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Le journalisme de solutions, un nouveau souffle pour les médias de l’Europe de l’Est

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Quand on parle de journalisme de solutions en Europe, on pense aux pays de l’Europe de l’Ouest et du Nord mais pas de l’Europe centrale et de l’Est. Pourtant, depuis quasiment dix ans, les initiatives ne manquent pas, tant dans les médias, que via des formations ou des réseaux de journalistes. Que donne la recherche sur une initiative encore balbutiante et dans des contextes politiques encore fragiles ? C’est ce que nous allons voir dans cet article de la série “Le JoSo dans le monde ».

Pour comprendre correctement la façon dont le journalisme de solutions a été implanté en Europe centrale et de l’Est, il est important de comprendre à quoi ressemble le paysage médiatique dans ces régions marquées par les crises. La consommation des médias et les changements d’habitude des citoyens sont étudiés dans le Digital News Report, un rapport publié chaque année par Reuters et l’Université d’Oxford, via un prisme historique, social et économique. Nous nous sommes intéressés au rapport 2026 pour plusieurs pays, en voici quelques extraits. A noter, le pourcentage de confiance dans les médias dans le monde est de 37 %.

Un paysage médiatique fragilisé

République Tchèque : 

  • 36 % des Tchèques ont confiance dans les médias et 41 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le paysage médiatique montre un rétablissement économique mais aussi la montée des pressions technologiques notamment avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle.
    • La concentration des médias augmente tandis que les abonnements baissent en particulier la presse papier.
  • L’adoption d’une législation à partir des principaux cadres européens a été à maintes fois retardée.
    • En attendant, les principaux organes de presse et associations de journalistes ont adopté un code d’autorégulation qui vise à renforcer la transparence, l’autonomie éditoriale et le respect de normes éthiques communes.

Hongrie :

  • Seulement 17 % des Hongrois ont confiance dans les médias (contre 31 % il y a 10 ans) et 45 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Les élections législatives d’avril 2026 et la fin l’ère Orbán ont suscité des changements majeurs en Hongrie. Le gouvernement hongrois contrôlait jusqu’alors 80 % des médias et poussait l’usage massif de l’IA.
    • Son projet de loi qui prévoyait des amendes et voulait interdire les rédactions de recevoir de l’argent de pays étrangers a été suspendu malgré plusieurs tentatives – en réponse, il y a eu un boom des donations pour les rédactions indépendantes.

Serbie :

  • 22 % des Serbes ont confiance dans les médias tandis que 53 % d’entre eux évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le paysage médiatique s’est beaucoup détérioré cette année dû à la crise politique (depuis novembre 2024 – qui a mobilisé des milliers de Serbes).
    • Depuis, le gouvernement a de plus en plus la main sur les médias tout comme son influence financière et politique sur le marché, et persécute de plus en plus les médias indépendants.
      • La crise a poussé au déclin de la liberté des médias et de la sécurité des journalistes, notamment via la répression.
  • Cependant, il y a de plus en plus d’intérêt pour le journalisme d’investigation et les médias citoyens.

Slovaquie :

  • 19 % des Slovaques ont confiance dans les médias et 47 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le service public slovaque est faible, il est souvent utilisé par le gouvernement pour diffuser sa communication.
    • Le paysage médiatique est polarisé, notamment la presse.

Le manque d’investissement financier dans les médias pour assurer une bonne qualité de l’information, couplé à la baisse des revenus publicitaires, a eu de lourdes conséquences pour le journalisme dans cette région de l’Europe. Face à cette situation, certains journalistes ont mutualisé leurs forces pour trouver une autre façon de faire du journalisme.

Un véritable hub du journalisme de solutions en Europe centrale

Le journalisme de solutions est apparu en Europe centrale et de l’Est grâce à TOL. Une ONG fondée en 1999, par Jeremy Druker (rédacteur en chef et directeur exécutif) qui a pour but de renforcer le professionnalisme, l’indépendance et l’impact des médias d’information dans les pays européens post-communistes et de l’ancienne Union Soviétique. TOL présente différents programmes : 

  • Le magazine en ligne, Transitions, bilingue anglais-langue native du journaliste, se focalise sur l’Europe centrale, de l’Est, Sud-Est et la Turquie, le tout grâce à un réseau de journalistes locaux et internationaux. Les contributeurs sont indépendants et couvrent des sujets souvent peu abordés.
  • Concernant le journalisme de solutions, Transitions s’appuie sur le Transitions’ Knowledge Center for Solutions Journalism qui fournit des cours, du mentorat et un soutien aux journalistes. Le centre collabore également avec des universités et écoles de journalisme pour intégrer cette méthodologie au sein des programmes.
  • Un programme Media Academy est proposé, Tol Education, et plus de 14 500 personnes à travers le monde ont participé aux cours via leur plateforme en ligne mais aussi en présentiel.

