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Mathieu Dupré

Semaine Afriques des Solutions - Gilles Vanderpooten

Semaine l’Afrique des Solutions 2026 : Gilles Vanderpooten, Ambassadeur de Solutions, invité à Paris

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La 4e édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) se tient les 23 et 24 octobre 2026 à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Parmi les invités, Gilles Vanderpooten, directeur général de Reporters d’Espoirs, reçoit la Médaille d’Honneur d’Ambassadeur de Solutions et prend la parole lors de la présentation de huit projets structurants.

Un rendez-vous né d’un constat sur la visibilité

Lancée en 2023 par l’association Notre Voix, la Semaine l’Afrique des Solutions part d’un constat que ses organisateurs répètent d’une édition à l’autre : faute de visibilité, de connexions stratégiques et de financements adaptés, de nombreuses initiatives africaines peinent à atteindre leur plein potentiel. La SAS se définit comme une plateforme consacrée à l’identification, à la valorisation et à la mise en réseau des solutions portées par les Africains, les Afrodescendants et leurs partenaires.

L’événement a déjà changé de lieu et de thème. Après une première édition en France en 2023, la deuxième s’est tenue à Rabat en octobre 2024, première fois que l’événement se déroulait sur le sol africain, autour du rôle des médias et des entrepreneurs dans l’accélération des solutions. La troisième est revenue à la mairie du 16e arrondissement de Paris les 24 et 25 octobre 2025, avec pour objectifs affichés de changer les narratifs négatifs sur l’Afrique et de mobiliser des investisseurs.

« L’Afrique n’est pas un continent en attente de solutions », rappelle son président fondateur, Léonce Houngbadji.

Semaine l’Afrique des Solutions 2026 : une 4e édition à forte dimension médiatique

Placée sous le thème « Génération Solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme », l’édition 2026 met les médias au premier plan, selon le programme communiqué par les organisateurs. Huit projets structurants, sur une vingtaine annoncés, sont présentés lors de la première journée, le vendredi 23 octobre. Un Forum des Solutions Africaines est également au programme, avec des sujets comme la santé numérique, la transition écologique et l’agriculture.

La journée de clôture, le samedi 24 octobre, est consacrée au renforcement des capacités : ateliers pratiques sur le pitch et la communication, et Labs thématiques conçus comme des espaces de co-création. Des journalistes, dont plusieurs venus de la République démocratique du Congo, sont attendus.

Gilles Vanderpooten, Ambassadeur de Solutions à la SAS

Gilles Vanderpooten dirige Reporters d’Espoirs depuis 2015. Il est l’auteur de La France des Solutions (Arthaud, 2017) et le coauteur, avec Stéphane Hessel, d’Engagez-vous.

À Paris, il rejoint les Ambassadeurs de Solutions pour l’Afrique, les Caraïbes et leurs diasporas et reçoit à ce titre la Médaille d’Honneur correspondante, selon l’organisation. Il intervient aussi dans la séquence consacrée aux huit projets structurants. Après leur présentation, l’organisation l’a invité à porter son regard sur ces initiatives, à partager sa lecture de la dynamique positive à l’œuvre en Afrique malgré les défis, et à contribuer à la réflexion sur les conditions de leur réalisation et de leur déploiement.

Ce que le journalisme de solutions apporte à la Semaine l’Afrique des Solutions 2026

Les médias ne font pas qu’informer. En choisissant ce qu’ils racontent, ils décident en partie de ce qui devient visible, et donc de ce qui peut être soutenu, financé ou reproduit. Une initiative qui fonctionne mais que personne ne documente reste hors du débat public.

Le journalisme de solutions ne consiste pas pour autant à écrire plus favorablement. Il applique à une réponse la rigueur qu’on réserve d’ordinaire à un problème : ce qui est mis en œuvre, avec quels résultats, avec quelles limites, et à quelles conditions cela peut être reproduit. Documenter n’est pas promouvoir. Une solution qui échoue ou qui ne passe pas à l’échelle fait partie de l’enquête.

La distinction compte ici. La SAS se présente comme une plateforme de valorisation et de mise en réseau, ce qui n’est pas le rôle d’une rédaction. L’organisation parle elle-même de conditions de réalisation et de déploiement : les huit projets en sont donc, pour l’essentiel, au stade de l’ambition plutôt que du résultat démontré. C’est sur ce terrain, entre l’annonce et la preuve, que la méthode du journalisme de solutions peut apporter un éclairage.

