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Interviews

Simon de Cyrène

« Le handicap a tout pour nous rebuter, et pourtant, il nous renvoie à notre humanité ». Le film Les Habitants diffusé sur Canal+ nous invite à fraterniser à travers l’expérience Simon de Cyrène.

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Chaque année en France, 40 000 personnes tombent dans un handicap grave, victimes notamment d’accidents vasculaires cérébraux. Depuis la loi sur l’habitat inclusif, 2000 lieux ont essaimé dans le pays pour les accueillir « autrement » que dans des établissements hospitaliers. Les maisons Simon de Cyrène, à l’initiative de Laurent de Chérisey, par ailleurs cofondateur de Reporters d’Espoirs, offrent un cadre particulièrement humain où personnes valides et handicapées vivent en colocation. Quinze ans après leur émergence, le réalisateur Louis-Julien Petit donne à voir ces lieux de vie et des moments de partage touchants, avec « Les Habitants », diffusé gratuitement pendant 1 mois sur la plateforme Canal+. Nous avons profité de l’avant-première parisienne au Grand Rex pour nous entretenir avec les deux comparses.

Propos recueillis par Gilles Vanderpooten/Reporters d’Espoirs

Comment s’est faite la rencontre entre le réalisateur et Simon de Cyrène ?

Louis-Julien Petit : Candice Souillac, productrice de films, m’a évoqué Simon de Cyrène en des termes très simples évoquant les valeurs de l’association : de la vulnérabilité, de la réciprocité, des valides qui vivent avec des non-valides. Ça a éveillé ma curiosité d’homme et de réalisateur. Car ce sujet de l’humain au service des humains, c’est le vecteur de tous mes films. J’ai découvert qu’à 800 mètres de chez moi, à Marseille, se trouvait une communauté Simon de Cyrène. Je suis tombé en amour avec le lieu et les gens, et n’ai cessé d’y revenir. Puis je me suis ensuite rendu dans les maisons de Vanves, Rungis, Nantes, Angers, Toulouse, La Rochelle. On s’est tapé dans la main avec Laurent, sans trop savoir où j’allais car c’était mon premier documentaire.

Laurent de Cherisey :  La rencontre avec Louis-Julien constitue l’un de ces moments qui ne mentent pas. “Est-ce que cet homme va être capable de rentrer en relation ?” me questionnais-je. Un déjeuner avec lui a suffi à m’en convaincre immédiatement. Car il a ce talent relationnel. Après quoi je me suis mis en retrait. Il a pris son bâton de pèlerin pour rencontrer les personnes dans chaque maison où il s’est rendu. Je lui ai donné mon bouquin qui retrace l’utilité sociale du projet. Je lui ai fait confiance, d’autant que j’avais en tête sa signature très forte de films au service des êtres humains et des projets de société. Et c’est bien ce qui ressort des retours que l’on a du film : il n’y pas de pathos, pas de trop ni de pas assez. C’est un regard d’auteur. Le film ne dit pas tout de Simon de Cyrène mais il dit l’essentiel sur la relation et sur le goût de la vie.

Laurent de Cherisey a-t-il été facile à convaincre de se mettre en avant dans le documentaire ?

Louis-Julien Petit : Laurent m’a laissé construire le film. Quand j’ai commencé à plonger chez les habitants, il m’est apparu important de rentrer aussi chez toi Laurent. Il fallait que je filme ta sœur, tes parents, car votre histoire familiale est bien à l’origine de l’aventure humaine que tu as bâtie.

Laurent de Cherisey : Mon obsession, c’est que le projet de l’association soit solide, et qu’il le soit sans moi, parce que les œuvres qui sont liées à leur fondateur sont hyper fragiles. J’avais dit au début, surtout à Candice, productrice du film, que je ne voulais pas être du tout dans le film. Mais je savais de l’aventure Passeurs d’espoir [voyage autour du monde entrepris par Laurent, son épouse et leurs cinq enfants] qu’il fallait quand même qu’on ait un fil rouge qui raconte d’où vient l’histoire. Si ce n’est pas incarné, les gens ne comprennent pas et ne se projettent pas. Donc je t’ai dit, Louis-Julien “tu fais le minimum nécessaire me concernant”, et j’ai l’impression que tu l’as fait de manière ajustée. Je pense que ton parti-pris était de ne pas tomber dans le panneau de réaliser un film institutionnel.