Transitions s’est mis au journalisme de solutions en 2016 via Ashoka République Tchèque qui a introduit le Prix Spécial du Journalisme de solutions lors de la cérémonie des Prix du journalisme Tchèque. Ce prix spécial a perduré jusqu’en 2019. Avec le journalisme de solutions, Jeremy Druker et Lucie Černá (cheffe du programme de mentorat chez Transitions) ont trouvé un moyen de faire du journalisme autrement. Après un travail de formation et de coordination de plusieurs années, notamment avec le Solutions Journalism Network (SJN), Transitions a pris la coordination des activités régionales dans le domaine et offre aux journalistes locaux formations et soutien.

Véritable hub du journalisme de solutions dans cette région de l’Europe, Transitions a su s’imposer et a permis à de nombreux médias de réaliser des reportages constructifs. Entre 2018 et 2021, 20 ateliers en ligne et en présentiel ont été organisés et plus de 650 journalistes, étudiants et rédacteurs en chef ont été formés. Depuis lors, ils organisent les European Solutions Journalism Summit chaque année à Prague.

Formations, réseaux et prix : un écosystème en construction 

Les programmes et réseaux passés 

Transitions s’est imposé comme leader du journalisme de solutions mais d’autres réseaux et programmes se sont développés. C’est le cas du projet mené par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) en collaboration avec le Constructive Institute, en 2024. L’objectif : implanter un programme afin de montrer aux rédacteurs et journalistes comment le journalisme constructif/de solutions contribue à la démocratie en présentant des solutions concrètes. Un programme qui s’inscrit dans un cycle de sensibilisation pour combattre la manipulation de l’information dans les pays Balkans occidentaux. 

Les formations et réseaux ne manquent désormais plus. De même pour les récompenses attribuées aux professionnels de l’information qui se sont tournés vers le journalisme de solutions. C’est le cas du prix Tchèque du journalisme de solutions, mentionné ultérieurement,  ainsi que le Prix Spécial du journalisme de solutions en Slovaquie, remis lors de la cérémonie des Prix du Journalisme, organisé par Memo 98 et Open Society Foundation

L’Union Européenne a également contribué à “SoJo Europe”, programme européen de deux ans (2023-2025) à hauteur de 1,6 millions d’euros, cofinancé par la Commission Européenne via le Creative Europe Media. Sont aussi associés le Journalismfund Europe (Belgique), le Constructive Institute (Danemark), le South East European Network for Professionalisation of Media  (réseau de 19 organisations de médias dans treize pays d’Europe centrale et la Turquie) et Transitions (République Tchèque). Il a pour but de promouvoir la production de contenus de solutions et des enquêtes partout en Europe, et d’apporter des clés pour construire un modèle économique viable grâce à l’expertise de pays d’Europe du Nord et de l’Ouest.

Les projets actuels

Mediacentar, fondée en 1995, est une organisation bosniaque qui vise à améliorer les normes journalistiques pour le journalisme indépendant. Elle a développé un module de formation en présentiel sur le journalisme de solutions, disponible en plusieurs langues. Mediacentar organise par exemple à la fin du mois de septembre 2026, une formation régionale au Monténégro, afin de promouvoir des reportages sur l’agenda écologique des balkans occidentaux (soutenu financièrement par divers organismes allemands) et en collaboration avec Clean Energy Wire (CLEW), la principale plateforme européenne dédiée au journalisme collaboratif et axé sur les solutions en matière de climat et d’énergie. 

Transitions a lancé au printemps 2026, le projet Rebuilding Trust Project. Il vise à rassembler une cohorte de rédactions pour tendre vers un journalisme fondé sur les données et impliquant de multiples parties prenantes, au service de la résilience démocratique. Les rédactions vont travailler avec des chercheurs, organisations de la société civile, experts en data et autres partenaires à travers l’Europe. L’objectif : d’explorer comment le journalisme basé sur les faits, la data et les solutions contribuent à un meilleur écosystème d’information et des démocraties résilientes. Ce projet est financé par un fonds de soutien du département des affaires étrangères suisse.

A lire aussi : https://reportersdespoirs.org/journalisme-solutions-amerique-latine/

La recherche dans cette région pointe le bout de son nez

Lenka Vochocová, enseignante-chercheuse tchèque au Département des médias de l’Université Charles de Prague, a publié en avril 2026 “Good News is No News, despite the crisis” – Les bonnes nouvelles ne font pas la une, malgré la crise – avec une focale sur la République Tchèque. L’enseignante revient sur le fait que dans le pays, le terme “journalisme de solutions” est davantage employé que “journalisme constructif”. Il est plus “institutionnalisé” notamment avec la mise en place de programmes de mentorat et des prix. Le terme “constructif” paraît plus conceptuel, moins normatif et pousse moins au changement que le terme “solutions”. La chercheuse a mené une étude auprès de huit journalistes sur leur perception du rôle du journalisme de solutions en temps de crise, ce qui les a motivés à faire du journalisme de solutions et ce qu’ils en pensent. 

