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Le Lab Biodiversité

Photo de Amélie Aronson sur Unsplash

Raconter la biodiversité pour mieux la comprendre

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La science est un langage qui doit être traduit pour être compris. Aussi, les journalistes traduisent chaque jour des connaissances scientifiques complexes pour les rendre accessibles au grand public. Les mots qu’ils choisissent, les récits qu’ils façonnent et les sources qu’ils mobilisent influencent la manière dont la biodiversité est perçue.

Comment trouver le bon équilibre pour rendre la science accessible tout en respectant sa rigueur ? Voici quelques pistes pour explorer différentes manières de parler de la biodiversité.

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La couverture médiatique des canicules a besoin de plus de (bio)diversité

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Fin juin, la France a enregistré la température moyenne nationale la plus élevée depuis le début des relevés en 1947 ; à peine un mois auparavant, une semaine de chaleur de niveau exceptionnel a déclenché la première alerte canicule de l’année et la première à avoir jamais été annoncée en mai.
Et c’est toute la biodiversité – flore, faune et donc…humains – qui en pâtit. Mais des solutions fondées sur la nature existent pour nous protéger des impacts des canicules, notamment en ville.

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biodiversité journalisme économique

Faire de la Biodiversité un (vrai) sujet économique : ce que les journalistes sont venus chercher au Challenge Reporters d’Espoirs

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Ils n’étaient pas venus écouter un énième discours sur l’urgence écologique. Ils étaient venus travailler. Le 9 juin, quarante journalistes, dirigeants de rédactions, économistes et scientifiques se sont retrouvés à la Fondation François Sommer, dans le quartier du Marais à Paris, pour une nouvelle édition du Challenge Reporters d’Espoirs. Un seul objectif : faire de la biodiversité un sujet du journalisme économique et financier. Pas une rubrique nature. Pas un encart de plus en fin de journal. Un sujet de fond, traité avec l’exigence de la macroéconomie ou des marchés financiers.

En trois heures, le format a tenu sa promesse : une conférence d’ouverture avec des économistes du vivant, des ateliers de co-construction d’angles et de formats, et un temps de networking. Ce que les participants ont rapporté dans leurs rédactions, ce ne sont pas des bonnes intentions. Ce sont des sujets, des sources, des méthodes.

Un nouveau réflexe : devancer la question du vivant

Pour les journalistes économiques et les correspondants internationaux présents, l’intérêt premier n’était pas idéologique, mais méthodologique.

Si la couverture de sujets complexes, comme le déploiement de l’intelligence artificielle et la construction massive de data centers,  intégrait déjà la consommation des ressources en eau, les risques de pollutions locales ou les arbitrages fonciers, le Challenge a permis d’ajouter une dimension systématique. Le constat partagé est clair : s’accorder un temps de réflexion dédié permet d’acquérir un réflexe supplémentaire. L’objectif éditorial est de ne plus attendre que les décideurs économiques amènent d’eux-mêmes la question de la biodiversité. Le journaliste peut l’imposer proactivement, en interrogeant les conséquences directes sur les écosystèmes et en s’appuyant sur des rapports scientifiques précis pour nourrir son enquête.

En quelques heures de travail collectif, ces professionnels ont ainsi pu élargir leur réseau de sources : nouveaux rapports d’experts, références scientifiques et indicateurs du vivant jusqu’alors hors de leur périmètre habituel.

Cette évolution n’est pas une conversion. C’est une consolidation de méthode. Le journalisme économique a toujours cherché à cartographier les interdépendances. La biodiversité en est une, massive, et longtemps sous-exploitée dans les grilles d’analyse habituelles.

Rendre le vivant palpable, sans édulcorer les faits

Le deuxième enjeu pour les participants était d’ordre éditorial. Comment traiter un sujet que les audiences perçoivent comme abstrait, lointain, ou réservé aux spécialistes, sans tomber dans le catastrophisme qui produit l’effet inverse de celui recherché ?

