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Journalisme

RDV le 13.2.2024 avec Bernard Guetta en invité spécial : que pense un député européen et ex-journaliste du traitement médiatique réservé à l’Europe ?

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Reporters d’Espoirs a le plaisir de compter Bernard Guetta, journaliste lauréat du Prix Albert Londres, ex-chroniqueur « Géopolitique » à France Inter et actuellement député européen, parmi les invités à sa soirée « Médias : donnez-nous envie d’Europe ! », mardi 13 février à 19h à la Gaité Lyrique. Un événement accessible gratuitement sur inscription ici.

L’opportunité d’un regard à la fois critique et constructif sur le traitement médiatique de l’Europe, par un expert de l’Europe et du journalisme, qui échangera et débattra avec les journalistes réunis lors de cette soirée, parmi lesquels Mémona Hintermann, grand reporter, figure du JT de France 3, qui a couvert les grands événements européens de ces trente dernières années, Paolo Levi correspondant des médias italiens La Stampa et Ansa, ou encore Alexia Kefalas, correspondante de France24 et du Figaro à Athènes.

L’occasion aussi d’un échange avec les 7 lauréats du Prix européen du jeune reporter, âgés de 23 à 30 ans, en provenance de toute l’Europe.

A propos de Bernard Guetta

Après avoir couvert la naissance de Solidarność en Pologne, l’essor du néolibéralisme dans l’Amérique reaganienne et l’effondrement communiste dans l’U.R.S.S sous Gorbatchev en tant que correspondant pour Le Monde, Bernard Guetta fut durant 27 ans chroniqueur à France Inter. Il a été également directeur de la rédaction de l’Expansion et du Nouvel Observateur et éditorialiste à l’Express, au Temps et à Libération.

Au cours de sa carrière, il a reçu 6 prix de journalisme, dont le prestigieux Prix Albert-Londres en 1981. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages traitant de géopolitique dont le dernier, « La Nation européenne », est paru chez Flammarion en avril 2023.

Il est élu député européen, membre du groupe Renew Europe, depuis 2019. Il est le premier vice-président de la sous-commission Droits de l’Homme (DROI), membre de la commission des affaires étrangères (AFET) et de la délégation à la commission de coopération parlementaire UE-Russie, de la délégation pour les relations avec les pays du Machrek et de la délégation à l’Assemblée parlementaire de l’Union pour la Méditerranée. 

Au Parlement comme dans ses interventions publiques, Bernard Guetta concentre ses efforts sur la nécessaire concrétisation d’une Europe-puissance en défendant ses valeurs et en décryptant les rapports de forces d’un monde en totale et rapide mutation.

 

« La nature est un berceau de spiritualité » – Brigitte Adès, grand reporter et cheffe du bureau britannique de la revue Politique Internationale

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Brigitte Adès est écrivaine et grand reporter. Cheffe du bureau britannique de la revue Politique Internationale, elle a interviewé de grands chefs d’Etat de Margaret Thatcher à Mikhaïl Gorbatchev. Habituée des plateaux de télévision où elle intervient sur les questions de politique étrangère, elle est aussi une grande amoureuse de la nature dont elle a fait son engagement.

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A Couthures-sur-Garonne, les journalistes prennent leur temps

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Audiovisuel public, soulèvements en Iran, intelligence artificielle… autant de thématiques mises à l’honneur lors de cette septième édition du Festival international du journalisme (FIJ) en juillet 2023, parrainé par le Groupe Le Monde à Couthures-sur-Garonne. On y pose notamment une question fondamentale, autour de laquelle s’organisent de nombreuses conférences : « informer sans déprimer, est-ce possible ? » De nouveau partenaire du festival, Reporters d’Espoirs a contribué à cette réflexion en parlant dialogue, audience et bien sûr, journalisme de solutions.

Des bottes de paille et les reflets du soleil sur la Garonne, qui coule le long d’un petit village de 370 habitants. C’est dans ce décor que se déroule presque chaque année depuis huit ans l’une des plus grandes réunions françaises de professionnels et passionnés de l’info. Loin du formalisme que l’on pourrait attendre d’un tel rassemblement, le Festival international de journalisme de Couthures-sur-Garonne s’apparente à… un festival ! Ecocup, tables de pique-nique, baignade, concerts… Suivre un atelier, c’est s’exposer à en recroiser quelques heures plus tard les animateurs en maillot de bain. Mais cette ambiance légère n’empêche pas d’aborder des sujets sérieux, bien au contraire. Sous le parrainage de l’écrivain napolitain Roberto Saviano, menacé en raison de ses enquêtes à charge sur la mafia italienne, on parle conflits et liberté de la presse. De l’avenir de la démocratie aux révolutions initiées par l’intelligence artificielle, en passant par la santé mentale, le festival fait ainsi la part belle aux thématiques anxiogènes, autour desquelles invités et public échangent avec une grande liberté. Reporters d’Espoirs était convié à animer deux ateliers et à participer à une table ronde dans le cadre d’une des grandes questions du festival : peut-on encore informer sans déprimer ?

Ateliers : des citoyens sévères vis-à-vis des médias

Reporters d’Espoirs animait deux ateliers, l’un sur l’importance du dialogue dans les médias, l’autre sur le journalisme de solutions. Dans le premier, après avoir échangé sur des exemples de titres de presse écrite plus ou moins polémiques, les participants discutaient de la manière qu’ont les médias de confronter les points de vue. Une opposition binaire et frontale permet-elle véritablement à l’audience de se faire un avis plus éclairé ? Ou vaut-il mieux chercher la complexité, les convergences en favorisant, de fait, des contenus de fond ? Dans le second atelier, les échanges concernaient la méthode du journalisme de solutions ainsi que son potentiel pour résoudre – en partie – certains des problèmes auxquels les médias font face. Si les personnes qui se détournent de l’info prétendent le faire à cause de son ton dramatique, peut-être faut-il allumer une lueur d’espoir dans l’obscurité de l’actualité ?

Seuls des festivaliers non journalistes ont assisté à chacun des ateliers, et exprimé par leurs remarques un réel engagement dans leur rapport à l’information. Une chose ressort : les médias ont une vaste marge de progression. Questions et avis s’empilent à ce propos : on reproche les titres aguicheurs, la redondance des informations, l’opacité de leurs pratiques, la tonalité négative des fils d’actualité. Et, parfois à demi-mots, parfois franchement, on l’entend : « On a l’impression que les médias nous prennent pour des cons. » Le commentaire est en particulier ressorti lors de l’atelier sur le journalisme de solutions, quand une participante a critiqué l’habitude des JT de clore leur exposition de désastres par un reportage léger sur un sujet sans importance. Une pirouette qui, apparemment, peine à convaincre le public.

On pourrait regretter le côté peu contradictoire du débat : si certains festivaliers divergent sur les causes du problème, tous s’accordent à dire qu’ils ne font plus confiance aux médias. Et pas un journaliste à l’horizon pour nuancer les critiques en parlant des contraintes, structurelles et économiques, de la profession. Pour autant, mêmes unanimes, ces condamnations constituent une manifestation encourageante, puisque les citoyens qui les formulent ont après tout pris le temps de les formuler. Ils se sont déplacés, ils ont réfléchi, ils ont participé, ils ont critiqué parce qu’ils tiennent à l’information. Ils tiennent aux médias, et cet attachement justifie l’intransigeance avec laquelle ils commentent leur travail. Comme le dit le proverbe – tout à fait discutable dans le cadre de relations interpersonnelles : qui aime bien châtie bien.