Les conclusions de l’étude permettent de comprendre la présence du journalisme de solutions en Europe centrale et de l’Est. En effet, les journalistes tchèques ne voient pas le journalisme de solutions comme un moyen de sortir des crises, au contraire elles font obstacle à son implantation dans les rédactions car elles sont trop exigeantes en ressources et trop contraignantes. Et ce, malgré une bonne image de cette méthodologie. Tous reconnaissent le fait que le journalisme de solutions est un moyen de s’émanciper de la crise des médias, de retrouver de la stabilité dans les démocraties et l’utilité dans son métier. Par ailleurs, ils remarquent que le journalisme de solutions n’est que très peu présent dans le pays car peu de médias s’en saisissent. Pour cela, ils estiment que les conditions humaines et financières doivent être réunies, ne laissant pas la place à des changements structurels dans les rédactions. Dans une région qui porte encore les stigmates de son lourd passé, et où l’efficacité dans la production de l’information est le maître mot, il paraît difficile d’implanter le journalisme de solutions sans passer par des réseaux.

Marine Issartel

Photo de James Baltz sur Unsplash

Pesticides : un traitement médiatique qui influence la compréhension des enjeux

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Les pratiques agricoles ont évolué au fil des siècles : de la domestication à la mécanisation, puis à la fertilisation chimique associée à l’utilisation de pesticides. La couverture médiatique de ces derniers a elle aussi évolué en France entre les années 2000 et 2020, passant d’une perspective centrée sur l’environnement à une approche mettant les préoccupations sanitaires au premier plan.

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L’Iceberg ou comment prendre le temps de s’informer sur l’environnement donne envie d’agir

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L’Iceberg, revue indépendante sans publicité qui s’intéresse à notre rapport au vivant sous le prisme scientifique, a été lancée au printemps 2025.  Comment un média se décide à lancer une revue papier à l’heure du tout numérique ? Quelle ligne éditoriale a été choisie ? Pourquoi mettre en avant des initiatives et l’envie d’agir au cœur du projet sans parler de journalisme de solutions ? Autant de questions auxquelles Chaymaa Deb, rédactrice en chef et Matthieu Combe, directeur de la publication, nous ont répondu dans une interview croisée.

Quelle est la genèse du projet ? 

Matthieu Combe : Natura Sciences est à l’origine de L’Iceberg. C’est un média que j’ai créé en 2009, qui était au départ un blog  et qui s’est transformé en média.  Au bout d’un certain moment, on avait l’impression de se répéter tout le temps à dire que tout va mal. Avec L’Iceberg, l’idée était de traiter les questions écologiques sous le prisme scientifique ; comment on peut apporter de la science mais différemment. Le tout croisé avec des approches de terrain pour voir concrètement dans les territoires ce qu’il est possible de faire pour limiter – ou au moins s’adapter – face à la crise écologique. 

Sortir de la course à l’article web

Chaymaa Deb : À partir de 2015, plusieurs médias spécialisés sur les questions écologiques ont été créés , notamment en ligne. Alors que l’on vient d’un média web [Natura Sciences], on a rapidement trouvé qu’il y avait des limites. Sur internet, la mécanique de l’information devient une course pour sortir le maximum d’articles. Cette machine, qui s’emballe toujours plus vite, parce qu’il faut répondre aux algorithmes de Google, ou d’Instagram, nous précipite dans une logique de putaclic. 

On s’est dit que ce modèle ne suffit pas à créer une pensée, à impulser un changement de société et tendre vers une société plus écologique et solidaire. Cela nécessite une prise de recul de la part des gens, qu’ils prennent le temps de s’informer correctement pour pouvoir la digérer et construire leur pensée en tant que lecteur certes, mais surtout en tant que citoyen. Le meilleur moyen de le faire, c’est de sortir des écrans parce qu’on a parfois besoin d’être plus au calme pour réfléchir. C’est comme ça que l’on s’est dit qu’une revue trimestrielle, ça laisse le temps de bien traiter des sujets en profondeur, de manière plus complète, pour pouvoir accompagner les acteurs dans le fait de monter en connaissances, sur différents sujets liés à l’écologie, à une société plus solidaire.

Quand est-ce que le processus de création de L’Iceberg a commencé et quand est sorti le premier numéro ?  

Matthieu : Le premier numéro est sorti en avril 2025. 

Chaymaa : Avant ça, il y a eu toute la phase de maturation et de conception de la revue, qui a pris deux ans.

Combien êtes-vous dans la rédaction ?

Matthieu : À chaque numéro, il y a une quinzaine de pigistes qui travaillent pour nous et une quinzaine d’illustrateurs, photographes.

Chaymaa : À la fin de chaque numéro, nous avons une rubrique dans laquelle nous présentons toutes les personnes qui ont permis de le confectionner. Pendant l’année et demie de conception, nous avons également travaillé avec une directrice artistique. Dans un tel projet, c’est important d’être accompagné de personnes aux talents complémentaires, bien que cela représente un coût conséquent. 

Concernant la partie administrative et financière, on bénéficie de l’expérience de Matthieu avec Natura Sciences. Nous sommes vraiment chanceux parce que cette partie de l’ombre peut être très compliquée à gérer. 