Deux journalistes présentes au Challenge posent le problème depuis des angles complémentaires. Lorraine Goumot, journaliste financière, commence par déconstruire une opposition qu’elle juge infondée : « L’économie est strictement corrélée à l’environnement. S’il n’y a pas de forêt qui fonctionne et d’agriculture qui fonctionne, il n’y a pas de création de richesse. Donc la biodiversité est un élément essentiel de la finance et de l’économie. Je pense qu’il faut sortir d’une dialectique qui oppose création de richesse, économie et protection de la nature. Les sujets ne s’opposent pas, ils sont intimement liés. »

Ce cadrage posé, reste une difficulté concrète de métier. Émilie Brouze, journaliste au service économie et transition au Nouvel Obs, la formule directement : « La difficulté en tant que journaliste, c’est que la biodiversité peut être plus abstraite ou difficile à relier à la vie économique. Il faut incarner ces sujets à travers des histoires, à travers des portraits. Je pense que le journalisme de solutions est une réponse pour dépasser les simples constats. »

C’est précisément l’articulation entre les deux : dire que biodiversité et économie sont liées ne suffit pas. Encore faut-il trouver les histoires qui le rendent visible. Donner la parole à des experts capables de vulgariser les indicateurs du vivant, enquêter sur des mécanismes concrets, c’est outiller les lecteurs — grand public autant qu’investisseurs institutionnels — pour orienter leurs arbitrages en connaissance de cause.

50 % du PIB mondial : un angle mort médiatique ?

Le chiffre est connu des économistes. Il l’est moins des rédactions : 50 % du PIB mondial dépend directement ou indirectement de la biodiversité, selon les estimations du Forum économique mondial de Davos. Derrière ce chiffre, 44 000 milliards de dollars d’activité économique exposés à la dégradation des écosystèmes. Un sujet qui concerne les rubriques finance, immobilier, agro-industrie, assurance, énergie, autant que les pages environnement.

C’est précisément l’angle que le Challenge proposait de travailler : non pas convaincre les journalistes économiques que la biodiversité « mérite » d’être couverte, mais leur montrer concrètement comment l’intégrer dans les sujets qu’ils traitent déjà. Avec des économistes comme Harold Levrel (Professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle), Lauriane Mouysset (CNRS), Alexandre Rambaud (AgroParisTech) ou Clément Feger (AgroParisTech), les ateliers ont permis d’identifier des angles solides, sourcés scientifiquement, directement exploitables en rédaction.

Ce qui change dans les rédactions

Ce que le Challenge révèle, au fond, c’est moins une prise de conscience qu’une accélération. Dans les rédactions économiques, le mouvement est déjà là. Les sujets existent, obligations réelles environnementales, comptabilité du capital naturel, risques climatiques dans les bilans bancaires, impact de l’agriculture intensive sur les rendements à long terme. Ce qui manquait, c’était un espace structuré pour travailler collectivement les angles, tester les formats, et trouver les sources scientifiques capables de tenir face aux exigences du fact-checking journalistique.

En trois heures, le Challenge a fourni une première version de cet espace. La biodiversité comme sujet économique n’est plus une intention. C’est un chantier ouvert.

Reporters d’Espoirs organise chaque année le Challenge avec le soutien de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale et de l’Office Français de la Biodiversité, et également le soutien cette année de la Fondation François Sommer, de l’Alliance de la Presse et du PressClub de France.

“Combien” les médias ont-ils couvert la biodiversité lors des élections municipales de 2026 ?

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Durant la campagne des élections municipales de 2026, la biodiversité disparaît des radars médiatiques. Éclipsée par les enjeux politiques et toujours moins traitée que le climat, sa couverture fluctue au rythme de l’actualité et baisse entre les deux tours des élections. Reporters d’Espoirs a analysé les données de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (OME) pour déterminer quel a été le traitement médiatique du sujet.

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homme dans un foret enneigé

Et si le sport changeait les règles du jeu pour la biodiversité ?

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Randonnée, ski, trail : des millions de personnes pratiquent ces sports chaque année, souvent au cœur d’écosystèmes sensibles. À première vue, ces activités semblent sans conséquence, mais elles s’inscrivent dans des milieux vivants complexes où la présence humaine peut influencer, parfois de manière discrète mais durable, la faune et les équilibres naturels.

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Tatiana Giraud - Moins de diversité, c’est une alimentation plus vulnérable et moins nutritive

« Moins de diversité, c’est une alimentation plus vulnérable et moins nutritive »

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INTERVIEW – Spécialiste de la diversité génétique et de l’évolution (CNRS et Collège de France), Tatiana Giraud salue le modèle de la ferme de Grand Laval, avec sa formidable biodiversité, et une compréhension de ce délicat système d’interactions du vivant.

