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journalisme de solutions

L’Amérique Latine, terreau fertile pour le Joso malgré un terrain miné

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Le journalisme de solutions est particulièrement développé et documenté en Europe et Amérique du Nord depuis plus de dix ans. Qu’en est-il en dans le reste du monde ? Existe-t-il des initiatives de journalisme de solutions dans les médias ? Depuis combien de temps ? Quelles conclusions en tirent les journalistes ? C’est ce que nous allons voir dans cette nouvelle série “Le Joso dans le monde”, explorant le journalisme de solutions dans certaines régions du monde. Celui-ci est consacré à l’Amérique Latine, terreau d’initiatives.

Le journalisme de solutions, ou JoSo pour faire court, a commencé à se développer en Amérique Latine à la fin des années 2010 mais existait déjà auparavant. En effet, l’Argentine est l’un des pays pionnier en termes de JoSo, avec Noticias Positivas, le premier média JoSo argentin, créé en 2003. Média indépendant dont la création a été poussée par Positive News, média JoSo britannique fondé en 1993. Noticias Positivas est le premier média argentin à avoir reçu la certification B Corp, représentatif selon eux, de leur engagement.  

Noticias Positivas, déjà avant-gardiste dans son approche du journalisme l’était également puisqu’il a commencé exclusivement en ligne. Avec les années, le média s’est développé via un magazine, un cabinet de conseil, une chaîne de Youtube et un programme de radio. 

Une introduction récente du journalisme de solutions

Plus globalement, le journalisme de solutions a été massivement introduit par la Fondation Gabo avec le soutien du Solutions Journalism Network (SJN), à partir de 2019. Pour suivre leur travail de mise en réseau de médias et journalistes se tournant vers le JoSo, la fondation avait dédié une rubrique spéciale sur leur site internet [qui n’existe plus à ce jour]. Fort de cet accompagnement, la Fondation Gabo organise des ateliers, conférences, remet des prix et des bourses pour promouvoir le journalisme de solutions et organise des festivals de journalisme.

C’est notamment lors d’un de ces festivals que la première formation en JoSo a eu lieu en Amérique Latine, plus précisément à Medellin (Colombie), raconte dans un article le journaliste Jonathan Gutierrez. Journaliste vénézuélien, il est coordinateur pour l’Amérique Latine pour le SJN avec 22 autres journalistes, ils ont organisé plus de 150 formations à plus de 1500 journalistes et étudiants en journalisme entre 2021 et 2023. Il a établi une carte du réseau JoSo en 2023 : 32 médias issus de 14 pays différents proposent une couverture médiatique axée sur le JoSo. 

Une variété de médias

Les médias faisant le plus de JoSo sont indépendants, en voici une liste non-exhaustive : 9 Millones, média puerto ricain, Proyecto Lava, média du Salvador, El Colectivo 506, au Costa Rica, qui oeuvre pour un réseau élargi du JoSo en Amérique Latine. Guterriez a également identifié des médias très locaux ou des projets spécifiques comme El Otro Pais au Paraguay ou Amazônia Vox au Brésil. Ou encore des médias de plus grande échelle comme Folha de São Paulo, quotidien national brésilien. 

Les médias faisant du journalisme de solutions en Amérique Latine créent et s’appuient sur leur communauté pour fonctionner et trouver à la fois des idées de sujet, des sources mais aussi une résonance dans une région du monde qui reste instable.

Le journalisme de solutions permet de reprendre le pouvoir

Jonathan Gutierrez voit le journalisme de solutions comme un moyen de lutter contre la régression de la démocratie et l’arrivée au pouvoir de populistes. Il permet aussi, selon lui, de montrer comment la société civile s’organise pour résister et agir pour un changement sociétal. Alors qu’il est déjà compliqué de trouver un modèle économique pour un média dit “classique”, la crise économique que de nombreux pays sud américains traversent n’aide pas le JoSo à en trouver un. S’ajoute à cela, le terrain dangereux auquel doivent faire face les journalistes lorsqu’ils se rendent au plus près de leurs sources.

