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Gian-Paolo Accardo, membre du jury du Prix européen – La rencontre

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Gian-Paolo Accardo est un journaliste italo-néerlandais né à Bruxelles, fondateur et rédacteur en chef du site d’information Voxeurop (www.voxeurop.eu). Il a précédemment été rédacteur en chef adjoint de Presseurop.eu, de Courrier international et correspondant pour Internazionale, des médias réputés pour leur ouverture sur les langues européennes et leur horizon s’étendant au-delà des frontières nationales. Vous l’avez peut-être également entendu sur les ondes de France Inter, où il a longtemps contribué aux émissions dédiées au continent comme « Allô, l’Europe » et « Transeuropéenne » aux côtés de José-Manuel Lamarque et Emmanuel Moreau.


 

L’Europe, à vos yeux et par votre parcours, est une évidence !

Complètement. J’ai grandi et fait mes études entre Bruxelles, Rome et Paris. Après des stages et des piges entre la France et l’Italie, mon premier poste était à Internazionale, l’homologue italien de Courrier international, que j’ai rejoint par la suite à Paris et où je suis resté une quinzaine d’années. Mes cinq dernières années là-bas d’ailleurs ont été consacrées à PressEurop, traitant de l’actualité européenne en dix langues. En 2014, nous reprenions cette ligne éditoriale avec la même équipe mais sous un autre nom : c’est la naissance de Voxeurop, pour lequel je travaille toujours avec autant d’acharnement et de passion.

Pourquoi Voxeurop ? Avez-vous identifié un manque dans le paysage médiatique ?

Depuis que je m’intéresse à la presse et à l’information européenne, je remarque que l’Europe est de plus en plus intégrée mais qu’il n’existe pas de média européen ou paneuropéen pour la raconter, pour aborder les grandes thématiques qui circulent sans frontières notamment le climat, l’éducation ou encore le chômage des jeunes. Au niveau de l’Union européenne, nous avons trois piliers que sont le législatif, le judiciaire et l’exécutif sans pour autant avoir le quatrième pouvoir que constitue une presse libre et indépendante.

Pour toucher un maximum de lecteurs européens, vous avez décliné Voxeurop en plusieurs langues.

Nous pensons que si l’on souhaite s’adresser aux citoyens européens, il faut s’adresser à chacun dans sa langue. Aujourd’hui, les contenus de Voxeurop sont disponibles en anglais, français, italien, allemand et espagnol.

 

Le journalisme de solutions, est-ce une démarche qui vous parle et que vous pratiquez ?

Par nature, j’ai tendance à penser que « good news is no news »… mais que cet adage était valable jusqu’à une époque où le nombre de bonnes nouvelles était relativement élevé. Avec la crise, nous avons pu observer l’émergence d’une résistance par rapport aux mauvaises nouvelles, qui coïncide avec une baisse du budget consacré à la réalisation des reportages, qui sont les plus vecteurs de bonnes nouvelles. Le journalisme de solutions s’est affirmé au moment où la crise est devenue plus importante parce que les citoyens étaient plus réceptifs. Le journalisme de solutions, pratiqué avec rigueur et déontologie, n’est d’ailleurs pas en contradiction avec la Charte de Munich, un des documents de référence de l’éthique journalistique. L’enthousiasme et l’engagement dans l’information ne sont pas à proscrire dans la mesure où ils sont transparents.

Nous concevons à Reporters d’Espoirs le journalisme de solutions comme une méthode, et estimons que chaque journaliste peut faire preuve du même professionnalisme, du même regard critique et détachement vis-à-vis du sujet de son reportage, qu’il traite de problème ou de réponse à un problème. Il peut tout à fait traiter de réponses concrètes, de prise d’initiative, sans pour autant être engagé ou céder à l’éloge !

Le journaliste est un être humain. Aussi, prétendre qu’il est neutre partout et tout le temps est une chimère. Dans les reportages, par exemple, l’auteur ne se met pas forcément en retrait. Cela aide d’ailleurs le lecteur à se plonger dans son travail. La clé est l’honnêteté dans la transmission de l’information et la transparence à l’égard du lecteur.

Pensez-vous qu’il existe un journalisme européen ?

Le journalisme européen est composite. Je distingue le journalisme paneuropéen, tel qu’il est pratiqué par Voxeurop avec une vision transnationale, des journalismes nationaux qui composent une mosaïque de pratiques distinctes formant un tout. Dans les coalitions de grands quotidiens européens comme LENA (Leading European Newspaper Alliance, rassemblant 7 journaux de 7 pays) ou Europa, un des principaux obstacles que rencontrent les rédactions est que l’adaptation des articles entre les différents médias est relativement difficile. De ce point de vue, il n’y a pas un journalisme européen unique mais toute une mosaïque de pratiques journalistiques à l’échelle européenne.

Merci Gian-Paolo de rejoindre le jury du Prix européen du jeune reporter. En quoi vous retrouvez – vous dans cette initiative ?

Je suis tout à fait curieux de découvrir le fonctionnement du journalisme de solutions, les sujets qui intéressent les jeunes reporters tout autant que le langage qu’ils utilisent. C’est une opportunité de plonger dans le bain de la nouvelle génération de reporters. Enfin, si les reportages des lauréats du Prix européen du jeune reporter sont de grande qualité, il me semble envisageable de les publier et de les traduire en plusieurs langues sur Voxeurop.

Propos recueillis par Inès Barbe et Gilles Vanderpooten, Reporters d’Espoirs.


A propos de Reporters d’Espoirs & du Prix

Le Prix Reporters d’Espoirs met à l’honneur depuis 2004 les journalistes, innovateurs des médias, et étudiants-futurs professionnels des médias, pour leurs sujets traités sous l’angle « problème + solution ». Il a distingué plus de 100 lauréats depuis sa création, et célèbrera en 2021 sa 11e édition. Le Prix a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, ou encore de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions. Le Prix s’inscrit dans la mission de Reporters d’Espoirs « pour une info et des médias qui donnent envie d’agir ».