Dans votre livre L’attention au vivant, vous insistez sur l’urgence de protéger la biodiversité.

Elle est souvent perçue, à tort, comme une simple collection d’espèces qu’il suffirait de stocker dans des banques de graines, ou de congeler. L’idée d’une Arche de Noé est fausse. Ce n’est pas une affaire de conservation statique : la biodiversité est un système dynamique d’interactions, qui entraînent des réactions en chaîne, un point de bascule critique. Quelle espèce clé de voûte disparue fera collapser tout un écosystème ? Si on stoppe ce mouvement, tout peut s’effondrer comme un vélo qui tombe à l’arrêt. Le vivant ne peut être figé, il doit évoluer.

Une illustration de ces interactions fragiles ?

Au Kenya, la disparition d’une fourmi locale, chassée par une espèce invasive, a perturbé toute une chaîne écologique : cette fourmi avait une interaction symbiotique avec les acacias, qu’elle protégeait des herbivores. Sans elle, les acacias ont moins de feuilles, qui cachent moins bien les lions, qui attrapent moins de zèbres et s’attaquent alors aux buffles… dont la population a chuté. L’introduction d’une espèce peut faire disparaître une espèce native, sans a priori de lien évident. Chaque espèce est un rouage, parfois invisible, du fonctionnement global. De même, un champignon pathogène a déjà fait disparaître plus de mille espèces de batraciens.

Comment expliquer l’appauvrissement de la diversité génétique ?

Essentiellement par les activités humaines : surexploitation, espèces invasives, destruction des habitats et dérèglement climatique. Ces pressions réduisent la diversité génétique des espèces, affaiblissent les écosystèmes et perturbent les équilibres naturels, comme l’augmentation des inondations liée à la disparition des zones humides, qui agissaient comme zones tampons.

Quelles conséquences pour nos modes de vie ?

Moins de diversité, c’est une alimentation plus vulnérable et moins nutritive. Les écosystèmes appauvris sont moins résilients face aux catastrophes et notre microbiote intestinal, donc notre immunité, s’altère. Il est aussi fondamental de conserver la diversité génétique dans nos ressources gastronomiques. Or, je travaille depuis dix ans sur les moisissures de fromage, et note que le Pénicillium camemberti ne se reproduit plus. En réalité, nos chers camembert et brie sont en train de devenir une espèce en voie de disparition…

Que peut-on faire pour inverser la tendance ?

Restaurer les habitats, réintroduire des espèces, développer l’agroécologie… Mais aussi éduquer et réglementer. Les COP sur la biodiversité sont un premier pas, trop lent. Il faut une régulation mondiale pour sanctionner les comportements destructeurs. La tragédie des biens communs, c’est que chacun en dépend, mais que certains en profi tent sans jamais payer les dégâts. La sobriété doit devenir une règle, pas une option, et remplacer le greenwashing des influenceurs.

Et à l’échelle individuelle ?

Réduire les pesticides, soutenir l’agriculture locale, participer à des actions de conservation. Chacun a un rôle à jouer. Il ne s’agit pas d’un lointain avenir, à moyen terme, nos enfants seront les premières victimes si rien ne change.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANGELICA TARNOWSKA /REPORTERS D’ESPOIRS

Comment traiter la biodiversité comme un investissement en santé publique plutôt qu’un coût ?

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Dans les médias, la biodiversité est encore majoritairement présentée comme une contrainte ou traitée à travers le prisme de la protection, de la perte ou de la réglementation.

Mais un autre cadrage est possible, nécessaire et particulièrement puissant aux yeux du grand public : celui de la santé et de l’économie. Pour l’implémenter, il faut repenser la narration de ces thématiques et de leurs enjeux en y reliant le rôle que la biodiversité détient dans notre quotidien. Explications.

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Doute, baby doute

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Un chronique signée Floriane Vidal

Quels sont les points communs entre un journaliste et un scientifique ? Je pourrais mentionner la rigueur et la méthode inhérentes à ces deux professions. Je pourrais évoquer les tristes attaques menées par divers acteurs afin de les décrédibiliser. Mais s’il y a une chose qui m’intéresse particulièrement aujourd’hui, c’est leur sentiment commun d’illégitimité quand il s’agit d’aller l’un vers l’autre.