Matthieu : Nous avons également été accompagnés au lancement de la revue pour comprendre les mécanismes de la distribution en kiosques. 

Votre magazine est indépendant, sans publicité et fonctionne grâce aux ventes et aux abonnements, avez-vous un lien particulier avec votre audience ?

Chaymaa : La création de L’Iceberg répond à des remontées de terrain. À l’époque de Natura Sciences, Matthieu a écrit deux livres, notamment un qui est sorti en 2019 qui s’intitule Survivre au Péril Plastique. Pendant l’été 2020,  nous avons eu la possibilité de faire des ateliers, conférences, débats sur la question de la pollution plastique dans des centres de vacances partout en France. Sans cette expérience, L’Iceberg n’existerait probablement pas aujourd’hui.  Tous les soirs, des gens nous disaient être  très inquiets sur l’avenir du monde, sur la pollution, sur ce qu’on allait pouvoir faire comme société et qui nous disaient tous la même phrase, « moi, je fais tout ce que je peux, mais ça ne sert à rien ».

Nous avons fini par leur dire que tous les soirs, on se retrouvait face à des personnes différentes qui nous disaient toutes la même chose. C’est bien la preuve que vous n’êtes pas tout seul, c’est juste que vous ne vous voyez pas. Ce que nous voulons faire avec L’Iceberg, c’est apporter des réponses à des inquiétudes parfois liées à des manques de connaissances sur des sujets, mais aussi montrer des pistes d’action individuelles ou collectives. 

Aujourd’hui, les liens que nous entretenons avec notre communauté passent essentiellement par les réseaux sociaux et nos newsletters. Nous espérons pouvoir organiser prochainement des événements pour se rencontrer en vrai, au cours de moments collectifs et conviviaux. 

Réussissez vous à identifier des réussites ? Et a contrario, des difficultés ?

Matthieu : Dans les réussites, nous allons sortir notre sixième numéro, ce n’est pas rien. On nous dit également que la revue fait du bien aux gens, cela récompense notre travail. Notre promesse initiale était justement de croiser les sciences avec le terrain et en ayant un bel objet [le magazine], c’est une réussite. Le fait d’allier à la fois des faits scientifiques avec ce qui se fait sur le terrain et voir des personnes qui agissent, c’est ce qu’ont envie de voir les gens. Avec chaque problématique, nous pouvons faire le lien et ça permet d’avoir une grille de lecture qui est un peu plus optimiste. 

Chaymaa : Concernant les difficultés, je dirais qu’on reste un média indépendant et que l’argent, ce n’est jamais facile, et qu’il y a toujours le défi d’avoir assez de fonds pour pouvoir continuer. 

Matthieu : Chaque décision coûte de l’argent, nous devons peser le pour et le contre quand il s’agit de dépenser. On doit se demander : est-ce que ce sont des dépenses nécessaires ou est-ce qu’on peut faire autrement. C’est un arbitrage permanent. Je pense que le public et même les personnes avec qui on travaille ne le voient pas forcément.

Votre magazine fait du journalisme de solutions, comment l’intégrez-vous dans les articles ? Qu’est-ce que cela vous évoque ?

Matthieu : Nous ne revendiquons pas le fait de faire du journalisme de solutions bien qu’il soit omniprésent dans la revue. Nous ne le revendiquons pas parce que souvent l’image qui est accolée au journalisme de solutions, ce sont des initiatives très locales et qui n’avaient pas vocation à être renouvelées. Nous, on s’intéresse à des initiatives qui soient reproductibles ou qui inspirent des gens à agir par ailleurs. Cette idée de reproductibilité est dans la définition du journalisme de solutions mais on ne s’intéresse pas uniquement aux initiatives. Nous faisons du journalisme de solutions qui s’intègre plus globalement dans nos contenus et même dans nos analyses, nos enquêtes, nos reportages. 

Chaymaa : Ce qui peut-être peut nous poser problème dans la notion de journalisme de solutions, c’est que l’on puisse penser que la solution est le pendant positif d’un problème. Quand on parle d’une initiative dans notre rubrique “place à l’action”, c’est pour montrer la construction collective. 

Combien de personnes sont abonnées à la revue ?

Matthieu : Nous avons 1000 abonnés à la revue et nous venons de lancer une nouvelle campagne d’abonnements le 8 septembre pour en doubler le nombre en vue de la sortie du sixième numéro fin octobre. Et 5500 abonnés à la newsletter.

Si vous souhaitez soutenir L’Iceberg, voici le lien.

Marine Issartel

 

L’Amérique Latine, terreau fertile pour le journalisme de solutions malgré un terrain miné

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Le journalisme de solutions est particulièrement développé et documenté en Europe et Amérique du Nord depuis plus de dix ans. Qu’en est-il en dans le reste du monde ? Existe-t-il des initiatives de journalisme de solutions dans les médias ? Depuis combien de temps ? Quelles conclusions en tirent les journalistes ? C’est ce que nous allons voir dans cette nouvelle série “Le Joso dans le monde”, explorant le journalisme de solutions dans certaines régions du monde. Celui-ci est consacré à l’Amérique Latine, terreau d’initiatives.