Stars4Media répond en direct à vos questions ce jeudi 8 avril à 15h

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Stars4media vous donne rendez-vous le jeudi 8 avril de 15h à 16h sur ZOOM pour répondre à vos questions en français.

Journalistes et pros des médias : vous avez de 2 à 10 ans d’expérience pro et un projet d’innovation (éditorial, data, tech, participation, journalisme de solutions…) ?
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Cleantech open France a ouvert son concours destiné aux startups et PME éco-innovantes !

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UN CONCOURS POUR LES ENTREPRENEURS DES CLEANTECH

Le concours Cleantech Open France est dédié aux startups françaises des technologies de l’environnement (cleantech). Il a été créé en 2010 pour répondre aux besoins spécifiques des entrepreneurs cleantech. Il offre des opportunités d’accompagnement, de financement, de collaborations avec les acteurs clés de l’écosystème de l’innovation, ainsi que de la visibilité. Enfin, c’est un tremplin pour un développement sur les marchés européens et américains.


LES 9 FILIÈRES DU CLEANTECH OPEN FRANCE :

  • Energies renouvelables,
  • Efficacité énergétique
  • Eau, air et protection de la biodiversité (des milieux, des espèces et des individus),
  • Mobilité,
  • Digital & IOT
  • Chimie verte & nouveaux matériaux,
  • Construction & immobilier,
  • Agriculture & alimentation,
  • Économie circulaire

 

RÉCOMPENSES : ACCOMPAGNEMENT, VISIBILITÉ, CONNEXIONS

  • Participez au Cleantech Open Global Forum aux USA en digital,
  • Présentez votre projet aux meilleurs experts techniques et business des cleantech (industriels, investisseurs, chercheurs, entrepreneurs, etc.)
  • Bénéficiez d’un label mondialement reconnu et gagnez en notoriété et en visibilité
  • Bénéficiez d’un accès privilégié à la communauté Cleantech Open France tout au long de l’année
  • Bénéficiez d’une année d’adhésion gratuite au Cleantech Open France vous permettant de bénéficier de tous les évènements de l’écosystème,

 

 

CRITÈRES D’ÉLIGIBILITÉ

• Vous développez une innovation dans l’une des 9 filières du Cleantech Open France
• Votre société est de droit français et ses statuts sont déposés
• Vous réalisez jusqu’à 5 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel
Quelles informations dans le dossier ?
• Description du produit/service, caractère innovant et différenciant, barrières à l’entrée
• Equipe
• Marché : taille, clients ciblés, concurrence
• Ecosystème de partenaires : financiers, R&D, académiques, etc.
• Impact environnemental de la solution
• Modèle économique
• Stratégie commerciale
• Maturité : commerciale, technologique, etc.
• Chiffre d’affaires réalisé et/ou prévisionnel
• Résultat net réalisé et/ou prévisionnel

Pas de nouveau dossier à constituer ! Il suffit de nous transmettre le même dossier (type business plan) que vous avez envoyé à une organisation pour laquelle vous avez candidaté préalablement (incubateurs, pôle de compétitivité, concours / prix, etc.).
Comment s’inscrire ? Remplir le formulaire et télécharger votre dossier de candidature ici.


 

POUR TOUTE INFORMATION COMPLÉMENTAIRE :

Chef de projet
Theotime Lamoureux – theotime.lamoureux@cleantechopenfrance.com – 06 35 55 97 33
Assistant chef de projet
Thomas Bruno – thomas.bruno@cleantechopenfrance.com – 06 01 29 32 31
Directeur Délégué
Pierre Deron – pierre.deron@cleantechopenfrance.com – 06 16 99 06 57

 

Le Tour des Reporters d’Espoirs fait étape le 29 mars à Marseille avec Raphaëlle Duchemin !

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#Épisode 3 du tour des Reporters d’Espoirs : 3 rencontres prévues avec les étudiants de l’EJCAM, les journalistes de La Marseillaise et la rédaction de Marcelle. 

L’association Reporters d’Espoirs a lancé début mars son tour des régions de France, à la rencontre des journalistes et étudiants, pour échanger sur le journalisme de solutions, le traitement médiatique des enjeux climatiques, et l’impact de l’information sur la vie des gens. Après Tours le 9 et Nice le 26, le Tour fait étape à Marseille lundi 29 mars en compagnie de Raphaëlle Duchemin, voix bien connue de la radio qui a œuvré sur les ondes de France Bleu, France Info, RMC et Europe 1 où elle a animé l’émission quotidienne La France Bouge.

Etape à Marseille, lundi 29 mars 2021 avec 3 rendez-vous :

  • Un échange avec les étudiants de l’EJCAM, école de journalisme et de communication de Marseille.
  • Une rencontre avec des journalistes de plusieurs médias régionaux et nationaux dans les locaux du média Marcelle.
  • Une rencontre avec la rédaction d’un média-phare régional, en l’occurrence La Marseillaise.

Après trois premières étapes à Marseille, Nice et Tours, de nouvelles rencontres suivront notamment à Bordeaux, Lyon, Amiens et Lille.

Contactez-nous

Pour toute information ou pour envisager une étape dans votre école ou école de journalisme, nous sommes à votre écoute :

Augustin Perraud
Relations presse Reporters d’Espoirs
ap@reportersdespoirs.org
01 42 65 20 88

Gilles Vanderpooten
Directeur général Reporters d’Espoirs
gv@reportersdespoirs.org
01 42 65 20 94

Tour des Reporters d’Espoirs, épisode 2 : RDV à Nice vendredi 26 mars

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Le Tour des Reporters d’Espoirs fait étape ce vendredi 26 mars à Nice Matin et à l’EDJ Nice avec Raphaëlle Duchemin !

Après Tours, c’est au tour de la ville de Nice d’accueillir la deuxième étape, ce vendredi 26 mars, en compagnie de Raphaëlle Duchemin, voix bien connue de la radio qui a œuvré sur les ondes de France Bleu, France Info, RMC et Europe 1 où elle a animé l’émission quotidienne La France Bouge, et le directeur de l’association Reporters d’Espoirs.

