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L’actu des médias

Santé mentale chez les journalistes : Où se situent nos homologues d’outre-Atlantique ? Samuel Lamoureux répond.

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À l’occasion de la Journée internationale de la santé mentale, ce jeudi 10 octobre, nous avons voulu nous intéresser à la manière dont elle concerne particulièrement la profession journalistique, parfois mise à rude épreuve.  Nous avons questionné Samuel Lamoureux, chercheur et professeur canadien en communication au Département Sciences humaines, Lettres et Communication de l’Université TÉLUQ. Ses analyses portent sur le journalisme, les médias, les conditions de travail et la santé mentale des journalistes au Canada et dans le monde francophone. Tiraillée entre ses propres biais internes, la virulence de certains lecteurs mais aussi les situations qu’elle se doit de couvrir, la profession journalistique laisse peu de place au bien être psychologique des journalistes, dont la sphère intime est fortement impactée. Samuel Lamoureux préconise une réflexion personnelle par et pour les journalistes afin qu’ils puissent répondre avec justesse à leurs problèmes. Certaines actions mises en place outre-Atlantique peuvent inspirer une meilleure prise en charge de la santé mentale des journalistes en France.

Léa Varenne – En cherchant des contenus sur  la santé mentale des journalistes , il faut se rendre à l’évidence : voilà un sujet très peu abordé. Pourtant, il y a beaucoup à faire. Est-ce un tabou ?

Samuel Lamoureux – Il y a plusieurs raisons à cela. La première c’est parce qu’aller creuser ce sujet signifierait poser des questions dérangeantes pour la profession. La souffrance au travail qui peut aussi être nommée « stress chronique » est documentée au sein des salles de rédaction depuis longtemps. Par exemple, le syndicat de Radio Canada (service public équivalent de France Télévisions au Canada) a déjà réalisé des enquêtes internes sur la souffrance au travail, mais elles n’ont pas été rendues publiques. Il en était sorti que plus de 40% de journalistes déclaraient avoir déjà ressenti des symptômes de détresse psychologique, même plusieurs fois par an, du stress chronique, des insomnies, des dépressions, des burn-out…C’est quelque chose qui est documenté, mais pas rendu public, parce que ça voudrait dire qu’on pose des questions délicates. Pourquoi est-ce que les journalistes souffrent autant ? Quand on creuse, on soulève deux aspects qui ne sont pas évidents à aborder : d’une part, les méthodes de travail – notamment le rythme de production, avec parfois des pratiques ultra commerciales-, et d’autre part la réaction du public quand les journalistes expriment leurs difficultés. Je me souviens que sur Twitter, notamment, des lecteurs s’en sont beaucoup pris à certains journalistes en disant qu’ils n’avaient pas à se plaindre. Depuis ce temps-là, je sens qu’il y a moins de volonté de la part des journalistes de se montrer fragiles.

Pensez-vous que la manière dont ils traitent l’actualité – qui est majoritairement négative – affecte la santé mentale des journalistes qui y sont exposés en première ligne ?

Je ne sais pas si le problème est le fait qu’on traite l’actualité de manière négative ou si c’est plutôt qu’on la traite de manière extrêmement rapide en mode « breaking news ». On se concentre sur beaucoup de conflits que nous avons des difficultés à mettre en perspective. On voit juste des images de villes détruites, le monde qui brûle, des ouragans, etc. Pour moi, il n’y a pas de volonté particulière de la part des éditeurs de dire : « couvre des sujets négatifs ». C’est plutôt : « couvre l’actualité la plus chaude » ou « live tweet un événement ». Et quand vous voulez couvrir l’actualité chaude, souvent, le plus facile, c’est de suivre un événement négatif, une fusillade, un ouragan et de retweeter ce que d’autres font. C’est là que réside l’intérêt du journalisme de solutions : on ne peut pas juste suivre l’actualité chaude et retweeter. Il faut des textes plus longs qui expliquent davantage de choses. Quand on dit à un journaliste de couvrir les victimes d’un attentat, mais sans jamais mettre cela en perspective, sans jamais donner de solutions, c’est sûr que ça a un impact sur les professionnels de l’information, qu’ils travaillent de chez eux, ou qu’ils se rendent sur le terrain. Là, on peut parler de choc post-traumatique.

Pourriez-vous faire un état de la situation au Canada, et en France, en matière de santé mentale chez les journalistes et dans les salles de rédaction ? La santé mentale est-elle prise en compte dans ce domaine ? Notez-vous une différence entre le Canada et l’Union Européenne ?

Quand on parle de santé mentale, on parle de problèmes de burn-out, de surmenage, de dépression aussi.

J’ai lu un article dans Le Monde selon lequel 40% des jeunes journalistes français quittaient le métier et abandonnaient leur carte de presse après sept ans de métier. La question des pigistes représente un enjeu plus spécifique encore. Au Canada, il ne gagnent pas plus de 20 000 dollars par an, ce qui pose beaucoup des problèmes d’isolement et impacte toutes les sphères de la vie puisqu’il est impossible de payer un loyer avec un salaire si faible. Les journalistes se surmènent pour trouver d’autres sources de revenus qui peuvent générer des problèmes éthiques. Certains jeunes se tournent vers des métiers qui sont mal vus par la profession comme la publicité ; d’autres acceptent n’importe quelles conditions de travail, en ne comptant pas leurs heures. Et ça, en psychologie, « en faire plus avec moins », c’est littéralement la recette d’un surmenage. Ce cocktail de pression vient à la fois des supérieurs, et de l’auto-pression que se mettent les journalistes pour atteindre leurs objectifs. Comment penser à la santé mentale de quelqu’un si on le considère comme une unité interchangeable qui doit juste remplir son quota d’actualités, qui varie selon l’offre et la demande ? Cela constitue un cocktail toxique qui pousse beaucoup de personnes à quitter le métier.

L’agence de presse Reuters met à disposition des journalistes des formations en e-learning (sur le site *) sur le thème de la résilience et de la santé mentale. Voyez-vous d’autres initiatives en matière de prise en charge ?

Il existe un débat assez classique en sociologie : celui d’opposer l’individu et le collectif. C’est-à-dire se demander est-ce la faute de l’individu ou est-ce la faute du collectif ? Dans le premier cas il doit se débrouiller pour ajuster son comportement ; dans le deuxième cas il doit modifier son mode de fonctionnement.

Ce débat traverse le monde du journalisme. Beaucoup de gens disent que les journalistes ont des problèmes parce qu’ils se mettent trop de pression, et c’est en partie vrai. J’ai questionné des personnes travaillant dans les ressources humains qui me parlaient de techniques comme la méditation. Je ne suis pas du tout contre le fait d’apprendre à être plus zen dans sa vie et c’est important pour les personnes anxieuses d’apprendre à être moins anxieuses, mais le problème est plus large. Il y a un vrai problème de rapport au téléphone par exemple. Les journalistes sont trop connectés et il est important qu’ils réussissent à se mettre des barrières. Mais ce n’est pas une solution suffisante à mon goût parce qu’elle se contente de mettre l’accent sur l’individu qui doit apprendre à régler ses propres problèmes. On sous-entend ainsi que c’est peut-être la faute des individus s’ils sont malades parce que pas assez responsables, ou pas adaptés au rythme. Il y a des limites à dire aux gens qu’ils doivent juste s’adapter.