Vous êtes habitué à réaliser des fictions, avec des acteurs et des actrices. Le registre est ici tout autre : filmer la réalité. L’exercice du documentaire est-il totalement différent ?

Louis-Julien Petit : Réaliser un documentaire n’a pas constitué un changement total, parce que je fais souvent des comédies sociales. Il y a dans chacun de mes films une part de réflexion sur la société, sur l’humanité, sur l’affection sociétale. Et pour enrichir le scénario, je vais souvent chercher des personnes qui n’ont jamais joué de rôle et se livrent telles qu’elles sont. Quand j’ai réalisé « Les Invisibles », film sur l’insertion des femmes de la rue, c’est avec beaucoup de femmes qui avaient réellement connu la rue et n’étaient pas forcément actrices. Pareil pour « La Brigade », qui porte sur des mineurs non accompagnés : les jeunes mineurs venaient des quatre coins du monde et n’étaient pas des acteurs non plus. Avec « Les Habitants », la boucle est bouclée : Sylviane, “la mascotte”, je l’ai tellement aimée que je lui ai proposé d’apparaitre dans mon prochain film, « En haut de la pile », qui sortira au cinéma en janvier 2027. Elle figure aux côtés de grands acteurs comme Alexandra Lamy, Corinne Masiero, Aliocha Schneider, Anthony Bajon et Yvan Attal. Et elle a trouvé sa place sans aucun problème.

Comment s’est déroulé le tournage des Habitants ? Combien d’heures et de jours de tournage, de temps d’acclimatation, a-t-il nécessité ?

Louis-Julien Petit : On a tourné des centaines d’heures de juin à décembre 2025. J’ai tourné 30 jours, peut-être 15 heures par jour, tellement il y avait de choses captivantes. Une partie du film était informative, didactique, et, au fur et à mesure du montage, je voulais qu’on raconte la communauté de l’intérieur par l’émotion, par le ressenti, par l’action presque.

Ça m’a touché d’être immergé non seulement en tant que réalisateur mais en tant que citoyen-témoin du vivre-ensemble dans plusieurs communautés Simon de Cyrène. J’y ai dormi aussi, plusieurs fois. C’était important d’assister au réveil, au coucher. Quand je revois cette caméra posée sur le lit de Nadia alors qu’elle tache de se remettre droite, je m’étonne encore qu’elle a oublié la présence de cet objet, pourtant intrusif. Au départ, durant les premiers jours, tout le monde te regarde, regarde la caméra, il y a un perchman. Puis, très vite, à se familiariser avec notre présence, les habitants en font abstraction et reviennent à la vie courante. Dans ce film, je ne voulais aucune voix off, aucun synthé, aucun sous-titrage. Je ne voulais pas entendre dire qu’on ne comprend pas bien ou qu’on sous-titre parce que telle ou telle personne a des problèmes d’élocution. Je ne voulais pas qu’on explique. Je voulais qu’on ressente.

Laurent de Cherisey : C’est puissant d’arriver à réaliser un film sans une voix off et sans un sous-titrage. La caméra disparaît, Louis-Julien a chopé des trucs de dingue. Il a tout compris.

Nombre de réalisateurs et producteurs disent qu’il est difficile de convaincre les diffuseurs, les chaines, d’accepter des films sur des initiatives solidaires. Qu’en est-il de votre côté ?

Louis-Julien Petit : C’est la force de persuasion de Laurent et de Candice ainsi que de Christine Cauquelin [ancienne directrice des documentaires chez Canal +] qui ont joué. Quand, après avoir dit que je voulais faire un documentaire dans mon petit milieu, on me demandait avec qui, je répondais “avec Christine Cauquelin”. C’était “madame documentaire”. Les Habitants, c’est son dernier avant de partir à la retraite. Elle est venue dans la maison partagée de Vances et s’est dit “il y a un film à faire”. On fait des films avec 3 mots : conviction, désir et confiance. Comme dans l’entreprenariat social.