Raphaëlle Duchemin et Gilles Vanderpooten vont rencontrer la rédaction de Nice Matin et les étudiants de l’école de journalisme EDJ Nice pour explorer ensemble la pratique et les voies nouvelles du journalisme de solutions, démarche initiée par l’association Reporters d’Espoirs il y a près de 17 ans et dont le quotidien niçois est un porte-drapeau en France.

Ainsi, ce vendredi 26 mars 2021, deux rendez-vous sont prévus dans « la cité des Anges » :

  • Deux échanges avec les étudiants de l’EDJ NICE, l’école de journalisme (www.ecoledujournalisme.com). La direction pédagogique de l’école a initié un travail de fond à cette occasion, par lequel les étudiants ont mis en pratique le journalisme de solutions et réalisé articles et reportages qu’ils dévoileront vendredi.
  • Une rencontre avec la rédaction de Nice Matin.

Cette étape niçoise est importante, alors que Nice Matin a engagé une démarche structurée de journalisme de solutions dès 2015, qui suscite l’intérêt, obtient des résultats engageants, et fait des émules partout en France.

CONTACTEZ-NOUS

Pour toute information ou pour envisager une étape dans votre école ou école de journalisme, nous sommes à votre écoute :

Augustin Perraud
Relations presse Reporters d’Espoirs
ap@reportersdespoirs.org
01 42 65 20 88

Gilles Vanderpooten
Directeur général Reporters d’Espoirs
gv@reportersdespoirs.org
01 42 65 20 94

Entretien avec Alexia Kefalas, membre du jury du Prix européen

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« Le journaliste retranscrit ce qu’il observe, tel Hermès, le messager des Dieux de l’Olympe ».

Après des études en France au cours desquelles elle travaille comme correspondante du quotidien grec Ta NEA, Alexia Kefalas repart en Grèce, où elle collabore au quotidien grec Kathimerini et devient correspondante du Figaro, de Courrier International ainsi que des chaînes de télévision France 24, TV5MONDE, TSR et de la radio RTL.


Merci Alexia de nous faire le plaisir de rejoindre le jury de cette première édition du Prix européen du jeune reporter ! En quoi partagez-vous la démarche qui anime Reporters d’Espoirs ?

Tout d’abord merci pour votre invitation. J’aime promouvoir mon métier. Il m’a toujours passionné et continue à le faire. L’essentiel est de transmettre. Nous avons un métier exigeant face à l’infobésité, nous devons donc répondre par nos fondamentaux, double checker, filtrer, et intéresser. Le journaliste ne fait le jeu de personne, il retranscrit ce qu’il observe tel Hermès, le messager des Dieux de l’Olympe. Nous avons besoin d’avoir de modèles qui donnent un sens en ces temps difficiles.

Votre définition de lEspoir ?

On dit souvent que l’espoir est le pilier du monde. J’adhère aussi à la vision de Jon Agee dans « Le bon côté du mur » qui dévoile une histoire métaphorique qui évoque avec humour les murs ou autres frontières que les humains érigent par peur de l’autre. L’Espoir, c’est de ne pas dresser ces murs..

Comment le journaliste peut-il lincarner ?

Nous pouvons apporter des outils, retranscrire notre expérience du terrain, croiser nos infos avec des analystes, écrivains ou experts pour mieux décrypter. Fondamentalement, notre rôle est de donner des clés pour une meilleure compréhension dans un monde complexe. Ainsi, plus nous nous informons et plus notre champ est éclectique pour trouver des solutions.

Vous êtes correspondante de plusieurs médias français, comme Le Figaro, depuis la Grèce. Comment définiriez-vous le lien que vous entretenez dune part avec la Grèce, dautre part avec la France ?

C’est un lien européen. Nous sommes une vraie fédération d’Etats qui ont chacun une histoire mais aussi des racines communes. Cette année, nous fêtons le bicentenaire de la Révolution grecque. Cette dernière est intervenue en 1821, dans la lignée de la Révolution française. Et c’est grâce aux philhellènes (amis de la Grèce) que les Grecs ont pu se relever et surtout se soulever contre le joug ottoman. Ce joug a duré 400 ans, on le retrouve même sur les 400 plis de la fustanelle, jupette portée par la garde présidentielle de la place Syntagma à Athènes.

L’amitié franco-grecque résulte d’une influence mutuelle qui a traversé les siècles. La crise greco-turque en est un exemple phare. Elle est très actuelle et très dangereuse. La France a été l’un des seuls Etats à réagir concrètement, sur le terrain.

LEurope est-elle une entité qui vous semble essentielle dun point de vue culturel, littéraire, ou politique ?

Evidemment. Même si des ratés ont encore eu lieu récemment avec la problématique des vaccins. Toutefois et malgré les erreurs sur la crise grecque, la Grèce reste attachée à son appartenance à l’Union européenne. C’est une Europe qui n’est pas parfaite mais il y a des solidarités internes pour aller de l’avant et faire avancer la construction européenne vers un horizon commun. D’ailleurs Europe tient son la mythologie grecque!

Vous qui côtoyez la Grèce comme la France et qui observez lAllemagne, pensez-vous pertinent de parler de « peuple européen » ?

Même si LE peuple européen n’a pas d’existence véritable, il reste que LES peuples européens existent. L’Europe se doit de promouvoir des valeurs européennes et de les entretenir afin de perpétuer cette appartenance à une entité commune. L’Europe est une structure, les peuples sont libres de circuler. Nous avons tendance à tourner le dos au passé mais finalement, nous sommes tous des réfugiés de l’Histoire. Je préfère parler d’un « peuple du monde ».

Quelle place occupe la francophonie en Grèce ?

La francophonie recule dans le monde entier. Les instituts français ont tendance à fermer, en Grèce notamment. C’est regrettable mais ne le considérons pas comme une fatalité, regardons vers l’Afrique, où l’essor de natalité, rime avec la transmission de la langue française. Cette francophonie peut tout à fait renaitre, c’est justement la force de la langue française.

Des reportages « porteurs despoirs » vous ont-ils particulièrement touchée récemment ?