Le journalisme de solutions, panacée universelle ?

L’info est déprimante, de nombreuses personnes s’en détournent. Autour de ces constats, confortés par de multiples études, cinq tables rondes durant lesquelles journalistes et citoyens ont discuté des leviers dont disposent les médias pour relever ces défis – ou corriger leur propre trajectoire. Augustin Perraud, coordinateur des programmes à Reporters d’Espoirs, a participé à la conférence sur le journalisme de solutions aux côtés de trois représentants du Monde, Françoise Tovo, responsable des abonnements, Syrielle Mejias, journaliste vidéo et Simon Roger, chef du service Planète. Étaient également présents Jon Henley, correspondant Europe du Guardian, Lucas Scaltritti, auteur du podcast Super Green Me et Luce Julien, directrice générale de l’information de Radio-Canada. Tous ont échangé sur leur pratique du journalisme de solutions, qu’ils n’avaient d’ailleurs pas forcément conscience de pratiquer, et sur l’accueil favorable de leurs audiences respectives.

Le public de la conférence s’est montré réactif. Hommage aux émissions qui parlent solutions de longue date, remarques sceptiques – le journalisme de solutions, n’est-ce pas au final du bon journalisme ? – questions pratiques. Comment contacter les journalistes, quand on est porteur de solutions ? Comment faire en sorte que son initiative soit médiatisée ? Les médias ne devraient-ils pas soutenir les solutions dans leur démarche, au lieu de se contenter de les rendre visibles quand la démarche a porté ses fruits ? Une réflexion qui fait écho aux remarques des participants de notre atelier sur le dialogue : au-delà de mettre en regard des opinions nuancées, les médias n’auraient-ils pas vocation à devenir eux-mêmes médiateurs ? Rassembler des gens d’opinions diverses non plus pour rendre compte de la dissension mais pour chercher avec eux le compromis ? On touche là au rôle des médias dans la démocratie. Certains les voudraient entrepreneurs et proactifs, d’autres au contraire en retrait et réflexifs. Peut-être existe-t-il une variété de médias telle que chacun puisse, en réalité, déjà y trouver son compte ?

Qu’on soit ou non pour des médias « entrepreneurs », la question demeure : comment contacter les journalistes ? Participer aux festivals de journalisme semble être un bon moyen, puisque le citoyen qui a fait cette remarque est reparti avec plusieurs contacts de grandes rédactions. Mais la méthode ne fonctionne pas pour tous. Ainsi, M. Moreau, maire de Couthures-sur-Garonne, bataille depuis deux ans pour que son appel aux dons soit relayé dans des médias nationaux. L’église St-Léger, qui accueillait jusqu’en 2021 nombre d’activités, nécessite en effet des réparations dont le montant s’élève à plus d’un million d’euros sur trois ans. Or en dehors d’un article de Sud-Ouest et d’une publication sur le site du FIJ, le besoin de préserver l’édifice n’a pas été beaucoup médiatisé. Le maire s’en afflige et s’en amuse à la fois. Curieux, pour un village qui accueille un festival de journalisme, de ne pas parvenir à faire les gros titres ! Mais rien ne sert d’en vouloir aux médias, dit-il. Il y a toujours tellement de choses à couvrir, tellement de projets à financer. Au-delà de l’intérêt, c’est peut-être tout simplement le temps qui manque aux journalistes.

Louise Jouveshomme, chargée d’études au Lab Reporters d’Espoirs.

Pascal Ruffenach (Bayard), Anne Pican (Le Figaro), Guillaume Malaurie (L’Histoire) et Marie-Christine Levet (Educapital) : 4 personnalités des médias rejoignent Reporters d’Espoirs

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Communiqué de presse 29 juin 2023

L’association Reporters d’Espoirs fêtera en 2024 ses 20 ans. En préparation de cet anniversaire, et en vue de consolider sa stratégie, elle renforce sa gouvernance en intégrant quatre personnalités du monde du journalisme et des médias à son conseil d’administration. Et nomme une nouvelle présidente à la tête de l’organisation.

Marie-Christine Levet, pionnière de l’internet français, a dirigé Lycos et Club Internet et a été administratrice du groupe Iliad. Femme de médias, elle a été directrice générale du groupe Tests et administratrice de l’AFP. Entrepreneure et investisseuse, elle a fondé Educapital, devenu le plus grand fonds d’investissement européen dans l’éducation et le numérique avec 200 millions d’euros sous gestion.

Guillaume Malaurie œuvre à la direction éditoriale du Magazine L’Histoire et est éditorialiste à l’hebdomadaire Challenges. Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, il été producteur à Radio France, journaliste à l’Express, à l’Évènement du jeudi, à Libération, à l’Européen, avant de diriger la rédaction du Nouvel Obs puis de prendre en charge les questions environnementales en tant que Grand reporter.

Anne Pican est éditrice du quotidien Le Figaro, du Figaro.fr et de Madame Figaro. Elle est en charge du développement des marques et de la mutation de leurs modèles économiques. Précédemment, elle a dirigé le pôle internet Musique de Lagardère Active, et le département marketing de la filiale web de RTL

Pascal Ruffenach est le président du directoire du groupe Bayard (La Croix, Le Pèlerin, Notre Temps, Bayard jeunesse, Milan…), entreprise de presse créée en 1870 qui se donne pour mission d’informer et éduquer, d’aider ses abonnés et lecteurs à mieux comprendre le monde et à le transformer, et de creuser les questions qu’ils portent en eux. Il est l’auteur de plusieurs romans dont le dernier, Never Say paru aux éditions L’Iconoclaste, est une fable sur la survie de notre intimité à l’ère de la big-data.

Les quatre nouveaux administrateurs bénévoles apportent leurs expertises complémentaires, en vue de permettre à l’organisation d’affiner sa stratégie, de développer sa croissance, et de se projeter dans les années qui viennent, toujours « au service d’une information et de médias qui diffusent l’envie d’agir dans la société », analysent et diffusent la connaissance d’initiatives porteuses de réponses aux défis environnementaux, sociaux et économiques. 

Ils rejoignent une équipe désormais présidée par Corinne Denis, qui succède au journaliste et éditeur Christophe Agnus.
Scientifique, diplômée en biochimie génétique, Corinne Denis a réalisé sa carrière dans les médias. Documentaliste, puis journaliste, elle a été Rédactrice en chef multimédia à L’Express, avant de devenir directrice des nouveaux médias puis directrice générale adjointe du groupe L’Express Roularta. Puis elle a rejoint le groupe Lagardère Active, où elle a été directrice du numérique et des revenus et présidente de Lagardère Digital France avant de prendre sa retraite l’année dernière. Elle a également présidé le Geste (association des éditeurs de contenus et services en ligne). Passionnée d’innovation, d’observation des usages, d’animation d’équipe, de stratégie digitale et de projets de diversification, elle met son expertise au service de Reporters d’Espoirs.

A propos de Reporters d’Espoirs

L’information est un bien précieux de la démocratie.
Elle est un levier puissant pour analyser, diffuser la connaissance d’initiatives concrètes, inspirer et aider la société à se projeter pour traiter ses problèmes économiques, sociaux, écologiques.
Aussi l’association Reporters d’espoirs encourage-t-elle depuis 19 ans les acteurs de l’info et des médias à refléter la complexité du monde : problèmes et solutions, difficultés et résilience. Elle est à l’origine du « journalisme de solutions » et mène 3 actions :

  • Les Prix Reporters d’Espoirs mettent à l’honneur journalistes, jeunes et innovateurs des médias.
  • Le Lab Reporters d’Espoirs nourrit les médias en études, recherches et formations (Médias et Climat, Médias et Innovation sociale…).
  • La Revue Reporters d’Espoirs partage chaque semestre en 148 pages « le meilleur des reportages qui donnent envie d’agir » et ouvre les coulisses de la fabrication de l’info. En Une du numéro printemps-été 2023 : « Nature : vous n’avez encore rien vu ! ».

