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Maëlle Widmann

Ce que candidater au prix Reporters d’Espoirs m’a appris – Pierre Terraz

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Pierre Terraz est un jeune journaliste indépendant, qui parcourt le monde pour couvrir les conflits, de la guerre en Ukraine à la guerre civile en Birmanie, en passant par la guerre entre Israël et le Hamas, ou le conflit kurde en Turquie du Sud-Est. Talentueux lauréat du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs 2023, il a aussi remporté le prix de la fondation Varenne et la bourse Lagardère.


Comment as-tu pris connaissance du Prix Européen Jeunes Reporters d’Espoirs ?

Je cherchais sur internet des concours et bourses auxquels candidater. Je suis tombé dessus en tapant « prix jeune ».

Qu’est ce qui t’as donné envie de postuler à ce prix en particulier ?

J’avais déjà postulé l’année d’avant, mais je savais que mon article ne correspondait pas aux critères. Entre temps, j’ai réalisé mon reportage Morts sous X, qui me paraissait plus approprié pour postuler une deuxième fois. Le prix présente beaucoup d’avantages. La dotation est généreuse. De plus, il y a une richesse dans l’accompagnement. Lorsque j’ai présenté ma première version, on m’a conseillé de comparer la situation française avec celle d’autres pays pour intégrer la dimension européenne. C’est à partir de là que j’ai trouvé les solutions. J’ai remarqué que le nombre de morts inconnus en Belgique est beaucoup moins élevé qu’en France, et j’ai vu ce qui était mis en place pour lutter contre ce phénomène. Le prix a une visée pédagogique, ce qui est un réel avantage.

Surtout pour toi qui n’a pas fait d’école de journalisme, ça te permettait de te former en même temps ?

Oui, j’étais en RH [ressources humaines] au CELSA. Au moment de trouver un stage, j’ai postulé dans des rédactions parce que je ne voulais pas faire RH. J’ai été pris au service Culture du Figaro, puis à celui de Libération. L’accompagnement proposé permet aussi d’avoir un regard extérieur sur son travail, c’est formateur. J’ai vu une nette amélioration entre la première version de mon article et la deuxième. J’avais entendu parler du journalisme de solutions, mais avant cela je n’avais pas la méthode.

Quels autres bénéfices tires-tu de cette expérience ?

Le réseau est un autre avantage de ce prix. J’ai par exemple sympathisé durant la soirée de remise du prix avec le dessinateur Serge Bloch. On a échangé nos contacts, on s’est revu après. Il m’a présenté aussi à d’autres personnes. Ça crée du lien avec les gens du milieu.

Un conseil aux prochains candidats ?

Je les encourage vivement à lire les reportages de l’année précédente, ce qui, personnellement, m’a été fort utile pour mieux saisir ce qui était attendu.

 

Propos recueillis par Maëlle Widmann pour Reporters d’Espoirs

Christophe Agnus président du jury du 26e Prix Cap’Com de la presse et de l’information territoriale

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La coopérative Cap’Com lance en 2024 la 26ème édition de son prix de la presse et de l’information territoriale, qui récompense la publication d’une institution publique ou d’une collectivité. L’occasion de mettre en avant la qualité du travail des professionnels de la communication publique, et d’observer les tendances du secteur. L’évènement en ligne de remise du prix se tiendra le vendredi 28 juin.

Christophe Agnus, président du Grand Jury 2024

Cette année, le grand jury est présidé par Christophe Agnus, vice-président de Reporters d’Espoirs. Auteur, éditeur, journaliste, ex grand-reporter à L’Express, son expérience lui permettra d’avoir un regard acéré sur les publications de communication publique. Un jury pro et un jury étudiant sont également sollicités pour ce prix.

Le prix de la presse et de l’information territoriale se décline en sept catégories :

  • Prix du projet éditorial
  • Prix de la plume d’or
  • Prix de l’iconographie
  • Prix de la conception graphique
  • Prix de la Une
  • Prix es publications internes
  • Prix des petits poucets

Pour en savoir plus, la liste des nommés est publiée sur le site Cap’Com. Pour assister à l’évènement du 28 juin, l’inscription est gratuite.

21.06.2024 : Reporters d’Espoirs en conférence à l’Université Bayard

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L’Université Bayard, un lieu d’échange pour les salariés

Il y a plus de vingt ans, le groupe a créé l’Université de Bayard, ouvert à tous ses salariés. Une fois par mois, des ateliers, conférences ou rencontres ont lieu sur des grandes thématiques en lien avec l’entreprise. Cette initiative a pour ambition de tourner l’entreprise vers l’extérieur, en accueillant des chercheurs et spécialistes venant de différents horizons. Le 21 juin, c’est le vice-président de Reporters d’Espoirs, Christophe Agnus, qui animera une conférence sur le journalisme de solutions.

« Ces jeunes que nous formons à la science et aux technologies sont des graines de transformation des grandes écoles et entreprises. » – Gérald Peyroche   

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On répète à l’envie que les Français seraient mauvais en maths et en sciences… question de méthode ? Des initiatives originales témoignent qu’il est possible de faire aimer ces disciplines, y compris de personnes en difficulté scolaire. C’est le cas de l’Institut Villebon – Georges Charpak, étrangement méconnu (notamment des journalistes) qui, à condition que la curiosité et la motivation soient là, conduit 95% de ses étudiants vers une école d’ingénieur ou un master.  

Nous avons échangé avec Gérald Peyroche, professeur à l’ENS de Paris-Saclay, et directeur de l’Institut. Nous avons découvert l’initiative grâce à Chantal Monvois, qui de la direction de la Fondation Vinci pour la Cité à celle d’AgroParisTech en passant par les programmes de l’ONG de solidarité internationale GRET, est compagnonne de route de Reporters d’Espoirs depuis près de quinze ans.  


Qui sont les jeunes accueillis par votre Institut et qu’y trouvent-ils ?  

Ce sont des bacheliers, pour la plupart démotivés voire en rupture avec le parcours académique ou en situation de handicap, intéressés par les sciences mais peu à l’aise avec l’enseignement classique. Ils viennent à l’Institut pour préparer une Licence Sciences et Technologies en bénéficiant d’une pédagogie innovante.  

