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Plan B, l’économie autrement : quand quête de sens et volonté de transformer le secteur se rencontrent

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Plan B, l’économie autrement, émission de France 24, allie économie et journalisme de solutions depuis septembre 2023. Comment une émission économique avec un prisme solution s’est imposée dans un groupe comme France 24 ? Quelles sont les réalités du terrain ? Qu’est-ce que cela a apporté à la pratique du journalisme ? Des questions que nous avons posées à Myriam Mascarello, journaliste-présentatrice à l’initiative de cette émission.

Pouvez-vous revenir sur les motivations qui vous ont poussée à proposer ce format d’émission à votre rédaction ? De faire du journalisme de solutions ?

Myriam Mascarello : Je suis journaliste économique à France 24 depuis 20 ans, j’ai commencé le journalisme économique au moment de la crise des “subprimes”. L’émission sur laquelle j’ai travaillé avant celle-ci était un magazine de pédagogie économique car peu de personnes maîtrisent les termes du domaine. Elle s’appelait “Le gros mot de l’éco” et a duré six saisons. L’économie ne parle pas de l’essentiel, à savoir de l’insoutenabilité du système tel qu’il est, faire du journalisme économique sans parler du vrai problème ne m’intéressait plus, je n’y trouvais plus de sens. Nous sommes dans une période où les médias subissent une crise sans précédent  et l’information est angoissante, ce qui augmente la panique environnementale. Je souhaitais parler de transition en étant dans une démarche de journalisme de solutions, je l’ai vendu comme cela à ma rédaction. Le message de l’émission, c’est : “1. Ne fuyez pas, écoutez. Et 2. “Vous pouvez, vous aussi, participer d’une manière ou d’une autre aux différentes solutions.”

La mise en place de votre émission a-t-elle été facile à mettre en place ?

MM : J’ai commencé à travailler sur l’émission six à huit mois avant la sortie du pilote. Il n’y avait pas de journalisme de solutions à l’antenne donc j’avais beaucoup travaillé dessus pour que le projet d’émission soit accepté. A l’époque, il n’y avait pas autant de “backlash” environnement et le journalisme économique sous le prisme solution n’existait que très peu, donc j’en ai profité. Cela n’a pas été simple, et ça ne l’est toujours pas, le journalisme de fond ressemble de plus en plus à un sport de combat [référence à “La sociologie est un sport de combat”, film documentaire de Pierre Bourdieu].

Quelles sont les évolutions de l’émission depuis sa création ?

MM : Le pilote est le seul format de douze minutes, ensuite nous avons décidé de faire une émission de six minutes. Il y avait également une rubrique “pratique” où je donnais des solutions concrètes, des conseils pour que les téléspectateurs aient aussi le sentiment d’être acteurs Cette rubrique avait pour but de sortir du discours “j’angoisse, je ne sais pas quoi faire” ou “moi, on me culpabilise tout le temps, et on me le fait payer”. J’essaye de leur donner de l’espoir et des pistes d’amélioration. Il n’y a jamais qu’une seule solution, et j’explique dans l’émission que chacune des solutions a aussi des inconvénients ou insuffisances. Bien que la rubrique n’existe plus en tant que telle, en fonction du sujet, je donne toujours des conseils.

Comment se compose votre équipe ?

MM : En équivalent temps plein pour fabriquer quatre émissions, nous sommes 2,5 pour tout faire, de la conception au mixage en passant par le tournage, le montage et les réseaux. Je suis la seule à plein temps, le reste de l’équipe est composé de journalistes pigistes.

Comment trouvez-vous vos idées de sujets ?

MM : Je reçois régulièrement des mails d’attachés de presse nous proposant des idées de sujets. Il nous arrive de contacter certaines entreprises quand elles proposent de réelles solutions. Je trouve la grande majorité des sujets par secteur, il y en a énormément dans l’économie. Dans chaque secteur, j’identifie les “problématiques” les plus fortes et je cherche qui sont les acteurs concernés, comment, pourquoi, etc. Je trouve également des sujets grâce au terrain, nous avons de la chance d’en faire encore beaucoup. Plus on est sur le terrain plus les idées de sujets viennent naturellement, grâce aux rencontres notamment.

Quel est le message de l’émission ? Y a-t-il un public cible ?

MM : Il n’y a pas de public cible, l’émission est à destination de publics très variés. Je considère qu’une solution pour la transition économique est universelle par définition, mais qu’elle va prendre des formes différentes en fonction de là où vous êtes. La nature même du sujet me fait dire que l’idée est d’avoir des solutions le plus possible transposables. C’est pour ça que nous avons une rubrique qui s’appelle “Solutions d’ailleurs”. 

A lire aussi : le journalisme de solutions à l’AFP.

Comment avez-vous connu le journalisme de solutions ? Qu’est-ce que cela a apporté dans votre pratique du journalisme ?

MM : J’ai besoin de sens dans ce que je fais, comme beaucoup de monde, sinon je ne me sens pas bien. J’avais l’envie de faire quelque chose autour de la transition. En cherchant, j’ai découvert le journalisme de solutions. Cette approche du journalisme est “marketingement” utile, c’est-à-dire que si la presse veut garder son public, il faut qu’elle arrête de l’angoisser et qu’elle arrive à parler des sujets autrement, pas uniquement en solutions. Cela me fait beaucoup de bien parce que je ne me confronte plus tous les jours à des sujets négatifs, mais j’ai affaire à des personnes qui vivent quelque chose qui a du sens pour eux aussi. Cela est très enrichissant et répond à ma quête de sens et de mon désir de faire avancer la cause. J’ai eu un déclic, peut-être que d’autres vont l’avoir avec mon émission.

Comment se compose votre audience ?

MM : L’audience de France 24 Francophone est principalement issue d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne. Tout médium numérique confondu (réseaux sociaux, Facebook, Youtube et site internet), il y a 100 000 vues en moyenne par numéro. L’émission a son public, en particulier sur le continent africain dont les quelques sujets tournés là-bas ont très bien marché sur nos réseaux et ont aussi eu des répercussions sur place.

Savez-vous quels sujets fonctionnent le mieux ?

MM : C’est un aspect difficile à évaluer. Certaines fois des sujets fonctionnent sur les réseaux et pas du tout sur l’émission et inversement. L’idée derrière l’émission est de donner des clés pour que les personnes prennent part aux initiatives, et ce, quelles qu’elles soient. Le tout, en ne faisant pas croire que les solutions sont nécessairement faciles à mettre en place.

Marine Issartel

Personne peignant un message éco-responsable 'Allez Vert' sur du papier avec des gants et un pinceau.

Quand le greenwashing s’attaque à la biodiversité : comment le repérer et l’éviter ?

By Biodiversité Actu, Biodiversité Contenus, Economie, Environnement, Home, Le Lab Biodiversité, Non classéNo Comments

Depuis des années, le développement durable et le climat occupent le devant de la scène dans le débat sur le greenwashing. Mais un nouveau terrain a fait son apparition : la biodiversité. Que ce soit de la part d’acteurs économiques ou dans le cadre des négociations internationales, les études montrent que le greenwashing s’attaque de plus en plus à la biodiversité. Et le processus est efficace : 2026 est la première année pendant laquelle la biodiversité est davantage victime de greenwashing que le climat. Comment en connaître les manifestations et éviter de le pratiquer dans votre propre travail ? Voyons cela de plus près.

Greenwashing, de quoi parle-t-on ?

On parle de greenwashing lorsqu’une entreprise ou une organisation utilise certaines stratégies de marketing ou de communication pour donner une image plus écologique ou plus durable, alors qu’en réalité, ses pratiques commerciales ne le sont pas forcément. Il peut également concerner des produits et services, des actions menées par l’entreprise et de la réduction d’impact. Au-delà des consommateurs, le greenwashing affecte également les acteurs financiers, les actionnaires et les équipes internes des entreprises. Il existe plusieurs types de greenwashing, qu’il s’agisse d’utiliser des termes vagues, d’exagérer les efforts environnementaux, de minimiser des impacts environnementaux et de changer les objectifs initialement fixés. Novethic propose un glossaire qui détaille ces différentes variantes, tandis que le réseau international à but non lucratif Creatives for Climate met à disposition une version visuelle imprimable et partageable.

La biodiversité peut par ailleurs être une cible facile pour le greenwashing : sa complexité, le fait que nous n’ayons aucune métrique mesurable, la diversité des sujets et des crises qu’elle recouvre compliquent les discussions sur les impacts des activités économiques sur la nature. Il est donc plus évident pour des entreprises de brouiller les messages, et plus ardu pour les journalistes de démêler le vrai du faux.

Des risques qui augmentent et des stratégies qui s’adaptent

Ces dernières années, la biodiversité a fait son entrée dans les termes à la mode liés aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). De plus en plus d’entreprises souhaitent démontrer leur engagement en faveur de la protection et de la conservation de la nature, mais cela a également entraîné une recrudescence du greenwashing, de manière générale et plus particulièrement en ce qui concerne la biodiversité.

