurs de la FrenchTech.

Vous travaillez dans le secteur des médias depuis de nombreuses années. Votre parcours en quelques mots ?

Je viens de la presse quotidienne régionale (PQR), donc du local et du populaire. Cette logique de proximité, je l’ai petit à petit exportée à des médias nationaux, notamment avec Le Monde, en co-créant LePost.fr (ancêtre du HuffPost), puis en créant Le Plus de L’Obs et le Lab d’Europe 1.

Plus tard, je me suis intéressé au journalisme de solutions : comment faire en sorte que les journalistes ne parlent pas seulement des problèmes mais qu’ils aillent chercher aussi des solutions ? On a donc monté une offre d’abonnement dédiée au sein de Nice-Matin en 2015. Par la suite, je me suis attaqué au problème de la surinformation, de l’infobésité et de la polarisation des débats, du fait qu’on ait du mal à débattre sans se battre. On a alors créé Flint.

Flint développe l’intelligence artificielle pour trier et extraire une information “qualifiée et de qualité” parmi tous les contenus existants, afin de remédier au risque d’infobésité… Quelles fonctionnalités offre Flint à ses utilisateurs ?

Flint permet à chacun de s’informer de façon pertinente et personnalisée. Il est basé sur l’intelligence artificielle et l’intelligence collective, qui est humaine, interactive et transparente, car les algorithmes ne suffisent pas.

Aujourd’hui, Flint est un journal dont on est le propre rédacteur en chef et dans lequel il y a des algorithmes de recommandations vertueux qui permettent d’explorer l’info sans nous enfermer. Il y a des rubriques auxquelles on peut s’abonner, qui sont faites par des journalistes ou des partenaires.

Vous reconnaissez-vous dans le mouvement de la Tech4Good ?

Flint est un acteur de l’information, plus précisément un acteur technologique de l’information puisqu’on est une “machine contre les machines” (les algorithmes des réseaux sociaux et des moteurs de recherche qui nous enferment).

On peut qualifier ça de Tech4Good… mais ce n’est pas pour autant que Facebook est Tech4Bad ! Les robots définissent leurs propres règles en fonction des objectifs qu’on leur a donnés. Dans le cas de Facebook, les objectifs étant uniquement la croissance de l’audience et de l’engagement pour favoriser la publicité, ils ont abouti à un système qui est devenu incontrôlable, tout comme ça l’a été précédemment, pour faire une analogie, dans l’agroalimentaire quand le marketing aveugle l’a emporté sur la qualité nutritive.

Il existe un risque de biais introduit par les algorithmes et les développeurs. Comment faites-vous pour offrir à vos utilisateurs une curation de contenus la plus neutre possible ?

Le modèle n’est pas tant créé par le développeur que par l’algorithme lui-même. Le biais algorithmique est normal puisqu’un algorithme est par définition une simplification de la réalité. Le plus important est de mettre les bons points de contrôle et les bons objectifs pour faire en sorte que ce biais ne nous éloigne pas trop de la réalité et, par effet d’entraînement, ne finisse pas par avoir des effets extrêmement pervers.

Notre modèle se veut vertueux : nos utilisateurs doivent être mieux informés, et non pas plus addict. Le seul biais que nous pourrions avoir est la personnalisation qui pourrait contribuer à enfermer les gens dans une bulle. Pour l’éviter, nous avons introduit de nouveaux modèles dans nos algorithmes : celui du hasard, qui consiste à ramener de nouveaux contenus dont l’utilisateur n’a pas l’habitude, et celui de la diversité des sources, pour avoir plusieurs approches du même sujet. Cependant, qui dit diversité dit également risque de désinformation. On a donc aussi travaillé des contre-algorithmes qui permettent de se protéger des contenus extrêmes.

L’intelligence artificielle est un domaine où bien des français sont pionniers et se démarquent – pensons par exemple à Yann Le Cun ou Luc Julia. Etes-vous confiant dans le génie technologique français ?

Oui mais le problème est qu’ils travaillent pour l’étranger, la fameuse fuite des cerveaux… En France, nous sommes très bons en mathématiques, donc en algorithmique mais il nous manque la puissance.