Nous demandons aux candidats de remplir un questionnaire qui porte sur leur motivation et leur appétence pour les sciences. Nous ne retenons pas ceux qui ont eu de trop bonnes notes au bac, pour nous concentrer sur notre mission : offrir à des jeunes d’une grande diversité la possibilité de dépasser les obstacles qui les freinent, en vue de poursuivre ensuite une formation scientifique en master ou en école d’ingénieur. 

L’Institut ne convient pas à tous les profils. Nous organisons donc des journées de recrutement où les candidats sont pris en main par nos étudiants actuels et vivent une épreuve sous forme d’atelier collectif, pour vérifier leur capacité à travailler avec les autres. Tout étudiant qui nous rejoint doit être ouvert, curieux et capable de travailler en groupe. Chaque étudiant peut et doit apporter quelque chose au collectif.  

En quoi les méthodes pédagogiques que vous créez sont-elles différentes, innovantes ?  

Le nom de l’institut provient du prix Nobel Georges Charpak. Ce physicien a mis au point une méthode d’enseignement appelé « la main à la pâte », qui propose une alternative à l’enseignement traditionnel. Elle préconise de commencer par le pratique pour aller vers le théorique. Cette méthode a été pensée pour les élèves de primaire et de collège, nous l’avons adaptée aux études supérieures comme ingrédient d’une formation inclusive. Un tiers de nos cours sont dispensés de cette manière.  

Autre exemple de notre manière d’innover : un cours de maths peut comporter trois modules, avec trois niveaux différents d’autonomie proposés aux étudiants. Cette méthode permet de ne pénaliser ni les plus faibles, ni les plus forts, car chacun avance à son rythme et choisit la méthode qui lui correspond. On constate que les étudiants sont plus performants dès lors qu’ils sont ainsi acteurs de l’enseignement. 

Nous suivons les travaux de chercheurs comme le physicien Julien Bobroff, enseignant à l’Université Paris Saclay, récompensé par le CNRS en 2022 pour son travail sur la médiation scientifique. Il a créé des collaborations étonnantes avec des designers pour expliquer la physique quantique. Nous examinons avec lui comment ce genre de méthode peut être repris dans un objectif pédagogique à l’Institut, pour ensuite les essaimer si elles fonctionnent.  

Vous défendez un modèle d’innovation frugale et peu couteux.   

Notre but est de faire de la recherche sur notre propre terrain, atypique et sur d’autres terrains de l’enseignement supérieur, afin de révéler des éléments applicables dans différents contextes.  

Pour cela, en 2019, l’Institut s’est doté d’un Centre d’Expérimentation Pédagogique, qui attire chaque année environ 150 acteurs. Le but est de tester des méthodes, et de les valider par la recherche. L’innovation pédagogique a la réputation de demander beaucoup de moyens techniques et financiers. Ici, on fait le pari de l’innovation pédagogique frugale : il faut que ce soit simple et peu couteux pour pouvoir s’implanter dans tous les contextes d’enseignements, même là où il n’y a pas beaucoup de moyens. Les innovations peuvent être reprises, il faut juste s’en emparer. 

Vous suivez de près chaque étudiant. Est-ce que cet encadrement est un gage de réussite ? 

En effet, tout ne se joue pas dans les salles de classe. Il y a par exemple une obligation d’entraide des étudiants qui fait que chacun peut se retrouver en position d’aidant ; l’équipe pédagogique est très engagée notamment pour lever d’éventuelles inquiétudes concernant l’insertion professionnelle ; un système de tutorat est dispensé par les étudiants des grandes écoles partenaires comme l’ENS Paris-Saclay, l’Institut d’optique graduate school, l’ENSTA, CentraleSupélec, l’Agro ParisTech  ou encore Polytechnique. De plus depuis 10 ans, 350 parrains et marraines issus des entreprises mécènes accompagnent les étudiants. Cette présence permet de dédramatiser l’angoisse professionnelle, et de mettre en avant l’importance de travailler telle ou telle compétence.  

L’objectif de nos étudiants est bien de poursuivre leurs études, poursuite qui se déroule dans des formats pédagogiques traditionnels auxquels nous les préparons, petit à petit, avec l’ensemble de ces acteurs.  

12 ans après la création de l’Institut, quels sont les accomplissements dont vous êtes le plus satisfait ? 

Nous avons accueilli et formé 300 étudiants, avons atteint la parité dans leur recrutement, les intégrons pleinement dans la démarche pédagogique et d’innovation de l’Institut. La diversité se traduit par leurs profils : 70% sont boursiers, 30% issus des filières technologiques, 20% en situation de handicap.  L’environnement que nous leur proposons est optimal : des promotions de petite taille, un hébergement sur le campus, un encadrement important.  

Nous constatons qu’ils ont pu développer leur confiance en eux, un niveau de créativité important, et ont en main des outils pour penser la science et son apport de manière multidisciplinaire. 95% de nos diplômés poursuivent leurs études, dont 77% dans des grandes écoles. 

Vos méthodes sont-elles diffusables à l’enseignement supérieur ? 

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que le modèle d’études supérieures ne correspond plus aux attentes des jeunes. Beaucoup de grandes écoles se sont engagées à réformer leur cursus. Les méthodes que nous expérimentons peuvent être essaimées chez elles. Ce n’est pas un hasard si de grandes écoles sont partenaires de l’Institut.  

Vous défendez l’idée que la diversité est un gage de performance pour les entreprises. Au-delà de l’usage abondant du terme « diversité » dans la communication et le débat public, concrètement, où en est-on ?  

Notre pari est de former des jeunes qui présentent une forte adaptabilité au monde de l’emploi, et qui vont aussi être des éléments de transformation dans les grandes écoles ou entreprises. Donc de former un cercle vertueux.  