Laurent de Cherisey : Ce sont des histoires de personnes engagées. Comme Candice Souillac, qui a mis toute sa crédibilité et son réseau sur la table. Christine Cauquelin et Louis-Julien Petit sont aussi engagés. Il fallait ces trois personnalités pour arriver à cela, en plus de la volonté de Canal+ de faire des films à impact.

Louis-Julien Petit : Je souhaite que le film vive sa vie le plus longtemps possible, en France et à l’étranger. Comme les maisons partagées, ce n’est que le début de l’histoire de ce film.

« L’agriculture est une problématique sociétale majeure, mais elle peut aussi apporter des solutions »

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Sabrina Gaba est écologue, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (NRAE) et co-directrice d’une infrastructure de recherche, la Zone Atelier Plaine & Val de Sèvre. 

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Comment l’AFP s’est réorganisée pour mieux traiter les enjeux environnementaux

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À l’occasion du prix européen jeunes Reporters d’Espoirs, nous avons pu échanger avec deux journalistes de l’Agence France Presse (AFP), Marianne Barriaux, adjointe au rédacteur en chef Europe et Juliette Michel, adjointe à la cheffe du pôle Planète, pour comprendre comment l’agence internationale a réorganisé sa rédaction pour mieux couvrir les enjeux environnementaux. 

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AFP : voici comment la plus grande agence de presse s’approprie le journalisme de solutions

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À l’occasion du dernier prix européen jeunes Reporters d’Espoirs, nous avons pu échanger avec deux journalistes de l’Agence France Presse (AFP), Marianne Barriaux, adjointe au rédacteur en chef Europe et Juliette Michel, adjointe à la cheffe du pôle Planète, pour comprendre comment l’agence internationale développe le journalisme de solutions dans sa production d’informations. 

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Le prix Reporters d’Espoirs, un  « fortificateur de confiance » pour Pierre Terraz, journaliste de 28 ans déjà multiprimé

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Crédit photo Pierre Terraz

Lauréat du Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs pour « Nommer, c’est faire exister » : sur la trace des morts anonymes, ce qui lui a valu d’être publié dans Le Figaro et de recevoir un prix de 2500 euros, Pierre Terraz a depuis été distingué, en octobre 2025, du prix Bayeux des correspondants de guerre pour une série de reportages intitulée « Birmanie : plongée clandestine dans la guerre civile ». 

Le jeune journaliste de 28 ans, qui cumule les distinctions -il a également reçu le Prix de la Fondation Lagardère-, s’est spécialisé dans les reportages à l’étranger, notamment au Bangladesh, en Thaïlande, en Malaisie, en Birmanie et en Indonésie. Il nous livre sa vision du journalisme de solutions et du prix Reporters d’Espoirs. 

Pierre Terraz : Les prix et les bourses de ce type sont des “fortificateurs de confiance”. C’est vraiment ça que j’ai ressenti en recevant le Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs. Ça apporte de la crédibilité à notre travail, et de la visibilité aussi certainement. On se dit qu’on est sur la bonne voie, et c’est d’autant plus important que notre métier n’est pas facile. Recevoir un prix, ça aide à vraiment se lancer avec confiance. A la dotation financière qui est forcément très sympa à recevoir, s’ajoute la satisfaction d’être validé par des pairs. Ce qui m’a fait le plus plaisir en recevant le prix, c’était que le jury comportait des professionnels de l’AFP, du Figaro, et des journalistes étrangers comme Paolo Levi aussi. Que mon travail soit validé par des gens plus âgés, plus installés, plus expérimentés que moi, c’est très stimulant !

« Quand vous êtes amené à couvrir un conflit sur le temps long, le journalisme de solutions devient une bonne option »