Je citerais volontiers le portrait d’Albert Bourla. Né en Grèce, à Thessalonique, dont les parents ont été déportés. Après des études de vétérinaire, il a gravit les échelons et est désormais le directeur général de Pfizer depuis le 1er janvier 2019. L’une de ses premières décisions à été de construire un centre de data à Thessalonique.

Un deuxième exemple : celui d’un jeune réfugié guinéen. Il n’avait pas obtenu l’asile et pourtant il a été accepté à SciencesPo. Après un reportage sur son parcours, une mobilisation s’est déclenchée en France pour l’accepter et l’accompagner dans son cheminement. J’ai aussi réalisé un reportage pour France 24 sur Alia Camara, un jeune réfugié guinéen arrivé dans le camp de Moria à Lesbos, qualifié de « camp de la honte ». Tout ce qu’il aimait, c’était le football. Il s’en est sorti et a pu intégrer une équipe de football  grecque (Panionos).

Avez-vous un conseil à adresser aux candidats au Prix européen du jeune reporter despoirs ?

Déjà, Jules Vernes s’interrogait sur le futur du journaliste. Aujourd’hui une grande prolifération d’information avec, notamment, les réseaux sociaux et les chaînes d’infos parfois anxiogènes. Il faut garder le cap vers un journalisme qui sépare la nouvelle de l’analyse, et éviter les formules toutes faites pour éviter de succomber à la filature de l’émotion. Ce sera mon conseil.

Propos recueillis par Inès Barbe.


A propos de Reporters d’Espoirs & du Prix

Le Prix Reporters d’Espoirs met à l’honneur depuis 2004 les journalistes, innovateurs des médias, et étudiants-futurs professionnels des médias, pour leurs sujets traités sous l’angle « problème + solution ». Il a distingué plus de 100 lauréats depuis sa création, et célèbrera en 2021 sa 11e édition. Le Prix a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, ou encore de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions. Le Prix s’inscrit dans la mission de Reporters d’Espoirs « pour une info et des médias qui donnent envie d’agir ».

[Sur la route du tour] Rencontre avec Chantal Pétillat, rédactrice en chef de La Nouvelle République du Centre-Ouest

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« En plus de donner un formidable écho aux initiatives locales, pratiquer le journalisme de solutions est formateur et stimulant pour la rédaction d’un journal régional comme le nôtre »

 

Chantal Pétillat est la rédactrice en chef de La Nouvelle République du Centre-Ouest, journal qui irrigue quotidiennement à plus de 150 000 exemplaires les régions Centre-Val de Loire et Nouvelle-Aquitaine. Nous l’avons rencontrée ce mardi à Tours en compagnie de Mémona Hintermann et d’une trentaine de journalistes connectés depuis quatre départements, à l’occasion de la première étape du « Tour des Reporters d’Espoirs ». Cette initiative nous conduit tout au long de l’année 2021 à rencontrer médias et écoles de journalisme des régions de France.

Chantal, la presse régionale et vous, c’est une longue histoire, une véritable passion !

L’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA) où j’ai réalisé mes études, m’a donné l’occasion de toucher un peu à tout : radio, télévision et presse écrite. La presse écrite m’a tout de suite intéressée, en lien sans doute avec la licence d’histoire que j’avais obtenue auparavant.

J’ai travaillé dans plusieurs quotidiens, à Sud-Ouest et au Courrier Picard, avant de rejoindre La Nouvelle République, où je pense avoir occupé tous les postes envisageables. Rédactrice dans une départementale, secrétaire de rédaction, et surtout « localière » dans des bureaux détachés – autrement dit journaliste qui couvre une zone géographique en particulier. C’est ainsi que j’ai réalisé toute ma carrière jusqu’à présent dans la presse quotidienne régionale.

Jusqu’à aboutir à la rédaction en chef !

Oui et, entre temps, j’ai formé la rédaction à une nouvelle ligne éditoriale, j’ai pu travailler au secrétariat général de la rédaction, ou encore être détachée sur le numérique.

Quelles sont vos thématiques de prédilection ?

Toutes les thématiques m’intéressent ! Et d’être « localière » m’a passionné, avec cette idée de proximité avec un territoire que l’on appréhende dans sa profondeur et à travers ses spécificités économiques et sociales. Ce qui est enrichissant, c’est la grande diversité des rencontres.

Quelle est votre conception d’un « journalisme de solutions » ?

Il s’agit de donner la parole à celles et ceux qui agissent concrètement dans la perspective de faire bouger les lignes. Nous suivons les initiatives dans le temps. Nous racontons leurs difficultés, leurs réussites. Nous les mettons « en vitrine ».

C’est un élément de la raison d’être de la presse quotidienne régionale ?

Complètement. La presse quotidienne régionale diffuse des solutions auprès des lecteurs mais aussi auprès des acteurs locaux. Sa force est le maillage serré des territoires. Les médias nationaux en tirent d’ailleurs d’innombrables idées. Nous mettons la lumière sur ces personnes qui innovent et qui font des choses parfois incroyables à leur échelle. Au-delà de la proximité, la presse quotidienne régionale bénéficie d’une vraie fiabilité.

Avez-vous une rubrique dédiée aux initiatives ou est-ce une démarche transverse ?

Prenons une illustration. Lorsque nous réalisons le portrait de Solange qui accueille des personnes âgées chez elle dans une petite ville. A travers son histoire, nous en venons à envisager la question des personnes âgées dans sa globalité, problématique qui relève de la politique sociale. Ainsi, nous mettons en lumière des initiatives, pour les contextualiser dans une problématique globale rencontrée sur le territoire.

On pourrait dire que l’on pratique cette démarche depuis longtemps sans le savoir. D’un autre côté, il faut admettre que le journalisme de solutions ne parle pas encore à l’ensemble des journalistes. Je suis convaincue qu’il s’agit d’un chemin que l’on doit approfondir. C’est en ce sens que nous avons participé à l’opération 24h pour La France des solutions coordonnée par Reporters d’Espoirs. Parce qu’en plus de donner un formidable écho aux initiatives locales, c’est formateur et stimulant pour notre rédaction.