Un exemple qui a marqué le journaliste vénézuélien est la fermeture en 2024 du média Red/Accion, média pionnier en JoSo en Amérique Latine. Fondé en 2018 par l’ancien secrétaire général de La Nacion (grand quotidien argentin). Red/Accion faisait participer son audience via différents médiums : site internet, newsletter, réseaux sociaux, magazine bi-mensuel et Laboratoire des Expériences Journalistiques à destination des étudiants en journalisme. En mai 2021, il avait lancé une rubrique appelée Soluciones para America Latina avec le média d’info Infobae (l’un des médias argentin les plus lus du pays). Un partenariat lors duquel, un article JoSo était publié par jour, une initiative qui a pris fin en juin 2022. 

Jonathan Gutierrez, malgré un contexte difficile, a pu montrer dans ses articles grâce au journalisme de solutions, à quel point la population vénézuélienne est résiliente et trouve des solutions.

Santé mentale améliorée, article plus complet, audience comblée

Monica Quesade et Katherine Stanley Obando, sont co-fondatrices d’El Colectivo 506, média de solutions costaricien. Elles ont également fondé en 2024, le Latin American Solutions Journalism Fund, dans le but de promouvoir le JoSo en Amérique Latine à travers une bourse, du mentorat et une formation. Pour un article publié sur le site de DW Akademie, elles ont interrogé plusieurs journalistes boursiers sur les bénéfices du JoSo dans leur carrière. Voici quelques conclusions :

  • Leur santé mentale s’est nettement améliorée.
  • Le journalisme de solutions leur permet de voir les tenants et aboutissants d’un problème parce qu’ils peuvent prendre le temps, pour eux cela ajoute du relief à leur connaissance du sujet et donc sur la manière dont ils vont le vulgariser auprès du public. En outre, cela redonne du pouvoir au journalisme car il permet de faire vivre le débat public de manière constructive. 
  • Le JoSo permet de couper avec la constante polarisation des médias, avec comme espoir de changer (pour certains) l’image du métier, souvent terne. 
  • Le JoSo permet d’expliquer les procédés d’enquêtes (leurs sources, l’avancement, etc) et de montrer qu’il existe des initiatives/solutions quand un problème est présenté.  Il est important pour eux d’en parler, certains parlent de “responsabilité quasiment politique. Si la démarche des journalistes est explicitée, des sources auparavant réfractaires peuvent changer d’avis et influer sur la manière de raconter les faits. 
  • Le journalisme de solutions permet de rendre accessible la technicité, ce qui est parfois reproché aux journalistes. 

Nécessité d’expliquer et de jouer collectif

Finalement, si l’audience a tous les tenants et aboutissants d’un sujet et des propositions pour agir, elle va plus facilement être impactée car elle va réussir à s’identifier. Et c’est précisément là la clé, prendre du temps pour un sujet change la manière de travailler pour les journalistes et touche son public. 

Certains médias, dont Noticias Positivas, vont au-delà du journalisme de solutions et se réclament du “journalisme régénératif”, c’est-à-dire qui tend vers une transformation, vers de la connexion avec les autres. 

Ce que l’on remarque après la lecture de cet aperçu général du journalisme de solutions en Amérique Latine est que les médias privilégient un lien fort avec leur audience et plus globalement avec leur communauté. Si l’on compare avec la France, ce type de journalisme peut se transposer aux nombreux collectifs que l’on voit émerger notamment auprès des journalistes pigistes ou des médias indépendants. Une manière de s’associer qui est bénéfique tant pour leur santé mentale que d’un point de vue financier.

Marine Issartel

Crée par Phoebe Skok pour Reporters d’Espoirs d’après une infographie de NOAA

El Niño : dépasser les événements extrêmes pour raconter les enjeux de fond

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Un « super » El Niño se prépare dans l’océan Pacifique et s’annonce non seulement comme le phénomène le plus puissant jamais enregistré, mais aussi comme le plus grave, avec une « marge véritablement stupéfiante », selon une analyse récente de Zeke Hausfather, climatologue au sein de l’organisation à but non lucratif Berkeley Earth. Pourtant, la plupart des discussions autour d’El Niño se concentrent uniquement sur le réchauffement des eaux — mais qu’en est-il de ses impacts sur la biodiversité, les régimes climatiques mondiaux et le système alimentaire ? 

