
Un guide récemment publié en anglais par l’UNESCO et le Représentant pour la liberté des médias de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), intitulé « Reporting the Environment : A Practical Manual for Journalists » (Couvrir l’environnement : un manuel pratique pour les journalistes), explique comment les journalistes peuvent aborder les problèmes courants rencontrés dans le journalisme environnemental. Le guide présente les bonnes pratiques et explique comment couvrir les crises planétaires dans une optique de « journalisme des solutions » : ce qui peut contribuer à informer le public sans le submerger ni le décourager.
Voici ce que vous devez savoir.
Remettre les actualités environnementales dans leur contexte
Le journalisme environnemental ne se résume pas à des rapports scientifiques. De plus en plus de journalistes relient les sujets axés sur le climat ou la biodiversité à des thèmes plus larges tels que la politique, l’économie, la culture et la santé. Ce type de reportage apporte une mise en contexte précieuse et met en évidence les liens entre des enjeux qui peuvent sembler disparates mais qui sont, en réalité, étroitement liés.
Il est toutefois possible, et nécessaire, d’aller encore plus loin. La voie la plus simple consiste à traiter les questions environnementales comme si elles se déroulaient en vase clos, sur une courte période (par exemple, les catastrophes naturelles qui font l’objet d’une couverture immédiate avant et pendant l’événement, mais rarement après) et dans un lieu unique.
Comme le soulignent les auteurs du rapport, il est plus efficace de replacer ces sujets dans des contextes politiques, climatiques, structurels et économiques plus larges. Réintroduire la dimension humaine et traiter des sujets à différentes échelles temporelles et géographiques — du niveau local à l’international — suscite souvent davantage d’écho. De plus, il convient de replacer les événements dramatiques dans un contexte de tendances environnementales plus larges et à plus long terme. Les journalistes spécialisés dans l’environnement doivent se demander : « dans mes reportages, quel est l’équilibre entre les événements à court terme, leurs impacts à long terme et les crises à évolution lente ? ».

Source : UNESCO + OSCE
Le rapport suggère également aux journalistes de revenir sur des sujets qu’ils ont déjà traités et sur des questions largement couvertes afin d’examiner quels autres angles d’analyse pourraient être adoptés : « En combinant observations sur le terrain, recherches documentaires et analyses techniques, les journalistes peuvent mettre en lumière des aspects d’un sujet qui ont été négligés et offrir au public une compréhension plus nuancée de ces implications plus larges. »
| Pour plus de conseils sur la manière de procéder efficacement, quels que soient votre métier ou votre spécialisation, consultez notre MOOC, Bien informer sur la biodiversité. |
Mutualiser les données et les expertises
Par ailleurs, les rédactions ont tendance à suivre l’un des deux modèles suivants : soit elles disposent d’une équipe de journalistes spécialisés dans la couverture de sujets environnementaux, qui produisent la grande majorité des contenus dédiés, soit elles attendent des reporters généralistes qu’ils intègrent des éléments de couverture environnementale dans leur travail quotidien. Idéalement, il faudrait combiner les deux approches et faire collaborer journalistes spécialisés et généralistes.
Voici quelques conseils tirés du rapport sur la manière d’optimiser les ressources et l’efficacité, quelle que soit l’approche adoptée par votre rédaction :
- Au sein de la rédaction, constituez une liste commune de contacts diversifiés — en tenant compte, entre autres, du genre, de l’expertise et de l’expérience au sein de la communauté scientifique plus des ONG, autorités de régulation, experts, scientifiques réseaux et communautés — ainsi que de sources de données pouvant être utiles pour produire un journalisme environnemental de qualité et nuancé
- Lors des conférences de rédaction : suggérez aux journalistes de réfléchir à l’éventuel « angle environnemental » du sujet qu’ils proposent
- Choisir un thème environnemental commun chaque trimestre en coordonnant sa couverture et en utilisant des ressources partagées en interne
Aller au-delà du constat
Aborder des thèmes environnementaux tels que la biodiversité ou le changement climatique sous l’angle du journalisme des solutions peut constituer un moyen efficace de lutter contre le désintérêt pour l’actualité ou l’apathie. Toutefois, la couverture axée sur les solutions doit rester équilibrée et aborder non seulement les efforts déployés pour résoudre le problème, mais aussi les causes et les conséquences de la problématique traitée.