Le journalisme de solutions, ou JoSo pour faire court, a commencé à se développer en Amérique Latine à la fin des années 2010 mais existait déjà auparavant. En effet, l’Argentine est l’un des pays pionnier en termes de JoSo, avec Noticias Positivas, le premier média JoSo argentin, créé en 2003. Média indépendant dont la création a été poussée par Positive News, média JoSo britannique fondé en 1993. Noticias Positivas est le premier média argentin à avoir reçu la certification B Corp, représentatif selon eux, de leur engagement.  

Noticias Positivas, déjà avant-gardiste dans son approche du journalisme l’était également puisqu’il a commencé exclusivement en ligne. Avec les années, le média s’est développé via un magazine, un cabinet de conseil, une chaîne de Youtube et un programme de radio. 

Une introduction récente du journalisme de solutions

Plus globalement, le journalisme de solutions a été massivement introduit par la Fondation Gabo avec le soutien du Solutions Journalism Network (SJN), à partir de 2019. Pour suivre leur travail de mise en réseau de médias et journalistes se tournant vers le JoSo, la fondation avait dédié une rubrique spéciale sur leur site internet [qui n’existe plus à ce jour]. Fort de cet accompagnement, la Fondation Gabo organise des ateliers, conférences, remet des prix et des bourses pour promouvoir le journalisme de solutions et organise des festivals de journalisme.

C’est notamment lors d’un de ces festivals que la première formation en JoSo a eu lieu en Amérique Latine, plus précisément à Medellin (Colombie), raconte dans un article le journaliste Jonathan Gutierrez. Journaliste vénézuélien, il est coordinateur pour l’Amérique Latine pour le SJN avec 22 autres journalistes, ils ont organisé plus de 150 formations à plus de 1500 journalistes et étudiants en journalisme entre 2021 et 2023. Il a établi une carte du réseau JoSo en 2023 : 32 médias issus de 14 pays différents proposent une couverture médiatique axée sur le JoSo. 

Une variété de médias

Les médias faisant le plus de JoSo sont indépendants, en voici une liste non-exhaustive : 9 Millones, média puerto ricain, Proyecto Lava, média du Salvador, El Colectivo 506, au Costa Rica, qui oeuvre pour un réseau élargi du JoSo en Amérique Latine. Guterriez a également identifié des médias très locaux ou des projets spécifiques comme El Otro Pais au Paraguay ou Amazônia Vox au Brésil. Ou encore des médias de plus grande échelle comme Folha de São Paulo, quotidien national brésilien. 

Les médias faisant du journalisme de solutions en Amérique Latine créent et s’appuient sur leur communauté pour fonctionner et trouver à la fois des idées de sujet, des sources mais aussi une résonance dans une région du monde qui reste instable.

Le journalisme de solutions permet de reprendre le pouvoir

Jonathan Gutierrez voit le journalisme de solutions comme un moyen de lutter contre la régression de la démocratie et l’arrivée au pouvoir de populistes. Il permet aussi, selon lui, de montrer comment la société civile s’organise pour résister et agir pour un changement sociétal. Alors qu’il est déjà compliqué de trouver un modèle économique pour un média dit “classique”, la crise économique que de nombreux pays sud américains traversent n’aide pas le JoSo à en trouver un. S’ajoute à cela, le terrain dangereux auquel doivent faire face les journalistes lorsqu’ils se rendent au plus près de leurs sources.

Un exemple qui a marqué le journaliste vénézuélien est la fermeture en 2024 du média Red/Accion, média pionnier en JoSo en Amérique Latine. Fondé en 2018 par l’ancien secrétaire général de La Nacion (grand quotidien argentin). Red/Accion faisait participer son audience via différents médiums : site internet, newsletter, réseaux sociaux, magazine bi-mensuel et Laboratoire des Expériences Journalistiques à destination des étudiants en journalisme. En mai 2021, il avait lancé une rubrique appelée Soluciones para America Latina avec le média d’info Infobae (l’un des médias argentin les plus lus du pays). Un partenariat lors duquel, un article JoSo était publié par jour, une initiative qui a pris fin en juin 2022. 

Jonathan Gutierrez, malgré un contexte difficile, a pu montrer dans ses articles grâce au journalisme de solutions, à quel point la population vénézuélienne est résiliente et trouve des solutions.