Contactons-nous !

Pour toute information et interview des nouveaux membres du conseil d’administration de Reporters d’Espoirs, nous sommes à votre disposition ici.

Endémik, portrait d’un média itinérant

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Conférence médias et émotions, menée le 14 avril 2023 à la médiathèque La Boussole, Montigny-en-Gohelle (62), dans le cadre du Contrat Local d’Education Artistique d’Hénin Carvin 2022-2023

EN BREF

  • Type d’initiative : média co-construit par des journalistes et des citoyens
  • Problème auquel l’initiative répond : proximité médias-citoyens
  • Profil de la fondatrice : Déborah Adoh, journaliste, diplômée ESJ Lille 2019
  • Caractéristiques :
    • Date de création : 2020
    • Statut : micro-entreprise
    • Nombre de personnes impliquées : une dizaine

Endémik est un média indépendant, en ligne et gratuit, qui a vu le jour en 2020. L’objectif de Déborah Adoh, sa fondatrice, était de recréer du lien entre journalistes et citoyens. Pour ce faire, Endémik propose à des structures associatives des entreprises ou des collectivités d’éduquer leurs usagers aux médias. Les ateliers se composent d’une partie sensibilisation, suivie d’une conférence de rédaction participative durant laquelle les personnes intéressées s’accordent sur les sujets qu’elles souhaitent traiter et les supports qu’elles souhaitent utiliser. La réalisation des reportages repose ensuite entièrement entre les mains des participants, qui apprennent à utiliser le matériel d’enregistrement, mener des interviews, monter des vidéos. Endémik prend ainsi le contre-pied de la structure médiatique classique, en valorisant le processus de production davantage que le produit, la formation davantage que l’information.

On parle beaucoup de la défiance des citoyens envers les médias, perçus comme biaisés, sensationnalistes, clivants… Ayant commencé à exercer en 2018, durant le mouvement des gilets jaunes, Déborah Adoh, journaliste diplômée de l’ESJ Lille, expérimente cette réserve de plein fouet. « Pardon, t’es journaliste… mais les médias, ils sont trop anxiogènes, ils communiquent toujours sur les mêmes sujets », s’entend-elle dire. En presse quotidienne régionale (PQR), certaines personnes refusent de répondre à ses questions. De quoi refroidir les ardeurs d’une jeune diplômée avide de terrain et de rencontres. Arrive ensuite le premier confinement, avec son lot de questionnements mais aussi la nouvelle qu’un incubateur médias, YouM3dia, s’ouvre à EuraTechnologies à Lille, en partenariat avec l’ESJ Lille. Une opportunité que la journaliste spécialisée en sport ne manque pas de saisir. C’est ainsi qu’en 2020 naît Endémik, média local et participatif en ligne dans lequel journalistes et citoyens co-construisent des reportages accessibles gratuitement. Lors des Assises du Journalisme de Tours, Déborah Adoh a accepté de décrire à Reporters d’Espoirs le fonctionnement de ce qu’elle définit elle-même comme un « thermomètre social ».

Un média au contact des gens

En grec, le terme endemos renvoie à ce qui est local, indigène. L’idée d’Endémik est de rétablir un lien de confiance et de proximité avec les citoyens. En passant par des structures éducatives (lycées, collèges et écoles), associatives (centres sociaux) ou des collectivités.Déborah Adoh entre en contact avec des groupes d’habitants et leur propose de participer à des ateliers d’éducation aux médias. Ceux qui acceptent sont invités à choisir les sujets des reportages, et à participer à leur réalisation. Ils rédigent, filment, montent, proposent les questions à poser en interview et réalisent eux-mêmes par la suite les entretiens. Ils parlent des sujets qui les touchent avec leurs mots et leurs expériences. L’aspect professionnel du produit fini, en partie conçu par des gens dont ce n’est pas le métier, s’en ressent forcément. Qu’à cela ne tienne ? « Au début, explique Déborah, j’avais quand même ce côté journaliste professionnelle. Mais plus le temps avance, plus je vais au contact des habitants, plus je me rends compte qu’il y a ce besoin de s’exprimer de façon brute, quitte à ce que le résultat ne soit pas parfait. »

Parfaits ou non, les objets journalistiques peu communs qui ressortent de cette collaboration attirent l’attention. C’est le cas de Leur Étouvie, documentaire participatif réalisé en 2022 par des habitants du quartier éponyme d’Amiens, avec l’aide d’Endémik. L’idée était de montrer la beauté et la vie associative de cette zone à la réputation « difficile », par-delà les représentations négatives qui lui collent à la peau. Leur Etouvie a été nommé parmi les finalistes du prix Éducation aux Médias des Assises de Tours. L’éducation constitue en effet le but premier du média comme de sa fondatrice. Endémik se veut ainsi « de contact », une sorte de roulotte professionnelle qui apporte le matériel et les méthodes du journalisme aux habitants, qui fournissent en retour les préoccupations, les regards et les mots, surtout les mots. Laisser les gens s’exprimer par eux-mêmes préserve l’authenticité des témoignages, en plus de montrer aux participants que le métier de journaliste ne se résume pas aux plateaux télé. « Et puis, ajoute la journaliste, utiliser un langage simple, c’est aussi être accessible à tout le monde. »

Modèle économique, nerf de la guerre

Pour le moment, Déborah incarne elle-même Endémik. Elle a créé une entreprise individuelle afin de développer le média. Son modèle économique, elle l’a choisi en tenant compte de la concurrence (le financement par abonnement semblait irréaliste), de l’éthique de la collecte des données, et de ses valeurs personnelles (pas de publicités ciblées). Par élimination, la fondatrice a décidé de proposer des ateliers avec les citoyens à des structures qu’elle démarche.

Atelier avec des élèves de CM2 de l’école Jean-Jacques Rousseau, mené dans le cadre du Contrat Local d’Education Artistique d’Hénin-Carvin 2022-2023

Déborah souhaiterait diversifier ses sources de revenus, afin de développer son média, et de pouvoir embaucher davantage de journalistes. À long terme, l’objectif serait de transformer Endémik en association, ou en société coopérative, afin d’associer plus étroitement les citoyens au fonctionnement du média, via un système d’adhésion ou de parts. Déborah explore également des pistes pour intégrer d’autres journalistes dans la rédaction. Pour le moment, les choses piétinent un peu : « On a beau faire un projet avec son cœur », sourit la journaliste, l’argent demeure le nerf de la guerre ».

Collaborations et galères

Gérer Endémik, au-delà des reportages et de la recherche de financements, c’est aussi gérer toute la logistique d’une entreprise, ainsi qu’un site internet. Que ce soit pour les montages ou la publication des reportages, la fondatrice a mis un point d’honneur à utiliser des logiciels libres. Des bénévoles de Te Domum, une association d’hébergement numérique, l’aident à administrer son site. Un partenariat avec l’académie de l’ESJ Lille lui permet de collaborer avec des étudiants qui se destinent au journalisme. Intéressés par les médias alternatifs, ceux-ci rédigent des articles, sur des sujets évoqués avec les citoyens, ou bien sur des thèmes qui leur tiennent à cœur – par exemple la relation entre sport et écologie, thème approfondi en juin 2022.

