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Marie-Christine Saragosse, présidente de France Médias Monde et membre du jury du Prix européen

By 22 avril 2021août 18th, 2021No Comments

« Le journalisme de solutions, c’est un journalisme qui ne se détourne pas du réel mais qui invite à agir, qui permet de croire en l’avenir. »

Marie-Christine Saragosse a dès le début de sa carrière travaillé dans le secteur public audiovisuel, tout d’abord au Ministère de la Communication (SJTI) puis au sein du cabinet du Ministre déléguée à la Francophonie. Après avoir dirigé pendant deux ans la direction de la coopération culturelle et du français au Ministère des Affaires étrangères, elle a été rappelée en 2008 à la direction générale de TV5MONDE. Elle est nommée en 2012 Présidente directrice générale de l’Audiovisuel Extérieur de la France, dont la dénomination sociale est devenue France Médias Monde en 2013.


Merci Marie-Christine Saragosse de nous faire le plaisir et l’honneur de rejoindre le jury de cette première édition du Prix européen du jeune reporter ! En quoi partagez-vous la démarche qui nous anime ?

Merci à Reporters d’Espoirs de m’avoir invitée à rejoindre ce jury ! J’ai accepté cette invitation d’abord parce que je suis avec beaucoup d’intérêt les initiatives portées par Reporters d’Espoirs, que nos médias RFI, France 24 et MCD relaient régulièrement. L’information internationale est le cœur de métier des journalistes de notre groupe, mais ils sont aussi extrêmement conscients de la responsabilité sociétale qui est la leur à travers les contenus qu’ils produisent et qui sont suivis chaque semaine par plus de 240 millions de personnes sur les cinq continents. Si l’information « chaude », experte, vérifiée, indépendante et honnête est évidemment notre mission première, nos reportages et nos magazines mettent aussi l’humain au cœur des programmes et ont l’ambition d’encourager à agir, dans tous les domaines. La pandémie a accentué cette prise de conscience de l’importance de ce qu’on qualifie parfois de « journalisme positif » ou « de solutions ». C’est une aspiration des citoyens de la planète en souffrance, d’être inspirés par des exemples de solidarité, des initiatives qui donnent confiance en l’avenir, dans le génie humain… dans l’humanité.

 

Avec France Médias Monde, votre terrain de jeu, c’est la planète ! L’Europe est-elle une entité qui vous importe d’un point de vue culturel, littéraire, ou politique ?

L’Europe est l’un de nos grands bassins de diffusion et d’audience, mais c’est surtout notre continent d’ancrage. Nous proposons beaucoup de contenus, près de 30 heures hebdomadaires, pas seulement sur l’Europe politique et institutionnelle, mais aussi sur l’Europe des 500 millions de citoyens qui l’habitent et la vivent au quotidien.

Nous partageons en Europe des valeurs humanistes, nous poursuivons des projets communs. À l’heure où le Royaume-Uni a quitté l’Union et alors que nous peinons à trouver des solutions à des crises multiples (Covid-19, vague migratoire, terrorisme…), nous devons redoubler d’efforts autour de cette idée de construction européenne qui repose sur un projet de paix, sans doute le bien le plus précieux et dont avons peut-être un peu oublié la valeur. Pour cela, il est essentiel de contribuer à forger cette « conscience européenne », qui passe par notre capacité à s’approprier cet espace dans tout ce qui nous rapproche et dans nos différences.

C’est dans ce contexte que nous lancerons dans les prochaines semaines, avec nos partenaires allemands de Deutsche Welle et une dizaine de médias dans six pays européens, un média numérique en six langues à destination des jeunes sur les réseaux sociaux. Baptisée « ENTR », cette offre  100% vidéo proposera des contenus sur toutes les thématiques qui suscitent l’intérêt et font le plus réagir les jeunes, où qu’ils se trouvent, en s’adressant à eux dans leur langue maternelle et à travers les nouveaux modes narratifs de l’information.

 

À propos de France et de Francophonie : comment voyez-vous évoluer l’appétence que les gens leur portent à l’extérieur ?