Je pense que les Français ont un rôle à jouer sur la qualité. Peut-être coûte-t-elle plus cher, ne produit pas des effets aussi massifs que les géants américains, mais peut donner lieu à une multiplicité d’initiatives. Je ne suis pas certain que la production de masse soit le seul avenir de notre société. 

Vous avez accompagné un certain nombre de médias dans leur transition numérique et leur recherche de business model. Quels sont les projets auxquels vous êtes particulièrement heureux d’avoir contribué ?

Tous ! LePost.fr créé pour le groupe Le Monde était un média populaire très différent, qui s’appuyait sur l’énergie du web et n’avait jamais été fait de cette façon-là. Nous avons fait des erreurs, appris beaucoup de choses, et l’idée reposait vraiment sur une forme de générosité d’un média qui s’appuie sur une participation populaire. Il a été un succès d’audience.

Le Lab d’Europe1, pour sa part, avait un ton très qualitatif et vraiment différent.

Quant à Nice-Matin, c’est la plus jolie expérience pour moi en termes de sens et de création d’une mécanique nouvelle.

Comment faites-vous pour identifier ces nouveaux créneaux, ces voies d’innovation ?

Pour trouver des solutions dans un monde complexe et interconnecté, il faut diversifier l’offre. On a besoin d’une diversité de voix, de genres, de cultures, mais aussi une diversité sociale. Le monde évoluant, on identifie de nouvelles problématiques : au départ, il fallait ouvrir davantage la parole, ensuite il fallait aller chercher cette parole, puis travailler sur les solutions pour changer la manière dont on abordait l’information – ce que Reporters d’Espoirs avait déjà anticipé.

Maintenant, on a besoin de créer des machines pour venir équilibrer les machines de recommandations d’articles qui finissent par nous enfermer et déstabiliser la démocratie.

Ce que l’on disait en 2017 à propos de la crise informationnelle à venir a été renforcé par la crise sanitaire. Elle a révélé cette crise et éveillé beaucoup de gens, suscitant un malaise profond, massif, populaire qui pose un problème pour la démocratie. Comme le démontre notre sondage IFOP/Flint sur le rapport des Français à l’information, la surinformation nous submerge (73% des Français), crée la confusion, et demande ainsi beaucoup de temps de cerveau. Médias, comme citoyens et chefs d’entreprise doivent trouver des solutions pour sortir de la crise, ce qui demande un temps précieux pour redevenir visionnaire et pas simplement réagir sans réfléchir. Nous allons avoir besoin de créativité et de diversité d’approches dans les prochaines années !

Quel est votre propre rapport à l’information ?

L’infofatigue qui s’ajoute à la surinformation et à la désinformation. 3% à 7% des français ne consomment plus d’information parce qu’ils n’en peuvent plus. Parce qu’ils ont besoin de temps pour soi, parce qu’une information perçue comme peu utile, déprimante, voire contradictoire et obligeant à consacrer des heures à démêler le vrai du faux, stresse, fatigue ou génère une démission. Je suis un peu dans cette configuration-là, aussi je suis l’actualité à travers Flint car il répond à un vrai problème qui se posait à moi. On a besoin d’avoir quelque part des contre-médias, des contre-approches, qui nous permettent d’aborder les problèmes en s’inspirant de choses qui fonctionnent.

La méthode du journalisme de solutions n’est pas facilement modélisable mathématiquement. Comment fait Flint pour identifier des contenus « à impact » ou à « tonalité positive » ?

L’approche de Flint est essentiellement psychosociale. Nous avons référencé 20 000 profils Twitter experts dont on analyse le comportement par rapport à plusieurs milliers d’articles. Le robot établit ses modèles mathématiques psychosociaux à partir de cela, à la manière d’un institut de sondage à partir d’une panélisation qualitative. Parler de solutions correspond à une certaine façon d’aborder l’information, à un profil psychosocial que le robot parvient à repérer.

Pour aller plus loin, nous avons besoin, à la manière de Yuka (application qui permet de scanner les produits alimentaires), d’étiqueter l’information, d’identifier l’opinion d’un article, d’apprécier sa valeur scientifique et technique. C’est ce que permet la troisième génération de robots que nous avons initiée.