Pour tout le reste – veille, prospection des structures avec lesquelles Endémik va travailler, aspects éditorial et logistique des projets, préparation des ateliers, éléments de postproduction dont les citoyens ne s’occupent pas, facturation – l’unique journaliste à temps plein du média se débrouille seule. Est-ce compliqué à gérer ? « Oui. Mais on prend notre temps, répond Déborah. Endémik n’est pas un média qui va publier une vidéo du tac-au-tac. Notre mentalité, c’est de privilégier la rencontre à la publication finale. »

Un média qui n’informe pas ?

Le verdict sur l’offre médiatique actuelle demeure relativement consensuel : il y a trop d’informations, trop de sensationnel, trop de redondances. Or, souvent, la solution proposée consiste à créer un nouveau média, qui proposera une information plus neutre, plus lente, bref, meilleure. Soigner la profusion de contenus par davantage de contenus. Ne s’agit-il pas d’un paradoxe ? Peut-être, mais lors de son passage en PQR, Déborah a pu constater que les rédactions avaient elles aussi leurs contraintes, leur impératifs, leurs supérieurs. « Une grosse structure, c’est difficile à faire bouger, donc l’alternative, c’était un média indépendant. » Un de plus, dans la forêt dense qui existe déjà et au sein de laquelle il est difficile de percer. « En termes d’audimat et de fréquentation, on n’est pas connu », admet la fondatrice.

Le peu de visibilité des reportages d’Endémik ne semble cependant pas chagriner Déborah outre-mesure. Tout d’abord, les revenus de son média ne dépendent ni des abonnements, ni de la publicité : nul besoin d’appâter les lecteurs pour survivre. Ensuite, la publication de contenu ne constitue pas l’essence de son travail. « Je ne veux pas d’un énième média qui apporte de l’information », dit-elle. Et de rappeler qu’Endémik cherche à recréer du lien : il n’apporte pas, il se déplace, il reçoit, il accueille. Un véritable média itinérant, qui fournit une « information directe », c’est-à-dire que les participants apprennent davantage en traitant les sujets, en utilisant le matériel, en discutant entre eux, en rencontrant les intervenants, plutôt qu’en lisant ce qu’ils auront publié. Pour reprendre les mots de la fondatrice : « l’amont importe plus que l’aval ». Le processus de production collaborative constitue une fin en soi, si bien que la publication des reportages est presque anecdotique.

3 questions à Déborah Adoh, fondatrice d’Endémik

Pour des questions de critères de revenus, vous n’avez pas renouvelé la carte de presse dont vous disposiez lorsque vous travailliez en PQR. Pensez-vous que cette carte soit nécessaire pour être journaliste ?

Ma vision des choses a évolué avec le temps. Au début, pour moi, un journaliste c’était quelqu’un qui allait au contact des gens et transmettait de l’information. Puis, je suis passée par l’ESJ Lille, où l’on valorise l’aspect plus solennel de la carte de presse, et où l’on considère qu’un journaliste est soit pigiste, soit rédacteur pour un média. Avec Endémik, ma perception a changé, forcément, puisque je suis à présent journaliste indépendante avec mon entreprise individuelle. Mais il y a aussi la question de la nécessité pratique de la carte de presse. Effectivement, pour faire des conférences de presse, quand on va couvrir un match de foot de Ligue 1 ou un déplacement ministériel, on en a besoin. Mais l’idée avec Endémik, c’est que les journalistes aillent au contact des habitants. Il n’y a pas de cérémonie, ni de limitations ni de quotas pour accueillir des journalistes. Donc aujourd’hui, la carte de presse, je n’y pense plus.

Vous avez suivi une formation en journalisme sportif avant de lancer Endémik, média qui couvre une grande variété de sujets. Un « grand écart » facile à gérer ?

Laisser la parole aux citoyens laisse forcément place à de nombreux sujets, dont certains sur lesquels je n’étais pas forcément à l’aise – par exemple, faire une enquête sur des sujets sensibles financiers ou écologiques. Donc c’était difficile d’imaginer comment j’allais m’y prendre. Mais finalement, au quotidien, je me rends compte qu’on traite de sujets très simples avec les habitants. Endémik montre l’angle de vue du citoyen, avec les capacités du citoyen et son vocabulaire, ce qui fait que je ne me confronte pas aux difficultés techniques que j’imaginais au début. Ce sont les habitants qui apportent le contenu et la manière de faire, au final.

Endémik est un média avec un ancrage local très fort. Pensez-vous que son modèle puisse se développer au sein de rédactions plus importantes, au niveau régional, par exemple ?

Il existe déjà pas mal de médias qui font du participatif, notamment depuis la crise du COVID-19. C’est le cas de Nice-Matin, par exemple, qui publie des réponses aux questions que les lecteurs posent dans le tchat. C’est une bonne démarche, facile à mettre en place. Médiacités ou le Monde diplomatique présentent aussi certains de leurs articles durant des soirées où ils convient leurs lecteurs. On a comme ça de petites bribes de participation dans de nombreuses rédactions. Mais avec Endémik, je pousse la participation à fond. Contrairement aux grosses rédactions, je peux me permettre de co-construire et de prendre mon temps avec les habitants, parce que mes revenus ne dépendent pas de mon lectorat. Je n’ai pas le souci de la rentabilité des reportages. Et puis, tous les journalistes n’ont pas pour objectif d’éduquer aux médias. Mon but, ce serait de créer un réseau régional ou national avec des journalistes qui travaillent là où ils vivent et vont au contact des habitants ; de faire d’Endémik une plateforme où on rassemblerait l’ensemble des travaux participatifs. Il y a beaucoup de journalistes qui se questionnent sur la manière dont ils travaillent et sont intéressés par ce que je fais. Mais ils ne sont pas forcément prêts à sauter le pas. Il faudrait que je puisse les embaucher. Ou que je mutualise avec d’autres journalistes indépendants.

Par Louise Jouveshomme.

Festival international du journalisme : Retour sur un week-end à Couthures-sur-Garonne

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400 habitants à l’année, plus de 6000 festivaliers le temps d’un week-end : depuis 2018, juillet venu, le charmant village de Couthures-sur-Garonne se mobilise trois jours durant pour accueillir le Festival international de journalisme parrainé par le groupe Le Monde. Ce rendez-vous unique en son genre réunit professionnels des médias et grand public pour débattre de l’actualité sous le soleil estival. Partenaire de cette 6e édition, Reporters d’Espoirs était présent pour parler traitement médiatique du climat, créativité des médias et bien sûr, journalisme de solutions.


A notre arrivée, samedi 16 juillet au matin, la chaleur est déjà étouffante : le thermomètre affiche 33°C, et grimpera jusqu’à 42°C le lendemain. Combiné à l’extrême sérieux des thématiques du festival, actualité oblige -frontières, concentration des médias, propagande…-, on pourrait penser l’atmosphère plombante.  Il n’en est rien : elle est bon enfant, les festivaliers ont le sourire aux lèvres, et le sentiment d’une véritable communauté où tout le monde aime à se retrouver s’installe au fur et à mesure. Au détour d’une rue, d’une conférence ou même à table, on croise la marraine du festival Charline Vanhoenacker, l’écrivain et interprète Gaël Faye, le propriétaire de L’Express Alain Weill,  ou encore Edwy Plenel et Salomé Saqué, heureux d’échanger quelques mots.