Certaines entreprises affichent un bon bilan social d’inclusion, mais on se rend compte que les personnes issues de la diversité sont souvent en bas de l’échelle. Notre but est, qu’au terme de leurs études, ces jeunes que nous formons soient capables de manager eux-mêmes d’autres personnes issues de la diversité. Or beaucoup d’entreprises n’ont pas de politique générale en la matière. Leurs actions sont souvent très fractionnées, les responsables RSE (Responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise) ne se sentent pas assez entendus, et le sujet n’est pas inscrit dans la stratégie de l’entreprise. La focalisation sur les mesures écologiques a tendance à mettre le social de côté, or c’est bien les deux qu’il faut mener de front en pensant au long terme. L’Institut, « incubateur de talents » comme disent nos étudiants et nos mécènes, a une vraie fragilité économique en raison de ce contexte. Aussi nous devons continuer à démontrer aux entreprises que la diversité est source d’innovation et de performance pour elles.  

Concrètement, combien coûte votre formation et comment vous aider à poursuivre et amplifier votre action ? 

Les droits d’inscription sont ceux d’une licence universitaire conventionnelle – 170 euros par an, avec gratuité pour les boursiers et les boursières. Elle représente un coût global par étudiant d’environ 15 000 euros par an, ce qui est proche du coût d’un étudiant en IUT, et supérieur au cours moyen d’un étudiant en licence (11 000 euros environ). Le surcoût est compensé par le fort taux de réussite à la licence que nous obtenons : 75% en 3 ans, ce qui est deux fois supérieur à une licence classique. 

En 2023, 17,5 % de notre budget de fonctionnement provenait du financement des entreprises, le reste, soit 82,5%, provenant des établissements d’enseignement supérieur membres de notre groupement d’intérêt public. Pour soutenir le développement de la recherche et les capacités d’essaimage de l’Institut, nous devons porter la contribution du secteur privé à 50% à l’horizon 2027, soit 350 000 euros par an. J’appelle les entreprises qui veulent miser sur l’apport de la diversité et de la science à nous rejoindre ! 

 

Propos recueillis par Maëlle Widmann et Gilles Vanderpooten, Reporters d’Espoirs. 

ÉDITO – Résignés, “les jeunes” ? Pas plus que “les vieux” !

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Alors que 72 % des 18-24 ans se disent optimistes¹, leurs parents se chargent de se faire du mouron pour eux : 59 % sont pessimistes pour l’avenir de leur progéniture². La raison se trouve-t-elle du côté de l’amour filial ou de l’irrésistible élan de la jeunesse ? Consacrer une revue à la jeunesse nous est apparu comme un projet à la fois périlleux (tant elle est multiple, hétérogène, non « catégorisable ») et enthousiasmant.
L’orienter sur le malaise, la perte de repères ou encore le conflit générationnel ? L’actualité se charge déjà de nous les rappeler. Songer aux difficultés d’une jeunesse étudiante à se nourrir et se loger, aux traumatismes post-covid, à la difficulté à trouver un emploi, à l’éco-anxiété ? Bien sûr. Mais en s’intéressant aux actions qui permettent d’y faire face, de donner à voir une jeunesse qui prend l’initiative et de l’aider à se projeter dans l’avenir.

« Le pire n’est même pas certain », disait le dessinateur Voutch. Ce n’est pas Esther, l’adolescente croquée par Riad Sattouf à (re)découvrir dans ce numéro – parfois perplexe, parfois rêveuse, souvent joyeuse – qui va le démentir. Alors, nous sommes partis à la recherche des raisons concrètes, réelles et sérieuses de croire en demain, au regard d’une jeunesse créative, engagée, entreprenante… Et qui a bien le droit, aussi, de rêver et d’exercer son droit à l’insouciance ! C’est à un voyage à la rencontre d’initiatives qu’entreprennent des jeunes de tous horizons, au-dessus des idées fatales, que nous vous invitons.

“Et là ! C’est parti ! Toutes voiles dehors ! On y va ! Flanquez le grand foc !

Bigardez les sourdines ! Choucardez dans les flanquettes !

C’est parti ce voyage, cette aventure, tout est nouveau, tout est inconnu, tout est réinventé, tout recommence. 

La joie est là ! Tu l’entends pas ce tocsin qui bat dans ton corps gamin ?!

Tu l’entends pas ?! 

Mais ce voyage-là, tu peux le faire dedans, tu peux être ton propre chirurgien,

t’ouvrir à cœur ouvert !” 

Des chemins de nos belles et sereines campagnes aux confins tumultueux et remuants de nos villes, en passant par une parfois chaotique et créative France « périphérique » : bon voyage en compagnie de ces jeunesses multiples qui portent l’espoir !

Gilles Vanderpooten, Directeur de la rédaction de Reporters d’Espoirs

¹ 3e baromètre Les jeunes et l’entreprise, BVA/Macif/Fondation Jean Jaurès, décembre 2023.
² IPSOS-CESE, L’état de la France vu par les Français en 2023.
³ Edouard Baer, « L’inconnu commence là, au bas de la rue », émission « Plus Près De Toi », Radio Nova, 2018.

Festival du livre à Paris : La littérature au service de l’écologie, de la jeunesse et de la francophonie

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Du 12 au 14 avril 2024 s’est tenu le Festival du livre à Paris. Au total, 246 stands représentaient maisons d’édition et médias dans l’enceinte du Grand Palais éphémère. Les auteurs en dédicace accueillent depuis leurs estrades curieux et afficionados. C’est l’occasion pour toutes les générations de se retrouver pour flâner au milieu des étals de livres. Le public, au même titre que le beau temps, était au rendez-vous : le festival a accueilli 103 000 personnes tout au long du week-end. Le Québec, invité d’honneur, mettait en avant ses auteurs et maisons d’édition.