Parfois, c’est le collectif lui-même qui est malade. Ces dernières années, beaucoup d’articles sont parus sur la toxicité des relations dans certaines rédactions, notamment envers les femmes. C’est présent au Canada comme en France et documenté dans le livre du sociologue français Jean-Marie Charon, Hier journalistes. Quand se pose la question du sexisme type « plafond de verre », le problème ne vient pas de l’individu. C’est le problème du collectif, donc, dans ce cas-là, on a besoin d’une réaction collective. Comment notre collectif peut-il s’améliorer ? Comment peut-on en finir avec les plafonds de verre ? Là, ça devient une réflexion collective, associative et qui parfois doit mener à des prises de parole publiques. Il y a quelques années, il y a eu le #MeToo Média, entre autres en Europe. Ça a été une libération de la parole.

Ainsi selon moi, il faut un bon dosage entre les deux solutions. D’un côté des solutions individuelles pour apaiser les gens anxieux et trop stressés et d’un autre côté, des solutions plus collectives.

Existe-t-il des formations dès les écoles de journalisme sur la manière de couvrir un sujet potentiellement anxiogène tout en préservant sa santé mentale ?

Créer ce genre de cours représente une préoccupation grandissante. Deux collègues, Matthew Persson et Dave Sieglin, ont créé une formation sur les traumatismes prodigués dans les écoles de journalisme. Dans leur rapport sur la santé mentale « Prenez soin de vous », leur constat en 2022 était qu’au Canada, 90 % des journalistes n’auraient pas eu de formation sur la santé mentale ou sur la gestion des traumatismes. Dans le cursus scolaire on enseigne plus le contraire, « Soyez endurcis, soyez comme Albert Londres, allez au bagne et écrivez vos articles, allez voir les horreurs, la guerre, et montrez-nous ce qu’il s’est passé ». On enseigne souvent la figure de journaliste-aventurier, qui doit absolument aller sur les terrains « chauds ».

Proposez-vous, dans vos travaux, de nouvelles stratégies de prise en charge des journalistes et acteurs des médias ?

Je suis beaucoup inspiré par le concept de « psychodynamique du travail ». Il a été popularisé en France par Christophe Dejours. Ce qui est dit dans cette approche-là c’est que, pour gagner la santé il faut augmenter son pouvoir d’agir et son pouvoir de décision. Je travaille avec l’Association des Journalistes Indépendants du Québec, et on organise beaucoup d’événements où les journalistes indépendants doivent eux-mêmes réfléchir, trouver des solutions à leur problème. Chaque mois, on organise des rencontres de socialisation où on essaie de discuter des principaux problèmes. Par exemple : beaucoup de pigistes avaient remarqué qu’un média en particulier mettait des mois à les payer, parfois six mois. Nous en avons discuté puis il y a eu des actions. Plusieurs personnes leur ont écrit sur Instagram, des rencontres ont été faites avec d’autres organisations, ce qui a conduit le média à changer ses pratiques : il a compris qu’il était préférable de payer ses pigistes sans délai.

Je pense qu’il faut créer des espaces de réflexion, de collaboration, où les journalistes peuvent énoncer leurs problèmes et trouver des moyens de les régler par la force de leur collectif. Certes je suis un expert mais ce n’est pas mon rôle en tant que tel de montrer aux gens comment vivre. Les gens sont assez intelligents pour trouver des solutions à leurs problèmes, parfois ils manquent simplement de temps et d’espace. Je pense qu’on doit faciliter les échanges dans la profession, et créer aussi des espaces où les journalistes n’ont pas peur d’avoir des représailles. Il y a des endroits où les langues peuvent se délier et ça peut être organisé par une association, par un syndicat, par les journalistes eux-mêmes. ■

Propos recueillis par Léa Varenne, chargée de veille et de rédaction à l’ONG Reporters d’Espoirs.

Sources

Rapport « Prenez soin de vous » : https://www.journalismforum.ca/rapport-prenez-soin

Article du Monde : https://www.lemonde.fr/comprendre-en-3-minutes/article/2023/11/05/pourquoi-autant-de-jeunes-journalistes-quittent-le-metier-au-bout-de-sept-ans-comprendre-en-trois-minutes_6198317_6176282.html

Boîte à outils (English content)

https://ijnet.org/en/toolkit/mental-health-and-journalism

https://www.mentalhealthreuters.com/introduction

Les États généraux de l’information aspirent à un « journalisme de solutions » : Reporters d’Espoirs met à disposition ses 20 ans d’expertise et d’actions concrètes

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Le mois dernier se tenait la restitution du plan d’action des États Généraux de l’Information au CESE à Paris. 15 propositions et 2 recommandations ont été présentées, adressées aux pouvoirs publics, en vue de soutenir la liberté d’expression et le pluralisme dans les médias. Des mesures concrètes sont proposées dans le rapport : propositions d’abrogation de lois, renforcement de l’éducation aux médias dans le milieu scolaire, éducation du public contre la désinformation, etc. Reporters d’Espoirs se réjouit que la démarche du journalisme de solutions -qu’elle a lancée en 2004 et qui fête cette année ses 20 ans- soit mentionnée à cinq reprises comme une réponse à l’info-anxiété et pour l’innovation éditoriale.

Tout simplement d’un journalisme « à spectre large », comme le décrit Serge Michel, ancien directeur de la rédaction du journal Le Monde. En complément des « 5W » – les cinq questions que se pose en général un journaliste lorsqu’il appréhende un nouveau sujet (qui, quoi, où, quand, pourquoi) – il s’agit d’en ajouter une 6e : « qu’est-ce qu’il se passe dans la société, des réponses à ce problème existent-elles ? ». En expliquant, dans la version la plus poussée, à la fois le problème et ses causes, l‘initiative, le processus de résolution qui l’a rendue possible, les résultats obtenus et les limites de l’initiative.

Une fierté française ? Cette démarche s’est structurée en France dès 2004, avec Reporters d’Espoirs, avant d’essaimer aux États-Unis, en Europe et dans le monde.

DÉCERNER DES PRIX POUR SOUTENIR LES DÉMARCHES JOURNALISTIQUES 

Le groupe de travail Citoyenneté, information et démocratie soulève à juste titre « La question de la protection de la population, notamment de la jeunesse, contre les excès de l’information (sous l’angle de la santé publique) » et propose que l‘« un des enjeux [soit] de promouvoir le « journalisme de solutions » en ne se limitant pas à soulever les problèmes, le cas échéant en le récompensant par des prix » (page 127 du rapport). En ce sens le Prix Reporters d’Espoirs a depuis 2004 distingué 160 lauréats pour leurs reportages de journalisme de solutions et leurs innovations éditoriales, au cours de 13 éditions saluant des productions écrites, audiovisuelles, des innovations éditoriales des médias régionaux, nationaux, européens et internationaux. Avec le recul, nous confirmons les vertus d’un Prix. Il a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions, etc.