Semaine l’Afrique des Solutions 2026 : informations pratiques

  • Dates : vendredi 23 et samedi 24 octobre 2026
  • Lieu : mairie du 16e arrondissement de Paris
  • Thème : « Génération Solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme »
  • Organisateur : association Notre Voix
  • Participation : réserver un pass de contribution

L’info vous épuise ? Voici ce que disent les études (et leurs solutions)

L’info vous épuise ? Ce que disent les études sur le journalisme de solutions

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42 % des gens évitent l’info au moins parfois. En 2017, ils étaient 29 %. Le journalisme de solutions apaise-t-il vraiment ceux qui la fuient ? Les études répondent clairement sur l’émotion. Sur l’action, elles divergent.

Lundi 28 septembre, la newsletter Time To Sign Off relayait un graphique d’Oxford Economics. D’après ce graphique, le moral économique de la zone euro est au plus haut depuis le rebond post-Covid, en décalage avec le récit médiatique ambiant

L’info pèse sur ceux qui la reçoivent, et ils le disent eux-mêmes. Selon le Digital News Report 2026 du Reuters Institute for the Study of Journalism, 42 % des personnes évitent l’info au moins parfois, contre 29 % en 2017. L’enquête porte sur 97 520 répondants dans 48 marchés.

Pourquoi ? Dans l’édition 2025, 39 % des personnes qui évitent l’info disaient le faire parce qu’elle pèse sur leur humeur. Le Reuters Institute distingue deux profils : ceux que l’info n’intéresse plus, et ceux qui s’en protègent parce qu’elle les submerge. C’est à ces derniers que s’adresse le journalisme de solutions.

Une autre façon de raconter

Le journalisme de solutions enquête avec la même rigueur sur la façon dont des personnes ou des organisations répondent à un problème. Il ne cache pas le problème. Il documente ce qui fonctionne, les preuves, les limites et ce qu’on peut en apprendre (Media Psychology, 2025).

Qu’est-ce que cela change dans la tête du lecteur ? Quatre résultats.

1. Il fait mieux comprendre

Dans une étude du Solutions Journalism Network et de l’Engaging News Project (2014, 755 adultes américains), les lecteurs d’un article avec solution avaient le sentiment de mieux connaître le sujet.

2. Il suscite des émotions plus favorables

Dans une expérience randomisée, les lecteurs d’un article présentant une solution efficace se sentaient moins mal et jugeaient mieux l’article et la solution que ceux d’un article sans solution ou avec une solution inefficace (McIntyre, Journalism Practice, 2019, lien vers la thèse associée en accès libre).

3. Il renforce la confiance dans l’action collective

Plus de 400 adultes américains ont lu un article sur des inondations aggravées par la crise environnementale. Ceux qui ont lu la version “solutions” se sentaient plus positifs, croyaient davantage à l’action collective et envisageaient plus volontiers des gestes pour l’environnement, comme un don à une association (Environment and Behavior, 2024 ; résumé de l’Université d’Oregon).

4. Il apaise

Dans une expérience préenregistrée auprès de 730 Allemands (Journalism Practice, 2025, sur la déforestation et les déchets électroniques), une analyse exploratoire suggère que les articles contenant une solution réduisent les émotions négatives.

Une autre expérience (Science Communication, 2025), sur la crise environnementale, montre que ces récits augmentent la croyance que les réponses proposées fonctionnent, pour soi comme pour le collectif.

Ce que les études établissent, et ce qu’il reste à démontrer

Ce qui tient. Sur l’émotion, les résultats concordent. Une revue de 22 expériences (Newspaper Research Journal, 2023) conclut que le journalisme de solutions agit sur l’émotion des lecteurs sans équivoque. Une revue plus récente (2026) précise que les effets les plus solides et les plus réguliers sont émotionnels, suivis des effets sur la compréhension.

L’étude de Science Communication (2025) va plus loin. Son autrice la présente comme la première à montrer que des articles de solutions sur la crise environnementale augmentent la conviction que les réponses fonctionnent, pour soi comme pour le collectif.

Ce qu’il reste à démontrer : le passage à l’acte. Sur l’action, les effets sont plus faibles et moins réguliers.