L’écologie en explosion de couleurs

Dans le studio de France Télévisions installé pour l’occasion, l’animateur belge Thierry Bellefroid (RTBF) reçoit l’auteur de bande dessinée Jérémie Moreau sur le thème « Penser, raconter et dessiner le vivant ». L’animateur décrit son style, fait de couleurs très vives, comme une « grammaire colorimétrique ». L’artiste évoque sa carrière, du fauve d’Or reçu à Angoulême à la découverte de Jean Giono : « Pour la première fois, j’avais l’impression de lire de l’écologie de façon incarnée, magique. ». La mission qu’il se donne ? « Apporter une nouvelle esthétique à l’écologie ». La représenter de manière artistique ne risque pas d’édulcorer le problème pense-t-il, mais au contraire de le rendre « plus fin, plus précis ». Utiliser des couleurs tape-à-l’œil est naturel : « Dans nos ascendances frugivores, on ne pouvait pas s’empêcher de foncer vers les couleurs les plus vives ». Ses dessins veulent aider le lecteur à changer de point de vue : redonner une conscience à la nature et cesser de l’objectiver. Ainsi, son album Le discours de la panthère offre une plongée dans la réflexion animale, étourneau comme bigorneau : « C’était très rafraichissant d’imaginer des histoires pour d’autres corps ». Et si Jérémie Moreau avait trouvé une manière de « donner envie d’écologie », que ne cessent d‘appeler de leurs vœux moult activistes en quête de « nouveaux récits » et de « nouvelles représentations » ?

Les voix mêlées des jeunes et des auteurs

Au même moment, un échange intergénérationnel se tient sur la scène « Bourdonnais ». La journaliste Florence Bouchy (Le Monde) est aux côtés de Denis Baronnet, qui présente l’ouvrage « Il faut enfin que je te dise… », au Seuil Jeunesse. Ce livre est le résultat d’un projet porté par l’association culturelle Le Labo des Histoires, qui anime des ateliers d’écriture dans les établissements scolaires. « On va là où la culture ne passe pas », explique-t-il. Armel Bouloulz, lycéenne, raconte le processus d’écriture de sa lettre, exercice auquel elle s’est adonnée dans ce cadre : « J’ai écrit à mon amie Blanche, car ma lettre fait référence au racisme intériorisé ». Ces ateliers veulent donner une liberté à des jeunes qui se sous-estiment. L’éditrice est convaincue qu’ « il faut changer notre regard sur la capacité des jeunes à écrire, il faut leur donner confiance. ». Un vrai défi pour Armel : « J’étais en quête d’identité pendant la période de l’atelier d’écriture. On doit lire nos textes devant tout le monde. Il faut oser partager ». L’entretien se termine par la lecture de la lettre d’une quinquagénaire qui s’adresse à son corps en alternant amour et haine. Preuve que la relation à son propre physique fait partie des thématiques qui traversent les générations.

« Et vive la littérature ! »

Voilà que notre attention se tourne vers le Pavillon Québécois. Les lettres bleues du mot « Québec » font face à la Tour Eiffel, en témoignage de l’amitié francophone. C’est l’heure de la cérémonie de remise du Prix France-Québec. « On devient écrivain parce qu’on a envie d’utiliser le langage pour faire du vivant », déclare le lauréat, Alain Beaulieu, récompensé pour son livre Le Refuge. Il remercie les associations régionales franco-québécoises, une cinquantaine réparties sur le territoire français. Le ministre de la Culture et des Communications du Québec, Mathieu Lacombe, est venu en personne soutenir ce prix qui « contribue au rayonnement de la littérature québécoise au sein de l’hexagone ». La célébration de cette entente pour la francophonie se conclue par le discours de Michel Cotnoir. Le président de la Fédération France-Québec / Francophonie fait forte impression avec sa cravate imprimée de fleurs de lys. L’ADN du Festival du Livre est finalement résumé par le lauréat dans un enthousiaste « Et vive la littérature ! ».

Maëlle Widmann, pour Reporters d’Espoirs.

« La littérature est un vecteur de protection de la langue française » Geneviève Pigeon, présidente de l’ANEL du Québec

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Geneviève Pigeon est présidente de l’Association nationale des éditeurs de livres du Québec (ANEL) depuis septembre 2023. Editrice, elle enseigne également à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Jeudi 11 avril, elle a participé à l’inauguration du Festival du Livre de Paris, qui place le Québec en invité d’honneur.


Quel est votre rôle en tant que présidente de l’Association nationale des éditeurs de livres du Québec ?

C’est un rôle de représentation autant à l’extérieur qu’au sein même de l’association. Je suis appelée à rencontrer des organismes subventionnaires, des éditeurs, à me rendre à des salons du livre. J’ai également une représentation au sein de l’association. Je préside le conseil d’administration et les assemblées générales. Je représente les éditeurs à l’interne et à l’externe.

Que le Québec soit l’invité d’honneur du Festival du Livre de Paris cette année, est-ce important pour l’édition québécoise ?

Le Québec a déjà été invité il y a 25 ans au Festival du Livre de Paris. Cette année, c’est vraiment une étape importante car le Québec a un écosystème littéraire solide dans lequel les membres connaissent leurs codépendances. On arrive avec une littérature très mature et dynamique. Elle est portée non seulement par des éditeurs chevronnés, mais aussi par une nouvelle génération qui fonce. Cette nouvelle génération a décidé de ne pas tenir compte des obstacles et est déjà bien implantée dans l’Europe francophone. On a des propositions littéraires très contemporaines, avec des voix uniques.

Quels obstacles l’édition québécoise rencontre-t-elle ?

C’est une réponse très pragmatique mais il y a beaucoup d’obstacles à l’exportation. Par exemple, si un auteur est invité à un évènement en France la semaine prochaine, je dois envoyer 700 exemplaires à partir de Montréal. C’est matériellement impossible. En bateau, le temps d’expédition est trop long. En avion, le coût est beaucoup trop élevé. La seule solution serait d’avoir un entrepôt en Europe. Mais les livres qui ne circulent pas, ça ne sert à rien non plus. On pourrait aussi imaginer la création d’une deuxième maison d’édition en France, mais là aussi, il y a des obstacles d’impression. La difficulté réside également dans le contact. En France, vous avez beaucoup de librairies. Pour qu’un auteur se fasse connaître, il faut être sur le terrain, aller à leur rencontre. Donc depuis Montréal, c’est difficile !

La littérature francophone parvient-elle à se faire une place au Canada face à la langue anglaise ?