Santé mentale améliorée, article plus complet, audience comblée

Monica Quesade et Katherine Stanley Obando, sont co-fondatrices d’El Colectivo 506, média de solutions costaricien. Elles ont également fondé en 2024, le Latin American Solutions Journalism Fund, dans le but de promouvoir le JoSo en Amérique Latine à travers une bourse, du mentorat et une formation. Pour un article publié sur le site de DW Akademie, elles ont interrogé plusieurs journalistes boursiers sur les bénéfices du JoSo dans leur carrière. Voici quelques conclusions :

  • Leur santé mentale s’est nettement améliorée.
  • Le journalisme de solutions leur permet de voir les tenants et aboutissants d’un problème parce qu’ils peuvent prendre le temps, pour eux cela ajoute du relief à leur connaissance du sujet et donc sur la manière dont ils vont le vulgariser auprès du public. En outre, cela redonne du pouvoir au journalisme car il permet de faire vivre le débat public de manière constructive. 
  • Le JoSo permet de couper avec la constante polarisation des médias, avec comme espoir de changer (pour certains) l’image du métier, souvent terne. 
  • Le JoSo permet d’expliquer les procédés d’enquêtes (leurs sources, l’avancement, etc) et de montrer qu’il existe des initiatives/solutions quand un problème est présenté.  Il est important pour eux d’en parler, certains parlent de “responsabilité quasiment politique. Si la démarche des journalistes est explicitée, des sources auparavant réfractaires peuvent changer d’avis et influer sur la manière de raconter les faits. 
  • Le journalisme de solutions permet de rendre accessible la technicité, ce qui est parfois reproché aux journalistes. 

Nécessité d’expliquer et de jouer collectif

Finalement, si l’audience a tous les tenants et aboutissants d’un sujet et des propositions pour agir, elle va plus facilement être impactée car elle va réussir à s’identifier. Et c’est précisément là la clé, prendre du temps pour un sujet change la manière de travailler pour les journalistes et touche son public. 

Certains médias, dont Noticias Positivas, vont au-delà du journalisme de solutions et se réclament du “journalisme régénératif”, c’est-à-dire qui tend vers une transformation, vers de la connexion avec les autres. 

Ce que l’on remarque après la lecture de cet aperçu général du journalisme de solutions en Amérique Latine est que les médias privilégient un lien fort avec leur audience et plus globalement avec leur communauté. Si l’on compare avec la France, ce type de journalisme peut se transposer aux nombreux collectifs que l’on voit émerger notamment auprès des journalistes pigistes ou des médias indépendants. Une manière de s’associer qui est bénéfique tant pour leur santé mentale que d’un point de vue financier.

Marine Issartel

Crée par Phoebe Skok pour Reporters d’Espoirs d’après une infographie de NOAA

El Niño : dépasser les événements extrêmes pour raconter les enjeux de fond

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Un « super » El Niño se prépare dans l’océan Pacifique et s’annonce non seulement comme le phénomène le plus puissant jamais enregistré, mais aussi comme le plus grave, avec une « marge véritablement stupéfiante », selon une analyse récente de Zeke Hausfather, climatologue au sein de l’organisation à but non lucratif Berkeley Earth. Pourtant, la plupart des discussions autour d’El Niño se concentrent uniquement sur le réchauffement des eaux — mais qu’en est-il de ses impacts sur la biodiversité, les régimes climatiques mondiaux et le système alimentaire ? 

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Photo de The Climate Reality Project sur Unsplash

Les cinq réflexes à adopter pour mieux traiter les sujets environnementaux

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Un guide récemment publié en anglais par l’UNESCO et le Représentant pour la liberté des médias de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), intitulé « Reporting the Environment : A Practical Manual for Journalists » (Couvrir l’environnement : un manuel pratique pour les journalistes), explique comment les journalistes peuvent aborder les problèmes courants rencontrés dans le journalisme environnemental.

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Lucie Franco, journaliste et responsable de production éditoriale pour 20 Minutes TV. Crédit : 20 Minutes TV

Planète C, l’émission qui veut faire rimer environnement et solutions dans un média généraliste

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Lucie Franco est journaliste et responsable de production éditoriale pour 20 Minutes TV, pôle vidéo du journal 20 Minutes, depuis 2023. Elle travaille notamment pour l’émission Planète C. Au départ, la journaliste travaillait sur des formats verticaux courts, destinés aux réseaux sociaux. Depuis quelques mois, ces formats ont évolué pour s’intégrer aux codes de Youtube. Au-delà de ce changement, la journaliste affiche une volonté d’apporter des solutions dans un climat où les sujets environnementaux sont rapidement anxiogènes. Elle nous explique comment. 

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Impact du journalisme constructif à la télévision : ce que révèle une étude néerlandaise

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La recherche concernant l’impact du journalisme de solutions ou constructif continue d’avancer à l’échelle européenne. Chez Reporters d’Espoirs, nous suivons de près les études à ce sujet : pour faire évoluer la pratique du JoSo et informer notre communauté. 

Ce cas pratique s’intéresse à une étude intitulée Beyond the problem: The impact of constructive news reporting on the perception of societal issues in the Netherlands. En français; Au-delà du problème : l’impact du journalisme constructif sur la perception des enjeux de société aux Pays-Bas. Elle a été menée par Tineke Prins, Nadia Surjtink, Liesbeth Hermans et Niek Hietbrink, pour la Windesheim University of Applied Sciences, publiée en 2026. 