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Photo de The Climate Reality Project sur Unsplash

Les cinq réflexes à adopter pour mieux traiter les sujets environnementaux

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Un guide récemment publié en anglais par l’UNESCO et le Représentant pour la liberté des médias de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), intitulé « Reporting the Environment : A Practical Manual for Journalists » (Couvrir l’environnement : un manuel pratique pour les journalistes), explique comment les journalistes peuvent aborder les problèmes courants rencontrés dans le journalisme environnemental.

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Lucie Franco, journaliste et responsable de production éditoriale pour 20 Minutes TV. Crédit : 20 Minutes TV

Planète C, l’émission qui veut faire rimer environnement et solutions dans un média généraliste

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Lucie Franco est journaliste et responsable de production éditoriale pour 20 Minutes TV, pôle vidéo du journal 20 Minutes, depuis 2023. Elle travaille notamment pour l’émission Planète C. Au départ, la journaliste travaillait sur des formats verticaux courts, destinés aux réseaux sociaux. Depuis quelques mois, ces formats ont évolué pour s’intégrer aux codes de Youtube. Au-delà de ce changement, la journaliste affiche une volonté d’apporter des solutions dans un climat où les sujets environnementaux sont rapidement anxiogènes. Elle nous explique comment. 

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Impact du journalisme constructif à la télévision : ce que révèle une étude néerlandaise

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La recherche concernant l’impact du journalisme de solutions ou constructif continue d’avancer à l’échelle européenne. Chez Reporters d’Espoirs, nous suivons de près les études à ce sujet : pour faire évoluer la pratique du JoSo et informer notre communauté. 

Ce cas pratique s’intéresse à une étude intitulée Beyond the problem: The impact of constructive news reporting on the perception of societal issues in the Netherlands. En français; Au-delà du problème : l’impact du journalisme constructif sur la perception des enjeux de société aux Pays-Bas. Elle a été menée par Tineke Prins, Nadia Surjtink, Liesbeth Hermans et Niek Hietbrink, pour la Windesheim University of Applied Sciences, publiée en 2026. 

Les chercheurs reviennent en introduction sur le fait que les personnes ne s’informent pas car l’actualité renvoie à un sentiment négatif. Ils se demandent (Damstra et al., 2023) si les citoyens sont suffisamment bien informés pour prendre des décisions, notamment celles qui changeraient la société (le vote par exemple). C’est un signal d’alarme pour la recherche. 

Face à ce phénomène, certains médias se sont tournés vers des approches constructives – le journalisme constructif consistant à réaliser des reportages pertinents et captivants tout en restant fidèle aux principes fondamentaux du journalisme. Aux Pays-Bas, pure players et journaux papiers s’y sont mis, comme Trouw, Algemeen Dagblad, Nu.nl, De Correspondent. Cependant, les néerlandais s’informent majoritairement via la TV et peu d’études existent concernant les approches constructives dans l’audiovisuel. 


L’équipe de recherche a retenu trois questions de recherche :

Question de recherche n°1 : Est-ce que l’approche journalistique utilisée dans les JT (constructive ou non) amène à une perception différente de la qualité journalistique ? 

Un constat qu’il existe de nombreuses études sur l’impact émotionnel du journalisme constructif sur les personnes mais moins sur ce qu’elles retiennent comme informations. En particulier chez les adultes. 

Question de recherche n°2 : L’approche journalistique adoptée dans les journaux télévisés (constructive ou non-constructive) entraîne-t-elle des perceptions différentes du message principal chez les participants ?

Question de recherche n°3 : L’approche journalistique adoptée dans les journaux télévisés (constructive ou non-constructive) conduit-elle à des perceptions différentes de la prise de conscience des problèmes ?