A l’exception du Québec, non. Il existe 1 million de francophones au Canada hors Québec, mais c’est un vaste territoire. Les francophones sont concentrés dans des zones spécifiques. La littérature franco-canadienne est peu lue étant donné le peu de gens qui parlent français.

Donc pour se développer, la littérature québécoise mise sur l’Europe ?

Oui, même si certains éditeurs estiment que le Canada leur suffit. Mais pour développer un nouveau marché, il faut se tourner vers l’Europe francophone qui représente un marché déjà saturé. Donc c’est dur de se faire sa place.

Quels sont les liens, collaborations ou échanges entre le monde de l’édition québécois et français ?

Il y en a beaucoup. Certains éditeurs font le choix de travailler avec des distributeurs français. D’autres, comme c’est mon cas, vendent des cessions de droits à des éditeurs français. On développe des partenariats très chouettes avec des maisons d’édition françaises qui vont être mieux placées pour développer une carrière ou un marché. On a par exemple la collection Talismans, chez Déspaysage, qui publie des ouvrages écrits par des personnes autochtones d’Amérique du Nord.

La francophonie a-t-elle de beaux jours devant elle au Québec ?

Je dirais que oui. En ce qui concerne l’Amérique, c’est toujours fragile. On est entouré d’anglophones dans un marché mondial qui est très anglophile. Mais on observe un intérêt des Québécois pour la littérature locale. Ça demeure un portrait rassurant.

Comment préserver la langue française ?

La littérature est un vecteur de protection de la langue française. C’est peut-être la réflexion d’une francophone qui ne vient pas de France métropolitaine, mais je pense que pour la préserver, il faut accepter qu’elle soit vivante, qu’elle évolue, que les jeunes ne parlent pas comme leurs parents et leurs grands-parents.  En ce sens, la littérature permet à cette langue de bouger, voyager, rencontrer des lectorats différents qui vont apprendre de nouveaux vocabulaires.

Propos recueillis par Maëlle Widmann / Reporters d’Espoirs.

« Aider les jeunes à entreprendre dans l’économie sociale et solidaire », Denis Philippe

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A la rencontre de la Chambre Régionale des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire de la région PACA et de son président Denis Philippe, administrateur d’AESIO Mutuelle (entreprise mécène du Prix Reporters d’Espoirs)


Les verres s’entrechoquent, les discussions vont bon train dans le bistrot situé à quelques encablures du palais des ducs de Dijon où se déroulent les Journées de l’économie autrement. Nous rencontrons Denis Philippe qui, en fervent mutualiste, préside la Chambre Régionale des Entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire (CRESS) de la région PACA. Il aspire à ce que l’économie sociale et solidaire se donne davantage d’ambitions : au-delà des « petits chemins de traverse », il est temps qu’elle emprunte « le boulevard qui s’offre devant elle ». Le deuxième anniversaire du parcours dédié aux jeunes entrepreneurs de l’ESS en ce mois d’avril 2024 est l’occasion de revenir sur les avancées du secteur.

Exister politiquement : stop aux « pudeurs de gazelle » de l’ESS !

« ll faut que nous soyons, nous représentants et organisations de l’ESS, organisés et forts ». Il faut dire que cette branche particulière de l’économie, regroupant associations, coopératives, entreprises sociales, fondations et mutuelles, peine à prendre la mesure de son poids sur le territoire : jusqu’à 14% de l’emploi salarié privé, 10% du PIB et plus de 200 000 entreprises, sans compter les millions de bénévoles engagés dans le tissu associatif français. Rien qu’en région PACA, près de 17 000 structures assurent 10% de tous les emplois de la région. Il y a un « créneau à prendre » selon Denis Philippe, qui regrette la difficulté des grands acteurs de l’ESS à « faire ensemble » et les discours d’impuissance qui en découlent.

Pourtant le potentiel est là, dès lors qu’il y a un modèle économique viable pour ces entreprises dont la création vient avant tout « répondre à un besoin social ». Si l’argent n’est « pas un but mais un outil » nécessaire pour se développer en tant que structure, c’est aussi le nerf de la guerre pour un secteur qui peut revendiquer cinq banques coopératives d’ampleur à l’échelle nationale. Elles sont d’ailleurs majoritaires dans la banque de détail, celle de notre quotidien, représentant 60 % de l’activité. Denis Philippe en est convaincu : fédérer ne serait-ce que ces acteurs bancaires doit permettre à l’ESS d’exister politiquement et à ses dirigeants d’être, à la manière des cadres du MEDEF, reçus par le Président de la République et la Première Ministre – quitte à taper un peu du poing sur la table pour se faire entendre. Il regrette qu’aujourd’hui que les têtes de réseau de l’ESS rentrent d’abord « dans une logique de représentation, sans prendre de décision économique ni entamer de négociation politique ».

D’où vient alors ce blocage ? Aucun obstacle réel selon Denis Philippe, qui voit surtout un frein psychologique : « il existe une réserve là où d’autres ne s’embarrassent pas de pudeurs de gazelle » quant au marketing et à l’influence. C’est ce côté timoré qui perpétuerait les discours présentant l’ESS comme « différente », « moins visible », « gentillette »… à rebours d’entreprises « engagées » ou « à mission qui reprennent à leur compte des concepts inscrits dans les statuts et l’histoire de l’ESS et devenus tendance, observe-t-il. Aux acteurs de l’ESS de se réapproprier le sens de ces termes en communiquant mieux et plus largement sur leur capacité à rassembler, à incarner, à montrer.

Démontrer par l’exemple

Mettre en avant les réalisations de l’ESS en partant du terrain, de ce qui s’y fait de concret en termes de santé, d’alimentation, de restauration… C’est cela qui peut démontrer selon Denis Philippe la « pertinence du modèle mutualiste », à même de convaincre des élus mais aussi d’attirer les jeunes avec « des dispositifs qui donnent à voir ». Les jeunes certes cherchent du sens mais veulent tout autant « gagner leur vie comme tout le monde ». « Les beaux discours sur l’emploi et les valeurs de l’ESS ne suffisent pas à convaincre. Il faut montrer que l’ESS apporte des réponses aux questionnements des jeunes et devenir un tremplin pour leurs aspirations ». Son rêve ? Que, demain, des jeunes frappent à la porte de la CRESS avec une idée de projet à entreprendre, en demandant un accompagnement. C’est l’axe qu’il a développé en région PACA : la CRESS s’est associée à sept organisations (France Active, mouvement des Scop, intermade, Mouvement Associatif Sud Paca, Coorace Paca, Cros Région Sud, Têtes de l’Art) et a obtenu le soutien de la Banque Populaire Méditerranée, pour offrir aux entrepreneurs un parcours de 7 semaines leur permettant de booster leur projet, intitulé « Mon projet d’Entreprise ESS ». Il célèbre son 2e anniversaire en ce mois d’avril.