Les chercheurs reviennent en introduction sur le fait que les personnes ne s’informent pas car l’actualité renvoie à un sentiment négatif. Ils se demandent (Damstra et al., 2023) si les citoyens sont suffisamment bien informés pour prendre des décisions, notamment celles qui changeraient la société (le vote par exemple). C’est un signal d’alarme pour la recherche. 

Face à ce phénomène, certains médias se sont tournés vers des approches constructives – le journalisme constructif consistant à réaliser des reportages pertinents et captivants tout en restant fidèle aux principes fondamentaux du journalisme. Aux Pays-Bas, pure players et journaux papiers s’y sont mis, comme Trouw, Algemeen Dagblad, Nu.nl, De Correspondent. Cependant, les néerlandais s’informent majoritairement via la TV et peu d’études existent concernant les approches constructives dans l’audiovisuel. 


L’équipe de recherche a retenu trois questions de recherche :

Question de recherche n°1 : Est-ce que l’approche journalistique utilisée dans les JT (constructive ou non) amène à une perception différente de la qualité journalistique ? 

Un constat qu’il existe de nombreuses études sur l’impact émotionnel du journalisme constructif sur les personnes mais moins sur ce qu’elles retiennent comme informations. En particulier chez les adultes. 

Question de recherche n°2 : L’approche journalistique adoptée dans les journaux télévisés (constructive ou non-constructive) entraîne-t-elle des perceptions différentes du message principal chez les participants ?

Question de recherche n°3 : L’approche journalistique adoptée dans les journaux télévisés (constructive ou non-constructive) conduit-elle à des perceptions différentes de la prise de conscience des problèmes ?

Méthode : 

L’étude s’est focalisée sur deux sujets différents : les déchets plastiques et le marché du logement. Au total, il y a eu 575 participants entre 18 et 90 ans : 287 hommes, 287 femmes et 1 personne qui se définissait comme autre. 

Chaque reportage vidéo avait la même durée, pour chaque sujet, il y avait une version constructive et non-constructive. L’étude se déroulait exclusivement en ligne et la durée de recueil des réponses était de quatre jours. Les participants ne répondaient qu’à un seul sujet et ne visionnaient qu’une seule vidéo. 

Résultats sur l’impact du journalisme constructif :

Question de recherche n°1 : Est-ce que l’approche journalistique utilisée dans les JT (constructive ou non) amène à une perception différente de la qualité journalistique ? 

Il n’y a pas eu de différence pour les 2 sujets. Les participants trouvaient que les reportages répondaient bien aux critères d’un journalisme de qualité. 

Question de recherche n°2 : L’approche journalistique adoptée dans les journaux télévisés (constructive ou non-constructive) entraîne-t-elle des perceptions différentes du message principal chez les participants ?

Les participants ayant visionné un reportage non-constructif se sont davantage focalisés sur le sérieux du problème tandis que ceux qui ont visionné le reportage constructif se sont davantage focalisés sur des réponses qui mettent en avant les opportunités et la responsabilité individuelle. 

Question de recherche n°3 : L’approche journalistique adoptée dans les journaux télévisés (constructive ou non-constructive) conduit-elle à des perceptions différentes de la prise de conscience des problèmes ?

Il n’y a pas de différence de perception de l’importance du sujet entre un sujet constructif et non-constructif. Les chercheurs ont cependant observé que plus la personne est âgée, plus celle-ci perçoit la gravité d’un problème. 

Une critique fréquente 

L’étude est revenue sur une des critiques principales concernant le journalisme constructif :  il pourrait se confondre avec du militantisme, de la communication (Bro., 2025). Le journalisme constructif ne détourne pas le journalisme en militantisme. Au contraire, les personnes qui y sont confrontées ont une perspective plus large de l’information et moins négative. Cela ne remplace pas le journalisme qui s’oriente vers un problème mais vient le compléter en apportant d’autres dimensions au sujet. Confirmant ainsi que dans le journalisme constructif il n’y a pas de dichotomie avec le journalisme dit traditionnel, mais un continuum (Bro., 2025).  

Une piste pour la recherche à venir 

Enfin, il a été montré par cette étude que les effets du journalisme constructif dépendent beaucoup du sujet et de la manière dont il est amené/présenté (à la différence de l’étude menée ci-dessus ). Cela participe au changement de perception des personnes et influence la manière dont le public interprète/perçoit les enjeux de société. Cela pourrait faire l’objet de nouvelles recherches.

 

Les T d’Oc : comment la diversification des revenus a renforcé la confiance des lecteurs 

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Pierre Archet est directeur de l’hebdomadaire régional « Le Journal d’Ici » (Tarn et Lauragais), une entreprise de 12 salariés implantée à Castres dont le bassin de diffusion couvre le Tarn et le Lauragais. Depuis 2019, il organise les T d’Oc, une opération de journalisme de solutions qui met à l’honneur des initiatives locales et qui s’est révélée être un véritable levier de diversification économique pour le titre. Point d’orgue de l’opération : l’événement « La nuit des terroirs ». Rencontre.