Comment aller plus loin selon vous ?

Aujourd’hui, relayer les initiatives ne suffit plus. Il est désormais indispensable de s’interroger sur l’utilité du message. Le journaliste n’est plus seulement un fin observateur des territoires, le journal n’est plus uniquement le « miroir de la vie locale ». Il me semble que nous devons adopter de nouvelles façons de travailler sur les territoires, en coopération plus étroite avec les citoyens.

Vous avez déjà posé un nouveau jalon en ce sens, sur les questions climatiques et de biodiversité.

Nos journalistes ont en effet créé un groupe Facebook intitulé Foutue Planète ?. C’est un lieu qui est source d’enquêtes. On y partage informations, initiatives et réflexions sur l’environnement, le climat et la biodiversité. A l’initiative de cinq journalistes de La Nouvelle République et Centre Presse, il rassemble toutes les bonnes volontés qui veulent agir ou réagir face au dérèglement climatique.

 

Entretien entre Chantal Pétillat et Gilles Vanderpooten, retranscrit par Inès Barbe, Tours le 9 mars 2021.

Stars4Media : Jeunes professionnels des médias, bénéficiez d’un accompagnement dans vos projets d’innovation et d’une bourse de 5400 euros

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Innovez dans vos médias et coopérez au-delà des frontières sur de nouvelles solutions pour le journalisme !

Qu’est-ce que Stars4Media ?

Stars4Media est un programme européen d’échange et de formation pour les professionnels des médias visant à accélérer l’innovation et la coopération transfrontalière. En 2021 se tient sa seconde édition.

Développé par et pour les médias, et cofinancé par l’Union européenne, le projet Stars4Media soutient des initiatives sur lesquelles collaborent au moins deux médias de deux pays de l’Union européenne. Ces initiatives doivent contribuer à l’innovation dans, au choix : les nouveaux produits et formats éditoriaux, les technologies émergentes, ou d’autres innovations organisationnelles.

Pourquoi participer ?

  • coopérer avec un autre média européen pendant 4 mois ;
  • bénéficier des conseils et du coaching d’experts internationaux des médias pour tester une idée innovante ;
  • acquérir des compétences pratiques dans des domaines tels que le journalisme de qualité, le journalisme de données, l’intelligence artificielle et les technologies de traduction, le marketing et les médias sociaux ;
  • rejoindre une communauté d’innovateurs des médias issus de toute l’Union européenne ;
  • recevoir une subvention de 5 400€ par participant (modalités de versement précisées ici)

Qui peut participer ?

Stars4Media est ouvert aux professionnels des médias, principalement les jeunes « étoiles montantes », ainsi qu’à leurs mentors plus seniors, salariés d’une organisation médiatique ou pigistes (freelancers).

Chaque équipe doit :

  • Comprendre des professionnels des médias  d’au moins deux pays différents de l’Union européenne.
  • Collaborer autour d’une idée novatrice : une « initiative » Stars4Media.
  • Etre interdisciplinaire, donc impliquer des profils variés. Par exemple : journalistes, journalistes spécialisés dans les données, graphistes, développeurs web, responsables de médias sociaux, spécialistes de l’expérience utilisateur et du marketing, experts en données et IA, etc.

Les « initiatives » Stars4Media sont des idées innovantes qui seront développées sur une période de 4 mois, en se concentrant sur l’une des trois thématiques suivantes :

  • Journalisme, confiance et participation
  • Technologie et marketing des médias
  • Autres innovations

Les candidats peuvent s’ils le souhaitent proposer un projet qui allie plusieurs de ces thématiques (par exemple : une initiative de journalisme de données appliquée au thème de la diversité). Les sujets inscrits dans le tableau ne le sont qu’à titre indicatif.

Comment participer ?

1) Proposez votre initiative

Pour participer, vous avez deux options :

  • Soit vous êtes à un stade avancé et choisissez de soumettre directement une proposition d’initiative développée et complète. Il y a deux échéances :le 1er mai 2021 ou le 1er juillet 2021.Les candidats qui soumettent leur candidature d’ici le 1er mai auront l’occasion de présenter leur idée lors de l’événement Stars4Media Lab le 1er Vous pouvez toutefois soumettre une proposition pour la date limite du 1er juillet, même si nous encourageons les candidatures anticipées. Pour soumettre votre initiative, téléchargez et remplissez le formulaire ici (en anglais).
  • Soit vous êtes à un stade moins avancé, et vous pouvez nous envoyer  d’abord un projet de proposition d’initiative via info@stars4media.eu, en remplissant en amont le formulaire de demande. Dans ce cas, une équipe d’experts et de praticiens des médias peut vous guider dans la conception de votre initiative. Pour bénéficier du soutien et des conseils d’un expert des médias pendant la phase de sélection, vous devrez soumettre votre projet d’idée avant le 15/04/2021. L’expert qui vous est assigné vous aidera à développer une candidature qui correspond aux objectifs de Stars4Media, il/elle questionnera vos idées et/ou vous aidera à trouver un média partenaire.

2) Obtenez un coaching pour avoir plus de chances d’être sélectionné

Les candidats bénéficieront d’un coaching par des experts des médias de février à juin 2021. Un jury indépendant d’experts des médias évaluera les demandes d’ici au 15 mai.

Les candidats recevront également des commentaires constructifs lors de l’événement de formation virtuelle Stars4Media Lab au début du mois de juin : ils seront invités à présenter leurs initiatives et à participer à des séances de coaching. Ils peuvent soumettre leurs propositions retravaillées avant la date limite du 1er juillet.

Une trentaine d’initiatives seront sélectionnées et les participants pourront commencer leur collaboration dès septembre 2021.

3) Mettez en œuvre votre initiative avec d’autres professionnels des médias de l’Union européenne

  • Mobilité physique et coopération virtuelle : à partir du 15 septembre 2021, et pour une durée maximale de 4 mois, les professionnels des médias sélectionnés réaliseront leur initiative ;
  • Suivi et évaluation :l’élaboration de l’initiative sera suivie, évaluée et guidée par l’équipe d’experts de Stars4Media. Le processus de suivi et les démarches administratives seront facilités. Pour plus de détails, veuillez consulter les règles spécifiques de la deuxième édition de Stars4Media, disponibles ci-dessous.