RECENSER LA DIVERSITÉ DES SUJETS ET PRODUCTIONS POUR INSPIRER

Le rapport ajoute qu’« en matière de contenu, sans préjudice du principe de liberté éditoriale, la société devrait s’engager à favoriser une diversité dans les sujets abordés, à promouvoir une approche du « journalisme de solutions » ainsi qu’à garantir une représentativité de la population française dans ses intervenants » (page 130). Le journalisme de solutions offre en effet un « spectre large » en ce qu’il permet de compléter l’approche « conventionnelle » en y ajoutant un examen de réponses possibles à des problèmes écologiques, sociaux, économiques ou encore culturels. Le pratiquer, c’est l’opportunité de diversifier et d’enrichir les lignes éditoriales, de donner la parole à des personnes qui agissent sur le terrain, d’analyser et de diffuser la connaissance d’initiatives utiles à la société. Afin de valoriser les réalisations dans le domaine et d’accompagner les journalistes dans leur recherche de sujets et d’initiatives pour les illustrer, Reporters d’Espoirs répertorie au quotidien les productions éditoriales de journalisme de solutions : elle en compte actuellement plus de 7000 référencées dans ses bases (LePlus) et est en mesure d’en analyser la progression média par média. 

FORMER ET ÉDUQUER A L’INFORMATION ET SES IMPACTS

Enfin, il estime « souhaitable » « [La] généralisation [du journalisme de solutions], par le biais de la formation initiale des journalistes mais aussi de la formation continue au sein des organes de médias. » (page 160) Pour notamment « Renforcer, dans la formation des journalistes, la sensibilisation aux risques en santé mentale liés au caractère anxiogène de l’information » (page 162). Reporters d’Espoirs en est venu à la même conclusion. Aussi elle intervient tout au long de l’année dans les écoles de journalisme et au sein des rédactions régionales et nationales ; offre un cours en ligne gratuit développé avec l’école de journalisme d’Aix-Marseille (EJCAM) ; propose un catalogue de formations qui l’aborde sous des angles aussi variés que la pratique éditoriale, les opportunités en termes de monétisation des contenus, de recrutement des abonnés, de motivation des équipes, ou encore de lien avec des sujets anxiogènes comme la crise écologique qui appellent à des connaissances scientifiques.

Pour aller plus loin encore, le CLEMI (Éducation nationale) et Reporters d’Espoirs proposent depuis mai 2024 une formation aux enseignants des écoles, collèges et lycées permettant de développer auprès de leurs élèves l’apprentissage des techniques journalistiques et la curiosité pour les initiatives de leur territoire en pratiquant l’interview. Un complément que nous pensons indispensable dans la lutte contre les « fake news », pour offrir un recul critique tout en donnant envie à la jeunesse de s’informer auprès des sources les plus fiables qui soient : celles de qualité et de déontologie journalistiques.

Le journalisme de solutions existe et se structure depuis vingt ans. Le contexte, l’envie des journalistes et des médias d’innover et de répondre aux nouvelles attentes de leurs publics, voire parfois d’accompagner les évolutions de la société, et de préserver la santé mentale des citoyens, ne peuvent que l’amener à se développer. Reporters d’Espoirs remercie les États généraux de l’information de l’encourager et tient son expertise de 20 années dans le domaine à la disposition de toutes et tous, en France et en Europe.

22M : lancement du 1er média de solutions méditerranéen

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500 millions de personnes sont en passe de vivre particulièrement les conséquences des dérèglements climatiques : les habitants des pays du pourtour méditerranéen. Comment unir les personnes de bonne volonté, par-delà les différences culturelles et religieuses, pour affronter la catastrophe annoncée ?

C’est l’objet du nouveau média en ligne 22M, lancée par Marcelle.media et soutenu entre autres par Reporters d’Espoirs. Des journalistes des 22 pays, notamment des lauréats du Prix jeunes Reporters d’Espoirs et des membres de notre réseau, vont nourrir ce média en écrivant chacun dans leur langue, des articles et reportages sur des initiatives porteuses de solutions. Elles sont glanées partout sur cet espace, « berceau de toutes nos cultures » tel que le décrit le philosophe Dominique Bourg dans l’interview que nous avons réalisée pour le nouveau média d’information.

>Le manifeste de 22M

>Le site de 22M

>L’interview de Dominique Bourg

Festival du livre à Paris : La littérature au service de l’écologie, de la jeunesse et de la francophonie

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Du 12 au 14 avril 2024 s’est tenu le Festival du livre à Paris. Au total, 246 stands représentaient maisons d’édition et médias dans l’enceinte du Grand Palais éphémère. Les auteurs en dédicace accueillent depuis leurs estrades curieux et afficionados. C’est l’occasion pour toutes les générations de se retrouver pour flâner au milieu des étals de livres. Le public, au même titre que le beau temps, était au rendez-vous : le festival a accueilli 103 000 personnes tout au long du week-end. Le Québec, invité d’honneur, mettait en avant ses auteurs et maisons d’édition.

L’écologie en explosion de couleurs

Dans le studio de France Télévisions installé pour l’occasion, l’animateur belge Thierry Bellefroid (RTBF) reçoit l’auteur de bande dessinée Jérémie Moreau sur le thème « Penser, raconter et dessiner le vivant ». L’animateur décrit son style, fait de couleurs très vives, comme une « grammaire colorimétrique ». L’artiste évoque sa carrière, du fauve d’Or reçu à Angoulême à la découverte de Jean Giono : « Pour la première fois, j’avais l’impression de lire de l’écologie de façon incarnée, magique. ». La mission qu’il se donne ? « Apporter une nouvelle esthétique à l’écologie ». La représenter de manière artistique ne risque pas d’édulcorer le problème pense-t-il, mais au contraire de le rendre « plus fin, plus précis ». Utiliser des couleurs tape-à-l’œil est naturel : « Dans nos ascendances frugivores, on ne pouvait pas s’empêcher de foncer vers les couleurs les plus vives ». Ses dessins veulent aider le lecteur à changer de point de vue : redonner une conscience à la nature et cesser de l’objectiver. Ainsi, son album Le discours de la panthère offre une plongée dans la réflexion animale, étourneau comme bigorneau : « C’était très rafraichissant d’imaginer des histoires pour d’autres corps ». Et si Jérémie Moreau avait trouvé une manière de « donner envie d’écologie », que ne cessent d‘appeler de leurs vœux moult activistes en quête de « nouveaux récits » et de « nouvelles représentations » ?

Les voix mêlées des jeunes et des auteurs

Au même moment, un échange intergénérationnel se tient sur la scène « Bourdonnais ». La journaliste Florence Bouchy (Le Monde) est aux côtés de Denis Baronnet, qui présente l’ouvrage « Il faut enfin que je te dise… », au Seuil Jeunesse. Ce livre est le résultat d’un projet porté par l’association culturelle Le Labo des Histoires, qui anime des ateliers d’écriture dans les établissements scolaires. « On va là où la culture ne passe pas », explique-t-il. Armel Bouloulz, lycéenne, raconte le processus d’écriture de sa lettre, exercice auquel elle s’est adonnée dans ce cadre : « J’ai écrit à mon amie Blanche, car ma lettre fait référence au racisme intériorisé ». Ces ateliers veulent donner une liberté à des jeunes qui se sous-estiment. L’éditrice est convaincue qu’ « il faut changer notre regard sur la capacité des jeunes à écrire, il faut leur donner confiance. ». Un vrai défi pour Armel : « J’étais en quête d’identité pendant la période de l’atelier d’écriture. On doit lire nos textes devant tout le monde. Il faut oser partager ». L’entretien se termine par la lecture de la lettre d’une quinquagénaire qui s’adresse à son corps en alternant amour et haine. Preuve que la relation à son propre physique fait partie des thématiques qui traversent les générations.