Aider les jeunes à entreprendre dans l’ESS : 150 entrepreneurs accompagnés en 2 ans en région PACA

En 2022 le parcours « développement » a accompagné 20 entreprises. Parmi elles, 60% ont déjà plus de 50 salariés, et 30% ont un objet de transition écologique. Quant aux entrepreneurs en phase de lancement, ils bénéficient d’un programme « création ». Nous avons interrogé trois d’entre eux.

Glenn Lenga, fondateur de Save my Shoes, en restaurant des baskets allonge leur cycle de vie et veut ainsi lutter contre la fast fashion et la surconsommation. Son entreprise a reçu l’agréement ESUS, qui permet de certifier la valeur solidaire d’une entreprise. « Ça prouve qu’elle a une utilité sociale et solidaire. Pour mes projets d’avenir, c’est bien d’avoir une reconnaissance publique », explique le jeune entrepreneur de 34 ans. Les trois mois d’accompagnement l’ont amené à comprendre l’intérêt de l’ESS : « on m’a donné des cartes pour mener à bien mon projet, et j’ai reçu beaucoup d’informations intéressantes que je mets en pratique tous les jours. Ça m’a conforté dans mon idée d’avoir une utilité à la fois économique, sociale et solidaire ».

Pour Ghislaine Bourillon, le parcours offert par la CRESS PACA a été l’opportunité de développer « une vision à 360 degrés ». Cette quinquagénaire a lancé la première filiale de recyclage de bijoux fantaisie : « je suis arrivée avec un projet original, et j’ai bénéficié d’une écoute et d’un accompagnement qui ont aidé à le concrétiser ». L’entrepreneuse insiste sur l’importance de prendre le temps pour mettre en place ce genre de projet : « Aujourd’hui, on est dans l’urgence de tout faire. Avec la CRESS, on retrouve cette ouverture sur le monde, on écoute et on comprend ».

Quant à Eddy Bonjean, il a pour projet de monter un restaurant dont les salariés seront des personnes en situation de handicap. Ce restaurateur a toujours été « sensible à l’ESS ». Il travaille depuis 13 ans dans le médico-social, et a pu avec l’accompagnement de la CRESS accéder à des compétences qui lui manquaient : « ce qui nous a vraiment aidé, c’est le montage des statuts, et la compréhension du côté fiscal par exemple. On a bénéficié d’un accompagnement sur les choses qu’on ne maîtrisait pas ». L’entrepreneur insiste également sur la visibilité qu’apporte ce parcours : « A la fin de l’accompagnement, mon projet a été repéré par France Travail. C’est pratique pour trouver des soutiens et des partenaires. »

Avant de se présenter devant une CRESS, encore faut-il connaître l’ESS et savoir de quoi il s’agit. Denis Philippe estime que « sa notoriété limitée au sein de la population découle d’un manque d’intérêt des journalistes pour un sujet qui, il faut le dire, ne déplace pas les foules ». Il est lucide : « sans coup de com’ – ou de gueule – seuls les journalistes véritablement intéressés par l’associatif font le déplacement ». Néanmoins, la CRESS PACA a déjà convaincu depuis 2022 150 entrepreneurs de rejoindre ses programmes d’accompagnement. Autant d’ambassadrices et d’ambassadeurs potentiels de l’économie sociale et solidaire auprès des journalistes.

Paul Chambellant et Maëlle Widmann

Assises du Journalisme de Tours : « L’éducation à l’information, c’est l’éveil critique des jeunes et des moins jeunes », Damien Fleurot (TF1)

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Cette semaine, Tours accueille la 17ème édition des Assises du Journalisme qui fait cette année honneur aux Jeux Olympiques avec pour thématique : « Le journalisme, c’est du sport ! ». Au programme : débats, ateliers, salon du livre (ce samedi), tables rondes et conférences sur des sujets variés : la couverture des Jeux Olympiques et des élections européennes, la place de l’intelligence artificielle ou encore l’importance des Etats Généraux de l’Information. Un thème est également sur toutes les lèvres : l’EMI pour  « éducation aux médias et à l’information » dont nous avons interrogé quelques acteurs sur place.

Dans le Palais des Congrès qui fait face à la gare de Tours, journalistes et personnalités médiatiques déambulent au milieu de collégiens et lycéens. En petits groupes, les élèves se déplacent de stands en ateliers. Il faut dire que l’EMI, priorité grandissante encouragée par les ministères de la Culture comme de l’Education, était à l’honneur quelques jours auparavant, avec la 35ème Semaine de la Presse et des Médias à l’Ecole, coordonnée par le CLEMI. Ici, l’EMI s’illustre par les initiatives de médias régionaux et tourangeaux comme France 3, Radio Campus, Radio 100% lycéens, ou encore le club de la presse Centre – Val de Loire.

Sur le premier stand, une vingtaine de lycéens assis en tailleur. Les élèves de ce Bac pro optique semblent intéressés, et leurs questions fusent : « est-ce qu’on a des primes quand on trouve une info ? » demande un adolescent. L’intervenant de France 3 décrit le métier de journaliste, explique son rôle : « la qualité première d’un journaliste, c’est la curiosité. ». Il insiste également sur la valeur et la fiabilité de l’information : « il faut toujours recouper les informations, c’est un métier précis où on doit être rigoureux ». Valérie, chargée de communication à France 3, participe à l’animation de ces ateliers : « on fait de la sensibilisation aux métiers des médias ». Ces animations sont proposées spécifiquement dans le cadre des Assises, mais il existe des projets d’EMI tout au long de l’année : « on accueille beaucoup de stagiaires de 3ème, et on envoie des journalismes dans les écoles » précise Valérie.