Qu’est-ce qui a motivé votre initiative ?

Nous voulions diversifier la marque pour ancrer notre notoriété et développer de nouveaux revenus. Dans notre ADN de média local, il y a la mise en valeur des dynamiques qui  concerne aussi bien le tissu associatif que les acteurs économiques, publics ou les particuliers.  C’est à partir de ces constats simples que nous avons imaginé une opération qui allie trois dimensions. Éditoriale d’abord  : le journal, le site internet et les supports numériques. Deuxièmement, une interaction avec les lecteurs et avec le public de façon générale. Enfin, de l’événementiel. C’est sur ces bases qu’ont été créés les T d’Oc – pour “Tarn, Terroir de Talents, en Occitanie”.

Nous avons associé des partenaires institutionnels et privés à ces dynamiques locales, créant une ligne de revenus supplémentaire.

A t-il été difficile de convaincre les acteurs privés et publics de vous soutenir ?

Le principal challenge a été de faire de cette opération un événement suffisamment différenciant, remarquable et qualitatif. Pour que les gens qui nous avaient accompagnés aient envie de revenir et que l’événement s’ancre dans la durée. Nous avons réussi dès le départ à embarquer de gros partenaires institutionnels – conseil régional, conseil départemental, association des maires du Tarn, chambres de commerce et des métiers ; puis des partenaires privés nous ont rejoints au fil du temps – Le Crédit Mutuel, un cabinet d’experts comptables, etc. Le modèle économique de la presse est chahuté en ce moment, notamment avec la baisse des revenus publicitaires. Aussi nous avons voulu créer des activités de diversification. L’opération est rentable depuis ses débuts.

Les T d’Oc perdurent depuis 2019, identifiez-vous pour autant des freins ? 

Nous n’avons pas rencontré de frein particulier. Au contraire, l’opération s’est installée dans le paysage et est devenue un rendez-vous important de la vie locale. De nouveaux partenaires financiers toquent même à la porte, que nous restreignons pour laisser aux autres une visibilité suffisante. En avoir trop ne serait pas une bonne idée : cela créerait une dilution et alourdirait l’opération.

Comment l’idée a été accueillie au sein du journal  ?

C’est un projet d’entreprise. Nous sommes une Très Petite Entreprise (TPE) d’une douzaine de salariés dont six journalistes. Je nous définis souvent comme “artisans de l’information”. Quand on veut avancer, surtout sur de nouveaux projets assez ambitieux, il faut le vendre en interne. Toute l’équipe s’est embarquée facilement, notamment parce qu’on ne demandait pas aux journalistes de se faire commerciaux ou inversement. Les journalistes réalisent des reportages sur les quatre initiatives des cinq catégories définies : animation, patrimoine, produire local, emploi & inclusion et transition écologique. Une fois les reportages réalisés, ils sont publiés dans le journal et sur nos supports numériques. Puis le public vote. 

Les journalistes constatent le succès de l’opération à travers les bénéfices qu’en tire le titre localement, en termes de crédibilité, de rayonnement et d’implantation. Donc forcément ils se sentent impliqués.

L’intérêt d’une structure de type PHR – Presse Hebdomadaire Régionale, agile, c’est que lorsqu’on a une idée, on la teste ; si elle est valable, on l’applique ; si elle ne l’est pas, on la change ou l’adapte.

Etes-vous attentif à la performance de vos articles – nombre de votes, taux d’ouverture des articles, nombre de clics ?

Nous suivons les votes et leur évolution, sachant que le public est invité à voter du mois de septembre jusqu’à mi-novembre sur le site internet du journal. L’engouement est là :  pour l’édition 2025, 7 000 votes ont été comptabilisés sur le site, dans un département qui compte 399 000 habitants. 

Vous êtes président du Syndicat de la presse hebdomadaire régionale. Comment voyez-vous le rôle de ce type de médias dans la société aujourd’hui ?

Au-delà du métier d’information stricto sensu, le média de proximité est là pour créer du lien. Le faire vivre et pour être une vitrine de la réalité locale, quelle qu’elle soit. Le travail d’animation que nous faisons avec les T d’Oc est légitime. Il peut prospérer assez rapidement, parce que les gens nous attendent là-dessus. C’est un moyen de faire perdurer la confiance des lecteurs. 

Globalement, nos hebdomadaires régionaux ont une très forte crédibilité, grâce à une relation souvent très ancienne avec leur communauté. Il y en a environ 250 en France. C’est une famille de presse qui a énormément évolué et qui occupe toute sa place dans le champ local. 

Je dis souvent que le journal local et le maire, ce sont les deux fantassins de première ligne de la démocratie. On est des acteurs de l’animation et du débat démocratique. Un des rôles essentiels qui nous incombe, c’est de faire vivre cela. L’information locale, c’est l’information du premier et du dernier kilomètre. C’est une presse d’hyper proximité. Pour l’essentiel, c’est une presse qui est très implantée dans les villes moyennes, dans les petites villes et dans les zones rurales. 

Marine Issartel