LaFranceDesSolutions.fr est un outil à destination des professionnels des médias qui agrège le meilleur des contenus médias solutions ainsi que des initiatives partout en France pour étayer les reportages. Étant vous-même journaliste, quelle utilité y voyez-vous ?

D’abord, l’approche, positive et non naïve, est intéressante puisqu’on se rend compte que la problématique du journalisme de solutions est validée par tous les indicateurs – éditoriaux, citoyens, économiques. LaFranceDesSolutions.fr montre la richesse de ce journalisme, c’est une belle vitrine.

Je pense qu’elle permet aussi d’aider à faire le tri, ce qui constitue notre problématique commune. Il existe une richesse incroyable d’informations, mais elle est difficile à trier. Concernant les solutions, on voit bien la difficulté à trier : ce n’est pas un hashtag et il ne suffit pas de taper “solution” dans un moteur de recherche pour trouver des reportages de solutions.

Grâce à la technologie Flint, la plateforme LaFranceDesSolutions.fr a donc l’avantage de mettre en avant ce type de contenus. Elle donne l’exemple, met en avant des initiatives que les médias ont tendance à esquiver, donc je pense qu’il y a une vraie valeur ajoutée à mettre en avant.

Propos recueillis par Joshua Tabakhoff


L’interview de Xavier Antoyé, rédacteur en chef du Progrès, Le Bien Public, et Le Journal de Saône et Loire

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Nous l’avons la chance de pouvoir interroger Xavier Antoyé à l’occasion de l’étape lyonnaise du Tour des Reporters d’Espoirs, qui nous a mené à la rencontre du Progrès, du Club de la presse de Lyon, et de l’école de journalisme de l’ISCPA.


Quelques mots sur votre parcours ?

Journaliste de Presse Quotidienne Régionale depuis plus de 30 ans, j’ai effectué la moitié de ma carrière au Dauphiné Libéré, et suis aujourd’hui rédacteur en chef de 3 des 9 titres du groupe EBRA : Le Progrès, Le Journal de Saône et Loire et Le Bien Public.

Quelle place pour le journalisme de solutions dans les innovations du Progrès ?

L’ensemble de notre groupe de presse, EBRA, s’est engagé depuis plus d’un an dans cette démarche. Pour nous, le journalisme de solutions c’est le journalisme du « comment ». On ne cherche pas à répondre simplement aux 5W [technique d’écriture utilisée par les journalistes] car ce n’est plus suffisant aujourd’hui. Il faut aussi dire « comment résoudre le problème ». Pour compléter la fameuse phrase d’Albert Londres, il devient nécessaire d’aussi panser les plaies. Dénicher les idées qui permettent d’avancer fait désormais partie intégrante de notre rôle.

Notre credo c’est que chacun détient une partie de la solution. Un problème global et mondial nécessite des initiatives locales. En tant que quotidien régional, il est primordial pour nous d’en parler à nos lecteurs.

Un exemple d’initiative entreprise par votre journal ?

L’ensemble du groupe EBRA* a lancé depuis un an le supplément thématique hebdomadaire « Ici, on agit », qui traite de la lutte contre le réchauffement climatique. C’est un supplément commun à nos 9 journaux, diffusé à plus de 900 000 exemplaires. Nos rédactions s’emparent chaque mois d’une thématique, par exemple les mobilités, le traitement de l’eau, ou le rôle du télétravail dans la diminution de l’empreinte carbone des entreprises. Nous cherchons à mettre en avant des initiatives locales et à les décrypter. C’est un journalisme de solutions et d’investigation, qui expose un problème et explique les réponses qui ont été mises en œuvre pour y remédier. L’enquête est au cœur du journalisme de solutions. Notre ambition est d’apporter des idées concrètes qui donnent envie d’agir à nos concitoyens.

*Le groupe EBRA comporte 9 titres régionaux référents de l’Est de la France : Le Républicain Lorrain, L’Alsace, Le Progrès, Le Journal de Saône et Loire, Le Bien Public, Le Dauphiné Libéré, L’Est Républicain, Dernières Nouvelles d’Alsace, Vosges Matin

Propos recueillis par Gilles Vanderpooten


« La défiance à l’égard des journalistes est trop forte et trop injuste. En revanche, elle peut se justifier. Les récits d’un quotidien qui « va bien » participent aussi à redorer l’image du journalisme » Jean-Marie Mulon, créateur du Presstival Info.