Pour Damien Fleurot, rédacteur en chef adjoint chez TF1, l’EMI permet « l’éveil de l’esprit critique des jeunes et des moins jeunes ». En tant que président de l’association « Lumières sur l’info », qui lutte contre la désinformation, l’importance de l’EMI sonne pour lui comme une évidence. Si elle s’impose dans les milieux scolaires, l’EMI ne doit pas exclure un public plus âgé. Pour ce faire, il faut « aller le chercher là où il est : organiser des rencontres dans les foyers municipaux, dans les mairies », explique le journaliste. L’éducation aux médias doit « élargir sons spectre ». Quant à la consommation d’informations des jeunes sur les réseaux sociaux, Damien Fleurot est catégorique : « L’essentiel, c’est de savoir ce qu’on regarde. Il faut apprendre à faire la différence entre le contenu d’information, de divertissement et de communication. »

Ici et là, des groupes d’adolescents discutent, feuillètent des journaux et se montrent des vidéos sur leur téléphones. Cinq élèves en classe de première venues d’Orléans attendent leur premier atelier de la journée. « On est là pour continuer notre projet « fake news ». Toute l’année, on travaille sur une loi fictive qui pourrait être mise en place pour lutter contre les fake news. » explique une adolescente. Son amie complète : « on a déjà rencontré un député et un sénateur depuis le début de l’année ».

Au fond de la grande salle, on distingue plusieurs adolescents autour d’une table, casque sur les oreilles et micro dans les mains. Nous sommes sur le studio radio établi par Radio Campus pour la durée de l’événement. Ce réseau est composé d’une trentaine de radios associatives régionales. Leur socle commun se construit autour des sujets d’actualité portant sur l’inclusion, l’écologie ou encore les inégalités. Mais le plus important, c’est la place qui est faite aux jeunes. Emmanuel Frochot est chargé de développement à Radio Phénix de Caen. Il explique qu’une grande partie des équipes sont des jeunes en bénévolat, en alternance ou en service civique. « A Caen par exemple, on est obligé d’avoir 30% de l’équipe qui soit composée d’étudiants. Mais on a aussi des jeunes en insertion, ou qui viennent des centres de loisirs et de foyers ». Radio Campus fait référence à l’implantation des antennes dans des villes universitaires. Le développement de l’EMI fait partie de ses missions. Une partie de chaque équipe locale y est d’ailleurs spécialement dédiée. « On considère que c’est notre rôle en tant que média de proximité », justifie Emmanuel, « c’est une façon de montrer que les médias sont accessibles ».

M.W.

Apprendre à s’informer, un enjeu citoyen – entretien avec Virginie Sassoon

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Virginie Sassoon est directrice adjointe du CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), docteure en sciences de l’information et de la communication, et experte de l’analyse des stéréotypes dans les médias. A l’occasion de la 35ème édition de la Semaine de la Presse et des Médias à l’Ecole qui se tient cette semaine, elle nous livre son point de vue sur la relation entre les jeunes et les médias.


Quel est votre rôle, Virginie ?

Je suis directrice adjointe du CLEMI depuis 4 ans, tout en étant dans l’organisation depuis presque 8 ans. Mon rôle est d’accompagner et de soutenir l’ensemble des projets. De faire le lien entre les enseignants, les chercheurs et les acteurs de l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Engagée sur les projets en coéducation entre les familles et les écoles, je suis à l’initiative de ressources pour les parents- l’univers de « La Famille Tout-Ecran »– ; j’accompagne des concours comme « Zéro cliché » qui lutte contre les stéréotypes de genre en permettant aux élèves de produire des vidéos, des podcasts ou des articles sur l’égalité filles-garçons. Enfin, je m’occupe de partenariats comme celui avec Reporters d’Espoirs.

Pourquoi vous être engagée au CLEMI ?

Au départ, je suis docteure en sciences de la communication et de l’information, ce qui m’a amenée à étudier le fonctionnement des médias et leur impact. J’ai été enseignante et ai fondé une association d’éducation aux images. Cela a mené à la création d’un festival de cinéma pour les enfants avec des ateliers pour qu’ils puissent créer leur propre film. Ayant un jour rencontré une coordinatrice du CLEMI de l’académie de Bordeaux, j’ai tout de suite trouvé l’organisation passionnante. La présence du CLEMI au niveau académique et national est une réelle force pour faire le lien entre l’école et les médias. Cela crée des passerelles pour comprendre la fabrication de l’information, ce qui est essentiel pour garder la démocratie vivante. Quand j’ai su que le CLEMI recrutait, je n’ai pas hésité une seule seconde !

Jeunes et actualité

Comment faire renouer les jeunes avec l’actualité ?

Je ne pense pas que les jeunes soient déconnectés de l’actualité. Ils ont leur propre actualité, qui n’est pas celle du monde des adultes, ni des médias dits traditionnels. Au CLEMI, on essaye de partir des pratiques informationnelles des jeunes pour faire des séances d’éducation aux médias qui soient adaptées à leurs réalités. On mise sur le « learning by doing ». En produisant l’information, les élèves se sentent beaucoup plus impliqués, et cela impacte aussi la manière dont ils la reçoivent. Ce cercle vertueux les rend plus éveillés et plus critiques sur la manière dont ils s’informent.

Quelles sont les projets que vous mettez en place pour y parvenir ?