Pierre Terraz : A l’époque, j’étais déjà orienté sur les reportages à l’étranger, je ne le faisais pas régulièrement mais c’est ce que je voulais faire. Après le prix ça s’est un peu intensifié, j’ai eu plus de commandes pour partir à l’étranger, et notamment en Asie. De fait, en couvrant des zones de conflits, le journalisme de solutions, ce n’est pas le genre de reportages que je fais le plus souvent, mais il m’est arrivé d’en réaliser à plusieurs reprises, et de repenser à Reporters d’Espoirs. Par exemple, l’été dernier j’étais en Ukraine, où il y a énormément de soldats et de civils amputés, qui n’ont plus qu’une jambe ou qu’un bras. C’est un sujet un peu glauque, que je couvrais pour un magazine Suisse. J’ai tout de même opté pour un angle solutions. En Ukraine, avec la guerre, de nombreux clubs de foot pour amputés se sont montés dans les grandes villes du pays, pour les aider à surmonter les douleurs fantômes, à réapprendre à se servir de leur corps, et à le revaloriser. Il y a même désormais un tournoi national et international. Ce reportage a été complètement inspiré par le journalisme de solutions. 

Pierre Terraz : Quand on couvre un conflit, c’est assez compliqué de trouver des angles de solutions. Mais ils existent quand même. Les personnes victimes du conflit ou qui en pâtissent n’attendent pas la fin de la guerre pour commencer à se reconstruire. Tout cela se fait en même temps. Dans les médias classiques, le journalisme de solutions, ce n’est pas encore un réflexe, surtout pour couvrir les guerres. Mais j’observe que cela devient une manière intéressante de traiter les conflits sur le temps long. Au début du conflit, les médias sont très intéressés par ce qui se passe dans le pays. Mais après trois ou quatre années de guerre, il y a un espèce d’essoufflement de l’intérêt des médias, ou du public. Ils en ont assez. Donc quand vous êtes amené à couvrir le conflit sur le temps long, le journalisme de solutions devient une bonne option. Il permet de mettre en avant des initiatives locales pour faire face à la guerre, pour se reconstruire. Quand on a déjà beaucoup parlé des problèmes, c’est un bon moyen de continuer à capter l’attention médiatique sur la situation.

« La science n’est ni plus ni moins complexe à aborder que l’économie »

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Carole Chatelain nous a partagé en quoi ses études en littérature et en logistique internationale l’ont amenée au journalisme scientifique, comment les médias doivent adapter leurs métiers face aux défis environnementaux et pourquoi être sur le terrain est l’une des choses les plus importantes pour être journaliste à l’ère de l’intelligence artificielle.

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Philippe Grandcolas à Bayard

« Il faut un changement culturel profond face à la crise de la biodiversité » – Philippe Grandcolas

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Philippe Grandcolas nous livre sa vision sur la manière dont nous pourrions créer des ponts entre scientifiques et journalistes, le rôle des médias face à la perte de la biodiversité et pourquoi nous avons besoin d’un changement culturel pour réduire cette crise.

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« La fiction peut être anxiogène, mais les scénarios font intervenir des héros, ce qui crée une distance salutaire » Jean-Victor Blanc, médecin psychiatre, fondateur du Festival Pop&Psy

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Jean-Victor Blanc, photo Copyright Florent Vanoni

Nous l’avons entendu vendredi soir sur le plateau de Quotidien sur TMC. Jean-Victor Blanc est médecin psychiatre à l’hôpital Saint Antoine (AP-HP), enseignant à Sorbonne Université, chroniqueur au Mag de la Santé sur France 5, et écrivain. Il vient de faire paraitre l’ouvrage Pop&Psy : addicts aux éditions Points. Nous avons souhaité l’interroger, lui qui analyse les relations entre fiction et santé mentale, alors que s’ouvre ce vendredi à Saint-Ouen (93) le Festival Pop&Psy, « le festival pop de la santé mentale » qu’il a créé.

Gilles Vanderpooten : Vos travaux portent sur la représentation des troubles mentaux dans les films et séries. Avez-vous aussi examiné comment le journalisme s’en empare ?

Jean-Victor Blanc : Mon travail porte d’abord sur l’analyse, ce pourquoi j’aime bien la fiction. Elle me permet d’assortir les représentations qu’elle véhicule à mes connaissances scientifiques et cliniques, et cela au service d’une cause. Je fais un peu le même travail avec les prises de parole de célébrités pour illustrer des propos scientifiques. Mais pour ce qui est du reportage journalistique, je ne me prononce pas sur la qualité ou l’exactitude de l’information. C’est un autre domaine. Je recommande de ce point de vue le travail de l’association Papageno, qui fournit des conseils aux journalistes notamment sur la question de la prévention du suicide.