« Et vive la littérature ! »

Voilà que notre attention se tourne vers le Pavillon Québécois. Les lettres bleues du mot « Québec » font face à la Tour Eiffel, en témoignage de l’amitié francophone. C’est l’heure de la cérémonie de remise du Prix France-Québec. « On devient écrivain parce qu’on a envie d’utiliser le langage pour faire du vivant », déclare le lauréat, Alain Beaulieu, récompensé pour son livre Le Refuge. Il remercie les associations régionales franco-québécoises, une cinquantaine réparties sur le territoire français. Le ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mathieu Lacombe, est venu en personne soutenir ce prix qui « contribue au rayonnement de la littérature québécoise au sein de l’hexagone ». La célébration de cette entente pour la francophonie se conclue par le discours de Michel Cotnoir. Le président de la Fédération France-Québec / Francophonie fait forte impression avec sa cravate imprimée de fleurs de lys. L’ADN du Festival du Livre est finalement résumé par le lauréat dans un enthousiaste « Et vive la littérature ! ».

Maëlle Widmann, pour Reporters d’Espoirs.

Journalisme de solutions : conférence destinée aux étudiants de l'ISCPA

Conférence à l’ISCPA : « Aujourd’hui beaucoup d’éléments nous poussent à être pessimiste, mais pourquoi ne pas faire le choix d’être optimiste ? »

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Ce 4 avril, Reporters d’Espoirs a rencontré les étudiants de l’ISCPA dans le cadre d’une conférence sur le thème « Journalisme de solutions : levier de santé publique et de démocratie ». L’après-midi, animée par la responsable de formation Aude Ristat, a été consacrée à la présentation de cette approche ainsi qu’à un débat sur ses enjeux démocratiques entre Gilles Vanderpooten (Reporters d’Espoirs), Florence Gault (En un battement d’aile), Arthur Grimonpont (RSF), Sophie Casals (Nice-Matin) et Frédéric Duval (Lyon Positif). Reporters d’Espoirs remercie l’équipe de l’école, et particulièrement Thierry Kiefer, journaliste, enseignant et correspondant de l’association à Lyon.

A Lyon, le campus René Cassin du Groupe IGS -qui réunit de nombreuses écoles, dont l’Institut Supérieur des Médias (ISCPA)- fête ses 20 ans. Cette information peut difficilement échapper aux visiteurs et étudiants qui passent le sas d’entrée – y est effectivement orné en gros caractères “20 ans de réussites”. 

En 2004, l’association Reporters d’Espoirs voyait elle aussi le jour. A cette époque, l’ISCPA, née en 1991, avait déjà formé plusieurs générations de journalistes et connu des changements de cap importants dans ses enseignements face aux mutations touchant la profession. “C’est fou comme le métier change ne serait-ce que dans le rapport aux autres”, avance Aude Ristat, mi-déplorée mi-enjouée, devant l’amphithéâtre éponyme de l’éminent juriste ayant participé à l’écriture de la Déclaration universelle des droits de l’homme, responsable de formation. Mutations encore bien saillantes aujourd’hui et auxquelles l’école n’est pas hermétique. Elle fait même preuve de clairvoyance par l’organisation de cette conférence intitulée “Journalisme de solutions : levier de santé publique et de démocratie”. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’institut de référence en journalisme à Lyon initie ses étudiants au journalisme de solutions. Cette philosophie journalistique gagne en crédibilité aujourd’hui et se diffuse dans les rédactions et écoles ; 20 ans en arrière, les responsables de l’ISCPA n’auraient pas imaginé que la profession -au-delà des bouleversements techniques qu’elle a connus- serait à ce point questionnée dans sa substance même et que l’aphorisme d’Albert Londres “porter la plume dans la plaie” aurait à se réinventer. Reporters d’Espoirs émergeait alors. 

Biais de négativité 

Les étudiants de première et deuxième année du Bachelor Journalisme s’installent au compte-gouttes dans l’amphi. Les discussions vont bon train. On perçoit que l’ambiance y est chaleureuse ; le propre d’une école à taille humaine comparativement aux façons de faire universitaires. Quelques-uns échangent avec leurs professeurs. Des consignes sont rappelées. Des interviews à réaliser. On apprend sur le terrain, ici. Le ton, toujours amical et bienveillant. Une feuille d’émargement circule toutefois dans les rangs des fois que certains auraient mieux à faire. 

Ecole de contrôle ? A tempérer. Société de contrôle ? Assurément, et l’intelligence artificielle en est tenue pour responsable par Arthur Grimonpont, responsable du desk IA et enjeux globaux à Reporters sans frontières, qui ouvre les débats. Le ton devient Orwellien. L’audience, désormais silencieuse, est captivée. Jambes croisées, regard fixe et débit de parole élevé ; le calme dont fait preuve l’ancien consultant auprès de collectivités territoriales est frappant face aux réalités dystopiques qu’il énumère et qu’il a précisément étudiées, notamment dans son ouvrage « Algocratie. Vivre libre à l’heure des algorithmes » (Actes Sud, 2022). 

“L’IA joue un rôle prépondérant dans la diffusion et la structuration de l’information à l’échelle mondiale”, 

“Les règles du jeu propres aux algorithmes favorisent l’exposition de contenus diffamants, outranciers et basés sur la peur sur les réseaux sociaux”, 

“La majorité des contenus informationnels auxquels on accède sont recommandés par une IA qui poursuit un objectif économique clair : celui de l’accroissement des recettes publicitaires des géants de la technologie”. 

Le constat est sans appel, d’autant plus alarmant que l’intelligence artificielle intervient désormais dans la production même de l’information. Arthur Grimonpont, toujours de marbre : “D’ici quelques mois ou années, l’écrasante majorité des contenus du web seront générés par une intelligence artificielle”. Ici et là, quelques réactions s’élèvent dans l’assemblée. Lui poursuit son réquisitoire. Il finit par ponctuer “Demain, l’accès aux faits représentera un intérêt particulier”. Les étudiants se relâchent. L’espoir renaît. Place aux solutions. 

Journalisme de solutions 

“Qui a déjà développé des symptômes d’anxiété à la consultation régulière de l’actualité ?”. Sans surprise, une majorité de mains se lèvent dans le public. “Face à cette angoisse, qui a décidé d’arrêter de s’informer ?”, cette fois seules 3 mains se lèvent sur près de 70. Et pour cause, l’assemblée, constituée d’étudiants en journalisme, est foncièrement animée par l’information et du reste constitue des “cerveaux tout neufs”, dixit un quidam à l’avant de l’amphithéâtre. Florence Gault, journaliste derrière le podcast “En un battement d’aile”, expose la définition du journalisme de solutions : “un journalisme qui montre les réponses aux problèmes sociaux”. D’emblée, elle tient à ne pas considérer cette approche journalistique comme celle résultant d’un monde utopique à l’instar de celui des “bisounours”. « Il ne s’agit pas de faire de l’information type good news ». Des écueils à éviter ? « Ne pas considérer cette approche comme politique. Au contraire. En faisant du journalisme de solutions, on prône une certaine vision de la société mais il ne faut pas rentrer dans les travers de la politique” ou encore “Évoquer une initiative sans en faire pour autant sa communication”, développe la reporter de solutions et enseignante à l’ISCPA. 

