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Paolo Levi, membre du jury du Prix européen : « La Covid19, une extraordinaire occasion de relancer le rêve européen de fraternité ! »

By 10 février 2021août 20th, 2021No Comments

« J’ai deux patries : l’Italie et la langue française. Cette langue extraordinaire, plastique, c’est mon grand amour. Ma grand-mère napolitaine qui avait fait des études en Suisse me disait : « L’allemand se crache, l’anglais se chicotte, l’italien se chante… seul le français se parle ».

En 2021, le Prix Reporters d’Espoirs se déploie au-delà des frontières, avec un prix spécial dédié aux jeunes de 18 à 30 ans, qui marque l’ambition européenne de l’association. Il est doté de 10 000 euros, grâce au concours de la Fondation du Crédit Mutuel et du Fonds jeunes et innovants. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 15 avril et les modalités pour postuler détaillées ici. A cette occasion, nous rassemblons des personnalités de la culture et des médias, qui nous livrent leurs espoirs en l’Europe, le journalisme et la langue française.

Paolo Levi est journaliste et correspondant à Paris de l’agence italienne de presse Ansa. Il collabore également au quotidien turinois, La Stampa. Né en 1977, il fait ses études au Lycée français de Rome (lycée Chateaubriand) puis en Sciences Politiques à l’Université de Rome (La Sapienza) ; exerce 5 années durant comme correspondant à Bruxelles pour la presse italienne ; s’installe à Paris où il travaille depuis 12 ans. Il est régulièrement invité sur les plateaux télé et radio (BFM-TV, Arte-28 Minutes, C dans l’Air, L’Info du Vrai, L’Emission Politique, On Refait le Monde…).

Paolo rejoint le jury du Prix Européen du jeune reporter organisé par Reporters d’Espoirs, auxquels les jeunes de 18 à 30 ans sont invités à proposer un reportage de « journalisme de solutions » (modalités sur www.reportersdespoirsorg/prixeuropeen). A cette occasion, il s’entretient avec Gilles Vanderpooten, directeur de l’ONG (janvier 2021).

 

Paolo, vous n’êtes à l’origine pas très porté sur le journalisme de solutions.

Pendant longtemps je me suis effectivement adonné à un journalisme plutôt critique. Car il est toujours plus drôle, et perçu comme plus intelligent, de démonter, de critiquer. « Good news, are no news » dit un vieil adage anglo-saxon. La limite de cette conception est que l’on peut se tirer une balle dans le pied à force d’amplifier la négativité. Aussi je me suis dit qu’il fallait décrire l’autre versant. Sans abdiquer l’esprit critique, sans décrire le monde merveilleux d’Amélie Poulain, mais pour suggérer autre chose, des voies pour avancer.

L’espoir est une notion qui vous parle ?

Il faut porter l’espoir de temps en temps. Si personne ne le fait, c’est fatalement la prépondérance du désespoir. Assez des diseurs de mauvaises nouvelles qui voudraient nous entrainer avec eux dans un pessimisme cosmique !  Il existe aujourd’hui une pénurie d’optimisme criante, or je prétends que l’espoir est devant nous. On aurait juste besoin d’un peu plus d’ « optimistes de service ».

Pourtant, en ayant diagnostiqué que le virus ne s’arrêterait pas aux frontières de l’Italie, vous étiez plutôt dans le registre de l’annonciateur de catastrophe…

Lorsque je quitte l’Italie en février 2020, il y a une conscience aigüe du virus : à la descente de l’avion, un mur de soignants vous attend pour prendre votre température. Lorsque je retourne en France, c’est le monde d’Amélie Poulain. Invité sur France 5, et ayant pris conscience que le virus ne s’arrêterait certainement pas à la frontière, tout comme le nuage de Tchernobyl en son temps, je dis en substance « on est en guerre, réveillez-vous ! ». Suite à cela, pendant plusieurs semaines, des troupes de télévision ont accouru devant chez moi. Je me suis retrouvé comme disait Andy Warhol avec mon « quart d’heure de célébrité ». Cela aurait été drôle si ce n’était pas tragique.

Vous vous dites à ce moment-là qu’annoncer le désastre ne suffirait pas.