L’étude de 2024 mesure des intentions d’agir, pas des gestes. Ses auteurs rappellent que ces intentions peuvent être freinées par de nombreux facteurs. Chez McIntyre, les lecteurs se sentent mieux, mais leurs intentions et leurs comportements ne bougent pas (thèse). Dans l’étude de Science Communication, les émotions positives ne prédisent pas le soutien aux politiques climatiques.

Une expérience allemande (Media Psychology, 2025, 803 participants) donne une piste. Une solution seule n’a eu aucun effet. Une solution racontée a produit des effets, y compris sur les intentions pro-environnementales et le soutien aux mesures de protection du climat. La solution compte, et la manière de la raconter aussi.

Deux précautions. L’étude de 2014 a été menée avec le Solutions Journalism Network, qui défend cette approche. Sa réplication de 2016 confirme que les lecteurs se disent plus inspirés ou optimistes. Plusieurs autres écarts de 2014 n’y sont plus significatifs.

Ce qu’on peut en retenir

Le journalisme de solutions apaise, donne le sentiment de mieux comprendre et renforce la confiance dans l’action collective. Les études le montrent. Pour aller de la confiance à l’action, la solution doit être bien racontée, et elle ne suffit pas seule.

Un journalisme qui se réclame de la preuve doit accepter qu’on lui applique la même exigence.

Et vous, quelle information avez-vous lue récemment qui vous a donné envie d’agir plutôt que de tout fermer ?

Sources

On a relu Le Figaro : blocus des lycées, sortir du face-à-face pour chercher des réponses

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Un ministre qualifie, des chiffres d’interpellations tombent, et le lecteur referme la page en se demandant s’il faut choisir un camp. Le traitement médiatique des blocus de lycées suit souvent ce rituel. L’information est exacte, mais elle laisse une question de côté : pourquoi ces lycéens sont-ils dans la rue, et que peut-on y répondre ?

On a tous lu ce type de dépêche. Les faits sont là, sourcés, attribués. On en ressort avec une impression : ça dégénère, et on ne sait pas quoi en faire.

Prenons un cas concret. Le 28 septembre 2026, Le Figaro (avec l’AFP) a publié un article titré « Blocus des lycées : le ministre de l’Intérieur dénonce des actions qui s’apparentent à « des violences urbaines » ». L’article est factuel. Il rapporte fidèlement la parole du ministre Laurent Nuñez et un bilan chiffré précis. Il remplit sa mission d’information.

Chez Reporters d’Espoirs, nous l’avons relu avec notre grille : celle du journalisme de solutions. Nous n’avons ajouté aucun fait. Nous avons changé les questions. Voici, point par point, comment l’information change de visage.

Le titre : de la qualification à la question

  • 🔴 L’angle « Constat » : le titre reprend la qualification du ministre : des « violences urbaines ». L’effet : le lecteur entre dans l’article avec une seule question en tête : est-ce de la violence ou de la contestation ? Le débat se joue sur les mots, avant même les faits.
  • 🟢 L’angle « Solutions » : « Blocus des lycées : au-delà du maintien de l’ordre, que répond-on aux classes surchargées et aux professeurs absents ? » L’effet : on garde l’information sécuritaire, mais on ouvre une seconde porte. Le lecteur passe de spectateur d’un affrontement à observateur d’un problème qui a des causes, donc peut-être des réponses.

Les chiffres : du bilan policier à la mesure du grief

  • 🔴 Ce que dit l’approche classique : 164 interpellations lundi, 180 établissements concernés, contre 61 établissements et 78 interpellations vendredi. Douze policiers ou gendarmes, une douzaine de lycéens et huit personnels, dont trois chefs d’établissement, blessés. L’effet : tous les chiffres mesurent la réponse policière et l’extension du mouvement. Aucun ne mesure ce qui est reproché. Le lecteur retient un problème d’ordre public qui s’étend.
  • 🟢 Ce que voit l’œil « Solutions » : on conserve ces chiffres, y compris les blessés, qui ne sont pas un détail. On y ajoute ceux qui documentent les griefs : effectifs par classe, heures de cours non remplacées, dans les lycées bloqués comme dans les lycées voisins qui ne le sont pas. L’effet : le lecteur peut juger si le grief est fondé, sans que le journaliste tranche à sa place.