S’en suit l’intervention de Gilles Vanderpooten qui, au détour de l’exposition de son parcours personnel, présente l’association pionnière du journalisme de solutions qu’il dirige : Reporters d’Espoirs. Son adage ? “Aujourd’hui beaucoup d’éléments nous poussent à être pessimiste, mais pourquoi ne pas faire le choix d’être optimiste ? Si l’on cherche des raisons d’opter pour l’un ou pour l’autre, on les trouve, elles sont là”. Cette association diffuse l’envie d’agir dans les médias. Concrètement, elle décerne des prix à des journalistes, produit des études sur le traitement médiatique de sujets de société, confectionne une revue qui met en exergue des acteurs de solutions, expose des initiatives via une plateforme intitulée “Le Plus” pour inspirer les journalistes… 

Sophie Casals, rédactrice en chef adjointe du groupe Nice-Matin, a notamment été inspirée par l’association. Depuis Nice, elle explique la décision du journal d’avoir entrepris l’ouverture d’une rubrique “Solutions” en 2014, alors que le quotidien est au plus bas et que les salariés le reprendront en main, de manière transitoire sous forme de coopérative : “On est là pour parler des problèmes, c’est notre métier au fond que de traiter des fait-divers. J’avais toutefois le sentiment à l’époque de faire mon métier sans aller au bout des choses, de façon incomplète. » Une approche qui engage les lecteurs assure-t-elle même si elle ne rivalise pas avec le sensationnalisme. Un choix éthique au fond car ces contenus davantage qualitatifs ne sont pas valorisés par les algorithmes des réseaux sociaux, dixit l’intervention de l’ingénieur Grimonpont. 

Un étudiant se demande : “N’est-il pas particulièrement difficile en France de faire du journalisme de solutions ? Un pays pessimiste par nature.” Frédéric Duval, fondateur de Lyon Positif, lui répond : “La France n’est pas le pays où il est le plus difficile de porter la casquette de journaliste. On a de la chance. Mais c’est vrai que dès que je me rends quelque part, on attend de moi un certain état d’esprit : que je sois positif tout le temps. Or, ce n’est pas toujours le cas.”

Une étudiante s’interroge également sur les limites de cette approche : « Durant la crise sanitaire, on a connu une période d’épuisement informationnel, comment chercher et trouver des solutions quand tout est noir ? »

« Je crois que bien des médias, durant cette période, ont péché à vouloir à tout prix interroger le “bon client” comme ce professeur qui a monopolisé le temps d’antenne et qui en vérité apportait des réponses douteuses. Certains journalistes ont réussi à le débunker, d’autres animateurs ou éditorialistes l’ont porté aux nues de façon abusive et sans contradicteur. Le journalisme de solutions n’est ici pas en cause, car il attend des preuves avant de considérer une initiative comme porteuse » étaye Vanderpooten. 

Une des forces du journalisme de solutions réside en effet dans sa capacité à reprendre le pouvoir sur les événements. Un journalisme à impact. Un journalisme performatif. « L’objectivité n’existe pas. Il faut viser l’honnêteté intellectuelle » déclare Duval à un étudiant du bachelor qui désire résorber la fracture entre citoyens et journalistes. Ce journalisme à « spectre large » a -qui sait ?- peut-être suscité de nouvelles vocations dans la salle ?

[Carto] Nous avons répertorié pour vous les rubriques et émissions qui traitent d’initiatives porteuses de solutions

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Cette cartographie, mise à jour chaque mois par l’équipe du Lab Reporters d’Espoirs, répertorie pour chaque média français, les émissions / programmes / rubriques récurrents, qui publient régulièrement des contenus suivant la méthode du journalisme de solutions.

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« C ce soir », le bon élève du débat médiatique

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« “C ce soir” est-elle déjà la meilleure émission de la télévision française ? » Un mois à peine après le lancement du nouveau programme de France 5, les chroniqueurs de « Capture d’écrans » sur France Inter interrogeaient son succès. Enfin une émission de débat qui fait la part belle aux idées, tourne le dos au clash et présente des intervenants qui s’écoutent mutuellement, comme on n’en avait plus vu depuis la fin de « Ce soir (ou jamais !) » en 2016. La faute à une culture journalistique de l’affrontement ? À un intérêt inavoué des citoyens pour la polémique ? À l’incapacité chronique qu’ont les gens d’écouter l’avis des autres, une fois donné le leur ? « C ce soir », qui a entamé sa quatrième saison, semble être parvenue à s’imposer comme l’une des rares émissions télévisées où il fait bon débattre. Attaché aux contenus médiatiques qui refusent la confrontation, Reporters d’Espoirs creuse la fabrique de cette émission avec Nathalie Darrigrand, Directrice Générale de Together Media.

Lancée en janvier 2021, l’émission « C ce soir », produite par Together Media – dirigé par l’ancienne directrice de France 5 Nathalie Darrigrand – emprunte à Etienne Klein son credo : Débattre, c’est argumenter pour ne pas se battre. Dans la lignée des programmes axés sur l’échange davantage que sur la confrontation, tels « Ce soir (ou jamais) ! » anciennement diffusé sur France 2 et France 3, ou « 28 minutes » toujours à l’antenne d’Arte, l’émission de France 5 incarne l’ambition de France Télévisions de « renforcer la place du débat d’idée sur ses antennes ». A la production éditoriale de l’émission diffusée du lundi au jeudi à 22h30, on y retrouve le producteur Benjamin Oulahcene, le rédacteur en chef Maxime Darquier et le présentateur Karim Rissouli – journaliste habitué à cet exercice complexe, animateur d’« En société » le dimanche à 18h30 et qui a précédé Thomas Snégaroff aux commandes de « C politique » à 20h.

À bord de ce navire composé d’une dizaine d’individus, deux chroniqueuses passées par la radio : la journaliste culturelle Camille Diao – qui anime l’émission le jeudi – et Laure Adler, ex-directrice de France Culture et « plus vieille influenceuse de France » selon ses propres mots. Les invités sont accueillis sur le plateau d’un studio parisien et échangent, pendant une heure et dix minutes en moyenne, sur des sujets qui fâchent : justice environnementale, cannabis, dissolution des Soulèvements de la Terre, pornographie… Il semble que « C ce soir » n’ait pas bâti sa réputation sur le consensus. D’autant plus intéressant, donc, d’analyser la manière dont toute l’équipe parvient (et parfois ne parvient pas) à garantir l’existence d’un véritable débat.

Un programme en évolution, des émissions toujours ciselées

Un sondage Ifop, conduit en juin 2021, indiquait que plus de 90% des répondants trouvaient le débat public trop conflictuel dans les médias. On parle de certaines émissions emblématiques du clash, on dit que les opinions se polarisent et que les Français ne savent plus s’écouter. « Les gens ne se parlent plus », affirmait Nicolas Daniel, directeur des magazines de FranceTV, à Télé-Loisirs en présentant le futur projet de France 5 produit par Together Media et porté par Karim Rissouli, « Voyage en territoire opposé » – une émission destinée à faire se rencontrer sur le terrain des personnalités aux convictions radicalement opposées, afin de créer de nouvelles possibilités de dialogue. Puisque plus personne ne s’entend, comment animer une émission d’idées, sur des sujets complexes, sans tomber dans le pugilat ? Selon Nathalie Darrigrand, tout tient dans la programmation minutieuse de chaque épisode. Le sujet du débat, souvent choisi la veille dans l’après-midi, est discuté tous les matins en conseil de rédaction, en fonction de l’actualité. Une fois fixé, c’est au tour du casting d’être mis sur la table. Qui inviter ? Qui mettre face à face ? Comment organiser le débat de telle manière qu’il y ait contradiction, sans que celle-ci ne se transforme en « foire d’empoigne » ? L’idée étant de doser la confrontation pour éviter à la fois la paraphrase et la défensive. Pas de recette miracle, cependant : il arrive que les mélanges ne fonctionnent pas, et que le clash s’invite sur le plateau.