Le problème est qu’en disant le désastre, on contribue à le réaliser. Si l’on est trop souvent porteur de malheur, on contribue au malheur. La parole, les mots, peuvent être puissants. Alors j’ai voulu en même temps porter l’espoir, en disant aussi qu’il y avait un extraordinaire alignement des astres et que cette crise sanitaire, cumulée au Brexit, était aussi annonciatrice d’un grand sursaut européen, un tournant historique, qui j’en suis persuadé finira dans les livres d’histoire.  Confiné à Paris, j’ai passé mes journées sur le toit de mon immeuble à Montmartre. Et là, j’ai twitté, des messages positifs, d’espoir. Et j’ai précisé mon sentiment : cela ne serait qu’une traversée du désert… car ensuite on pourrait vivre un miracle européen, pas seulement du point de vue économique –j’espère de nouvelles Trente Glorieuses !-, mais une explosion de créativité notamment dans la production de livres, de romans… Une nouvelle vague du cinéma. L’histoire nous l’a appris : après chaque période moyenâgeuse, chaque crise, il y a toujours une renaissance. Elle est à nos portes. Il faut se serrer les coudes pour qu’elle se produise et surtout se poser en bâtisseurs plutôt qu’en démolisseurs.

Votre optimisme s’exerce alors à propos d’Europe, ce qui n’est pas si fréquent. Car « l’Europe, l’Europe, l’Europe… » certains déchantent et beaucoup ne s’y reconnaissent pas.

Il y a un an, avec l’arrivée de la Covid19, certaines grandes puissances étrangères comme la Chine, épaulées par des champions du pessimisme à l’intérieur-même de notre magnifique Union, voulaient faire passer le message que l’Europe était « fracturée ». J’ai voulu retourner le discours ambiant. Elle vivait une traversée du désert certes, mais c’était aussi une extraordinaire occasion de relancer le rêve européen de fraternité !

Au bout de moins d’un an, ce que je prétendais s’est vérifié : l’Europe de l’austérité que les peuples européens ne supportaient plus a cédé en une semaine ; le plan de relance européen, qui s’appuie sur la mutualisation de la dette, est une révolution copernicienne. Une Europe plus humaine, plus sociale, plus attentive et empathique est en train de se construire.  On a fait plus en trois mois qu’en 30 ans ! Mais ça, qui le dit ? Or être patriote, et aimer la France aujourd’hui, c’est aimer l’Europe. Tous seuls nos pays vont se faire manger avec les baguettes, comme des rouleaux de printemps. La nouvelle souveraineté doit être européenne. Umberto Eco disait que lorsqu’il voyageait à Tokyo ou à New York, il était frappé de s’entendre dire « Vous, les européens », alors même que nous, européens, sommes les derniers à nous définir comme tels !

Le rêve -culturel- européen, incarné notamment par Erasmus, vous l’incarnez à votre manière, en tant qu’Italien expatrié en France.

Difficile pour un romain de se considérer expatrié à Paris. Vous savez, nos deux villes sont liées par un jumelage exclusif quasi centenaire sous la devise : « Seul Rome est digne de Paris. Seul Paris est digne de Rome’. J’ai deux patries : l’Italie et la langue française. Cette langue extraordinaire, plastique, c’est mon grand amour. Ma grand-mère napolitaine qui avait fait des études en Suisse me disait : « L’allemand se crache, l’anglais se chicotte, l’italien se chante… seul le français se parle ». Je me sens Italien, Français, amoureux de leurs langues, traditions, terroirs, ET Européen : trois identités qui se complètent et qui « s’unissent dans la diversité », pour faire référence à la devise de l’Europe, l’une des plus belles qui soient à mon sens.

Propos recueillis par Gilles Vanderpooten, directeur général de l’ONG Reporters d’Espoirs et retranscrits par Inès Barbe.

Et si vous rejoigniez vous aussi le Prix européen du jeune reporter ?

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A propos de Reporters d’Espoirs & du Prix

Le Prix Reporters d’Espoirs met à l’honneur depuis 2004 les journalistes, innovateurs des médias, et étudiants-futurs professionnels des médias, pour leurs sujets traités sous l’angle « problème + solution ». Il a distingué plus de 100 lauréats depuis sa création, et célèbrera en 2021 sa 11e édition. Le Prix a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, ou encore de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions. Le Prix s’inscrit dans la mission de Reporters d’Espoirs « pour une info et des médias qui donnent envie d’agir ». Pour en savoir plus : www.reportersdespoirs.org

 

 

 

 

 

 

 

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