Méthode : 

L’étude s’est focalisée sur deux sujets différents : les déchets plastiques et le marché du logement. Au total, il y a eu 575 participants entre 18 et 90 ans : 287 hommes, 287 femmes et 1 personne qui se définissait comme autre. 

Chaque reportage vidéo avait la même durée, pour chaque sujet, il y avait une version constructive et non-constructive. L’étude se déroulait exclusivement en ligne et la durée de recueil des réponses était de quatre jours. Les participants ne répondaient qu’à un seul sujet et ne visionnaient qu’une seule vidéo. 

Résultats sur l’impact du journalisme constructif :

Question de recherche n°1 : Est-ce que l’approche journalistique utilisée dans les JT (constructive ou non) amène à une perception différente de la qualité journalistique ? 

Il n’y a pas eu de différence pour les 2 sujets. Les participants trouvaient que les reportages répondaient bien aux critères d’un journalisme de qualité. 

Question de recherche n°2 : L’approche journalistique adoptée dans les journaux télévisés (constructive ou non-constructive) entraîne-t-elle des perceptions différentes du message principal chez les participants ?

Les participants ayant visionné un reportage non-constructif se sont davantage focalisés sur le sérieux du problème tandis que ceux qui ont visionné le reportage constructif se sont davantage focalisés sur des réponses qui mettent en avant les opportunités et la responsabilité individuelle. 

Question de recherche n°3 : L’approche journalistique adoptée dans les journaux télévisés (constructive ou non-constructive) conduit-elle à des perceptions différentes de la prise de conscience des problèmes ?

Il n’y a pas de différence de perception de l’importance du sujet entre un sujet constructif et non-constructif. Les chercheurs ont cependant observé que plus la personne est âgée, plus celle-ci perçoit la gravité d’un problème. 

Une critique fréquente 

L’étude est revenue sur une des critiques principales concernant le journalisme constructif :  il pourrait se confondre avec du militantisme, de la communication (Bro., 2025). Le journalisme constructif ne détourne pas le journalisme en militantisme. Au contraire, les personnes qui y sont confrontées ont une perspective plus large de l’information et moins négative. Cela ne remplace pas le journalisme qui s’oriente vers un problème mais vient le compléter en apportant d’autres dimensions au sujet. Confirmant ainsi que dans le journalisme constructif il n’y a pas de dichotomie avec le journalisme dit traditionnel, mais un continuum (Bro., 2025).  

Une piste pour la recherche à venir 

Enfin, il a été montré par cette étude que les effets du journalisme constructif dépendent beaucoup du sujet et de la manière dont il est amené/présenté (à la différence de l’étude menée ci-dessus ). Cela participe au changement de perception des personnes et influence la manière dont le public interprète/perçoit les enjeux de société. Cela pourrait faire l’objet de nouvelles recherches.

 

Les T d’Oc : comment la diversification des revenus a renforcé la confiance des lecteurs 

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Pierre Archet est directeur de l’hebdomadaire régional « Le Journal d’Ici » (Tarn et Lauragais), une entreprise de 12 salariés implantée à Castres dont le bassin de diffusion couvre le Tarn et le Lauragais. Depuis 2019, il organise les T d’Oc, une opération de journalisme de solutions qui met à l’honneur des initiatives locales et qui s’est révélée être un véritable levier de diversification économique pour le titre. Point d’orgue de l’opération : l’événement « La nuit des terroirs ». Rencontre.

Qu’est-ce qui a motivé votre initiative ?

Nous voulions diversifier la marque pour ancrer notre notoriété et développer de nouveaux revenus. Dans notre ADN de média local, il y a la mise en valeur des dynamiques qui  concerne aussi bien le tissu associatif que les acteurs économiques, publics ou les particuliers.  C’est à partir de ces constats simples que nous avons imaginé une opération qui allie trois dimensions. Éditoriale d’abord  : le journal, le site internet et les supports numériques. Deuxièmement, une interaction avec les lecteurs et avec le public de façon générale. Enfin, de l’événementiel. C’est sur ces bases qu’ont été créés les T d’Oc – pour “Tarn, Terroir de Talents, en Occitanie”.