Le cinquième rapport annuel sur le greenwashing de la société suisse de données sur les risques RepRisk, publié en octobre 2026, révèle que le nombre d’entreprises associées à des pratiques de greenwashing a augmenté de 28 % par rapport à 2025, avec une hausse globale des incidents liés au greenwashing de 112 % entre 2022 et 2026. Bien que ces incidents couvrent des sujets variés, 2026 a été la première année où les questions liées à la biodiversité ont été soulevées plus souvent que celles relatives au changement climatique ou aux émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit désormais du sujet environnemental le plus exposé au risque de greenwashing.

Cependant, cette tendance varie selon les secteurs. Ceux qui sont traditionnellement polluants, ainsi que les institutions financières, les banques et le secteur informatique, continuent de générer une part plus importante de greenwashing axé sur le climat. En revanche, des secteurs tels que les énergies renouvelables et alternatives, l’exploitation minière, les services publics et les métaux industriels s’orientent davantage vers un greenwashing lié à la biodiversité. Ce qui est plus préoccupant, c’est que la liste de cette année compte de nombreux nouveaux venus par rapport à 2025 : 72 % des entreprises minières et 62 % des entreprises du secteur des énergies alternatives impliquées dans le greenwashing lié à la biodiversité figuraient pour la première fois sur la liste, contre moins de 50 % pour les secteurs du pétrole et du gaz, des compagnies aériennes ou des banques. Et, selon l’édition 2025 du rapport, l’Europe est l’une des zones les plus touchées. À elle seule, la France représente 4,1 % de l’ensemble des cas de greenwashing liés à la biodiversité recensés entre 2022 et 2025.

Pour autant, toutes les formes de greenwashing ne se valent pas. Une étude de 2026 publiée dans le Global Finance Journal a révélé que, parmi les entreprises du classement Fortune Global 500, le greenwashing peut être classé en deux catégories : les « discours creux » (engagements vagues ne fixant pas d’objectifs concrets) et les « discours positifs », qui mettent excessivement l’accent sur des résultats ou des actions positives et sont souvent utilisés pour gérer l’opinion publique à l’égard de l’entreprise.

Selon cette étude, le premier cas de figure se produit plus fréquemment lorsque les entreprises sont davantage exposées aux risques financiers liés à la biodiversité, tandis que le second se manifeste lorsque les politiques nationales de protection de la biodiversité se durcissent. Ces deux phénomènes ont connu une augmentation marquée en 2021-2022, parallèlement à l’adoption du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, ce qui suggère une corrélation avec les évolutions des politiques en matière de biodiversité. Grâce à un discours creux et/ou positif, « les entreprises peuvent s’assurer des avantages en termes de légitimité tout en évitant les coûts importants associés à une atténuation substantielle des risques ».

Mesures de l’Union européenne contre le greenwashing

L’UE a pris des mesures contre le greenwashing avec la directive « Empowering Consumers for the Green Transition », entrée en application le 27 septembre 2026. Celle-ci interdit les allégations environnementales génériques — telles que « respectueux de l’environnement » ou « naturel » — sauf si l’entreprise peut démontrer une performance environnementale excellente, pertinente et reconnue. Elle prohibe également les allégations de neutralité, de réduction ou d’impact climatique positif fondées sur des compensations de gaz à effet de serre réalisées hors de la chaîne de valeur du produit. En revanche, la directive ne constitue pas un régime exhaustif d’audit du cycle de vie pour toutes les allégations commerciales et ne prévoit pas de période de grâce générale : les labels de durabilité déjà utilisés doivent être conformes dès cette date, sous peine d’être retirés des communications commerciales.

Élaboration des politiques au niveau international

La biodiversité occupe une place de plus en plus importante sur la scène politique internationale. En témoignent les sommets biennaux de la COP sur la biodiversité, qui ont connu une forte augmentation du nombre de participants ces dernières années, avec l’arrivée d’entreprises et de grands groupes. Et certains de ces acteurs apportent avec eux des activités de lobbying, des risques de greenwashing et de nombreuses motivations d’ordre financier. 

Alors que la COP17 se déroule en Arménie en ce mois d’octobre 2026 et que les conclusions ne sont pas encore connues, la COP16 de 2024 qui s’est tenue à Cali, en Colombie, a enregistré la plus forte présence jamais observée de représentants du monde des affaires, selon le média d’investigation international DeSmog. Par rapport à la COP15, le nombre de participants issus du secteur privé a plus que doublé pour atteindre plus de 1 260 délégués. Les banques, les entreprises du secteur des énergies fossiles et les multinationales agroalimentaires (dont Nestlé, Pepsico et Cargill) étaient les plus représentées, y compris celles qui cherchent à « monétiser la biodiversité » et qui financent des projets nuisibles à l’environnement.

Les auteurs de DeSmog soulignent que, bien que les COP consacrées à la biodiversité soient « souvent perçues comme la petite sœur [des COP Climat], plus médiatisées, et considérées comme mieux protégées de l’influence des entreprises », cette perception et la réalité pourraient commencer à évoluer.

Certaines entreprises ont même envoyé plus de participants que certains pays : la multinationale chimique Bayer a dépêché plus du double de représentants que l’Éthiopie, un pays à forte biodiversité. Certains groupes agrochimiques et biotechnologiques comme BASF, CropLife et Syngenta ont été autorisés à entrer dans les salles de négociation, car ils font partie des délégations nationales de pays tels que le Brésil, le Canada, la Suisse et le Mexique. Le nombre d’organismes représentant les industries des pesticides, des biotechnologies et des produits pharmaceutiques a ainsi augmenté de 20 %.

Bien que leur participation ne soit pas en soi synonyme de greenwashing, le décalage entre leurs paroles et leurs actes peut relever d’une forme de greenwashing. De nombreuses sources ont indiqué à DeSmog que CropLife avait agi pour empêcher l’intégration d’un indicateur portant sur la toxicité cumulative des pesticides dans un cadre de suivi. Selon un porte-parole du Pesticides Action Network UK qui s’est entretenu avec DeSmog, cette initiative a empêché d’atteindre le quorum requis pour le cadre de suivi et a mis fin aux discussions.

Cependant, interrogé sur le même sujet, un porte-parole de CropLife a déclaré que « le secteur privé joue un rôle et assume une responsabilité cruciaux » dans la mise en œuvre de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) en « œuvrant à la création et au déploiement de solutions agricoles évolutives et durables qui préservent la biodiversité ». Cela soulève toutefois une question : compte tenu des nombreuses menaces que représentent les pesticides pour la biodiversité, une réglementation plus stricte — comme celle à laquelle CropLife s’est opposée — ne permettrait-elle pas de remplir plus adéquatement cette responsabilité ?

Comment éviter le greenwashing dans votre traitement de la biodiversité ?

Il est peu probable que le greenwashing resterait aussi répandu s’il n’était pas efficace. Il est difficile d’analyser les impacts réels — positifs, négatifs ou neutres — d’une action, d’une intervention ou d’une solution. Pourtant, c’est une dimension essentielle de notre travail de journaliste. Il est fondamental, dans notre métier, de lutter activement contre la désinformation et d’éviter de la diffuser nous-mêmes par inadvertance. Pour cela, il faut bien comprendre les tactiques et le langage du greenwashing afin de pouvoir le reconnaître lorsqu’il se produit.

Que pouvons-nous faire pour rester précis et critiques dans notre propre couverture médiatique ? Voici quelques conseils et ressources pour lutter contre le greenwashing.