« C ce soir » tournait à l’origine autour d’un grand invité, avec lequel le présentateur s’entretenait dans une première partie. Un temps de rencontre était ensuite organisé avec une personnalité liée à l’actualité, avant que d’autres invités ne rejoignent le plateau pour exposer leur point de vue, souvent divergent. La deuxième et la troisième saisons abandonnent cette structure en trois actes, pour se consacrer exclusivement à l’échange entre cinq ou six intervenants, la plupart étant des intellectuels et des personnalités engagées qui ont consacré un certain temps à réfléchir aux thématiques dont ils discutent. « L’idée n’est pas de faire une exposition professorale des points de vue, mais de créer une discussion animée et de faire émerger les nuances » affirme Nathalie Darrigrand. Dès le début de l’émission, Karim Rissouli, en alternance avec Camille Diao, donne les règles du jeu, résume les activités, l’expertise, et surtout les positions de chacun pour poser les bases de l’échange. Tout se fait dans les conditions du direct. Et le résultat est là : « France TV pourrait produire ce genre d’émission rappelle la Directrice Générale, [mais] elle continue de compter sur le savoir-faire [des] équipes de Together Media, fortes de leurs expériences sur d’autres émissions politiques [comme C Politique] ».

Un succès surveillé

Diffusée en deuxième partie de soirée, c’est-à-dire après les JT des autres chaînes, l’émission prend le risque d’une redondance avec les événements de la journée, qui constituent en même temps pour elle un ancrage. Si le public demeure captif de l’émission, si celle-ci est parvenue à s’imposer assez vite dans le paysage audiovisuel (environ 330 000 téléspectateurs chaque soir, selon Médiamétrie), si les commentaires sur les réseaux sociaux lui sont majoritairement favorables, c’est en partie parce qu’on y trouve un recul qui manque parfois ailleurs. « Il y a toujours la tentation de l’actu, reconnaît Nathalie Darrigrand. Or quand on y cède, ça ne donne pas forcément les meilleures émissions. Début juin, par exemple, le jour de l’attaque au couteau qui avait eu lieu à Annecy, nous nous étions posé la question de la pertinence d’un débat autour de ce drame. Mais c’était tellement omniprésent que nous n’avons simplement pas pu l’ignorer. Nous avons organisé un épisode à ce sujet, et nous avons reçu des retours selon lesquels ça n’était pas forcément une bonne idée. Ça n’était pas notre marque. Nous ne sommes pas une chaîne d’information en continu. » Il s’agit donc de bien doser, encore une fois. Suivre l’actualité, tenir compte des préoccupations du moment tout en conservant le recul de l’analyse à J+1 ou J+2. Cette programmation à flux tendu se répercute-t-elle sur la disponibilité des invités pressentis ? Selon Nathalie Darrigrand, les inquiétudes quant à une possible macrocéphalie parisienne dans ce choix ne sont pas fondées, la position géographique de l’invité ou le montant du billet de train pour qu’il puisse rejoindre le studio n’étant pas des critères.  

Malgré le soin apporté au casting de l’émission, celle-ci ne peut se soustraire à une critique assez récurrente lorsqu’il s’agit du service public : un manque de pluralisme politique dans le choix des invités. Dans les entretiens qu’ils accordent, les membres de l’équipe s’en défendent toujours. Du fait de son statut particulier, le groupe France Télévisions a l’obligation légale de fournir un même temps de parole à toutes les mouvances, politiques notamment, élues – l’Arcom veille au grain. Mais au-delà de la contrainte juridique, la question se pose de donner la parole à toutes les mouvances, tout court. En somme, faut-il permettre à chacun de participer au débat public, au risque de promouvoir des discours minoritaires et extrêmes ? La productrice de « C ce soir » répond sans hésitation. « Notre cadre, c’est le cadre républicain. Nous n’invitons pas les gens qui ne le respectent pas, qui sont condamnés ou portent des propos haineux. » Suffit-il cependant d’écrémer à l’entrée pour éviter la violence et les attaques ad hominem ? Oui et non, sans doute : depuis plus de deux ans que « C ce soir » existe, l’émission a reçu les louanges des confrères et consœurs, malgré les quelques épisodes qui se sont soldés par un esclandre, esclandre dont d’autres médias se sont emparés comme de la fausse note tant attendue. « À être trop gâté, on en devient sans doute plus exigeant, au point même de relever quelques dérapages » écrivait Étienne Labrunie dans Télérama. Pas de quoi enterrer « C ce Soir », ni le débat public sur nos écrans.

Propos recueillis par Louise Jouveshomme

A Couthures-sur-Garonne, les journalistes prennent leur temps

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Audiovisuel public, soulèvements en Iran, intelligence artificielle… autant de thématiques mises à l’honneur lors de cette septième édition du Festival international du journalisme (FIJ) en juillet 2023, parrainé par le Groupe Le Monde à Couthures-sur-Garonne. On y pose notamment une question fondamentale, autour de laquelle s’organisent de nombreuses conférences : « informer sans déprimer, est-ce possible ? » De nouveau partenaire du festival, Reporters d’Espoirs a contribué à cette réflexion en parlant dialogue, audience et bien sûr, journalisme de solutions.

Des bottes de paille et les reflets du soleil sur la Garonne, qui coule le long d’un petit village de 370 habitants. C’est dans ce décor que se déroule presque chaque année depuis huit ans l’une des plus grandes réunions françaises de professionnels et passionnés de l’info. Loin du formalisme que l’on pourrait attendre d’un tel rassemblement, le Festival international de journalisme de Couthures-sur-Garonne s’apparente à… un festival ! Ecocup, tables de pique-nique, baignade, concerts… Suivre un atelier, c’est s’exposer à en recroiser quelques heures plus tard les animateurs en maillot de bain. Mais cette ambiance légère n’empêche pas d’aborder des sujets sérieux, bien au contraire. Sous le parrainage de l’écrivain napolitain Roberto Saviano, menacé en raison de ses enquêtes à charge sur la mafia italienne, on parle conflits et liberté de la presse. De l’avenir de la démocratie aux révolutions initiées par l’intelligence artificielle, en passant par la santé mentale, le festival fait ainsi la part belle aux thématiques anxiogènes, autour desquelles invités et public échangent avec une grande liberté. Reporters d’Espoirs était convié à animer deux ateliers et à participer à une table ronde dans le cadre d’une des grandes questions du festival : peut-on encore informer sans déprimer ?

Ateliers : des citoyens sévères vis-à-vis des médias

Reporters d’Espoirs animait deux ateliers, l’un sur l’importance du dialogue dans les médias, l’autre sur le journalisme de solutions. Dans le premier, après avoir échangé sur des exemples de titres de presse écrite plus ou moins polémiques, les participants discutaient de la manière qu’ont les médias de confronter les points de vue. Une opposition binaire et frontale permet-elle véritablement à l’audience de se faire un avis plus éclairé ? Ou vaut-il mieux chercher la complexité, les convergences en favorisant, de fait, des contenus de fond ? Dans le second atelier, les échanges concernaient la méthode du journalisme de solutions ainsi que son potentiel pour résoudre – en partie – certains des problèmes auxquels les médias font face. Si les personnes qui se détournent de l’info prétendent le faire à cause de son ton dramatique, peut-être faut-il allumer une lueur d’espoir dans l’obscurité de l’actualité ?