Nous avons associé des partenaires institutionnels et privés à ces dynamiques locales, créant une ligne de revenus supplémentaire.

A t-il été difficile de convaincre les acteurs privés et publics de vous soutenir ?

Le principal challenge a été de faire de cette opération un événement suffisamment différenciant, remarquable et qualitatif. Pour que les gens qui nous avaient accompagnés aient envie de revenir et que l’événement s’ancre dans la durée. Nous avons réussi dès le départ à embarquer de gros partenaires institutionnels – conseil régional, conseil départemental, association des maires du Tarn, chambres de commerce et des métiers ; puis des partenaires privés nous ont rejoints au fil du temps – Le Crédit Mutuel, un cabinet d’experts comptables, etc. Le modèle économique de la presse est chahuté en ce moment, notamment avec la baisse des revenus publicitaires. Aussi nous avons voulu créer des activités de diversification. L’opération est rentable depuis ses débuts.

Les T d’Oc perdurent depuis 2019, identifiez-vous pour autant des freins ? 

Nous n’avons pas rencontré de frein particulier. Au contraire, l’opération s’est installée dans le paysage et est devenue un rendez-vous important de la vie locale. De nouveaux partenaires financiers toquent même à la porte, que nous restreignons pour laisser aux autres une visibilité suffisante. En avoir trop ne serait pas une bonne idée : cela créerait une dilution et alourdirait l’opération.

Comment l’idée a été accueillie au sein du journal  ?

C’est un projet d’entreprise. Nous sommes une Très Petite Entreprise (TPE) d’une douzaine de salariés dont six journalistes. Je nous définis souvent comme “artisans de l’information”. Quand on veut avancer, surtout sur de nouveaux projets assez ambitieux, il faut le vendre en interne. Toute l’équipe s’est embarquée facilement, notamment parce qu’on ne demandait pas aux journalistes de se faire commerciaux ou inversement. Les journalistes réalisent des reportages sur les quatre initiatives des cinq catégories définies : animation, patrimoine, produire local, emploi & inclusion et transition écologique. Une fois les reportages réalisés, ils sont publiés dans le journal et sur nos supports numériques. Puis le public vote. 

Les journalistes constatent le succès de l’opération à travers les bénéfices qu’en tire le titre localement, en termes de crédibilité, de rayonnement et d’implantation. Donc forcément ils se sentent impliqués.

L’intérêt d’une structure de type PHR – Presse Hebdomadaire Régionale, agile, c’est que lorsqu’on a une idée, on la teste ; si elle est valable, on l’applique ; si elle ne l’est pas, on la change ou l’adapte.

Etes-vous attentif à la performance de vos articles – nombre de votes, taux d’ouverture des articles, nombre de clics ?

Nous suivons les votes et leur évolution, sachant que le public est invité à voter du mois de septembre jusqu’à mi-novembre sur le site internet du journal. L’engouement est là :  pour l’édition 2025, 7 000 votes ont été comptabilisés sur le site, dans un département qui compte 399 000 habitants. 

Vous êtes président du Syndicat de la presse hebdomadaire régionale. Comment voyez-vous le rôle de ce type de médias dans la société aujourd’hui ?

Au-delà du métier d’information stricto sensu, le média de proximité est là pour créer du lien. Le faire vivre et pour être une vitrine de la réalité locale, quelle qu’elle soit. Le travail d’animation que nous faisons avec les T d’Oc est légitime. Il peut prospérer assez rapidement, parce que les gens nous attendent là-dessus. C’est un moyen de faire perdurer la confiance des lecteurs. 

Globalement, nos hebdomadaires régionaux ont une très forte crédibilité, grâce à une relation souvent très ancienne avec leur communauté. Il y en a environ 250 en France. C’est une famille de presse qui a énormément évolué et qui occupe toute sa place dans le champ local. 