  1. Comprenez la terminologie. Assurez-vous de bien comprendre ce qu’implique le greenwashing et comment distinguer ses différentes formes. Cela vous permettra d’identifier la meilleure approche pour lutter contre le greenwashing, tout en facilitant son repérage. 
  2. Remettez en question la source de l’information. Les données qu’une entreprise ou son attaché de presse partage au sujet de son travail sur des thèmes liés à la biodiversité peuvent être biaisées ou présentées de manière trompeuse. Il peut être utile d’approfondir vos recherches pour trouver d’autres sources ou obtenir une vérification indépendante. De plus, examinez qui finance le projet ou qui participe aux négociations (si vous couvrez une COP ou une autre conférence internationale) — la cartographie de l’influence dans le domaine de la biodiversité réalisée par LobbyMap constitue un bon point de départ.
  • Un peu d’inspiration : CleanCreatives publie chaque année sa « F-List », qui dévoile les agences de publicité et de relations publiques travaillant pour le compte d’entreprises du secteur des énergies fossiles (une industrie où le greenwashing est monnaie courante). TotalEnergies, par exemple, compte 14 agences différentes rien qu’en France — et plus de 50 agences dans le monde entier la représentent. Bien qu’il n’existe pas encore de ressource équivalente concernant la biodiversité, la méthodologie utilisée par CleanCreatives et la richesse des données disponibles en font néanmoins un outil précieux. Si vous recevez un communiqué de presse provenant d’une agence de communication, cela vaut la peine de consulter leur base de données pour vérifier si elle figure sur la F-List — si c’est le cas, il pourrait être judicieux de se montrer plus sceptique quant à ses affirmations.
  1. Soyez précis. Les communiqués de presse et les annonces regorgent de termes vagues. Lorsque vous couvrez ces actualités, soyez précis et ne reprenez pas systématiquement leur terminologie. Par exemple, le terme « vert » n’a pas de définition précise : dans votre traitement, précisez en détail ce qui est fait et ce qui ne l’est pas. Cela permet de faire clairement la distinction entre les affirmations d’une entreprise et les faits avérés.
  2. Examinez ce qui est mesuré… et ce qui ne l’est pas. Le « greenhushing » (sous-déclaration des données de développement durable) et le « greenlighting » (mise en avant d’actions durables pour détourner l’attention de celles qui ne le sont pas) sont deux formes courantes de greenwashing. Lorsque des chiffres liés au développement durable vous sont présentés, creusez davantage pour découvrir ce qui a été omis du récit, ce qui a été passé sous silence, et si ce qui fait la une est réellement l’histoire la plus intéressante. Une étude de 2026 sur la biodiversité et les entreprises, publiée dans le Journal of Cleaner Production, recommande de considérer les indicateurs composites — qui fournissent un score unique basé sur la moyenne de plusieurs mesures — comme un outil de présélection. Cependant, les auteurs conseillent d’examiner les indicateurs individuels afin de déterminer si un engagement est réellement aussi bénéfique pour la biodiversité qu’il n’y paraît, ou s’il ne sert qu’à masquer des compromis.
  3. Analysez l’impact, la cohérence et la communication. Le greenwashing peut se manifester dans de nombreux aspects du discours et de l’image de marque d’une entreprise : les effets qu’elle a eus sur l’environnement, sa capacité à tenir ses engagements, ou encore les images qu’elle utilise. Examinez-les tous en détail. Le Cadre d’évaluation du greenwashing, élaboré en 2022 par une équipe de scientifiques spécialisés dans les sciences naturelles et sociales ainsi que de consultants en communication, fournit un guide à suivre — la version originale est disponible sous forme de page interactive, tandis que la mise à jour de 2025 est accessible au format PDF. Bien que cette ressource soit disponible en anglais, l’ADEME a élaboré un guide similaire en français. A noter que ce dernier s’adresse davantage aux personnes chargées d’élaborer les communications de leur entreprise qu’à celles qui analysent ces communications de l’extérieur.
  4. Les engagements futurs ne valent pas les actions présentes. Les objectifs et les échéances n’ont de sens que s’ils sont respectés. Observez ce que fait réellement une entreprise lorsqu’elle affirme progresser : ses actes sont-ils à la hauteur de ses paroles ? De plus, les objectifs sont-ils atteints avant que de nouveaux ne soient fixés ? Ou bien les repères sont-ils repoussés d’année en année sans jamais être atteints ?

*Pour une représentation visuelle de l’influence des entreprises lors de la COP16, consultez la cartographie interactive de DeSmog.

Photo : Thirdman, Pexels

Semaine Afriques des Solutions - Gilles Vanderpooten

Semaine l’Afrique des Solutions 2026 : Gilles Vanderpooten, Ambassadeur de Solutions, invité à Paris

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La 4e édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) se tient les 23 et 24 octobre 2026 à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Parmi les invités, Gilles Vanderpooten, directeur général de Reporters d’Espoirs, reçoit la Médaille d’Honneur d’Ambassadeur de Solutions et prend la parole lors de la présentation de huit projets structurants.

Un rendez-vous né d’un constat sur la visibilité

Lancée en 2023 par l’association Notre Voix, la Semaine l’Afrique des Solutions part d’un constat que ses organisateurs répètent d’une édition à l’autre : faute de visibilité, de connexions stratégiques et de financements adaptés, de nombreuses initiatives africaines peinent à atteindre leur plein potentiel. La SAS se définit comme une plateforme consacrée à l’identification, à la valorisation et à la mise en réseau des solutions portées par les Africains, les Afrodescendants et leurs partenaires.

L’événement a déjà changé de lieu et de thème. Après une première édition en France en 2023, la deuxième s’est tenue à Rabat en octobre 2024, première fois que l’événement se déroulait sur le sol africain, autour du rôle des médias et des entrepreneurs dans l’accélération des solutions. La troisième est revenue à la mairie du 16e arrondissement de Paris les 24 et 25 octobre 2025, avec pour objectifs affichés de changer les narratifs négatifs sur l’Afrique et de mobiliser des investisseurs.

« L’Afrique n’est pas un continent en attente de solutions », rappelle son président fondateur, Léonce Houngbadji.

Semaine l’Afrique des Solutions 2026 : une 4e édition à forte dimension médiatique

Placée sous le thème « Génération Solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme », l’édition 2026 met les médias au premier plan, selon le programme communiqué par les organisateurs. Huit projets structurants, sur une vingtaine annoncés, sont présentés lors de la première journée, le vendredi 23 octobre. Un Forum des Solutions Africaines est également au programme, avec des sujets comme la santé numérique, la transition écologique et l’agriculture.

La journée de clôture, le samedi 24 octobre, est consacrée au renforcement des capacités : ateliers pratiques sur le pitch et la communication, et Labs thématiques conçus comme des espaces de co-création. Des journalistes, dont plusieurs venus de la République démocratique du Congo, sont attendus.

Gilles Vanderpooten, Ambassadeur de Solutions à la SAS

Gilles Vanderpooten dirige Reporters d’Espoirs depuis 2015. Il est l’auteur de La France des Solutions (Arthaud, 2017) et le coauteur, avec Stéphane Hessel, d’Engagez-vous.

À Paris, il rejoint les Ambassadeurs de Solutions pour l’Afrique, les Caraïbes et leurs diasporas et reçoit à ce titre la Médaille d’Honneur correspondante, selon l’organisation. Il intervient aussi dans la séquence consacrée aux huit projets structurants. Après leur présentation, l’organisation l’a invité à porter son regard sur ces initiatives, à partager sa lecture de la dynamique positive à l’œuvre en Afrique malgré les défis, et à contribuer à la réflexion sur les conditions de leur réalisation et de leur déploiement.

Ce que le journalisme de solutions apporte à la Semaine l’Afrique des Solutions 2026

Les médias ne font pas qu’informer. En choisissant ce qu’ils racontent, ils décident en partie de ce qui devient visible, et donc de ce qui peut être soutenu, financé ou reproduit. Une initiative qui fonctionne mais que personne ne documente reste hors du débat public.

Le journalisme de solutions ne consiste pas pour autant à écrire plus favorablement. Il applique à une réponse la rigueur qu’on réserve d’ordinaire à un problème : ce qui est mis en œuvre, avec quels résultats, avec quelles limites, et à quelles conditions cela peut être reproduit. Documenter n’est pas promouvoir. Une solution qui échoue ou qui ne passe pas à l’échelle fait partie de l’enquête.

La distinction compte ici. La SAS se présente comme une plateforme de valorisation et de mise en réseau, ce qui n’est pas le rôle d’une rédaction. L’organisation parle elle-même de conditions de réalisation et de déploiement : les huit projets en sont donc, pour l’essentiel, au stade de l’ambition plutôt que du résultat démontré. C’est sur ce terrain, entre l’annonce et la preuve, que la méthode du journalisme de solutions peut apporter un éclairage.

Semaine l’Afrique des Solutions 2026 : informations pratiques

  • Dates : vendredi 23 et samedi 24 octobre 2026
  • Lieu : mairie du 16e arrondissement de Paris
  • Thème : « Génération Solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme »
  • Organisateur : association Notre Voix
  • Participation : réserver un pass de contribution

Océanie : le journalisme de solutions, laboratoire d’une information plus inclusive

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Crise de confiance, fermetures de rédactions, continent communautés du Pacifique sous-représentées : l’Océanie répond par le journalisme de solutions. De la Nouvelle-Zélande à l’Australie, médias, universités et collectifs en font un levier d’inclusion et de reconquête du public. C’est ce que nous allons voir dans cet article de la série “Le JoSo dans le monde” dans un continent peu médiatisé.

L’état du journalisme en Océanie ressemble au reste du monde, c’est-à-dire : une hausse de la concentration des médias, une baisse des revenus publicitaires, une baisse de la confiance dans les médias, et des fermetures de postes. De plus, les sujets sur l’environnement et le climat souffrent d’un manque d’accessibilité aux données et d’une sous représentation de certaines communautés notamment dans le Pacifique. La géographie de ce continent se révèle être un obstacle dans de nombreux cas : accès à du matériel difficile, journalisme local en déperdition. Nous verrons dans cet article de quelle manière les journalistes et institutions proposent des solutions pour assurer un accès à l’information et de qualité pour tous.