Seuls des festivaliers non journalistes ont assisté à chacun des ateliers, et exprimé par leurs remarques un réel engagement dans leur rapport à l’information. Une chose ressort : les médias ont une vaste marge de progression. Questions et avis s’empilent à ce propos : on reproche les titres aguicheurs, la redondance des informations, l’opacité de leurs pratiques, la tonalité négative des fils d’actualité. Et, parfois à demi-mots, parfois franchement, on l’entend : « On a l’impression que les médias nous prennent pour des cons. » Le commentaire est en particulier ressorti lors de l’atelier sur le journalisme de solutions, quand une participante a critiqué l’habitude des JT de clore leur exposition de désastres par un reportage léger sur un sujet sans importance. Une pirouette qui, apparemment, peine à convaincre le public.

On pourrait regretter le côté peu contradictoire du débat : si certains festivaliers divergent sur les causes du problème, tous s’accordent à dire qu’ils ne font plus confiance aux médias. Et pas un journaliste à l’horizon pour nuancer les critiques en parlant des contraintes, structurelles et économiques, de la profession. Pour autant, mêmes unanimes, ces condamnations constituent une manifestation encourageante, puisque les citoyens qui les formulent ont après tout pris le temps de les formuler. Ils se sont déplacés, ils ont réfléchi, ils ont participé, ils ont critiqué parce qu’ils tiennent à l’information. Ils tiennent aux médias, et cet attachement justifie l’intransigeance avec laquelle ils commentent leur travail. Comme le dit le proverbe – tout à fait discutable dans le cadre de relations interpersonnelles : qui aime bien châtie bien.

Le journalisme de solutions, panacée universelle ?

L’info est déprimante, de nombreuses personnes s’en détournent. Autour de ces constats, confortés par de multiples études, cinq tables rondes durant lesquelles journalistes et citoyens ont discuté des leviers dont disposent les médias pour relever ces défis – ou corriger leur propre trajectoire. Augustin Perraud, coordinateur des programmes à Reporters d’Espoirs, a participé à la conférence sur le journalisme de solutions aux côtés de trois représentants du Monde, Françoise Tovo, responsable des abonnements, Syrielle Mejias, journaliste vidéo et Simon Roger, chef du service Planète. Étaient également présents Jon Henley, correspondant Europe du Guardian, Lucas Scaltritti, auteur du podcast Super Green Me et Luce Julien, directrice générale de l’information de Radio-Canada. Tous ont échangé sur leur pratique du journalisme de solutions, qu’ils n’avaient d’ailleurs pas forcément conscience de pratiquer, et sur l’accueil favorable de leurs audiences respectives.

Le public de la conférence s’est montré réactif. Hommage aux émissions qui parlent solutions de longue date, remarques sceptiques – le journalisme de solutions, n’est-ce pas au final du bon journalisme ? – questions pratiques. Comment contacter les journalistes, quand on est porteur de solutions ? Comment faire en sorte que son initiative soit médiatisée ? Les médias ne devraient-ils pas soutenir les solutions dans leur démarche, au lieu de se contenter de les rendre visibles quand la démarche a porté ses fruits ? Une réflexion qui fait écho aux remarques des participants de notre atelier sur le dialogue : au-delà de mettre en regard des opinions nuancées, les médias n’auraient-ils pas vocation à devenir eux-mêmes médiateurs ? Rassembler des gens d’opinions diverses non plus pour rendre compte de la dissension mais pour chercher avec eux le compromis ? On touche là au rôle des médias dans la démocratie. Certains les voudraient entrepreneurs et proactifs, d’autres au contraire en retrait et réflexifs. Peut-être existe-t-il une variété de médias telle que chacun puisse, en réalité, déjà y trouver son compte ?

Qu’on soit ou non pour des médias « entrepreneurs », la question demeure : comment contacter les journalistes ? Participer aux festivals de journalisme semble être un bon moyen, puisque le citoyen qui a fait cette remarque est reparti avec plusieurs contacts de grandes rédactions. Mais la méthode ne fonctionne pas pour tous. Ainsi, M. Moreau, maire de Couthures-sur-Garonne, bataille depuis deux ans pour que son appel aux dons soit relayé dans des médias nationaux. L’église St-Léger, qui accueillait jusqu’en 2021 nombre d’activités, nécessite en effet des réparations dont le montant s’élève à plus d’un million d’euros sur trois ans. Or en dehors d’un article de Sud-Ouest et d’une publication sur le site du FIJ, le besoin de préserver l’édifice n’a pas été beaucoup médiatisé. Le maire s’en afflige et s’en amuse à la fois. Curieux, pour un village qui accueille un festival de journalisme, de ne pas parvenir à faire les gros titres ! Mais rien ne sert d’en vouloir aux médias, dit-il. Il y a toujours tellement de choses à couvrir, tellement de projets à financer. Au-delà de l’intérêt, c’est peut-être tout simplement le temps qui manque aux journalistes.

Louise Jouveshomme, chargée d’études au Lab Reporters d’Espoirs.

JEUDI 1ER JUILLET 2021 . INSCRIVEZ-VOUS A LA SOIRÉE DES MÉDIAS DE SOLUTIONS & DU PRIX REPORTERS D’ESPOIRS !

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Ce jeudi, Reporters d’Espoirs organise la « Soirée des médias de solutions » à l’occasion du dévoilement des lauréats du Prix Reporters d’Espoirs, 11e édition. Un événement physique, au Cinéma Majestic Passy (18 rue de Passy 75016 Paris), à 18h30. Pour bénéficier des quelques places encore disponibles, inscrivez-vous ici.

Au programme :

18h30 Accueil & networking

19h Début de la soirée, animée par la journaliste Raphaëlle Duchemin (RMC, FranceInfo, Europe 1…), et avec les membres du jury

Dévoilement des lauréats des Prix du reportage Presse écrite & Radio

[Focus] Médias&Climat : comment mobiliser de manière constructive ? 

Découverte des lauréats du Prix du reportage TV
Découverte des lauréats du Prix de l’engagement (nouveauté 2021)

[Débat] Quelle raison d’être pour les médias ?
Alors que l’on somme les entreprises de se doter d’une mission, d’une raison d’être, pour preuve de leur apport au bien commun, quelle transposition aux entreprises de presse ?

Découverte des lauréats du Prix de l’innovation

[Débat] Donner à voir une Europe des solutions : quel rôle pour les médias ?

Avec les jeunes lauréats du Prix européen du jeune reporter (nouveauté 2021). Pitchs & discussion avec les correspondants français de médias européens.

Cocktail


« La défiance à l’égard des journalistes est trop forte et trop injuste. En revanche, elle peut se justifier. Les récits d’un quotidien qui « va bien » participent aussi à redorer l’image du journalisme » Jean-Marie Mulon, créateur du Presstival Info.