Ateliers climat et journalisme de solutions

Au vu de la météo, notre premier atelier tombe à pic : il porte sur le traitement médiatique du climat, et comment l’améliorer. Car selon l’étude MédiasClimat menée par Reporters d’Espoirs en 2019, tout supports confondus, seul 1% des sujets en moyenne faisaient alors référence au climat, le plus souvent sur un ton catastrophiste. Mais pourquoi est-ce donc si difficile d’aborder ce thème pour les journalistes ?

Parmi la cinquantaine de festivaliers ayant répondu présent, les idées fusent : manque de culture scientifique, complexité et nature anxiogène du sujet, économie des médias… La discussion se déplace ensuite sur les réponses à apporter : unanimement, les festivaliers réclament plus de formations pour les journalistes et suggèrent des rencontres sur le terrain avec victimes du dérèglement climatique et acteurs luttant contre. Le public aborde ainsi l’importance d’un traitement plus constructif, mettant également en avant des initiatives inspirantes et reproductibles pour assurer la transition écologique.

Nous revenons le lendemain sur la thématique, à travers un atelier participatif dédié au cœur du sujet de Reporters d’Espoirs : le journalisme de solutions. Malgré l’heure matinale (le concert du DJ la veille a duré jusqu’à 2h du matin), quelques visages familiers et beaucoup de nouveaux sont (re)venus au « Verger », l’espace en plein air qui nous est dédié, au milieu des arbres fruitiers. Visiblement, le bouche à oreille fonctionne. L’exercice du jour consiste à classer trois articles dans l’ordre du moins au plus « porteur de solutions ». Pas évident : juge-t-on la solution elle-même ou plutôt son traitement journalistique ? Faut-il privilégier une initiative collective ou individuelle, une réponse à un problème précis ou global ? Et comment différencier résilience et solution ? Ensemble, nous abordons ainsi la méthodologie du journalisme de solutions, ses avantages ainsi que ses limites.

La créativité des journalistes en débat… et récompensée !

Dimanche après-midi. Après une courte pause récréative, vient le moment de notre conférence sur la créativité. Une heure durant, nos intervenants Julien Blanc-Gras (écrivain-voyageur), Esther Meunier (journaliste à NOWU) et Lorraine Rossignol (journaliste à Télérama) discutent d’innovations éditoriales et techniques, en compagnie d’Augustin Perraud, notre Reporters d’Espoirs animateur du jour. Les questions fusent dans le public : pour encourager la créativité, ne faudrait-il pas déjà rendre la profession plus ouverte, les promotions d’école de journalisme plus diverses ? Le journalisme de solutions n’est-il pas déjà une innovation sur le fond en soi ? La créativité, une réponse pour attirer de nouvelles audiences ? Nos intervenants puisent dans leurs différentes expériences, électron libre, pigiste, journaliste dans une rédaction traditionnelle ou d’un genre nouveau, formés en école de journalisme ou pas.

Clou du spectacle : la conférence tient lieu de remise du Prix de la Créativité Reporters d’Espoirs 2022, décerné au jeune média NOWU créé par l’alliance de France Télévisions et le service public allemand WDR. Lancé en 2019, NOWU s’adresse d’abord aux 15-24 ans avec une forte présence sur Instagram et Tiktok, un ton direct et décalé (tutoiement et références à la pop culture sont de mise) ainsi que sa spécialisation sur un thème qui préoccupe un nombre croissant de jeunes : l’environnement. Le tout sur un ton constructif, livrant des pistes d’action collective et individuelle, comme nous l’explique Esther Meunier, journaliste à NOWU.

Ambiance baignade et musique

Une fois notre dernière intervention passée, il nous reste encore quelques heures pour pleinement profiter des autres ateliers, conférences et rencontres proposées par le festival – et bien sûr, au passage, poser quelques questions sur la pratique du journalisme de solutions aux divers intervenants ! La journée se termine en maillot et en musique, avec la tant attendue baignade dans la Garonne et un concert folklorique du groupe bordelais Timeless Trio à la nuit tombée. Ainsi s’achève un week-end chaleureux, à la fois par sa météo, son actualité et surtout, une formidable ambiance.

Par Morgane Anneix

Avec vous, lancement de la première revue papier de journalisme de solutions !

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Le meilleur de Reporters d’Espoirs concentré en 1 revue semestrielle de 144 pages. Des reportages, interviews, chroniques pour mettre à l’honneur :

  • Des histoires et acteurs de solutions concrètes qui améliorent la vie, l’économie, l’écologie.
  • Des récits de journalistes et grands reporters qui vous racontent leur métier, vous ouvrent les coulisses de la « fabrique » de l’information et des nouveaux médias.
  • Une nouvelle thématique à chaque numéro, traitée sous l’angle du lien social, de l’environnement, de l’économie et de l’entreprise, de l’art et de la culture.

Une revue qui s’ouvre aux idées qui rassemblent, aide à se projeter et aiguise curiosité, créativité, envie d’agir. Pour changer de regard sur l’actualité.

Le meilleur de Reporters d’Espoirs concentré en 1 revue semestrielle de 144 pages. Des reportages, interviews, chroniques pour mettre à l’honneur :

  • Des histoires et acteurs de solutions concrètes qui améliorent la vie, l’économie, l’écologie.
  • Des récits de journalistes et grands reporters qui vous racontent leur métier, vous ouvrent les coulisses de la « fabrique » de l’information et des nouveaux médias.
  • Une nouvelle thématique à chaque numéro, traitée sous l’angle du lien social, de l’environnement, de l’économie et de l’entreprise, de l’art et de la culture.

Une revue qui s’ouvre aux idées qui rassemblent, aide à se projeter et aiguise curiosité, créativité, envie d’agir. Pour changer de regard sur l’actualité.

 


 

15-17 juillet # Reporters d’Espoirs vous donne rendez-vous au Festival international du journalisme à Couthures-sur-Garonne ce week-end !

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Pour sa 6e édition, Reporters d’Espoirs s’associe au Festival international du journalisme parrainé par le groupe Le Monde. Au programme, deux ateliers et une conférence lors de laquelle sera remis le Prix Reporters d’Espoirs – Catégorie Créativité à la rédaction de NOWU.

En savoir plus sur le Festival


Samedi 16 juillet, 17 – 18h :
ATELIER « Comment (mieux) parler du dérèglement climatique? »

Rendez-vous au « Verger » pour une heure autour de la question du traitement médiatique du climat. Alors que les médias font de plus en plus place à l’environnement dans leurs colonnes, qu’en est-il du climat ? Comment les journalistes s’emparent-ils de cette question et le font-ils en proportion du problème posé ? 

Au cours de cet atelier participatif, venez découvrir l’étude de Reportes d’Espoirs sur le traitement médiatique du climat et les réponses apportées par le journalisme de solutions. Vous aurez également l’occasion d’y rencontrer Esther Meunier, journaliste à NOWU, média spécialisé sur l’environnement et lauréat du Prix Reporters d’Espoirs – Catégorie Créativité 2022.


Dimanche 17 juillet, 10 – 11h:
ATELIER « Et si les solutions étaient (déjà) dans votre journal ?« 

Réchauffement climatique, guerre en Europe, pandémie : vous avez l’impression que tout va mal ? Pourtant, des citoyens, des porteurs de projet, des associations, des entrepreneurs, se mobilisent et agissent au quotidien pour construire le monde de demain. Et si les solutions étaient déjà dans vos médias ? 