NB : Nous parlerons ici du journalisme de solutions et du journalisme constructif. Pour plus de lisibilité, quand nous évoquerons un des deux types de journalisme dans un paragraphe, l’autre sera évoqué implicitement du fait de leur convergence.

En Nouvelle-Zélande :

Le journalisme en Nouvelle-Zélande est en bonne santé mais depuis la crise du covid-19, il n’échappe pas aux crises du système. Un environnement non favorable pour permettre l’accès des citoyens à une information fiable et inclusive. En 2024, l’une des deux plus grosses chaînes de télévision du pays a fermé, faute de moyens. La presse locale n’est pas non plus épargnée. Un contexte économique qui affaiblit la participation à la vie citoyenne et démocratique dans les villes et régions touchées par ces fermetures de médias. Le déclin de confiance dans les médias a est observé depuis 2020 par le Journalism, Media and Democracy research Centre (JMAD). Depuis 2024, les chercheurs ont remarqué que le public était demandeur d’un accès à une information de qualité et indépendante. Les médias d’investigation trouvent de plus en plus leur place dans l’écosystème médiatique néo-zélandais. 

De plus, la Nouvelle-Zélande est un pays où les communautés asiatiques et autochtones augmentent depuis plusieurs années. Ces communautés sont représentées dans les médias, que ce soit dans les rédactions ou dans les sujets abordés. Une couverture partielle qui renforce les stéréotypes à leur encontre.

Le journalisme de solutions pour faire entendre la voix des communautés sous-représentées

Le journalisme de solutions est implanté en Nouvelle Zélande. Il existe notamment grâce à l’existence du collectif de l’Asia Pacific Media Network (APMN) fondée en 2022 pour améliorer la représentation dans les médias des populations autochtones et du Pacifique. Le collectif regroupe des journalistes, chercheurs, universitaires et militants associatifs. Ils mènent leurs activités en Nouvelle-Zélande et Pacifique en mettant l’accent sur un journalisme constructif, les communautés sous-représentées et un journalisme engagé en faveur de la justice sociale, tourné vers l’avenir et axé sur la recherche de solutions. L’APMN collabore avec le média, l’Asia Pacific Report, lancé en 2024. Une étude de 2025, menée par Khairiah A Rahman et Adam Brown, a analysé le rôle et le travail de ce collectif en tant que média constructif. Les résultats ont montré que l’Asia Pacific Media Network promeut un journalisme constructif avec une vision inclusive et donne les moyens d’agir aux groupes marginalisés. 

Il existe un type de journalisme semblable à cette méthode dans la région du Pacifique, appelé le journalisme Talanoa, basé sur l’inclusivité, la remise en contexte, le dialogue. Précurseur dès l’origine, ce journalisme s’est construit sur un travail de terrain, au plus près des questions qui concernent la communauté. Son modèle participatif repose sur des actions d’éducation et de formation, afin de lutter contre la mésinformation et la désinformation et d’instaurer la confiance.

Des médias qui se rapprochent peu à peu du journalisme de solutions

Peu de médias néo-zélandais revendiquent faire du journalisme de solutions, certains ont une rubrique dédiée tandis que d’autres sont des médias communautaires autochtones dont certaines lignes s’en rapprochent

Fondée en 2017 avec la volonté explicite d’éviter les titres racoleurs, cette rédaction indépendante privilégie les enquêtes approfondies d’intérêt public. Elle aborde régulièrement des problèmes sociétaux majeurs – tels que le changement climatique, la politique environnementale et les enjeux économiques structurels – en mettant l’accent sur l’analyse systémique, les réponses en matière de politiques publiques et une vision claire tournée vers l’avenir.

La rédaction a mis en place la rubrique Solutions Planétaires en mars 2026, avec l’aide du Hub durabilité Waipapa Taumata Rau de l’université d’Auckland. La rubrique propose une couverture en profondeur des challenges en matière d’environnement et propose des idées pour construire un futur durable. 

Chaîne de télévision nationale autochtone de Nouvelle-Zélande, lancée en 2004 sous le nom Maori Television et devenue Whakaata Maori en juin 2022. 

Réseau qui comprend 21 stations locales tenues par des tribus Maori. La couverture médiatique des radios se focalisent sur du journalisme qui vient des communautés. 

Fondé en 2014, The Spinoff est un média d’information indépendant. Le média privilégie des formats longs et des investigations. En 2025, le média a fait un pari en lançant “Now You Know” (Maintenant vous savez), une série de courtes vidéos à destination des 18-24 ans pour qu’ils aient accès à une information fiable, régulière et locale. Un pari gagnant car la série a reçu des dizaines de millions de vues et permet à une partie de la population de se sentir concernée par les enjeux locaux.

En Australie :

L’Australie, quant à elle, bénéficie d’une couverture du journalisme de solutions plus large qu’en Nouvelle-Zélande. En effet, de nombreuses formations, en ligne ou présentielles, sont disponibles. Les universités australiennes sont également proactives en proposant des programmes de recherche, ou des colloques. 

Des projets qui poussent les médias à se mettre au journalisme de solutions

  • ABC News 

En 2020, ABC News est un service public d’audiovisuel, qui  a adopté l’approche du journalisme de solutions, après la pandémie du covid-19, quand les personnes désertaient les médias, les jugeant trop négatifs. Cette adoption a été présentée et expliquée à leur audience, en précisant qu’ils utiliseraient au maximum cette approche sans pouvoir garantir son utilisation à 100%. En mars 2026, ABC a réaffirmé son engagement éditorial en lançant une campagne appelée “Keep Asking” (Continuez à questionner) pour rappeler que le média existe pour poser des questions approfondies pour pousser à la transparence et trouver des réponses d’intérêt public. 

Avant les élections fédérales de 2025, ABC a lancé “ABC your say”, donnant la parole à des dizaines de milliers d’Australiens qui avaient fait part des enjeux les préoccupant le plus avant le vote. En juillet 2026, le média a lancé la deuxième édition, visant à établir un lien avec les communautés à travers tout le pays et d’offrir une occasion de s’exprimer sur les enjeux, défis et opportunités qui façonneront leur vie. Une initiative qui a commencé le 20 juillet, pour une durée de huit semaines. Les voix sont inégalement représentées selon les régions, c’est pourquoi les équipes éditoriales vont à la rencontre des personnes pour recueillir leurs avis pour refléter la diversité des points de vue et des communautés composant l’Australie. Les personnes peuvent participer via plateforme numérique, et lorsque les stations radios locales se rendent dans les communautés. Ce projet permettra à ABC d’affiner son approche éditoriale. 

  • The Walkley Foundation : 

La Fondation Walkley en partenariat avec le Solutions Journalism Network (SJN) promeut, à partir de 2024, le journalisme de solutions via un programme d’accompagnement et de webinaires. En 2024, le programme Walkley Solutions Journalism Fund a permis de financer onze projets sur six mois, représentant un coût de 180 000 dollars australiens. Depuis 2022, Corrine Podger est la première formatrice de cette approche via le SJN, en Australie. 

Nous pouvons nous demander combien de rédactions pratiquent réellement le journalisme de solutions ?

Une méthode institutionnalisée jusqu’aux universités

Le journalisme de solutions dans les universités australiennes n’était au départ qu’une simple théorie de journalisme enseignée. Avec le temps, elle a pris sa place dans les curriculum des formations et est devenue un sujet de recherche. 

La plus vieille université privée d’Australie, l’Université de Bond, propose un cours appelé “Investigation et journalisme de solutions”. L’université d’Adélaïde propose un cours aux étudiants en licence et dispose d’un “hub” pour mener des recherches sur cette approche, notamment grâce au travail de la doctorante Kate Roff. L’université de Griffith offre également un cours “Journalisme pour des solutions la justice sociale” de niveau licence. L’Université de Technologie de Sydney (UTS) a notamment mené le projet Constructive Journalism in Communities. 

Une étude publiée en 2024, menée par l’Université d’Adélaïde et plusieurs universités étatsuniennes a démontré que le journalisme de solutions pourrait contribuer à susciter à nouveau l’intérêt des étudiants en médias déçus. Cette méthode permet de renforcer leurs compétences en matière de reportage et à accroître le nombre de recrues dans la profession.

Océanie : terrain d’adaptation et de coopération

Former :

La démarche la plus récente est celle de l’université de Monash, à Melbourne en Australie Celle-ci a lancé en janvier 2026, un programme de journalisme de solutions (Constructive Institute Asia Pacific Hub) via des bourses à destination de journalistes professionnels. Le programme, pilote, a été construit en partenariat avec le Constructive Institute et s’ouvre à la Malaisie et l’Indonésie. La première promotion a fait sa rentrée en septembre 2026. À cette occasion, plusieurs rédactions ont été approchées pour en intégrer dans leur ligne éditoriale, c’est le cas de : The Age, le Herald Sun, Nine Entertainment, SBS, NITV et News Corp Australia.