Les voix : d’un seul témoin à une enquête

  • 🔴 Ce que dit l’approche classique : une voix domine, celle du ministre. Les lycéens sont les sujets des phrases, jamais des interlocuteurs. Le principal syndicat lycéen n’apparaît que pour appeler au blocage. Les personnels blessés sont des victimes, pas des témoins. L’effet : on sait ce que le pouvoir pense des blocus, pas ce qu’en disent ceux qui bloquent ni ceux qui enseignent.
  • 🟢 Ce que voit l’œil « Solutions » : on demande aux lycéens ce qu’ils réclament, aux enseignants et aux chefs d’établissement ce qu’ils observent, et surtout à un établissement où la tension est retombée comment cela s’est passé. L’effet : l’enquête devient humaine. On cherche ce qui a marché quelque part, pas seulement ce qui dégénère ailleurs.

Les revendications : du décor au cœur de l’enquête [modifié]

  • 🔴 Ce que dit l’approche classique : une seule phrase énumère les motifs : classes et emplois du temps surchargés, absence de professeurs. L’effet : les griefs deviennent un décor. Le lecteur ne sait pas s’ils sont fondés ni s’il existe des réponses.
  • 🟢 Ce que voit l’œil « Solutions » : ces griefs deviennent le fil conducteur. Quelles réponses existent déjà : remplacement des enseignants absents, instances de dialogue avec les élèves, organisation des emplois du temps ? Lesquelles ont produit des résultats, avec quelles limites ? L’effet : la question passe de « comment faire cesser le blocus » à « comment traiter ce qui le provoque ». Ce n’est pas la même enquête, et ce n’est pas le même lecteur qui en sort.

La chute : de l’escalade à la sortie possible

  • 🔴 La chute classique : le dispositif des forces de l’ordre est reconduit mardi, et l’Union syndicale lycéenne appelle à bloquer partout. L’effet : on ferme sur l’escalade annoncée. Le lecteur attend le prochain épisode, avec une fatigue croissante.
  • 🟢 La chute « Solutions » : qu’est-ce qui pourrait faire retomber la tension, et qui l’a déjà obtenu, où et comment ? L’effet : on ferme sur une piste, pas sur une menace.

Pourquoi est-ce un enjeu démocratique ?

Cet exercice n’est pas une question de style. Ces lycéens seront électeurs dans quelques années. Leur premier contact avec la parole publique passe par la façon dont on raconte leur mobilisation.

Réduire le mouvement à des « violences urbaines » est une lecture. Le réduire à une revendication légitime en est une autre. Le journalisme de solutions refuse les deux réductions : les violences ont eu lieu, les blessés existent, et les griefs sont aussi réels. Tenir les deux, c’est donner au lecteur de quoi comprendre, débattre et choisir.

Ce que cette relecture ne fait pas

Elle ne remplace pas un reportage. Pour qu’un article devienne un article de solutions, il faut aller chercher ce qui n’est pas dans la dépêche : des chiffres sur les griefs, des voix de terrain, un cas documenté de sortie de tension. Sans cela, on change de lunette, mais on ne voit pas plus loin.

💡 Pour aller plus loin
  • Comprendre notre méthode : apprenez à pratiquer le journalisme de solutions avec le MOOC JoSo Agir dès l’école : téléchargez notre Kit Pédagogique pour apprendre aux plus jeunes à décrypter l’information.
  • S’inspirer : plongez dans notre Revue

Un nouveau Prix « Ecologie360 – Reporters d’Espoirs » créé à Visa pour l’image – Perpignan pour distinguer la photographie environnementale

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Pour sa première édition, le « Prix Ecologie360 – Reporters d’Espoirs Visa pour l’image » a été décerné à Laurent Ballesta, pour son travail de 30 ans sur et dans les Océans. Biologiste et photographe, Laurent Ballesta a plongé partout, il observe les fonds, en mesure la dégradation et parfois les améliorations. Il en ramène toujours des photos sous-marines de toute beauté.

Laurent Ballesta était présent à la soirée du festival du vendredi 4 septembre, lors de laquelle a été projeté la série photographique pour laquelle il est primé. Une exposition intitulée « Loin du ciel » lui est de plus consacré durant toute la durée du festival. Il y dévoile les images de ses découvertes faites au cours des dix dernières années.

Pour Benoit Habert, mécène du Prix et fondateur du magazine Ecologie360, « La photographie, comme le journalisme, nous alertent souvent sur les grands problèmes du monde, et nous avons besoin de ces vigies. Nous avons besoin, aussi, d’amplifier le coup de projecteur médiatique sur tout ce qui est beau et utile. C’est l’objet de ce Prix qui associe la vision positive d’Ecologie360 à la promesse d’une info et de médias qui donnent envie d’agir incarnée par Reporters d’Espoirs ».