Et c’est là qu’est l’enjeu : dans une époque où la démocratie est ébranlée, ces deux grandes professions sont essentielles à des prises de décision pertinentes pour notre avenir. Plus que jamais, nous avons besoin qu’elles s’allient, coopèrent, débattent, pour faire s’exprimer la connaissance et développer l’esprit critique, informer sur ce que nous ne savions pas jusqu’alors, et remettre en question nos certitudes.

Nous avons besoin que les scientifiques et les journalistes doutent…ensemble.

Se sentir illégitime, c’est douter de ses capacités, de son pouvoir d’agir, quand on a l’impression de sortir de son champ de compétences. Mais il faut parfois regarder les choses autrement pour dépasser ce blocage.

Prenons un exemple concret : chers et chères journalistes, vous arrive-t-il de traiter de ce que nous mangeons, des infrastructures que nous bâtissons, des produits que nous fabriquons et consommons, de l’énergie que nous dépensons, des loisirs que nous pratiquons, des maladies que nous attrapons et des médicaments que nous prenons pour nous soigner, des voyages que nous faisons, des investissements que nous réalisons pour l’avenir, du changement climatique auquel nous nous adaptons tant bien que mal, de la qualité de l’eau que nous buvons et de l’air que nous respirons ?

Si la réponse est oui, c’est une très bonne nouvelle : vous êtes donc tout à fait légitimes à parler de biodiversité – ou de nature, si vous préférez. Car la liste ci-dessus fait référence sans le citer à ce vivant dont nous faisons partie et dont nous dépendons. Sur ce constat, je vous rassure (ou pas) :  il n’y a plus aucun doute. Les scientifiques ont établi tous ces liens depuis bien longtemps.

Si vous doutez de mes propos – ou au contraire, si vous en êtes déjà convaincus – je vous invite à jeter un œil au MOOC que Reporters d’Espoirs vient de lancer, « Bien informer sur la biodiversité ». Certes, en 3 heures, nous ne révolutionnerons pas votre pratique du métier : c’est vous les pros. Par contre, nous vous y proposons de faire un pas de côté pour voir les choses sous un autre angle. Nul besoin d’une remise en question totale, juste d’un changement de point de vue, pour prendre conscience que la biodiversité peut enrichir la grande majorité de vos sujets. Et j’espère sincèrement que ce cours vous fera repartir avec plus de questions que de réponses.

Quel intérêt, me direz-vous, quand on manque déjà de temps pour traiter tout le reste ? 

Eh bien, si vous tenez à votre santé et celle de vos proches, à votre pouvoir d’achat, au plaisir de vos promenades dans la nature, ou encore à nos fromages, nos pains et nos vins, je ne peux que vous recommander de vous pencher sérieusement sur le sujet. Je ne doute pas que vous en ressortirez surpris, étourdis peut-être, mais surtout grandis.

Certains journalistes ont déjà entamé cette réflexion. Et c’est pour valoriser leur pas de côté que nous lançons notre Prix Reporters d’Espoirs Biodiversité. Ils montrent une autre voie, entre science et initiatives pour répondre aux problématiques de notre époque. Ils sont la preuve que se frotter à une thématique complexe en n’étant pas spécialiste est possible, que l’information est d’autant plus pertinente – pour eux comme pour leur audience – quand ils s’intéressent sincèrement aux scientifiques qui connaissent un sujet et aux acteurs qui se bougent pour résoudre les défis qu’il soulève. Qu’un journalisme rigoureux ET constructif impliquant les questions environnementales existe, et peut s’avérer désirable.

Peut-être ont-ils douté au moment de se lancer. Mais ils l’ont fait. Et c’est probablement ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui dans nos médias : douter – après tout, c’est le fondement-même de la science – et se servir de cet inconfort intellectuel comme d’un moteur pour aller à la rencontre de l’Autre, qu’il soit scientifique et/ou porteur de solutions. Créer du lien dans son information entre la connaissance et l’action. Évaluer l’impact. Remettre en question. (S’)Inspirer.

Et se demander si la désinformation ne prend pas justement racine là où nous préférons l’immobilisme et le silo des sujets bien rubriqués aux pas de côté qui nous feraient entrer dans une illégitimité supposée.

Chers journalistes, chers scientifiques, du fond du cœur : merci d’être ceux qui, par vos doutes, sont nos remparts face au simplisme et à la stupidité. Et de nous prouver que nous sommes toutes et tous légitimes à agir pour le monde que nous souhaitons.