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Ancien journaliste à Ouest-France, puis l’hebdomadaire Haut-Anjou, Jean-Marie Mulon est le chef d’orchestre du Presstival Info du pays de Château-Gontier, fondé en 2012 suite à la disparition du Festival du scoop et du journalisme d’Angers – qui fût pendant 25 ans un rendez-vous phare de la profession. Son événement qui célèbre sa 10e édition cette année, rassemble des professionnels de renom et des spécialistes sur des sujets d’actualité lors de conférences-débats et d’expositions. La Ville de Château-Gontier sur Mayenne a récemment été donnée en exemple dans un reportage intitulé « La France heureuse, la France qui va bien, et si c’était elle, la majorité silencieuse ? » paru le 8 juin dans Le Monde sous la plume du journaliste Luc Bronner. Un article qui a été maintes fois cité dans les plateaux TV et radio ces dernières semaines.


Luc Bronner, grand reporter au journal Le Monde, a réalisé un reportage remarqué par les débatteurs des plateaux-télé parisiens à Château-Gontier sur Mayenne, évoquant la ville – dont vous êtes le directeur de l’information et de la communication comme un témoignage de « La France heureuse, la France qui va bien ». Trois semaines après, quelles en sont les retombées ?

L’impact de cet article a été fabuleux. Chaque jour, on continue de nous en parler. Luc Bronner a réalisé un travail d’une grande rigueur, accompagné de la photographe Laurence Geai. Très rapidement, j’ai senti la pleine confiance que nous pouvions accorder à l’ancien directeur de la rédaction du Monde, son regard était bienveillant et il tachait sincèrement d’angler son reportage autour des solutions qui existent en Mayenne. Forcément, un tel travail a suscité de vives réactions.  C’est bien la preuve que la France a besoin de cela dans ces moments difficiles. Le public nous l’a dit lui-même. Il a aussi besoin d’entendre la France qui va bien.

Vous avez longtemps été journaliste, qu’est-ce qui vous a orienté vers la profession ?

En classe de 6ème, lorsque notre professeur de français nous a questionnés sur le métier que l’on souhaiterait faire plus tard, j’ai instinctivement répondu le journalisme. Cette envie s’est ensuite érigée en passion. Après un détour par les métiers de l’imprimerie, et par la photographie, je me suis tourné vers la correspondance de presse pour Ouest France en 1982. L’école du terrain, en région, au plus près du public, a été extrêmement formatrice. J’ai en parallèle eu envie de m’engager dans l’équipe du Scoop d’Angers, premier festival de journalisme à avoir été créé en France. Durant ma carrière, j’ai eu l’occasion de réaliser près de 7000 articles et reportages. J’ai gardé mon affection pour l’écrit même après avoir arrêté le journalisme en 2001, en écrivant notamment quatre livres. 

Après le journalisme, vous vous êtes embarqué, comme une partie des gens du métier, dans une autre aventure, celle de la communication. Certains disent que c’est antinomique.

Je suis convaincu qu’il faut une vraie dose d’information dans la communication, et que l’information doit savoir communiquer. Je ne suis pas capable de vendre un produit, je n’ai pas l’âme économique développée, mais j’ai le sens du territoire. Ce sont des histoires de femmes et d’hommes que je cherche à transmettre, finalement assez proches du métier de journaliste que j’exerçais. Au quotidien, dans mon métier de communicant, je tâche toujours de vérifier mes informations et de refléter la réalité du terrain.

Vous avez conservé un lien fort avec le secteur, en fondant il y a 10 ans le Presstival Info, premier festival de journalisme « à la campagne » – vous insistez bien là-dessus.

Le Presstival Info est né du constat du besoin d’une information qui donne envie d’agir, animée notamment par des voix comme celle de Reporters d’Espoirs. Si je devais résumer ce qu’est à mes yeux le Presstival, je le dirais avec les mots du dessinateur Kak, président de l’association Cartooning For Peace : “Le Presstival s’ouvre à toutes les formes de journalisme”. Nous accueillons à bras ouverts le dessin de presse, la photographie et tout ce qui compose le métier. Nous sommes aussi fiers d’être les représentants d’un festival de journalisme à la campagne. 