Venez découvrir le journalisme de solutions avec l’équipe de Reporters d’Espoirs au « Verger » du Festival ! 


Dimanche 17 juillet, 14h30 – 15h30 :
CONFERENCE « Les médias peuvent-ils être créatifs? »

Alors que les sources d’informations se multiplient, que de nouveaux médias émergent et que les médias traditionnels peinent à conserver leurs audiences, la renaissance médiatique se trouverait-elle dans la créativité ? Comment innover pour attirer un public nouveau, parfois coupé de l’information ?

Une conférence à l’Eglise lors de laquelle sera également remis le Prix de la Créativité 2022 à NOWU, média 100% environnement créé par France TV et son homologue allemand WDR.

Avec:

Julien Blanc-Gras, écrivain, documentariste et journaliste reporter
Esther Meunier, journaliste à NOWU, lauréat du Prix de la Créativité 2022
Lorraine Rossignol, grande reporter pour Télérama
Morgane Anneix, Reporters d’Espoirs
Augustin Perraud, Reporters d’Espoirs

Olivier Guez, président du jury du Prix européen du jeune reporter 2022, nous livre sa vision de l’Europe

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Profondément attaché à l’Europe, Olivier Guez a travaillé en tant que journaliste indépendant pour nombre de médias à travers le continent, de la Frankfurter Allgemeine Zeitung à Il Foglio en Italie. Également essayiste et écrivain, il a obtenu en 2017 le Prix Renaudot pour son roman La Disparition de Joseph Mengele. C’est sous sa direction que 27 écrivains européens, un par État-membre de l’Union européenne, ont délivré, dans l’ouvrage collectif Le Grand Tour sorti en mars 2022, leur vision de l’Europe, notamment à travers des lieux évocateurs de la culture et de l’histoire européennes.


Votre regard de journaliste est tourné vers l’Europe et le monde.  Existe-t-il un « journalisme européen » ou bien y a-t-il autant de pratiques que de nations, que de cultures ?

Je pense que quel que soit le pays où le journaliste exerce, il est censé faire la même chose : relater la réalité ; ne pas donner son avis ; et enfin, laisser parler les évènements.  Fondamentalement, je pense qu’il n’existe qu’une école de journalisme. Elle devrait être universelle.

Quel espoir portez-vous sur ce continent et sur sa cohésion aujourd’hui ?

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe a fait basculer les Européens dans une communauté de destin. Pour la première fois depuis la chute du mur de Berlin ou peut-être même la Seconde Guerre Mondiale, un unique évènement concerne et unit tous les européens.

Si parler d’espoir au vu de la situation début mars me semblerait présomptueux, il y a en tout cas une prise de conscience. C’est un réveil douloureux pour l’Europe, mais qui s’avérera peut-être être salvateur dans les années qui viennent.

Plus que d’espoir, peut-être pourrait-on alors parler d’une accélération de l’union ?

Pour moi, il y a eu trois phases dans la construction européenne. Premièrement, les débuts héroïques, qui correspondent à un projet technocratique d’expansion et de partage économique. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, on ne peut plus parler de civilisation ou culture européenne. La civilisation européenne sort alors d’une phase de plus de 30 ans d’autodestruction qui a conduit à Auswitch : il faut donc une approche pragmatique et modeste portée par des personnes qui ont vécu les deux conflits mondiaux dans leur chair.

La deuxième phase se situe autour de 1989 : c’est l’ère d’une expansion joyeuse, même si je pense qu’elle a été en quelque sorte ratée dès le début. On a mésestimé les souffrances endurées par les pays d’Europe centre et orientale sous domination russo-soviétique. 

Enfin, la troisième phase, qui commence au début des années 2000, voit arriver au pouvoir des dirigeants européens qui n’ont ni vécu ni la guerre ni l’Europe au quotidien. Ils ne se sont pas baladés à travers le continent, ont peu vécu à l’étranger ni aimer en Europe. Avec leurs carrières très nationales et leur vision très centrée sur leur propre pays, il ne s’est pas passé grand-chose en Europe depuis 20 ans. Mais peut-être que l’on est aujourd’hui en train de vivre le prochain basculement, avec l’avènement de la génération Erasmus qui est désormais aux prises avec une menace existentielle :la Russie de Vladimir Poutine.

L’Europe est-elle une entité qui vous inspire d’un point de vue culturel, littéraire, ou politique ?

Je ne me suis jamais posé la question de savoir si j’aimais ou pas l’Europe car je suis né Européen. Je suis né à Strasbourg, dans une ville et une région européenne, que ce soit par leur culture et française et allemande, ou par leur géographie marquée par le Rhin, ce grand fleuve qui relie plusieurs pays. Et puis, j’ai aussi grandi au cours des années 80, la décennie miraculeuse de la construction européenne qui s’est terminée en apothéose à l’automne 1989. Ainsi, ces années de formation qui sont essentielles pour tout le monde ont pour moi été placées sous le signe de l’Europe.

Depuis, je n’ai cessé d’aimer l’Europe : j’y ai beaucoup voyagé, découvert et aimé. Après avoir vécu en Belgique, au Royaume-Uni et en Allemagne, je me suis finalement posé en Italie. L’Europe, je la pratique au quotidien. Je me définis ainsi comme un écrivain européen puisque ce continent constitue mon terroir. J’ai sa cuisine, ses odeurs et ses paysages en moi, Je me les suis appropriés, tel un écrivain national ou régional qui puiserait dans ces éléments pour développer ses œuvres. Ma géographie est continentale.

« Le Grand Tour », titre du livre que vous venez de publier chez Grasset, c’est une manière de rendre plus concrète cette Europe qui vous est constitutive ?

Mon projet du Grand Tour s’est quelque part inscrit dans ce que j’ai toujours fait et aimé. J’ai tout simplement demandé à 27 auteurs européens, un par pays membre de l’Union Européenne, de raconter un lieu, chez eux, dans leur pays, qui évoque la culture ou l’histoire européenne. Le résultat est ce magnifique recueil, constitué de textes de fiction comme de non-fiction et de récits parfois très personnels qui n’évoquent pas directement l’histoire européenne, mais décrivent le continent tel qu’il est aujourd’hui.

Le Prix européen du jeune reporter vise également à promouvoir la francophonie à travers le continent. Etes-vous confiant dans le français comme langue d’avenir, notamment sur le plan européen ?

Le départ des Britanniques a provoqué une situation paradoxale, puisque la lingua franca de l’Union Européenne est aujourd’hui une langue très minoritaire. C’est donc bien une chance pour le français, mais il faut aussi rester réaliste : l’anglais, ou plutôt le globish, domine tous les échanges internationaux et continuera sûrement à le faire. Toutefois, cela ouvre peut-être le champ à une diversification linguistique des échanges au niveau européen : ce serait alors une chance autant pour le français que pour l’allemand, l’espagnol etc. 

En tant qu’écrivain, vous avez exploré le passé et analysé le présent. Quel rôle le journaliste peut-il jouer pour lier le passé, le présent et éventuellement nous aider à construire un avenir de manière constructive ?