À en croire les résultats de nos médias en forte croissance sur tous les continents, je ne peux que constater que cette appétence pour notre pays et pour la francophonie existe. De la même manière la langue française, qui partage avec l’anglais le privilège d’être parlée et enseignée sur les cinq continents, voit son nombre d’apprenants continuer d’augmenter selon l’Observatoire de la langue française. Dans une étude internationale réalisée il y a quelques années, la France était qualifiée « d’enfant terrible du monde », décrite comme un pays amoureux de la culture et du « beau », ayant parait-il inventé la liberté (selon John Kerry après l’attentat de Charlie Hebdo), un pays impertinent, râleur, raffolant du débat d’idées et des idées en général… mais aussi un pays de modernité, de créativité et de curiosité pour le reste du monde. Bien des citoyens du monde envient notre cadre social, nos droits et libertés… On s’en rend mieux compte lorsqu’on travaille à l’international : c’est souvent dans le regard des autres qu’on se voit le mieux !

 

Le Prix invite à la réalisation de reportages écrits sur des problèmes et des réponses concrètes et impactantes qui peuvent essaimer à l’échelle européenne. Y a-t-il un reportage de ce type, et « porteur d’espoirs », qui vous a marqué récemment ?

Je ne peux m’empêcher de penser à des réalisations de nos propres médias dans ce domaine. Certaines émissions les incarnent chaque semaine, que ce soit « Pas2Quartier » sur France 24 qui donne la parole aux jeunes menant des initiatives positives dans les banlieues françaises, ou alors nos émissions environnementales « Élément Terre » sur France 24 et « C’est pas du vent » sur RFI qui montrent comment des femmes et des hommes interviennent concrètement pour lutter contre le réchauffement climatique et donnent des clés à chacun pour agir. Je pourrais aussi évoquer « Le Club RFI » qui met à l’honneur les actions de terrain solidaires menées en Afrique par les Clubs RFI, là encore autour de la protection de l’environnement, mais aussi en termes de prévention sanitaire ou encore pour l’accès à l’éducation. Sur le plan européen, notre nouvelle offre ENTR sera beaucoup centrée sur cette idée de journalisme de solution et proposera des sujets inspirants, porteurs d’espoir pour les jeunes, dans leur langue maternelle.

 

Pour vous, un journalisme ou un média « de solutions », qu’est-ce que ça signifie ?

Le journalisme de solution, c’est un journalisme qui ne se détourne pas du réel mais qui invite à agir, qui permet de croire en l’avenir. C’est mettre en lumière et à la portée du plus grand nombre des parcours, des initiatives qui incitent l’ensemble de la société à s’engager dans la vie publique et qui mobilise le sens du collectif en chacune et chacun d’entre nous. C’est un journalisme qui sans faire preuve d’un angélisme naïf donne confiance en soi, en les autres, en le devenir de l’humanité.

 

Quel conseil voulez-vous adresser aux jeunes, journalistes ou apprentis-reporters (notez que le Prix est ouvert à tous les jeunes de 18 à 30 ans, journalistes ou non, peu importe leur parcours) qui postulent au Prix européen Reporters d’espoirs ?

Faire preuve de créativité (éviter de répéter ce que tout le monde dit), d’optimisme (le sens critique ne signifie pas la démolition systématique de toutes les actions et de toutes les idées), mais aussi de rigueur (ne pas se raconter d’histoire et bosser son sujet) ! J’attends que les candidates et candidats s’emparent d’un sujet qui nous surprenne et nous émeuve, mais nous apprenne aussi des choses utiles, nouvelles. Et j’ajoute qu’il est rare que le génie ne soit pas le fruit d’un gros travail…

 

Votre définition de l’Espoir ?

Pour moi, l’espoir ce n’est pas l’espérance qui a une connotation résignée et impuissante : je m’en remets à des forces extérieures à moi car je suis confrontée à quelque chose sur quoi je n’ai pas prise (il peut arriver dans la vie d’en avoir besoin néanmoins !). L’espoir c’est au contraire une invitation à l’action pour trouver une solution aux problèmes – car c’est possible -, pour améliorer la vie – car c’est possible. L’espoir trace un chemin dans une réalité qu’on a le pouvoir de rendre meilleure.

 

Propos recueillis par Gilles Vanderpooten, Reporters d’Espoirs.


A propos de Reporters d’Espoirs & du Prix

Le Prix Reporters d’Espoirs met à l’honneur depuis 2004 les journalistes, innovateurs des médias, et étudiants-futurs professionnels des médias, pour leurs sujets traités sous l’angle « problème + solution ». Il a distingué plus de 100 lauréats depuis sa création, et célèbrera en 2021 sa 11e édition. Le Prix a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, ou encore de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions. Le Prix s’inscrit dans la mission de Reporters d’Espoirs « pour une info et des médias qui donnent envie d’agir ».

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