GV : Les mots utilisés dans les médias ont un impact. Avez-vous remarqué un mésusage de certains termes sur lesquels il faut attirer l’attention des journalistes ?

En santé mentale, beaucoup de problèmes sont liés au traitement des fait divers, souvent inexact lorsqu’il établit des raccourcis entre troubles psychiques et violences, un mésusage des termes comme « schizophrénie » ou « autisme », ou une confusion sur le rôle des psychotropes.

GV : En matière de films et séries, avez-vous un exemple de production réussie ?

L’ouvrage du Dr Jean-Victor Blanc paru le 3 octobre en version poche.

JVB : La série canadienne Empathie [NDLR : diffusée depuis septembre, et dans laquelle joue notamment l’acteur et humoriste français Thomas Ngijol], raconte le quotidien d’une psychiatre. Elle est très documentée et regarde les personnages avec beaucoup d’humanité sans les réduire uniquement à leur trouble. Elle se déroule dans le contexte assez spécifique d’une unité médico-légale avec des patients qui sont en général amenés par la Justice. C’est une petite partie du sujet, néanmoins je l’ai trouvée très juste et elle a été bien reçue dans la profession.

GV : On reproche à l’information son caractère anxiogène : catastrophes, angoisse, peurs, monde qui tombe. Peut-on faire le même reproche à la fiction ?

JVB : La fiction peut être anxiogène, mais les scénarios font intervenir des héros, ce qui crée une distance salutaire. Un sondage Odoxa-Doctolib réalisé avec nous en 2023 témoigne que 25% des Français considèrent films et séries comme une source d’information fiable sur la santé mentale, devant les reportages de presse et télévision qui ne sont cités ainsi qu’à 24%. C’est étonnant… En tout cas cela témoigne que la fiction peut être perçue comme informative.

GV : Quel est votre rapport aux médias ? Avez-vous une discipline particulière dans votre consommation d’information ?

JVB : Cela pourra paraitre préhistorique mais je m’informe essentiellement avec Le Monde, dans sa version papier, et que j’ai décidé de lire le matin. Parce que le soir je rentre chez moi trop tard, et parce que je me suis rendu compte durant le confinement à quel point la lecture des nouvelles retardait mon endormissement et donc la qualité de mon sommeil. Je m’informe très peu via la télévision, et j’ai désactivé mes notifications autant sur les applications des journaux d’information que sur les réseaux sociaux. L’information en continu et les alertes sont trop anxiogènes.

GV : La question de l’information revient-elle fréquemment chez vos patients ?

JVB : Elle revient parfois dans mes consultations, sans être centrale. Certains patients font le choix de prendre de la distance d’avec l’information, surtout lorsqu’ils sont sujets à une dépression et que cette dépression se teinte de l’environnement médiatique dans lequel on est. Il faut dire qu’en ce moment il est plutôt sombre. C’est un choix complexe, car il est important de s’informer.

GV : Le festival Pop&Psy que vous avez créé se déroule ce week-end du 10 au 12 octobre à Saint-Ouen-sur-Seine près de Paris. Avec du beau monde, des concerts, des conférences, et aussi un « Village des solutions ». Penser solutions, c’est important dans votre démarche ?

JVB : Oui, car en psychiatrie il faut apporter de l’espoir. Pop et Psy montre des exemples de rétablissement et des solutions, même si le secteur psychiatrique ne se porte pas bien. L’idée est d’être positif sans être naïf.

GV : Voyez-vous le traitement médiatique de la santé mentale progresser ?

Depuis 2018, la couverture médiatique de la santé mentale s’est améliorée, en partie grâce aux réseaux sociaux et à la pop culture, qui ont donné de la visibilité au sujet.

Pour aller plus loin

  • L’ouvrage de Jean-Victor Blanc, Pop & psy : addicts. Prendre soin de soi et identifier les comportements toxiques avec la pop culture, vient de paraitre en poche aux éditions Points au prix de 9,30 €.
  • Le festival Pop&Psy se tient ce week-end du 10 au 12 octobre à Saint-Ouen (93). Programme et informations sur www.popetpsy.fr