| FOCUS : La biodiversité dans les médias Selon des données du Baromètre 2026 du Lab Biodiversité Reporters d’Espoirs, les médias audiovisuels consacrent la plupart de temps d’antenne à définir la biodiversité (des “constats”, qui prennent 47 % de la couverture) quand la presse écrite priorise les solutions (39 %). Pour les deux, les causes sont discutées environ un tiers du temps et les conséquences seulement 3-4 %. Lire l’étude complète ici. |
Les solutions peuvent être classées en fonction de leur principal moteur :
- Efficacité : utiliser moins de ressources pour maintenir le niveau de vie et les pratiques actuels ;
- Restauration : des solutions qui visent à réparer ce qui a été endommagé – protéger les habitats, restaurer les environnements dégradés, etc. ;
- Cohérence : opérer une transition vers des énergies plus propres, des pratiques de chaîne d’approvisionnement et une gestion des ressources plus respectueuses de l’environnement ;
- Raisonnabilité : modifier les comportements pour qu’ils soient moins néfastes. Le rapport qualifie ce type de solution de « plus difficile », car il « nécessite de s’écarter de ce qui est souvent considéré comme le progrès humain ».
Savoir dans quelle catégorie s’inscrit la solution que vous étudiez peut vous aider à définir son cadre, à suggérer des pistes d’exploration supplémentaires et à évaluer son efficacité à différentes échelles.
Montrer la réalité, pas les clichés
Au-delà de la manière dont nous traitons les thèmes environnementaux, les images que nous choisissons pour illustrer nos articles jouent également un rôle important dans la façon dont le public perçoit le sujet et appréhende les enjeux.
Le rapport fait référence à une étude transnationale qui a analysé la réaction des publics de médias américains, britanniques et allemands1. Elle a révélé que les consommateurs d’information réagissent plus positivement à des images « authentiques et crédibles », en particulier celles mettant en scène des personnes. Cependant, l’ambiance qui se dégage des sujets a également son importance : l’étude a montré que les images de manifestations ont tendance à polariser le public, tandis que les photos axées sur les solutions suscitent moins de motivation à agir, mais suscitent globalement des sentiments plus positifs à l’égard du sujet traité. Généralement, choisissez des images en conscience parce qu’elles vont avoir un impact, et pourraient accroître la fatigue, le cynisme et la polarisation.
De même, privilégiez les images qui reflètent la réalité d’un reportage. Par exemple, un reportage sur la déforestation gagnerait à inclure des images de reboisement ou de travaux de conservation plutôt que des images de forêts vierges intactes. Dans la mesure du possible, écrivent les auteurs, « montrez les communautés directement touchées et ajoutez des légendes claires et factuelles — qui est représenté, où et quand ».
Faire dialoguer toutes les sciences
Il est important de ne pas simplifier à outrance les réalités scientifiques et d’éviter de rebuter le public en optant pour un langage certes plus précis, mais aussi plus complexe, que seul un expert en la matière pourrait analyser avec aisance.
Comment trouver le juste équilibre ? En s’inspirant des sciences humaines, qui puisent dans les arts, la religion, la philosophie et la littérature pour favoriser la compréhension de l’environnement. Ces approches peuvent s’avérer inestimables pour aider le public à percevoir les liens entre la biodiversité ou le climat et sa vie quotidienne, ses valeurs et son identité.
Le rapport souligne que l’existence même de ce domaine renforce l’idée que les sujets environnementaux sont multiformes et s’étendent au-delà de la science pour toucher à la culture, à la politique, aux émotions et à l’éthique. Permettre au public de percevoir plus clairement ces interconnexions peut modifier la façon dont il perçoit sa propre relation avec la nature et lui offrir un moyen d’exprimer l’impact que les crises planétaires ont sur lui.
Pour davantage de conseils sur le journalisme environnemental, le guide complet de l’UNESCO et de l’OSCE intitulé « Reporting the Environment A Practical Manual for Journalists » est disponible ici.
1 Le rapport n’inclut pas le nom de l’étude exacte.
Photo de The Climate Reality Project sur Unsplash
Le Lab Biodiversité vous donne des ressources pour couvrir la biodiversité :
- Notre Tour de France des Reporters d’Espoirs : des formations au sein de votre rédaction ou de votre école de journalisme pour vous acculturer sur le sujet et échanger avec des experts
- Notre revue : chiffres clés, méthodologie, interviews d’experts, apprenez-en plus sur la biodiversité et les enjeux qu’elle recouvre
- Un glossaire
- Des idées d’angles
- Une base de données de solutions
- Un cours en ligne pour apprendre à traiter médiatiquement la biodiversité ! Vous pouvez aussi vous former au journalisme de solutions grâce à notre MOOC dédié.