Mettre à disposition des outils :

Le Earth Journalism Network, réseau international de journalistes spécialisés dans l’environnement et le changement climatique a été fondé en 2004. Ce réseau a formé des dizaines de journalistes issus de neufs nations du Pacifique sur le journalisme de solutions appliqué à l’océan et la biodiversité marine via son programme “Deep Dive: Building Skills for Transformative Ocean Journalism”. 

Produire ensemble :

Le Pacific Local Journalism Network de l’Australian Broadcasting Corporation (Audiovisuel public australien) permet aux journalistes locaux des îles Fidji, Salomon, Tonga, Samoa, Vanuatu et la Papouasie Nouvelle Guinée, de mener des reportages. Le Solutions Journalism Network a publié en 2023 un guide sur le journalisme climatique inclusif, Climate Blueprint afin de rappeler l’importance d’intégrer au journalisme de solutions, les initiatives des peuples autochtones, souvent non médiatisées. 

The Junction : Une plateforme collaborative regroupant les rédactions universitaires australiennes, néo-zélandaises et du Pacifique. En partenariat avec le Constructive Institute,  ils ont produit depuis 2020 plus de 130 articles et animent toujours un podcast, Making a Difference.

De Wellington à Melbourne ou de Suva à Sydney, le journalisme de solutions s’installe en Océanie avec une idée directrice : redonner confiance en expliquant ce qui fonctionne et en faisant entendre ceux qui l’étaient peu. La Nouvelle-Zélande en fait un outil d’inclusion pour ses communautés autochtones et du Pacifique, l’Australie l’institutionnalise dans ses rédactions et ses universités, et la région tisse des réseaux de formation et de coopération. Reste à mesurer l’impact réel sur les audiences et sur la représentation, et à vérifier que ces initiatives dépassent le stade de pilotes. Un chantier que les médias de la région ont déjà commencé à ouvrir.

Marine Issartel

Comment sortir du chaos par un sursaut humaniste ? Reporters d’Espoirs participe au 3e séminaire de la pensée européenne à Conques en Aveyron (15-18 octobre 2026)

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L’évolution du monde nous conduit à devoir sortir du chaos général par un sursaut humaniste qui s’appuie sur les valeurs européennes. Philosophes, entrepreneurs, économistes, journalistes et dirigeants associatifs se retrouvent à Conques du 15 au 18 octobre pour le penser et formuler des propositions concrètes. Dans un séminaire animé par le philosophe Dominique Bourg et par Patrick d’Humières. Le site de Conques en Aveyron raconte 1200 ans d’histoire française, invitant à comprendre d’où l’on vient et ce que l’on doit poursuivre ensemble.

« En ces temps chaotiques, il faut se consacrer plus que jamais à penser les enjeux et à partager des solutions justes et démocratiques ». C’est par cette invite que le philosophe Dominique Bourg, professeur émérite à Lausanne, associé à Patrick d’Humières, expert des questions de durabilité, habitant de Conques, accueilleront du 15 au 18 octobre 2026 une douzaine de personnalités engagées sur les questions majeures qui conditionnent l’avenir de la planète, du pays et de nos territoires : la protection du climat et de la nature, la maîtrise de l’IA à des fins utiles, le devenir du projet européen face aux empires prédateurs et la préservation du jeu démocratique, la responsabilité des grandes entreprises etc.

Pendant trois jours, les participants alterneront débats et dialogue avec de grands experts comme Cédric Villani, Marc Fleurbaey, Apolline Guillot, pour dégager des propositions concrètes applicables et capables de faire évoluer nos comportements humains. Vers plus de sobriété pour protéger les ressources, et vers plus de justice pour mieux les répartir. Les discussions seront conclues par le Président de la Fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani, qui montrera à quel point les valeurs européennes restent pour nous un atout indispensable pour sortir du désordre mondial.

Le vendredi 16 octobre de 18h30 à 20h, dans le cloître de l’Abbatiale, Nicolas Truong, philosophe et journaliste au Monde, connaisseur intime d’Edgar Morin, parlera en public de l’héritage du grand intellectuel qui vient de nous quitter (entrée libre). Et samedi 17 octobre, à l’issue d’une délibération collective sur les conclusions du séminaire, présentées par le directeur de Reporters d’Espoirs, Gilles Vanderpooten, les participants dialogueront avec quelques acteurs locaux, dont le président de la CCI de l’Aveyron, Dominique Costes, autour des voies de changement socialement acceptables.

Ce séminaire entend chaque année faire de Conques un lieu privilégié et apprécié  « où l’on pense l’Humanité », en s’adossant au sens du site dont Patrick d’Humières, auteur du livre « L’appel de Conques » rappellera aux participants l’histoire millénaire. Le séminaire est organisé par une communauté d’une vingtaine d’acteurs qui travaillent toute l’année sur ces sujets, dans le cadre du Sursaut Lab de Conques.

« COP16 -PLENARY 1NOV 76 » par UN Biodiversity, CC BY 2.0

Comment aborder la COP17 dans les médias ?

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Du 19 au 30 octobre, la 17e Conférence des Parties (COP) sur la Convention de la diversité biologique (CDB) se déroulera à Yerevan, en Arménie. Les 196 pays qui font partie du traité évalueront les progrès accomplis sur la mise en application de cette convention, incluant ses objectifs de protéger la biodiversité et de gérer l’utilisation des ressources naturelles. Voici ce que vous devez savoir avant le début de la conférence. 

Tous les mots suivis d’un * sont dans notre glossaire de la biodiversité.

Une COP, c’est quoi ? 

Une Conférence des Parties* (COP) est un sommet international dédié à une convention où plusieurs Parties — les membres de la convention — se retrouvent pour négocier et adopter des termes, conditions et objectifs liés à la convention. La COP la plus connue est celle qui rassemble des États membres de l’ONU sur le changement climatique et qui a lieu chaque automne (aussi surnommée “COP Climat”). 

Ces rassemblements sont l’émanation de la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement qui s’est tenue à Rio de Janeiro en 1992. Plusieurs conventions y ont été établies, incluant la Convention sur la diversité biologique (CDB). Les premières COP se sont déroulées au cours des cinq années suivantes. 

Au-delà du climat et de la biodiversité, il existe des COP pour d’autres accords environnementaux comme la Convention sur la lutte contre la désertification et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. La première COP Océans se tiendra du 11 au 22 janvier 2027 à New York. Elles sont toutes liées en structure mais distinctes en sujet.

Les COP, quel intérêt ?

Les COP fonctionnent comme des forums où presque tous les pays du monde se réunissent autour d’un même sujet : chaque État membre a une voix, qu’importe sa taille, sa visibilité ou son envergure sur la scène géopolitique mondiale. Ces événements sont des tribunes permettant aux pays vulnérables ou aux petits États d’accroître leur influence, ainsi que des espaces où les communautés autochtones, le monde scientifique et la société civile peuvent se manifester et faire pression sur les décisionnaires. 

Les principales missions des COP consistent à élaborer et adopter des traités, allouer des financements à certaines questions prioritaires, évaluer les progrès accomplis par rapport aux objectifs fixés lors des COP précédentes, et s’appuyer sur ces conclusions pour définir les objectifs futurs. Cependant, l’une des critiques récurrentes à leur encontre est que la COP manque de pouvoir : elle ne peut pas imposer le respect des décisions, car celles-ci sont prises par consensus et ne sont pas juridiquement contraignantes. De plus, cette exigence d’un consensus absolu signifie, dans de nombreux cas, qu’un seul pays dissident peut bloquer le processus et freiner les avancées. 

La COP17 : quels enjeux ?  

La prochaine COP dédiée à la Convention sur la Diversité Biologique* (CDB) sera la 17e du genre et se tiendra en Arménie du 19 au 30 octobre 2026. La CDB est un accord qui a pour objectifs la conservation de la biodiversité, l’utilisation durable des ressources naturelles et le partage juste et équitable des avantages venant des ressources génétiques. Ces concertations biennales réunissent les signataires de la CDB pour examiner les progrès internationaux dans la mise en œuvre du traité et déterminer les objectifs des années à venir. 

La COP17 se concentrera sur la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, une politique adoptée lors de la COP15 qui vise à enrayer et à inverser la perte de la diversité biologique avant la fin de la décennie. Cette année sera la première fois que les Parties procèdent à un bilan global des progrès collectifs accomplis dans la mise en œuvre de l’accord de Kunming-Montréal. Mais il y a déjà des frictions, plusieurs pays étant en retard pour soumettre leurs plans d’action. Il risque d’y avoir un grand écart entre les engagements pris et l’objectif de faire que 30 % des terres et 30 % des écosystèmes marins deviennent des aires protégées d’ici à 2030, enjeu majeur des dernières COP. 