Stars4Media Helpdesk : Contactez-nous sur info@stars4media.eu ou appelez-nous au: +32 (0)456 19 86 84 (Belgique).

Rejoignez maintenant la communauté Stars4Media sur LinkedIn pour échanger des idées et trouver des partenaires !

Si vous êtes intéressés de recevoir des conseils pour trouver des partenaires et vous inspirer des meilleures pratiques développées lors de la première édition du projet: consultez le Manuel Stars4Media (pdf).

Qu’entendons-nous par innovation ?

Pour en savoir plus, consultez la check list « innovation et viabilité économique » (pdf).

Quelles sont les conditions pour participer ?

1) Critères pour participer au projet Stars4Media

  • Les organisations de médias et/ou les pigistes qui soumettent une proposition d’initiative doivent être des résidents de l’Union européenne ;
  • L es organisations de médias et/ou les pigistes à l’origine des initiatives proposées approuveront les modalités du projet (voir ci-dessous) ;
  • Lors de la présentation d’un projet d’idée et/ou d’une proposition, le candidat doit confirmer l’engagement de son organisation médiatique (ou de son engagement individuel, s’il est pigiste) :
    • (i) aux normes et codes d’éthique journalistiques professionnels internationaux,
    • (ii) aux règles nationales applicables concernant, notamment, l’impartialité et l’exactitude ;
  • En règle générale, les professionnels des médias engagés dans une initiative devraient avoir plus de 2 ans et moins de 10 ans d’expérience professionnelle dans le secteur des médias ;
  • Les professionnels expérimentés sont encouragés à participer à chaque initiative en tant que « mentors principaux ». Les candidats ayant plus de 10 ans d’expérience dans le secteur des médias peuvent se joindre à n’importe quelle initiative, à condition qu’au sein d’une même initiative, les professionnels ayant plus de 10 ans d’expérience ne constituent pas la majorité des participants ;
  • Les professionnels des médias ayant moins de 10 ans d’expérience professionnelle dans le secteur des médias et les mentors principaux sont admissibles à recevoir une subvention Stars4Media ;
  • *Exceptionnellement, 4 personnes par organisation médiatique pourraient être acceptées pour participer au programme.

2) Les initiatives réussies seront régies par les dispositions énoncées dans les documents suivants. En soumettant votre initiative, vous reconnaissez et acceptez les règles suivantes :

Ce projet est développé par l’Université VUB, Europe’s Medialab (Fondation EURACTIV), WAN-IFRA et la Fédération européenne des journalistes, et il est cofinancé par la Commission européenne.


A propos de Reporters d’Espoirs & du Prix

Le Prix Reporters d’Espoirs met à l’honneur depuis 2004 les journalistes, innovateurs des médias, et étudiants-futurs professionnels des médias, pour leurs sujets traités sous l’angle « problème + solution ». Il a distingué plus de 100 lauréats depuis sa création, et célèbrera en 2021 sa 11e édition. Le Prix a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, ou encore de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions. Le Prix s’inscrit dans la mission de Reporters d’Espoirs « pour une info et des médias qui donnent envie d’agir ».

Et si vous rejoigniez vous aussi le Prix européen du jeune reporter ?

> Candidatez au Prix ou invitez les belles plumes de 18 à 30 ans de votre connaissance, journalistes ou non, étudiants ou non, à postuler !



A propos de Reporters d’Espoirs & du Prix

Le Prix Reporters d’Espoirs met à l’honneur depuis 2004 les journalistes, innovateurs des médias, et étudiants-futurs professionnels des médias, pour leurs sujets traités sous l’angle « problème + solution ». Il a distingué plus de 100 lauréats depuis sa création, et célèbrera en 2021 sa 11e édition. Le Prix a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, ou encore de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions. Le Prix s’inscrit dans la mission de Reporters d’Espoirs « pour une info et des médias qui donnent envie d’agir ».

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Journalisme temps

Entretien avec Gaspard Koenig, défenseur d’un journalisme qui prend le luxe de se laisser le temps

By agenda, L'actu de Reporters d'Espoirs, PrixNo Comments

« Je suis fermement convaincu que le journalisme c’est du terrain, du terrain, du terrain. Ce que je fais, c’est carte blanche, aléatoire : l’essence du journalisme. J’invite les candidats à faire de même. » Koenig 

Le philosophe Gaspard Koenig revient d’un périple de quatre mois à cheval à travers l’Europe. Il nous fait le plaisir de rejoindre le jury du Prix Reporters d’Espoirs, et partage à cette occasion avec nous des rencontres qui l’ont fait évoluer, sa conception de l’Europe, de la liberté, et d’un journalisme qui prend le luxe de se laisser le temps.


Vous revenez d’un voyage de quatre mois à cheval, 2500 kilomètres à travers l’Europe, sur les pas de Montaigne qui avait entrepris le même chemin en 1580 – du Périgord à Rome, en passant par Meaux, ou Mulhouse. Vous aviez pour objectif de « faire revivre l’humanisme européen », l’avez-vous rencontré ?

L’humanisme européen, c’est assez vague comme projet de départ : « humaniste » parce qu’à la rencontre des gens. Mais c’est chemin faisant que les choses se précisent ou non. Or je n’ai pas trouvé de sentiment d’appartenance européenne sur mon passage. Dire qu’il existe une culture ou des idées européennes ne me semble pas très conforme à ce que ressentent les gens. Les Humanistes du XVIe siècle étaient européens, mais parler d’un « humanisme européen », au final, me semble surjoué.

Vous avez peut-être en revanche rencontré une certaine forme d’humanisme en rencontrant des gens ?