Le journaliste est un témoin, un passeur. Celui qui raconte à la fois le passé et évidemment le présent. C’est justement en racontant de la manière la plus objective possible et le passé et le présent que l’on peut envisager de construire un avenir serein. Avec la diffusion des fake news, on voit bien que cette réécriture du passé peut avoir un impact immédiat sur le présent et des conséquences potentiellement terribles pour le futur. L’invasion du Capitole aux Etats-Unis en est le parfait exemple : les fausses nouvelles ont alors tellement abondé que l’on a basculé dans un monde totalement chimérique et délirant. Le journalisme a donc une mission extrêmement importante qui se situe au niveau de l’objectivité et de la réalité.

Tous les reportages candidats devront mettre en avant une solution intégrant une dimension européenne et un regard critique sur cette dernière. En quoi, d’après vous, le journalisme de solutions est-il porteur de sens ?

On reproche souvent aux journalistes de toujours relayer uniquement une information anxiogène. Or, tel que le promeut Reporters d’Espoirs, il faut aussi raconter autre chose, il faut donner envie :  ne pas seulement déplorer, pleurer, mettre en garde, mais aussi montrer que des solutions existent. Il ne s’agit pas de faire de la promotion : il faut continuer à viser une certaine objectivité journalistique tout en adoptant peut-être un angle un peu différent.

Au vu de la situation tragique en Ukraine au moment où nous nous parlons, il est peut-être encore un peu tôt pour parler de journalisme de solutions et je pense qu’il faut aussi garder un peu de modestie à cet égard. Mais bien sûr viendra le moment où il faudra reconstruire et témoigner de la solidarité envers les réfugiés et exilés de cette guerre, et alors ce journalisme-là aura tout son sens.

Les Français seraient particulièrement pessimistes et méfiants à l’égard des médias : est-ce quelque chose que vous constatez également dans le traitement de l’information ?

Ce qui me frappe en France, c’est qu’il y a un habillage anxiogène dans notre façon de présenter l’information : tout est enrobé d’une certaine dramaturgie afin de capter au mieux notre attention. Cela contraste beaucoup avec l’Allemagne par exemple, où règne au contraire une grande sobriété. Et puis, il y a en France l’omniprésence des chaines d’information en continu, inexistantes en Allemagne. Ces chaines sont anxiogènes par définition, car leur métier consiste à créer un état d’alerte permanent. Malheureusement, je pense que l’on a beaucoup copié sur les Américains à cet égard. S’y ajoutent les réseaux sociaux qui amplifient encore ces tensions, ce qui pousse même les chaines « généralistes » à dramatiser l’information.

Avez-vous des exemples de reportages qui vous ont inspiré dernièrement ?

Je trouve que tout ce que l’on peut lire sur l’Ukraine, avec ces magnifiques initiatives dans une situation dramatique de guerre, est très inspirant. Il est important que ce message soit aussi relayé aux Ukrainiens pour qu’ils ne se sentent pas seuls même si eux seuls vivent ces évènements tragiques. On ne sait plus ce que c’est de tout abandonner sans savoir quand on reverra sa maison, son pays, ses proches. Mais toutes ces initiatives et symboles de solidarité, que ce soient les collectes, les dons ou volontaires qui vont là-bas pour aider, c’est bien sûr inspirant.

Quel conseil adressez-vous aux jeunes journalistes ou apprenti-reporters qui postulent au Prix européen du jeune reporter ?

Travailler, tout simplement. Un article, cela ne s’improvise pas. Un bon journaliste est quelqu’un qui raconte, qui sait se mettre de côté et s’effacer derrière son sujet sans donner son avis ou jugement. Le journalisme est une sorte de littérature du réel : que les candidats nous racontent donc simplement une histoire dans leurs mots de la façon la plus sobre et efficace possible.

Interview réalisée par Morgane Anneix et Augustin Perraud.

[Interview] Le design fiction pour « éviter de laisser les autres choisir le futur de l’information à votre place » – Nicolas Minvielle

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En plus d’être le cofondateur du collectif de designers, anthropologues, et prospectivistes « Making Tomorrow », Nicolas Minvielle est professeur de design et de stratégie à Audencia Business School, dont il dirige le master « Marketing, Design et Création ». Il travaille également à la coordination de la « Red Team », groupe d’auteurs de science-fiction qui mettent leur imagination au service du ministère des Armées pour plancher sur des scénarios souvent dystopiques. Son leitmotiv : « susciter l’imagination de scénarios alternatifs, de mise en mouvement, pour que le pire ne se produise pas, mais bien le meilleur possible ». Il a publié lundi dernier aux éditions Hold Up, « Design fiction et plus pour votre organisation, un guide pour construire demain », que vous pouvez vous procurer sur https://www.okpal.com/making-tomorrow/#/

Gilles Vanderpooten – Vous êtes spécialiste en « design fiction ». De quoi s’agit-il ?

Nicolas Minvielle – Le designer Julian Bleecker, auquel on en attribue la paternité, le définit comme « l’emploi intentionnel d’un mélange de faits de sciences et de fiction pour suspendre le sentiment d’incrédulité face à un futur possible ».

Le futur est une zone de conflit, les gens veulent s’y projeter et se l’approprier, ce pourquoi il est important de le mettre en fiction.

Durant la guerre froide, chacun développait ses outils : quand le bloc de l’Est misait sur la statistique, les États-Unis misaient sur le croisement des opinions d’experts avec la méthode Delphi. Le design-fiction est un outil né il y a une dizaine d’années, par lequel on peut imaginer des visions de l’avenir qui se démarquent des visions dominantes. Il s’agit de stimuler l’imagination en « jouant » avec le futur. En imaginant des scénarios, en créant les maquettes de différentes versions possibles de ce que pourrait être demain.

Cette discipline est en construction. Avec le collectif Making Tomorrow, on fait de la recherche poussée pour en appréhender l’impact. Comment ces histoires ont-elles été appropriées par les organisations ? Ont-elles modifié les visions et actions des gens ? Le point de vue scientifique est indispensable pour évaluer la réalité de la chose.

Le manuel que nous publions ces jours-ci, Design fiction et plus pour votre organisation, un guide pour construire demain, présente les techniques nécessaires à la mise en œuvre d’une approche de design-fiction au service des stratégies et des organisations.

Les outils de notre époque (twitter, info en continu, vidéos tiktok, communication tous azimuts…) ont tendance à nous confiner dans l’immédiateté de l’actualité. Là, il s’agit de proposer des outils de réflexion pour le temps long ?

Le design-fiction veut amener les entreprises à se projeter au-delà des 3 à 5 ans d’exercice stratégique… sachant que ces délais sont eux-mêmes trop longs pour répondre à l’incertitude du monde dans laquelle nous naviguons !

C’est pour cela que l’exercice fait faire des allers-retours entre temps court et temps long. Se projeter dans ce qui semble essentiel à une prise de conscience collective pour une mise en mouvement à grande échelle, afin de réorienter l’action dans un sens souhaitable.

Outre l’entreprise, un domaine qui parait d’autant plus évident à l’heure de la guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine, c’est celui de la défense. Vous travaillez avec les Armées –de terre, de l’air, de la marine.

Au sein de la « Red Team » dans laquelle j’interviens se rassemblent des auteurs, scénaristes de science-fiction, scientifiques et militaires, pour imaginer les menaces pouvant directement mettre en danger la France et ses intérêts. Elle a notamment pour objet d’anticiper les aspects technologiques, économiques, sociétaux et environnementaux de l’avenir qui pourraient engendrer de potentiels conflits à l’horizon 2030-2060.

Quels nouveaux types de conflits envisagez-vous avec cette méthode ?