« Implémentation » sera le maître mot, avec plusieurs discussions visant à traduire les cibles globales en action nationale et concrète. Mais historiquement, la question de savoir qui doit payer figure parmi celles qui génèrent le plus de tensions. L’accord de Kunming-Montréal prévoit qu’au moins 200 milliards de dollars américains soient mobilisés chaque année avant 2030. Il demande également aux pays développés d’augmenter d’au moins 30 milliards de dollars américains leurs dons annuels aux pays ayant besoin d’un soutien financier d’ici à la fin de la décennie. 

Autre sujet central : qui bénéficie des connaissances sur la génétique, telles que le fonctionnement des génomes et de l’ADN, par exemple ?  

La COP16 a établi le Fonds Cali*, une enveloppe financière gérée par l’ONU et alimentée par les grandes entreprises et acteurs qui dépendent fortement des données et des ressources génétiques (industries pharmaceutiques, cosmétiques, etc.). Ce fonds a été créé à la suite des revendications des pays en développement, qui abritent une grande partie de la biodiversité mondiale. Ils ont estimé que, puisque la majorité des ressources génétiques se trouve dans les pays du Sud et est détenue par des communautés autochtones, les revenus générés par leur exploitation doivent revenir à ces peuples. De leur côté, des pays développés considèrent que cette réorientation des fonds va suffoquer l’innovation scientifique et que les données génétiques doivent rester gratuites et en accès libre. 

Seul l’avenir dira comment toutes ces questions seront résolues dans les couloirs de la conférence. 

Journalistes : comment couvrir la COP17 sans greenwashing ?

Les COP offrent de nombreuses pistes à explorer pour leur traitement médiatique. Mais cela suppose de dépasser les annonces pour aller plus loin.

 Quelques conseils : 

  • Les annonces ne correspondent pas nécessairement aux décisions qui ont été prises. Parfois les délégations annoncent qu’il y a du « mouvement » ou du « progrès » sur un traité : ça ne signifie pas toujours qu’une nouvelle politique est créée. → Creuser pour voir ce qu’il en est concrètement.
  • Sur un sujet similaire : les engagements annoncés par les gouvernements peuvent différer — et c’est souvent le cas — de ce qui a été effectivement convenu. → Identifier les points de divergence et d’alignement, puis approfondir la question.
  • Les chiffres des financements dans les politiques mises en œuvre diffèrent-ils de ceux annoncés dans les engagements pris ? → Se pencher sur les dépenses annoncées et celles effectuées.
  • Regarder qui est représenté dans les négociations : quelles voix sont les plus audibles, quels intérêts sont reflétés, quelles langues sont utilisés et qui bloque ou inspire le progrès. → Explorer les intérêts (économiques, sociaux, environnementaux) qui ressortent des négociations.
  • Analyser les progrès qui viennent de la conférence, ainsi que les possibilités qu’ils ouvrent et les écueils potentiels. → Mobiliser le journalisme de solutions pour évaluer l’impact réel des COP.

  Source de l’image : « COP16 -PLENARY 1NOV 76 » par UN Biodiversity, CC BY 2.0

On a relu Le Figaro : blocus des lycées, sortir du face-à-face pour chercher des réponses

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Un ministre qualifie, des chiffres d’interpellations tombent, et le lecteur referme la page en se demandant s’il faut choisir un camp. Le traitement médiatique des blocus de lycées suit souvent ce rituel. L’information est exacte, mais elle laisse une question de côté : pourquoi ces lycéens sont-ils dans la rue, et que peut-on y répondre ?

On a tous lu ce type de dépêche. Les faits sont là, sourcés, attribués. On en ressort avec une impression : ça dégénère, et on ne sait pas quoi en faire.

Prenons un cas concret. Le 28 septembre 2026, Le Figaro (avec l’AFP) a publié un article titré « Blocus des lycées : le ministre de l’Intérieur dénonce des actions qui s’apparentent à « des violences urbaines » ». L’article est factuel. Il rapporte fidèlement la parole du ministre Laurent Nuñez et un bilan chiffré précis. Il remplit sa mission d’information.

Chez Reporters d’Espoirs, nous l’avons relu avec notre grille : celle du journalisme de solutions. Nous n’avons ajouté aucun fait. Nous avons changé les questions. Voici, point par point, comment l’information change de visage.

Le titre : de la qualification à la question

  • 🔴 L’angle « Constat » : le titre reprend la qualification du ministre : des « violences urbaines ». L’effet : le lecteur entre dans l’article avec une seule question en tête : est-ce de la violence ou de la contestation ? Le débat se joue sur les mots, avant même les faits.
  • 🟢 L’angle « Solutions » : « Blocus des lycées : au-delà du maintien de l’ordre, que répond-on aux classes surchargées et aux professeurs absents ? » L’effet : on garde l’information sécuritaire, mais on ouvre une seconde porte. Le lecteur passe de spectateur d’un affrontement à observateur d’un problème qui a des causes, donc peut-être des réponses.

Les chiffres : du bilan policier à la mesure du grief

  • 🔴 Ce que dit l’approche classique : 164 interpellations lundi, 180 établissements concernés, contre 61 établissements et 78 interpellations vendredi. Douze policiers ou gendarmes, une douzaine de lycéens et huit personnels, dont trois chefs d’établissement, blessés. L’effet : tous les chiffres mesurent la réponse policière et l’extension du mouvement. Aucun ne mesure ce qui est reproché. Le lecteur retient un problème d’ordre public qui s’étend.
  • 🟢 Ce que voit l’œil « Solutions » : on conserve ces chiffres, y compris les blessés, qui ne sont pas un détail. On y ajoute ceux qui documentent les griefs : effectifs par classe, heures de cours non remplacées, dans les lycées bloqués comme dans les lycées voisins qui ne le sont pas. L’effet : le lecteur peut juger si le grief est fondé, sans que le journaliste tranche à sa place.

Les voix : d’un seul témoin à une enquête

  • 🔴 Ce que dit l’approche classique : une voix domine, celle du ministre. Les lycéens sont les sujets des phrases, jamais des interlocuteurs. Le principal syndicat lycéen n’apparaît que pour appeler au blocage. Les personnels blessés sont des victimes, pas des témoins. L’effet : on sait ce que le pouvoir pense des blocus, pas ce qu’en disent ceux qui bloquent ni ceux qui enseignent.
  • 🟢 Ce que voit l’œil « Solutions » : on demande aux lycéens ce qu’ils réclament, aux enseignants et aux chefs d’établissement ce qu’ils observent, et surtout à un établissement où la tension est retombée comment cela s’est passé. L’effet : l’enquête devient humaine. On cherche ce qui a marché quelque part, pas seulement ce qui dégénère ailleurs.

Les revendications : du décor au cœur de l’enquête [modifié]

  • 🔴 Ce que dit l’approche classique : une seule phrase énumère les motifs : classes et emplois du temps surchargés, absence de professeurs. L’effet : les griefs deviennent un décor. Le lecteur ne sait pas s’ils sont fondés ni s’il existe des réponses.
  • 🟢 Ce que voit l’œil « Solutions » : ces griefs deviennent le fil conducteur. Quelles réponses existent déjà : remplacement des enseignants absents, instances de dialogue avec les élèves, organisation des emplois du temps ? Lesquelles ont produit des résultats, avec quelles limites ? L’effet : la question passe de « comment faire cesser le blocus » à « comment traiter ce qui le provoque ». Ce n’est pas la même enquête, et ce n’est pas le même lecteur qui en sort.

La chute : de l’escalade à la sortie possible

  • 🔴 La chute classique : le dispositif des forces de l’ordre est reconduit mardi, et l’Union syndicale lycéenne appelle à bloquer partout. L’effet : on ferme sur l’escalade annoncée. Le lecteur attend le prochain épisode, avec une fatigue croissante.
  • 🟢 La chute « Solutions » : qu’est-ce qui pourrait faire retomber la tension, et qui l’a déjà obtenu, où et comment ? L’effet : on ferme sur une piste, pas sur une menace.

Pourquoi est-ce un enjeu démocratique ?

Cet exercice n’est pas une question de style. Ces lycéens seront électeurs dans quelques années. Leur premier contact avec la parole publique passe par la façon dont on raconte leur mobilisation.

Réduire le mouvement à des « violences urbaines » est une lecture. Le réduire à une revendication légitime en est une autre. Le journalisme de solutions refuse les deux réductions : les violences ont eu lieu, les blessés existent, et les griefs sont aussi réels. Tenir les deux, c’est donner au lecteur de quoi comprendre, débattre et choisir.