Le Presstival Info s’investit aussi dans l’éducation des jeunes aux médias, en partenariat avec France Télévisions.

C’est un enjeu crucial qui s’est confirmé malheureusement après les attentats contre Charlie Hebdo. Cette éducation aux médias –axée notamment sur la lutte contre la haine sur la toile- a finalement rejoint les programmes scolaires. On se rend compte que les jeunes sont en attente de comprendre les enjeux médiatiques, ils ont de l’appétit pour l’information, un esprit neuf et une curiosité. Le Presstival a pu accueillir 25 000 d’entre eux et les sensibiliser à des enjeux comme l’écologie, les archives ou la liberté d’expression.

Cette année, vous avez présenté une exposition sur le thème des déchets en mer.

Sur 200m2, nous avons exposé auprès de 1 200 élèves le travail de Bruno Dumontet, fondateur d’Expédition MED, intitulée « Mer et océans plastifiés, impacts et solutions en mer ». Cette exposition traite de l’invasion des déchets dans les mers et océans, en même temps que des propositions de solutions pour limiter cette pollution. Notre ville étant traversée par la rivière de la Mayenne, nous sommes très sensibilisés au thème de l’eau.

Vous travaillez beaucoup avec l’ONG Cartooning for Peace, fondée par le dessinateur Plantu.

Ayant rencontré Plantu au Scoop d’Angers, j’ai souhaité poursuivre une coopération avec son association et lui. Dès 2014, nous avons collaboré autour des « Dessins pour la Paix », exposition que plus de 12 000 jeunes et scolaires, ainsi que des détenus en milieu carcéral, ont pu découvrir en Pays de La Loire. Et actuellement nous accueillons l’exposition « Tous migrants » qui retrace le parcours de migrants à travers des dessins de presse du monde entier. C’est une exposition bouleversante qui participe à un peu de pédagogie et d’apaisement sur des questions qui divisent. 

Reporters d’Espoirs est partenaire du Presstival depuis ses débuts. Vous nous avez souvent laissé « carte blanche » pour pousser des documentaires et films d’ « espoir » – que ce soit à propos d’agriculture et de paysannerie, de quête de sens, ou d’introspection journalistique avec le documentaire « Les médias, le monde et nous » d’Anne-Sophie Novel. Le journalisme et les médias porteurs de solutions, vous y croyez ?

La défiance qui existe aujourd’hui à l’égard des journalistes est trop forte et injuste. En revanche, elle peut se justifier. Il est légitime de reprocher certaines méthodes journalistiques comme l’information en continu lorsqu’elle s’alimente de dites polémiques. C’est un journalisme qui m’échappe. La profession doit pouvoir réaliser une autocritique. Anne-Sophie Novel a eu le courage de poser un stéthoscope sur l’état de la presse française ce qui est extrêmement pertinent. Je recommande à tous les rédacteurs en chef d’avoir « Les médias, le monde et nous » en livre de chevet. Mais, je crois que les récits d’un quotidien qui va bien participent aussi à redorer l’image du journalisme, voire est nécessaire pour que journaliste et citoyen se retrouvent. La profession doit se désacraliser. Les nouveaux médias ont un rôle à jouer. Je crois qu’il est possible de concilier l’esprit Albert-Londres avec des perspectives et moyens nouveaux. Cela implique d’apporter la matière aux jeunes et de porter attention à leur esprit critique.

Propos recueillis par Léa Sombret.


« Sur ma chaîne YouTube dédiée à l’agriculture, je tâche d’éviter la béatitude tout autant que la condamnation absolue. C’est la clé d’un dialogue serein entre citoyens et agriculteurs. » Pierre Girard

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Pierre Girard est un journaliste et présentateur de télévision français, né le 16 novembre 1982 à Strasbourg. Depuis janvier 2009, il présente Xenius sur Arte, le magazine quotidien de la connaissance. En 2019, il crée Tous Terriens, une chaîne YouTube sur l’agriculture de solutions.

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