Je dis souvent que le journal local et le maire, ce sont les deux fantassins de première ligne de la démocratie. On est des acteurs de l’animation et du débat démocratique. Un des rôles essentiels qui nous incombe, c’est de faire vivre cela. L’information locale, c’est l’information du premier et du dernier kilomètre. C’est une presse d’hyper proximité. Pour l’essentiel, c’est une presse qui est très implantée dans les villes moyennes, dans les petites villes et dans les zones rurales. 

Marine Issartel



Voici comment Aurélien, professeur au collège de Bapaume, pratique le journalisme de solutions avec ses élèves

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Dans le Pas-de-Calais, depuis septembre 2025, Aurélien Dufromont, professeur documentaliste, utilise le kit pédagogique de Reporters d’Espoirs et du CLEMI auprès de ses élèves. Avec des moyens dignes de studios professionnels, les collégiens apprennent à créer l’information tout en la comprenant. Retour d’expérience. 

Aurélien Dufromont est professeur documentaliste depuis trois ans au collège Carlin Legrand de Bapaume. Il a découvert le journalisme de solutions lorsqu’il préparait le concours du CAPES. Depuis, il évoque régulièrement le sujet avec ses élèves. Il reconnaît qu’il s’en sert au quotidien depuis la formation qu’il a reçue de la part de Reporters d’Espoirs et du CLEMI (CLEMI national, des académies de Créteil et Lille) qui ont mis au point leur pédagogie en 2024. Au même titre que 30 autres enseignants de collèges et lycées, il a suivi la formation “EMI et compétences psychosociales”. Celle-ci présente le journalisme de solutions comme un levier pour développer des compétences cognitives et sociales.

Le kit est à disposition des enseignants d’écoles, collèges et lycées qui l’utilisent notamment à  l’occasion de la Semaine de la presse à l’école – chaque année au mois de mars. Au programme : du terrain plutôt que de la théorie, des ateliers et des exercices pratiques. 

“Réaliser des émissions radio en conditions professionnelles”

Deux ans auparavant, Aurélien avait lancé une webradio scolaire dans le cadre du dispositif WRS Studio, du département. La première année, le collège s’est  doté d’un enregistreur zoom, qui permet de faire des interviews avec un son de qualité. La deuxième année, s’ajoute un dispositif encore plus ambitieux : “le département nous offre le matériel studio professionnel, donc le broadcaster, les micros, les casques, tout ce qui va bien pour réaliser des émissions en conditions professionnelles” explique-t-il.”

Le but ? Construire une émission avec plusieurs formats radiophoniques sur le développement durable. Le tout avec l’aide d’une journaliste, qui est intervenue durant cinq sessions de deux heures pour encadrer les élèves et réaliser l’émission sur le thème du gaspillage alimentaire. D’une durée de vingt minutes, cette dernière a été diffusée en direct le 9 juin 2026 auprès des douze collèges du Pas-de-Calais qui ont participé au projet. Les radios associatives alentour l’ont même retransmise sur leurs ondes. À noter, 40 enseignants dont Aurélien ont suivi une formation similaire sur le département. 

“Le fait qu’on ait été accompagné d’une journaliste, ça a changé la donne”

M. Dufromont reconnaît que la diversité des niveaux dans son club radio, de la 6e à la 3e, complique parfois « la gestion des compétences des uns et des autres quant au maniement de la web radio« . La formation permet de “se recentrer sur du pratico-pratique, pour en faire quelque chose de simple et efficace”, indique-t-il. “Je pense que la rencontre avec une professionnelle des médias, ça change carrément la donne pour les élèves”, appuie l’enseignant. “C’est un peu le projet parfait pour l’EMI, ce type d’initiative”. 