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Ancien journaliste à Ouest-France, puis l’hebdomadaire Haut-Anjou, Jean-Marie Mulon est le chef d’orchestre du Presstival Info du pays de Château-Gontier, fondé en 2012 suite à la disparition du Festival du scoop et du journalisme d’Angers – qui fût pendant 25 ans un rendez-vous phare de la profession. Son événement qui célèbre sa 10e édition cette année, rassemble des professionnels de renom et des spécialistes sur des sujets d’actualité lors de conférences-débats et d’expositions. La Ville de Château-Gontier sur Mayenne a récemment été donnée en exemple dans un reportage intitulé « La France heureuse, la France qui va bien, et si c’était elle, la majorité silencieuse ? » paru le 8 juin dans Le Monde sous la plume du journaliste Luc Bronner. Un article qui a été maintes fois cité dans les plateaux TV et radio ces dernières semaines.


Luc Bronner, grand reporter au journal Le Monde, a réalisé un reportage remarqué par les débatteurs des plateaux-télé parisiens à Château-Gontier sur Mayenne, évoquant la ville – dont vous êtes le directeur de l’information et de la communication comme un témoignage de « La France heureuse, la France qui va bien ». Trois semaines après, quelles en sont les retombées ?

L’impact de cet article a été fabuleux. Chaque jour, on continue de nous en parler. Luc Bronner a réalisé un travail d’une grande rigueur, accompagné de la photographe Laurence Geai. Très rapidement, j’ai senti la pleine confiance que nous pouvions accorder à l’ancien directeur de la rédaction du Monde, son regard était bienveillant et il tachait sincèrement d’angler son reportage autour des solutions qui existent en Mayenne. Forcément, un tel travail a suscité de vives réactions.  C’est bien la preuve que la France a besoin de cela dans ces moments difficiles. Le public nous l’a dit lui-même. Il a aussi besoin d’entendre la France qui va bien.

Vous avez longtemps été journaliste, qu’est-ce qui vous a orienté vers la profession ?

En classe de 6ème, lorsque notre professeur de français nous a questionnés sur le métier que l’on souhaiterait faire plus tard, j’ai instinctivement répondu le journalisme. Cette envie s’est ensuite érigée en passion. Après un détour par les métiers de l’imprimerie, et par la photographie, je me suis tourné vers la correspondance de presse pour Ouest France en 1982. L’école du terrain, en région, au plus près du public, a été extrêmement formatrice. J’ai en parallèle eu envie de m’engager dans l’équipe du Scoop d’Angers, premier festival de journalisme à avoir été créé en France. Durant ma carrière, j’ai eu l’occasion de réaliser près de 7000 articles et reportages. J’ai gardé mon affection pour l’écrit même après avoir arrêté le journalisme en 2001, en écrivant notamment quatre livres. 

Après le journalisme, vous vous êtes embarqué, comme une partie des gens du métier, dans une autre aventure, celle de la communication. Certains disent que c’est antinomique.

Je suis convaincu qu’il faut une vraie dose d’information dans la communication, et que l’information doit savoir communiquer. Je ne suis pas capable de vendre un produit, je n’ai pas l’âme économique développée, mais j’ai le sens du territoire. Ce sont des histoires de femmes et d’hommes que je cherche à transmettre, finalement assez proches du métier de journaliste que j’exerçais. Au quotidien, dans mon métier de communicant, je tâche toujours de vérifier mes informations et de refléter la réalité du terrain.

Vous avez conservé un lien fort avec le secteur, en fondant il y a 10 ans le Presstival Info, premier festival de journalisme « à la campagne » – vous insistez bien là-dessus.

Le Presstival Info est né du constat du besoin d’une information qui donne envie d’agir, animée notamment par des voix comme celle de Reporters d’Espoirs. Si je devais résumer ce qu’est à mes yeux le Presstival, je le dirais avec les mots du dessinateur Kak, président de l’association Cartooning For Peace : “Le Presstival s’ouvre à toutes les formes de journalisme”. Nous accueillons à bras ouverts le dessin de presse, la photographie et tout ce qui compose le métier. Nous sommes aussi fiers d’être les représentants d’un festival de journalisme à la campagne. 

Le Presstival Info s’investit aussi dans l’éducation des jeunes aux médias, en partenariat avec France Télévisions.

C’est un enjeu crucial qui s’est confirmé malheureusement après les attentats contre Charlie Hebdo. Cette éducation aux médias –axée notamment sur la lutte contre la haine sur la toile- a finalement rejoint les programmes scolaires. On se rend compte que les jeunes sont en attente de comprendre les enjeux médiatiques, ils ont de l’appétit pour l’information, un esprit neuf et une curiosité. Le Presstival a pu accueillir 25 000 d’entre eux et les sensibiliser à des enjeux comme l’écologie, les archives ou la liberté d’expression.

Cette année, vous avez présenté une exposition sur le thème des déchets en mer.

Sur 200m2, nous avons exposé auprès de 1 200 élèves le travail de Bruno Dumontet, fondateur d’Expédition MED, intitulée « Mer et océans plastifiés, impacts et solutions en mer ». Cette exposition traite de l’invasion des déchets dans les mers et océans, en même temps que des propositions de solutions pour limiter cette pollution. Notre ville étant traversée par la rivière de la Mayenne, nous sommes très sensibilisés au thème de l’eau.

Vous travaillez beaucoup avec l’ONG Cartooning for Peace, fondée par le dessinateur Plantu.

Ayant rencontré Plantu au Scoop d’Angers, j’ai souhaité poursuivre une coopération avec son association et lui. Dès 2014, nous avons collaboré autour des « Dessins pour la Paix », exposition que plus de 12 000 jeunes et scolaires, ainsi que des détenus en milieu carcéral, ont pu découvrir en Pays de La Loire. Et actuellement nous accueillons l’exposition « Tous migrants » qui retrace le parcours de migrants à travers des dessins de presse du monde entier. C’est une exposition bouleversante qui participe à un peu de pédagogie et d’apaisement sur des questions qui divisent. 

Reporters d’Espoirs est partenaire du Presstival depuis ses débuts. Vous nous avez souvent laissé « carte blanche » pour pousser des documentaires et films d’ « espoir » – que ce soit à propos d’agriculture et de paysannerie, de quête de sens, ou d’introspection journalistique avec le documentaire « Les médias, le monde et nous » d’Anne-Sophie Novel. Le journalisme et les médias porteurs de solutions, vous y croyez ?

La défiance qui existe aujourd’hui à l’égard des journalistes est trop forte et injuste. En revanche, elle peut se justifier. Il est légitime de reprocher certaines méthodes journalistiques comme l’information en continu lorsqu’elle s’alimente de dites polémiques. C’est un journalisme qui m’échappe. La profession doit pouvoir réaliser une autocritique. Anne-Sophie Novel a eu le courage de poser un stéthoscope sur l’état de la presse française ce qui est extrêmement pertinent. Je recommande à tous les rédacteurs en chef d’avoir « Les médias, le monde et nous » en livre de chevet. Mais, je crois que les récits d’un quotidien qui va bien participent aussi à redorer l’image du journalisme, voire est nécessaire pour que journaliste et citoyen se retrouvent. La profession doit se désacraliser. Les nouveaux médias ont un rôle à jouer. Je crois qu’il est possible de concilier l’esprit Albert-Londres avec des perspectives et moyens nouveaux. Cela implique d’apporter la matière aux jeunes et de porter attention à leur esprit critique.

Propos recueillis par Léa Sombret.