Le CLEMI a plusieurs missions. Il forme environ 30 000 enseignants par an. On distribue des brochures pédagogiques. Cette année, le dossier de la Semaine de la Presse et des Médias s’intitule « l’info sur tous les fronts », et propose des activités et des analyses pour comprendre l’information en temps de guerre, les enjeux de l’IA, des défis écologiques mais aussi les enjeux liés au traitement médiatique du sport pour cette année olympique. Chaque année, ce dossier est diffusé à grande échelle et permet aux enseignants de réaliser des projets en EMI. On accompagne également la création de médias dans le cadre scolaire : des journaux, des web radios, des web TV, des comptes sur les réseaux sociaux pour des projets éducatifs. Le CLEMI a également la mission d’organiser des évènements, comme la Semaine de la Presse et des Médias à l’Ecole (SPME) qui concerne 4,5 millions d’élèves cette année. La SPME rassemble 1800 partenaires. On organise aussi des évènements comme le concours « Médiatik », le plus grand concours national de médias scolaires et « Zéro Cliché » que j’ai évoqué. La force du CLEMI, c’est son réseau. Des référents dans chaque académie interviennent dans les établissements pour accompagner les équipes éducatives.

Au-delà du CLEMI, des initiatives à saluer ?

France TV organise le Tour de France de l’EMI. Les enseignants participent pendant deux jours à des formations, des ateliers et des conférences avec des journalistes. C’est très riche car ça concerne tout le territoire. La Voix du Nord a lancé son média Ta Voix, qui accompagne des élèves de 13 à 17 ans dans la création d’articles et leur donne une grande visibilité. Plus généralement, je trouve intéressante la manière dont les titres de presse quotidienne régionale ouvrent leur espace pour l’expression des jeunes et leur donnent la parole. De la même manière, on pourrait citer les actions des antennes de Radio France, d’Arte, d’Europe 1, des titres de Bayard, de La croix, de TF1, avec les rencontres de l’info ou encore d’institution comme l’ARCOM…Avec M6 et Gulli, les jeunes choisissent eux-mêmes leurs sujets et les réalisent avec des professionnels. Les sujets sont ensuite diffusés sur les antennes, c’est gratifiant. Il faut saluer aussi tous les médias qui prennent le temps d’accueillir les jeunes et de leur montrer les coulisses de la fabrication de l’information, comme Sud-Ouest ou BFM.

Coopération avec Reporters d’Espoirs

Pouvez-vous expliquer l’initiative d’éducation des jeunes aux médias que nous menons ensemble, CLEMI et Reporters d’Espoirs ?

Avec Reporters d’Espoirs, notre collaboration est née d’une évidence. Nous avons des engagements communs pour transmettre aux plus jeunes une démarche citoyenne qui soit porteuse d’espoirs. Au sein du CLEMI, nous avons deux référentes expertes Caroline Fromont de l’académie de Lille et Elodie Gautier de l’académie de Créteil, déjà engagées dans des démarches de journalisme de solutions avec des enseignants. L’expertise de Reporters d’Espoirs en la matière est venue enrichir les démarches déjà existantes, et leur a donné de la visibilité. L’éducation aux médias s’accorde avec les principes du journalisme de solutions parce qu’il y a un besoin des enseignants de développer une approche constructive et porteuse d’espoirs dans le rapport à l’information pour leurs élèves. Plus globalement, ce partenariat avec Reporters d’Espoirs répond à une nécessité de résister à la fatigue informationnelle et à la morosité ambiante.

Vous œuvrez depuis plusieurs années à la lutte contre les fake news : n’est-ce pas un peu anxiogène pour la jeunesse ?

Très bonne question. Il y a dans l’éducation aux médias une ambition émancipatrice. L’actualité peut être extrêmement anxiogène, cette éducation sert à devenir plus actif dans ses pratiques informationnelles. Elle sert notamment à comprendre les logiques algorithmiques des réseaux sociaux qui ne profitent pas forcément à notre santé mentale. L’éducation aux médias permet aussi de développer un sens critique, c’est un cheminement qui n’agit pas de la même manière sur tout le monde, mais qui permet d’être plus éclairé dans notre rapport à l’information. Ça permet parfois de résister à cette fatigue, à cette anxiété, et de ne pas céder à l’infobésité.

Compléter votre approche par l’apprentissage du journalisme de solutions, est-ce une manière de leur donner des perspectives, de les aider à se projeter dans l’avenir ?

Oui, j’y crois complétement. Pour ne pas se décourager, on a besoin de regarder du côté de celles et ceux qui agissent, qui s’engagent, qui cherchent et qui parfois trouvent. Le journalisme de solutions, ce n’est pas dépeindre une société qui serait idéale, ou regarder le verre à moitié plein tout le temps. C’est une approche qui permet de retrouver un pouvoir d’agir qui est vital, et qui permet surtout de retrouver une confiance dans nos démocraties et dans notre rapport au collectif, à tous les niveaux.

Les jeunes à travers le prisme des médias

Comment jugez-vous le traitement médiatique qui est réservé aux jeunes ?

Même si ça n’englobe pas tous les médias, on peut déplorer les idées reçues sur le fait qu’ils soient tous complotistes, décérébrés ou encore des digital natives surconnectés. Il y a globalement un manque de nuances. « Les jeunes » est une expression qui ne veut pas dire grand-chose car la jeunesse est plurielle. Par exemple, ils s’informent différemment selon qu’ils vivent seuls ou chez leurs parents, selon leurs milieux socioculturels, leurs centres d’intérêts. Il y a une diversité et une complexité de la jeunesse qui n’est pas souvent représentée. Il faudrait leur ouvrir de l’espace, pour leur permettre de se définir eux-mêmes, et les outiller pour qu’ils puissent construire leur propre narratif.

Des émissions et programmes qui vous interpellent positivement ? Que vous recommandez aux jeunes ? Et à leurs parents ?

J’écoute beaucoup la radio, des podcasts et la presse écrite à laquelle j’accède maintenant en ligne. Je trouve que le plus important, c’est d’avoir du plaisir à s’informer. Quand s’informer devient une contrainte, crée de la déprime et de l’inquiétude, il faut agir. Cultiver sa curiosité, partager les contenus qui nous font réfléchir, aller vers des médias qui privilégient le temps long ou la profondeur, comme la revue l’Eléphant ou Le 1. La presse jeunesse avec les enfants est aussi très riche. Que ce soit Phosphore ou Okapi, il y a un souci de la contextualisation et une information conçue à hauteur d’enfants qui est précieuse pour donner le goût de l’info.

Propos recueillis par Maëlle Widmann pour Reporters d’Espoirs