Ce que cette relecture ne fait pas

Elle ne remplace pas un reportage. Pour qu’un article devienne un article de solutions, il faut aller chercher ce qui n’est pas dans la dépêche : des chiffres sur les griefs, des voix de terrain, un cas documenté de sortie de tension. Sans cela, on change de lunette, mais on ne voit pas plus loin.

💡 Pour aller plus loin
  • Comprendre notre méthode : apprenez à pratiquer le journalisme de solutions avec le MOOC JoSo Agir dès l’école : téléchargez notre Kit Pédagogique pour apprendre aux plus jeunes à décrypter l’information.
  • S’inspirer : plongez dans notre Revue

03.11.2026 – Reporters d’Espoirs au Forum Biodiversité et Economie 2026

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Reporters d’Espoirs anime un atelier dans le cadre du Forum Biodiversité et Economie, porté par l’Office français de la biodiversité, le 3 novembre 2026 (16h15-17h15), à Paris.

Sujet de la conférence : Entreprises : vos actions méritent-elles d‘être médiatisées ? Regards croisés de journalistes, scientifiques, et dirigeants

Avec la participation de :

  • Mathieu Viviani, journaliste économie et transition écologique
  • Diana Mangalagiu (SciencesPo, Neoma Business School)

 Informations et inscriptions

Cet atelier s’inscrit également dans le cadre du Lab Reporters d’Espoirs Biodiversité.

Edith Lefranc est journaliste chez Midi Libre.

Miser sur l’hyperlocal pour créer de l’attachement au territoire : le pari de Midi Libre avec « Les engagés de la ruralité”

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Crédits : Alexis Béthune Midi Libre

Edith Lefranc est journaliste à Midi Libre, chargée des pages “Village” et de la rubrique “Les engagés de la ruralité”. Cette dernière met en avant la richesse des initiatives locales des territoires couverts par Midi Libre. La rédaction organise également un événement annuel pour créer du lien entre les personnes interviewées. Rencontre.

Vous avez lancé la  rubrique “Les engagés de la ruralité” en  2024. Quelle en est la genèse ?

Edith Lefranc : Je m’occupe initialement du service “village”, qui regroupe les presque 700 correspondants de Midi Libre. J’assure leur pilotage ainsi que celui des équipes de journalistes et des secrétaires de rédaction. J’écris par ailleurs des articles. Au vu  des papiers de nos correspondants, j’ai constaté que le territoire regorge d’initiatives incroyables. On en parlait certes dans le journal, mais dans la chronique locale du correspondant. C’était dommage que de superbes sujets passent sous les radars, aussi on s’est dit qu’ils méritaient un coup de projecteur. 

Au départ, j’avais proposé à l’ancien directeur de la rédaction de réaliser une série pendant une période creuse d’actualité. Après réflexion, nous nous sommes dit qu’il serait plus intéressant encore  de l’étaler dans le temps et de nourrir ainsi  la page régionale hebdomadaire. Ainsi, nous nous sommes lancés chaque vendredi à compter de novembre 2024. En fixant février comme date butoir si jamais la rubrique ne  plaisait pas ou que l’on manquait de sujets. Dans les faits, je n’ai jamais eu de problème à en trouver. 

Votre rubrique veut “donner envie d’agir”, ce qui constitue un pilier du journalisme de solutions. Y avez-vous été formés ?

EL : Je n’ai jamais été formée mais je connaissais la démarche. Dès le départ, l’idée de cette rubrique était de parler de “choses plus positives” dans un journal où il y a forcément beaucoup d’actu plombantes. Nous voulions parler de tout ce qui marchait en tâchant de rendre compte à chaque fois des freins et des difficultés.  Mon idée, c’est de mettre en avant la reproductibilité. Pour que ce soit reproductible, il faut dire comment l’initiative a été créée, les écueils et  les nouveaux enjeux qui se posent à elle. 

Comment votre direction et vos collègues perçoivent-ils ce travail de journalisme de solutions?

EL : Cette rubrique est bien perçue par ma rédaction et mes collègues journalistes, qui me font parfois des retours. Elle est presque devenue notre marque de fabrique qui nous distingue par la proximité qu’elle offre. De moins en moins de journalistes demeurent aussi proches du terrain dans les endroits reculés de la France. Rarement, des sujets sont repris par des médias nationaux. J’ai eu la reconnaissance de ma direction, qui a changé il y a un an. Maintenant, la stratégie, c’est la proximité. Nous sommes passés de l’économie de l’attention à l’économie de la relation. Le journal existe depuis plus de quatre-vingt ans, notre marque est très implantée, c’est ce que veut mettre en avant la direction.

La rubrique a-t-elle permis de trouver de nouveaux annonceurs ?

EL : La régie publicitaire du Midi Libre pense que la rubrique devrait intéresser des annonceurs d’autant plus que nous en sommes à la deuxième saison. L’enjeu pour la régie est qu’un bandeau publicitaire de bas de page puisse être commercialisé. Mais s’il n’y a pas, cela me laisse à moi journaliste, plus de place pour écrire mon sujet !

Organisez-vous des évènements en lien avec la rubrique  ?

EL : En juin 2025, nous avons organisé la rencontre de tous les engagés de la ruralité dont nous avions parlé durant l’année. Cet évènement a pris la forme d’une table ronde avec plus de 30 personnes autour de  trois thèmes de discussion donnant la parole à chacun.

Quels sont les retours de vos lecteurs ?

EL : La page comporte un encadré qui incite chacun à nous écrire sur une adresse mail dédiée (ruralite[at]midilibre.com) pour nous faire part d’ initiatives qui créent du lien près de chez eux. Les plus intéressantes d’entre elles font l’objet d’un reportage par nos soins. Le réseau des correspondants m’aide beaucoup également. La seule crainte que j’avais au début était de ne pas trouver suffisamment de matière pour diversifier les sujets. Je craignais de devoir multiplier les papiers sur des épiceries sociales et solidaires ou des cafés associatifs. Pour le moment, je trouve de la matière, sur des sujets aussi diversifiés que  le patrimoine, la culture ou l’environnement. Je partage mes articles sur les réseaux et je sens un intérêt majeur.

Produire ce type de journalisme demande du temps humain, comment vous en sortez-vous ?

EL : Nous avons perdu à Midi Libre la moitié des effectifs en trente ans. Je pourrais avoir la tentation de faire beaucoup de sujets par téléphone pour gagner du temps. Mais le fait de voir des personnes, des visages, de ramener l’humain au premier plan, je pense que c’est aussi cela qui plaît à mes confrères et à nos lecteurs. 80 % de mes sujets font aussi l’objet d’une vidéo : soit par un photographe-vidéaste qui m’accompagne, soit par mes soins. J’envoie les rushs de la vidéo au service dédié, mes collègues se chargent de la monter et la vidéo est publiée indépendamment de l’article.  

Aller sur le terrain, faire parler les gens, créer  de la proximité, c’est le sel de notre travail et c’est bien l’intention de notre pôle vidéo. Dans la PQR, le lectorat papier est âgé et majoritairement masculin, alors que sur les réseaux sociaux l’audience est plus jeune et plus féminine.

Marine Issartel

Le journalisme de solutions, un nouveau souffle pour les médias de l’Europe de l’Est

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Quand on parle de journalisme de solutions en Europe, on pense aux pays de l’Europe de l’Ouest et du Nord mais moins de l’Europe centrale et de l’Est. Pourtant, depuis presque dix ans, les initiatives se multiplient, prenant la forme de médias, de formations ou de réseaux de journalistes. Que donne la recherche sur une initiative encore balbutiante et dans des contextes politiques fragiles ? C’est ce que nous allons voir dans cet article de la série “Le JoSo dans le monde ».

Pour comprendre la façon dont le journalisme de solutions s’est implanté en Europe centrale et de l’Est, il est important de comprendre à quoi ressemble le paysage médiatique dans ces régions marquées par les crises. La consommation des médias et les changements d’habitude des citoyens sont étudiés dans le Digital News Report publié chaque année par Reuters et l’Université d’Oxford, avec un prisme historique, social et économique. Nous nous sommes intéressés au rapport 2026 pour plusieurs pays. En voici quelques extraits. A noter, le taux de confiance dans les médias dans le monde est de 37 %.

Un paysage médiatique fragilisé

République Tchèque : 

  • 36 % des Tchèques ont confiance dans les médias et 41 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le paysage médiatique montre un rétablissement économique mais aussi la montée des pressions technologiques notamment avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle.
    • La concentration des médias augmente tandis que les abonnements baissent en particulier ceux de la presse papier.
  • L’adoption d’une législation à partir des principaux cadres européens a été maintes fois retardée.
    • En attendant, les principaux organes de presse et associations de journalistes ont adopté un code d’autorégulation qui vise à renforcer la transparence, l’autonomie éditoriale et le respect de normes éthiques communes.