Un changement concret chez les plus jeunes

La compréhension du journalisme de solutions s’est faite “presque de manière instinctive grâce à la réalisation de l’émission”. L’un des deux collégiens présentant l’émission en direct “constate réellement comment se construit l’info”, rapporte le professeur. Concernant l’impact de son travail, Aurélien Dufromont se réjouit : « le fait que les autres élèves voient leurs camarades manier le matériel et faire des interviews attise leur curiosité. Une heure par semaine est consacrée à ce ‘club radio’. Les élèves ont compris que pour faire quelque chose de plus conséquent, en variant les formats par exemple, il faudrait encore plus de temps », conclut-il. 

Marine Issartel

La couverture médiatique des canicules a besoin de plus de (bio)diversité

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Fin juin, la France a enregistré la température moyenne nationale la plus élevée depuis le début des relevés en 1947 ; à peine un mois auparavant, une semaine de chaleur de niveau exceptionnel a déclenché la première alerte canicule de l’année et la première à avoir jamais été annoncée en mai.
Et c’est toute la biodiversité – flore, faune et donc…humains – qui en pâtit. Mais des solutions fondées sur la nature existent pour nous protéger des impacts des canicules, notamment en ville.

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Journalisme de Solutions dans le Monde

MondoSolutions | Asie : le journalisme de solutions à l’épreuve des contextes politiques

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En Asie, le journalisme de solutions n’est pas une simple théorie. Il se déploie avec une vitalité réelle de Manille à Mumbai, et de Dacca à Hanoï. Cependant, cette pratique se heurte à une contrainte structurelle majeure que l’Europe et l’Amérique du Nord connaissent peu : dans une grande partie du continent asiatique, l’espace éditorial est étroitement négocié avec le pouvoir politique.

Une pratique ancrée dans l’urgence du terrain

Dans les démocraties fragiles ou émergentes d’Asie du Sud et du Sud-Est, le journalisme de solutions s’ancre d’abord dans l’urgence du terrain et les besoins vitaux des populations. En Indonésie, des portails d’information reconnus comme Mongabay traitent par exemple les controverses minières locales sous l’angle exclusif des alternatives concrètes et des remèdes durables.

Aux Philippines, des chercheurs documentent la façon dont les rédactions locales s’emparent de la méthode constructive pour couvrir les effets directs de la crise environnementale sur les communautés côtières. En Inde et au Pakistan, ce traitement journalistique irrigue massivement les sujets de santé publique et d’écologie, mettant en lumière des initiatives de proximité très concrètes, telles que le déploiement de la télémédecine dans les zones rurales isolées ou la gestion communautaire des ressources en eau.

Ces pratiques de terrain restent pourtant peu théorisées et s’avèrent largement absentes de la littérature académique internationale. C’est ce que les chercheurs désignent par le terme de « Global South Gap » : un angle mort structurel dans la production de savoirs et de données de référence sur les médias du Sud.

Le cas chinois : quand la méthode constructive devient un instrument d’État

La Chine représente un cas d’étude à part entière, mais aussi un avertissement utile pour la profession. Le journalisme constructif y est massivement pratiqué par les médias, mais entièrement réinterprété à l’aune de l’idéologie d’État.

Lors des confinements liés au Covid-19 à Shanghai, les récits médiatiques axés sur la solidarité collective et les réponses organisationnelles ont ainsi servi autant la cohésion sociale que la narration officielle du gouvernement. À l’international, les médias d’État comme Xinhua ou le China Daily exportent activement ce modèle, notamment en Afrique, en proposant une couverture « solutions » des relations sino-africaines pour faire contrepoids aux récits occidentaux jugés systématiquement négatifs.

La liberté éditoriale comme premier critère d’évaluation

Face à ces réalités, la ligne directrice reste mince. Entre un journalisme de solutions rigoureux, qui documente des réponses vérifiables à des problèmes réels à l’aide de preuves chiffrées, et une communication étatique habillée en journalisme constructif, c’est la liberté éditoriale qui fait la différence. En Asie plus qu’ailleurs, cette indépendance journalistique demeure le premier critère d’évaluation de la qualité de l’information. Dans le cadre de notre série sur le journalisme de solutions à travers le monde, ce panorama rappelle que la méthode exige une vigilance constante pour préserver la confiance du public et le débat démocratique.