Oui, et il se caractérise pour moi par le fait qu’on arrive encore à voyager et à rencontrer des gens hors de tout schéma préétabli, hors de toute application, de toute chose planifiée. C’est là, en étant rendu à l’aléa, qu’on trouve une forme de liberté. Ça fait beaucoup de bien dans un monde de plus en plus normé, où il faut décliner son identité à tout bout de champ. Cette manière de voyager à cheval m’a affranchi de toutes ces procédures de contrôle.

Le fait de réaliser ce périple à cheval a-t-il apporté quelque chose de particulier en termes relationnels ?

A voyager à cheval, il est certain qu’on entre plus facilement en contact avec les gens. Les rencontres se font sur un pied d’égalité, et elles ne sont pas liées aux opérations d’un algorithme. Je suis parti avec des bagages très réduits pour des questions de poids, avec l’idée d’être constamment hébergé, comme un voyageur qu’on accueille gracieusement, sur un bout de canapé. Avec l’idée de prendre non pas les chemins noirs mais de rencontrer la modernité – celle des grandes villes, des banlieues, des nationales, d’Orléans, de Florence… et de provoquer dans cette modernité une forme de disruption, de trouble, qui redonne de la vie, apporte de la spontanéité.

C’était aussi plus facile de réaliser ce voyage à cheval. En effet, si vous arrivez en citadin, vous mettez des mois à franchir les barrières, les biais, les filtres, alors que là, comme cavalier, les gens ne vous demandent pas vraiment ce que vous faites. J’ai été accueilli dans une relation simple et d’égalité. De fait, j’ai cette possibilité d’être à leur table, de partager leur diner, de voir ce dont les gens parlent entre eux, sans biais d’observation.

Au terme de ce périple j’ai l’impression d’être moins « hors sol » qu’avant, d’avoir rencontré des gens très accueillants. La relation d’hospitalité comme la palette des relations humaine font apparaitre une conception à part, même si elle est éphémère puisque la relation est de courte durée. Elle est très claire en même temps que très forte. Je suis d’ailleurs encore en contact avec beaucoup d’entre eux.

Comment avez-vous vécu cette grande aventure à travers l’Europe ? Quel sentiment cette dernière a-t-elle suscité ?

En quatre mois et demi, je n’ai quasiment jamais rencontré d’hostilité. Le cheval inspire la sympathie, la confiance, l’idée de prendre soin de sa bête, ou encore un côté peluche de l’animal. C’est un moyen extraordinaire pour gagner les cœurs, aussi je partais avec un avantage. Traverser l’Europe tout seul, partout, y compris dans la banlieue de Meaux ensoleillée, cela permet un enrichissement intérieur exceptionnel ! J’ai également pu prendre du recul sur les gros titres des journaux et sur l’idée que la société serait au bord de l’explosion.

Montaigne voulait « parler aux gens de ce qu’ils connaissent », qu’en pensez-vous ?

Le biais des sondages est incroyable : quand on demande aux gens « vous sentez-vous abandonnés ? » ils répondent « oui », se conformant gentiment aux stéréotypes que l’on porte sur eux et notamment concernant ce qu’on nomme « la France périphérique ». Or les gens avec peu de revenus peuvent ne pas se sentir pauvres.

Je suis passé par la diagonale du vide. Ce ne sont pas les régions les plus riantes, pour autant les gens détestent qu’on s’apitoie sur eux, en leur nom ou même sur les plateaux télé. Ils veulent qu’on les laisse vivre. Le vrai ressentiment est lié à l’impression que « le centre » prend des décisions extrêmement détaillées qui ne correspondent pas au terrain. Ces êtres se sentent alors enfermés dans des univers normatifs trop complexes, presque intrusifs.

La demande générale reste la suivante : « laissez-nous vivre, on se débrouille bien, qu’on nous laisse gérer ». Tous les gens que je fréquentais étaient ou soutenaient les gilets jaunes. Une norme de plus – pour les gilets jaunes une nouvelle limite de vitesse sur les routes nationales-, quelle qu’ait été la norme, ça fait déborder.

Ce voyage vous a-t-il amené à changer de point de vue ?

Il y a énormément d’aspects sur lesquels j’ai changé. Notamment sur ma relation au travail manuel, à la question du low-cost, au droit des animaux ou encore aux zones pavillonnaires. Le réflexe libéral apparait parfois comme inhumain, surtout lorsque l’on s’aperçoit que ces choses ont été imposées par des politiques publiques, collectivités et industriels : la question du libre choix se pose totalement.

J’ai aussi évolué sur ma vision de l’Europe. L’humanisme, les valeurs européennes, c’est vraiment pour les bobos. La subsidiarité pour permettre aux gens de vivre leur régionalisme, c’est essentiel. Dire aux gens de Périgueux et de Limoges qu’ils appartiennent à la même région ; que les habitants de la Champagne ont les mêmes problèmes que les Alsaciens… c’est un jeu administratif qui n’a rien à voir avec l’ordre spontané !

Enfin, je pense désormais que chacun devrait pouvoir se replier sur son ile. Ce pourquoi je suis pour le revenu universel : retrouver son soi, pouvoir faire une pause. Avoir une coquille où se réfugier. Avoir son île pour d’autant mieux en sortir afin d’aller à la rencontre des autres.

Comment définiriez-vous le rapport des gens aux médias aujourd’hui ? Koenig

La presse régionale reste un média très puissant. Ecrivez un article dans la presse locale, vous êtes sûr que les gens vous reconnaitront. Alors que j’ai écrit des chroniques dans Le Point, jamais personne ne m’a interpellé là-dessus, j’étais totalement inconnu. Les thèmes abordés par les médias nationaux le sont assez peu sur le terrain.

Avez-vous des initiatives concrètes à partager, qui ont du sens et que vous avez appréciées, ici ou là ?