Hongrie :

  • Seuls 17 % des Hongrois disent avoir confiance dans les médias (contre 31 % il y a 10 ans) et 45 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Les élections législatives d’avril 2026 et la fin l’ère Orbán ont suscité des changements majeurs en Hongrie. Le gouvernement contrôlait jusqu’alors 80 % des médias et poussait l’usage massif de l’IA.
    • Son projet de loi qui prévoyait des amendes et voulait interdire les rédactions de recevoir de l’argent de pays étrangers a été suspendu malgré plusieurs tentatives – en réponse, il y a eu un boom des dons aux rédactions indépendantes.

Serbie :

  • 22 % des Serbes ont confiance dans les médias tandis que 53 % d’entre eux évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le paysage médiatique s’est beaucoup détérioré cette année en lien avec la crise politique (depuis novembre 2024 – qui a mobilisé des milliers de Serbes).
    • Depuis, le gouvernement a de plus en plus la main sur les médias tout comme son influence financière et politique sur le marché, et persécute de plus en plus les médias indépendants.
      • La crise a poussé au déclin de la liberté des médias et de la sécurité des journalistes, notamment via des mesures répressives.
  • Cependant, il y a de plus en plus d’intérêt pour le journalisme d’investigation et les médias citoyens.

Slovaquie :

  • 19 % des Slovaques ont confiance dans les médias et 47 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le service public slovaque est faible, il est souvent utilisé par le gouvernement pour diffuser sa communication.
    • Le paysage médiatique est polarisé, notamment la presse.

Le manque d’investissements financiers dans les médias d’information, couplé à la baisse des revenus publicitaires, a eu de lourdes conséquences pour le journalisme dans cette région de l’Europe. Face à cette situation, certains journalistes ont mutualisé leurs forces pour trouver une autre façon de faire du journalisme.

Un hub du journalisme de solutions en Europe centrale

Le journalisme de solutions s’est structuré en Europe centrale et de l’Est à partir de 2016 grâce à TOL. Une ONG fondée en 1999, par Jeremy Druker (rédacteur en chef et directeur exécutif) qui a pour but de renforcer le professionnalisme, l’indépendance et l’impact des médias d’information dans les pays européens post-communistes et de l’ancienne Union Soviétique. TOL présente différents programmes : 

  • Le magazine en ligne, Transitions, bilingue anglais-langue native du journaliste, se focalise sur l’Europe centrale, de l’Est, Sud-Est et la Turquie, le tout grâce à un réseau de journalistes locaux et internationaux. Les contributeurs sont indépendants et couvrent des sujets souvent peu abordés.
  • Concernant le journalisme de solutions, Transitions s’appuie sur le Transitions’ Knowledge Center for Solutions Journalism qui fournit des cours, du mentorat et un soutien aux journalistes. Le centre collabore également avec des universités et écoles de journalisme pour intégrer cette méthodologie au sein des programmes.
  • Un programme Media Academy est proposé, Tol Education, et plus de 14 500 personnes à travers le monde ont participé aux cours via leur plateforme en ligne mais aussi en présentiel.

Transitions s’est mis au journalisme de solutions en 2016 via Ashoka République Tchèque qui a introduit un Prix Spécial du Journalisme de solutions lors de la cérémonie des Prix du journalisme Tchèque. Ce prix spécial n’a perduré que jusqu’en 2019. Avec le journalisme de solutions, Jeremy Druker et Lucie Černá (cheffe du programme de mentorat chez Transitions) ont trouvé un moyen de faire du journalisme autrement. Après un travail de formation et de coordination de plusieurs années, notamment épaulé par le Solutions Journalism Network (SJN) américain, Transitions a pris la coordination des activités régionales dans le domaine et offre aux journalistes locaux formations et soutien.

« Hub » du journalisme de solutions dans cette région de l’Europe, Transitions a su s’imposer et a permis à de nombreux médias de réaliser des reportages constructifs. Entre 2018 et 2021, 20 ateliers en ligne et en présentiel ont été organisés et plus de 650 journalistes, étudiants et rédacteurs en chef ont été formés. Depuis lors, ils organisent les European Solutions Journalism Summit chaque année à Prague.

Formations, réseaux et prix : un écosystème en construction 

Les programmes et réseaux passés 

Transitions s’est imposé comme leader du journalisme de solutions mais d’autres réseaux et programmes se sont développés. C’est le cas du projet mené par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) en collaboration avec le Constructive Institute, en 2024. L’objectif : implanter un programme afin de montrer aux rédacteurs et journalistes comment le journalisme constructif/de solutions contribue à la démocratie en présentant des solutions concrètes. Un programme qui s’inscrit dans un cycle de sensibilisation pour combattre la manipulation de l’information dans les pays Balkans occidentaux. 

Les formations et réseaux ne manquent désormais plus. De même pour les récompenses attribuées aux professionnels de l’information qui se sont tournés vers le journalisme de solutions. C’est le cas du prix Tchèque du journalisme de solutions, mentionné ultérieurement, ainsi que le Prix Spécial du journalisme de solutions Slovaque, remis lors de la cérémonie des Prix du Journalisme, organisé par Memo 98 et Open Society Foundation. 

L’Union Européenne a également contribué à “SoJo Europe”, programme européen de deux ans (2023-2025) à hauteur de 1,6 millions d’euros, cofinancé par la Commission Européenne via le Creative Europe Media. Sont aussi associés le Journalismfund Europe (Belgique), le Constructive Institute (Danemark), le South East European Network for Professionalisation of Media  (réseau de 19 organisations de médias dans treize pays d’Europe centrale et la Turquie) et Transitions (République Tchèque). Il a pour but de promouvoir la production de contenus de solutions et des enquêtes partout en Europe, et d’apporter des clés pour construire un modèle économique viable grâce à l’expertise de pays d’Europe du Nord et de l’Ouest.

Les projets actuels

Mediacentar, fondée en 1995, est une organisation bosniaque qui vise à améliorer les normes journalistiques pour le journalisme indépendant. Elle a développé un module de formation en présentiel sur le journalisme de solutions, disponible en plusieurs langues. Mediacentar organise par exemple à la fin du mois de septembre 2026, une formation régionale au Monténégro, afin de promouvoir des reportages sur l’agenda écologique des balkans occidentaux (soutenu financièrement par divers organismes allemands) et en collaboration avec Clean Energy Wire (CLEW), la principale plateforme européenne dédiée au journalisme collaboratif et axé sur les solutions en matière de climat et d’énergie. 

Transitions a lancé au printemps 2026, le projet Rebuilding Trust Project. Il vise à rassembler un groupe de rédactions pour tendre vers un journalisme fondé sur les données et impliquant de multiples parties prenantes, au service de la résilience démocratique. Les rédactions vont travailler avec des chercheurs, organisations de la société civile, experts en data et autres partenaires à travers l’Europe. L’objectif : explorer comment le journalisme basé sur les faits, la data et les solutions contribuent à un meilleur écosystème d’information et des démocraties résilientes. Ce projet est financé par un fonds de soutien du département des affaires étrangères suisse.

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La recherche dans cette région commence à émerger

Lenka Vochocová, enseignante-chercheuse tchèque au Département des médias de l’Université Charles de Prague, a publié en avril 2026 “Good News is No News, despite the crisis” – Les bonnes nouvelles ne font pas la une, malgré la crise – avec une focale sur la République Tchèque. L’enseignante revient sur le fait que dans le pays, le terme “journalisme de solutions” est davantage employé que “journalisme constructif”. Comme en France. Il est plus “institutionnalisé” notamment avec la mise en place de programmes de mentorat et des prix. Le terme “constructif” paraît plus conceptuel, moins normatif et pousse moins au changement que le terme “solutions”. La chercheuse a mené une étude auprès de huit journalistes sur leur perception du rôle du journalisme de solutions en temps de crise, ce qui les a motivés à faire du journalisme de solutions et ce qu’ils en pensent. 

Les conclusions de l’étude permettent de comprendre la présence du journalisme de solutions en Europe centrale et de l’Est. En effet, les journalistes tchèques ne voient pas le journalisme de solutions comme un moyen de sortir des crises. Au contraire elles font obstacle à son développement dans les rédactions car il ressort qu’il est trop exigeant en ressources et trop contraignant. Et ce, malgré une bonne image de cette méthodologie. Tous reconnaissent le fait que le journalisme de solutions est un moyen de s’émanciper de la crise des médias, de retrouver de la stabilité dans les démocraties et de l’utilité dans son métier. Par ailleurs, ils remarquent que le journalisme de solutions n’est que très peu présent dans le pays car peu de médias s’en saisissent. Pour cela, ils estiment que les conditions humaines et financières doivent être réunies, ne laissant pas la place à des changements structurels dans les rédactions. Dans une région qui porte encore les stigmates de son passé, et où l’efficacité dans la production de l’information est le maître mot, il paraît difficile d’implanter le journalisme de solutions sans passer par des réseaux.

Marine Issartel/Reporters d’Espoirs