Hacking des implants neuronaux, émergence de sphères communautaires développant une réalité alternative, bioterrorisme face au changement climatique, guerres cognitives s’appuyant sur la désinformation de masse, polarisation du monde en hyperforteresses et hyperclouds… Ou encore, plus « positivement » si je puis dire, guérison spectaculaire d’une patiente atteinte de stress post-traumatique par un implant neuronal qui modifie sa perception de la réalité. Voilà quelques exemples parmi d’autres.

Le scénario d’une guerre contre l’Ukraine avait semble-t-il été prévu, planifié, et même formulé par Poutine il y a plusieurs années.

Cela n’a effectivement pas empêché de se réveiller un matin en découvrant qu’il était passé à l’action.

On peut donc tout à fait imaginer, projeter, anticiper la catastrophe… sans pour autant mettre en place les moyens de s’en prémunir.

Quand des puissances sont asymétriques, la plus forte se croit tout permis. C’est ce que nous apprenait Thucydide déjà au Ve siècle avant Jésus Christ, racontant L’Histoire de la guerre du Péloponnèse opposant les Athéniens à la petite cité de Mélos. Dans le Dialogue mélien, dans la bouche des Athéniens, « la justice n’entre en ligne de compte dans le raisonnement des hommes que si les forces sont égales de part et d’autre ; dans le cas contraire, les forts exercent leur pouvoir et les faibles doivent leur céder ». C’est ainsi que les Athéniens mettent leur menace à exécution, assiègent la cité, tuent les hommes, esclavagisent femmes et enfants, et rayent Mélos de la carte…

Aujourd’hui quand l’Europe parait faible, tout le monde gueule. Et quand elle a des velléités de se doter d’une armée européenne supranationale, ou que des nations projettent d’augmenter le budget de leur propre Défense, l’acceptation des citoyens ne semble pas évidente. De ce point de vue, la réalité a ceci de particulier qu’elle a parfois la capacité de dépasser la fiction…

Revenons aux scénarios de design fiction. Ils sont souvent négatifs, dystopiques, alarmistes. En quoi imaginer le pire est-il plus pertinent, crédible, ou captivant que de prendre le parti de l’utopie ?

Nous les humains sommes des animaux à histoire : la narration est importante pour nous. Or on a tendance à vite s’ennuyer dans une utopie : vous n’allez pas passer deux heures au cinéma pour entendre parler d’un monde parfait. Vous vous attendez à une tension, un ennemi, une résolution ; une perspective étendue qui ait pour objectif de résoudre un problème.

Dans un exercice fait récemment on a demandé aux gens « comment mieux vivre ensemble en 2035 ». Ils ont partagé 40% d’utopies et 60% de dystopies. Le problème avec les utopies envisagées c’est qu’elles sont rarement originales : on tourne toujours grosso-modo autour des cinq mêmes scénarii : Ecotopia, utopia, la Belle Verte, les Cités Végétales de Schuitten etc. De plus on se retrouve avec une collection de points de vue, propres à ce que vit, pense, ressent, chaque personne, et ça ne fonctionne pas, parce qu’on ne vit pas les mêmes enjeux. A contrario, on se rend compte que raconter des dystopies offre des tractions plus fortes, une capacité supérieure à se projeter ensemble.

Des travaux de recherche ont été menés sur ce sujet. Et l’Histoire nous fournit des exemples de notre incapacité à créer des utopies globales qui marchent.

Nous on va chercher les conséquences inattendues, les usages non souhaitables, pour trouver les réponses. On assume les parts de l’ombre – pour le dire vite, on assume que votre voisin reste jaloux de votre nouvelle voiture-, on assume les complexités partant du principe qu’il n’y a et qu’il n’y aura pas de monde parfait.

Pour autant, il ne s’agit pas de faire de la peur le moteur central de la réflexion. Car projeter le pire n’est –heureusement- pas la garantie d’avoir raison ! J’aurai pu imaginer une dystopie il y a dix ans de la ville dans laquelle je vis, mais globalement il faut reconnaitre que la vie est chouette à Nantes…

Vous êtes récemment intervenu auprès de Reporters d’Espoirs. Que peuvent apprendre les journalistes des méthodes de prospective utilisées par les directions de la stratégie des grandes entreprises ou par l’armée, tout en restant attachés à leur mission première : rendre compte du réel ?

Remarquez que les journalistes sont parfois les personnages principaux de récits de science-fiction : c’est le cas du héros principal de la bande-dessinée Transmetropolitan (journaliste version extrême !) ; ou de celui d’Ecotopia [scénario d’un système économique et politique écologiquement vertueux, imaginé en 1975 par Ernest Callenbach] qui d’abord critique et cynique, finit par se convaincre de la pertinence du système qu’il découvre.

L’idée de l’exercice de créativité mené avec Reporters d’Espoirs à l’occasion de l’événement La France des solutions [le 15 décembre 2021] était de regarder ce que les imaginaires peuvent raconter à vous journalistes, qui avez souvent le nez dans le guidon de l’actualité. Les scénarios que l’on projette sur votre métier sont essentiellement dystopiques : un monde de l’information hacké, en proie aux fake news, en rupture avec les citoyens…Dans le monde de demain, votre métier de journaliste quel sera-t-il ? Bref, il s’agissait d’imaginer des versions de l’avenir du journalisme. Une manière de réfléchir à comment améliorer les choses, à comment éviter de laisser les autres choisir le futur de l’information à votre place.

Du point de vue du journalisme de solutions que promeut Reporters d’Espoirs, il me semble que c’est une perspective intéressante. Votre démarche -rendre compte des dysfonctionnements comme des remèdes- fait précisément écho à celle du design-fiction : envisager le scénario du pire tout en examinant comment l’éviter.

Les imaginaires sont importants, c’est le terreau de demain. Apprendre à tirer le fil sur la base de ce que vous décrivez des faits ici et maintenant pour aller plus loin que l’actualité, penser un temps un peu plus long pour le journalisme, est certainement utile.

Une innovation à partager avec la profession journalistique ?

Je suis fasciné par les débats qui se tiennent dans la twittosphère. Le sujet de « la vérité » y occupe tout un tas de gens. Pas seulement des complotistes, mais aussi des observateurs du complotisme et des gens de bonne volonté qui cherchent, travaillent sérieusement sur des dossiers, confrontent scrupuleusement des sources, s’efforcent de commenter de manière constructive… Ce sont souvent eux les « rois » de la newsroom sur les conflits. Regardez par exemple la section « War zone » du site américain thedrive.com : elle est alimentée par des spécialistes de la défense et la sécurité, et près d’un quart des contenus est constitué de tweets. Ils agrègent du factuel, des photos de googlemap, disent leur désaccord avec les twittos… prennent des précautions oratoires, reprennent leurs articles en fonction de l’interaction et affichent leurs modifications en transparence. De vrais geek contribuent, parfois des gamins de 16 ans qui auraient presque les capacités d’analystes de la NSA !

Voilà peut-être une inspiration pour des journaux que je trouve globalement très « top-down » et parfois trop lisses, trop contraints. Ils pourraient envisager des articles plus courts avec davantage de diversité de points de vue, des inserts de tweets, des justifications… Ce peut être utile pour contrer les complotistes qui disent à chaque fois « élargissez vos sources » : pourquoi ne pas insérer leurs tweets en démontant à quel point ils sont ineptes ?

L’idée d’un agrégat de flux d’informations qui permet de faire émerger de la sérendipité en interaction avec le journaliste me semble une piste à explorer. A vous, journalistes et rédactions, d’en décider !

Interview réalisée par Gilles Vanderpooten.