J’en ai croisé tout le temps. Hélas parfois, la loi ne leur permet pas d’aller au bout d’un projet que ce soit pour planter des haies ou pour les transports scolaires. Les personnes qui combinent des vies m’inspirent beaucoup : par exemple ce maréchal-ferrant, récoltant de mirabelles, qui faisait aussi du miel. C’est une combinaison d’activités qui fait que les gens trouvent des solutions pour eux-mêmes. Partout. J’ai pu faire la connaissance de néoruraux, des gens qui refont de l’artisanat, créent une épicerie, se lancent dans l’agriculture biologique…. Des chemins prometteurs que je n’avais jamais explorés auparavant. Koenig Koenig Koenig Koenig Koenig

On vous connait surtout comme philosophe et écrivain, moins peut-être comme éditorialiste – or vous prêtez votre plume, en tant que chroniqueur aux Echos et au Point notamment. Quel regard portez-vous sur le journalisme ?

Je me suis coupé de toute info pendant cinq mois. J’étais très heureux. Je savais vaguement ce qui se passait, sans pour autant passer à côté d’informations vitales. Je regardais The Economist le week-end, mais plus du tout les sites d’information en continu.

S’intéresser au monde oui, mais le faire par étape.

Comme Hegel et sa prière du matin, je me suis astreint à ne suivre les chaines d’information que le matin. Le truc qui rend fou, c’est d’être suspendu aux alertes. Cela a un effet tourbillon. Nous devenons hystériques sur des sujets qui ne nous concernent pas. Certes ça a toujours été l’idéal des Lumières que l’information circule. Mais le but n’est pas d’être abreuvé d’information. Il faut parfois se couper pour se retrouver sur ses propre désirs et projets, ne pas les confondre avec ceux de la planète. Koenig Koenig Koenig Koenig Koenig

Le caractère anxiogène du journalisme, c’est un sujet de préoccupation pour vous ?

L’aspect anxiogène de l’information semble être recherché aujourd’hui par les médias.

Je n’ai pas de carte de presse, mais j’ai l’impression de faire du vrai journalisme que je caractériserai par celui qui ne sait pas ce qu’il cherche. Comme disait Montaigne : « je sais ce que je fuis, pas ce que je cherche ». L’incroyable luxe de se laisser le temps, de changer de sujet, de se laisser guider par le hasard et l’évolution de sa propre réflexion, pour trouver un fil.

Comme Albert Londres errant des mois durant, sur de fausses pistes, le menant à Paris pour finalement trouver le sujet de son reportage à Buenos Aires… Il faut réhabiliter l’idée que le journaliste est envoyé sur le terrain en ayant « carte blanche », et qu’il doit être payé pour cela. Par sa rédaction – qui investit du temps, des pages, un photographe…- et par des lecteurs dont il est crucial qu’ils acceptent de payer.  A mes yeux, l’idée que l’écrit devrait être gratuit sur écran, c’est la mort du journaliste, entrainé dans une course au clic et au trash où il finit par faire des posts sur twitter… Le New York Times ou Les Echos instaurent des paywalls : c’est absolument vital pour des raisons de fond.

Il y a des journalistes de news. Et il y a des reporters. La première chose que les journaux coupent en général ce sont les grands reportages. Or, s’ils font cela au bénéfice du commentaire d’actualité, ils suppriment ce qui fait leur différence et signent leur arrêt de mort. Albert Londres, à la fin de ses reportages, pouvait donner son opinion. Celle-ci était légitime parce qu’elle pouvait être incarnée au vu du parcours, et parce qu’il commençait par le fait.

Un conseil aux candidats au Prix Reporters d’Espoirs -notamment de futurs journalistes- que nous lançons, avec votre concours ?

Je suis fermement convaincu que le journalisme c’est du terrain, du terrain, du terrain. Ce que je fais, c’est carte blanche, aléatoire : l’essence du journalisme. Je les invite à faire de même.

Propos recueillis par Gilles Vanderpooten.

www.gaspardkoenig.com

Et si vous rejoigniez vous aussi le Prix Reporters d’Espoirs ?

> 18 à 30 ans : candidatez au Prix européen du jeune reporter avant le 15 avril !

> Professionnels du journalisme et des médias : postulez aux Prix Radio / TV / Presse écrite / Innovation / Engagement


A propos de Reporters d’Espoirs & du Prix

Le Prix Reporters d’Espoirs met à l’honneur depuis 2004 les journalistes, innovateurs des médias, et étudiants-futurs professionnels des médias, pour leurs sujets traités sous l’angle « problème + solution ». Il a distingué plus de 100 lauréats depuis sa création, et célèbrera en 2021 sa 11e édition. Le Prix a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, ou encore de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions. Le Prix s’inscrit dans la mission de Reporters d’Espoirs « pour une info et des médias qui donnent envie d’agir ».

 

#Épisode 1 : Tours, mardi 9 mars 2021

By Sur la route du tourNo Comments

Reporters d’Espoirs s’est rendu à Tours ce mardi 9 mars pour lancer son tour de France des rédactions locales et des écoles de journalisme.

Première étape à Tours ce mardi 9 mars 2021 à la rencontre des étudiants de l’École publique de journalisme de Tours (EPJT) et de la rédaction de La Nouvelle République du Centre-Ouest. Avec Mémona Hintermann, grand-reporter et ex-membre du CSA, et Gilles Vanderpooten, directeur de Reporters d’Espoirs.

Nous avons pu rencontrer et échanger avec les étudiants de l’EPJT et leur professeur Jérémie Nicey, enseignant chercheur et maître de conférence à l’EPJT, à propos du journalisme de solutions et aborder le sujet spécifique du traitement journalistique du changement climatique, étudié par le Lab avec L’Initiative MédiasClimat.

L’équipe de Reporters d’Espoirs a ensuite rencontré les journalistes et la rédactrice en chef, Chantal Pétillat, de La Nouvelle République, avec qui nous avons pu échangé sur les pratiques mises en œuvre par les journalistes locaux sur l’application concrète d’un journalisme de solutions.

Contactez-nous

Pour toute information ou pour envisager une étape dans votre école ou école de journalisme, nous sommes à votre écoute :

Augustin Perraud
Relations presse Reporters d’Espoirs
ap@reportersdespoirs.org
01 42 65 20 88

Gilles Vanderpooten
Directeur général Reporters d’Espoirs
gv@reportersdespoirs.org
01 42 65 20 94