Corinne Denis, présidente de Reporters d’Espoirs, journaliste et scientifique de formation, est d’autant plus heureuse d’associer l’ONG à ce nouveau Prix que « Reporters d’Espoirs s’est donné pour mission de sensibiliser les journalistes et leurs médias aux enjeux de la biodiversité : l’œuvre remarquable de Laurent Ballesta, sublimant la beauté de la nature et forte de sa dimension scientifique, y contribuera amplement ».

Un jury d’exception

Le jury de cette première édition du « Prix Ecologie360 – Reporters d’Espoirs Visa pour l’image » est composé de

  • Delphine Lelu, directrice générale de Visa pour l’image,
  • Benoit Habert fondateur du magazine Ecologie 360,
  • Pierre Doncieux (Ecologie 360),
  • Gilles Vanderpooten directeur général de l’ONG Reporters d’Espoirs,
  • Cyril Drouhet, directeur de la photo et des reportages du Figaro Magazine.

Ce prix, créé cette année, s’inscrit dans la tradition d’engagement de Visa pour l’Image pour le photojournalisme de qualité, et dans la mission d’Écologie 360 et de Reporters d’Espoirs de démontrer que l’information sur l’environnement peut être vecteur d’enthousiasme et de mobilisation plutôt que de découragement. Ce prix valorise une vision résolument positive, optimiste et porteuse d’espoir sur la réalité de la transition écologique dans le monde.

Journalisme de Solutions dans le Monde

Mondosolutions | Semaine de l’Afrique des Solutions 2026 : un nouveau paradigme pour l’information constructive

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En mai 2000, The Economist titrait en couverture « L’Afrique : le continent sans espoir ». Un quart de siècle plus tard, ce cadrage a la vie dure. Le paysage médiatique contemporain fait pourtant face à un double défi : d’un côté, la saturation des audiences, puisque selon la 40e édition du Baromètre de confiance des Français dans les médias (La Croix, 2026), un Français sur deux exprime un sentiment de rejet ou de fatigue face à l’information, et 68 % déplorent que les médias privilégient le clash à la pédagogie ; de l’autre, un biais de négativité qui, appliqué au continent africain, réduit trop souvent les réalités de terrain aux crises structurelles, aux tensions ou aux seuls impacts de la crise environnementale. C’est à la croisée de ces deux constats que se situe la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), dont la 4e édition se tiendra les 23 et 24 octobre 2026 à la Mairie du 16e arrondissement de Paris.

Le coût mesurable d’un récit biaisé

Le sujet dépasse de loin la question de l’image. Une étude publiée en octobre 2025 par l’organisation Africa No Filter et le cabinet Africa Practice, intitulée « Le coût des stéréotypes médiatiques pour l’Afrique », a chiffré ce que les économistes appellent désormais une prime de préjudice : les stéréotypes médiatiques gonflent le coût des emprunts africains jusqu’à 4,2 milliards de dollars par an, car la couverture négative affecte directement les primes de risque exigées par les investisseurs internationaux. Les chercheurs estiment qu’une amélioration de 10 % de l’image médiatique d’un pays entraîne une baisse de 1 % de ses taux d’intérêt. Autrement dit, le récit médiatique n’est pas un enjeu de communication : c’est une variable macroéconomique.

Le phénomène est d’autant plus complexe qu’il ne se limite pas aux rédactions occidentales. Selon un rapport d’Africa No Filter publié en 2023, un tiers des articles sur l’Afrique publiés par les médias du continent proviennent d’agences de presse étrangères, un constat qui alimente un mouvement croissant en faveur d’une souveraineté narrative africaine. C’est précisément dans cet espace que la SAS a construit sa légitimité.

Une trajectoire ascendante, un écosystème structuré

Portée par l’association Notre Voix, média fondé sur le principe du « 100 % solutions », et son président-fondateur Léonce Houngbadji, en partenariat avec l’agence LH Partners, la SAS a connu en trois éditions une montée en puissance méthodique : Paris et Port-Marly en 2023, un dialogue euro-africain entre Paris et Rabat en 2024, puis une édition parisienne en 2025 qui a marqué un tournant structurel. Le bilan cumulé donne la mesure du mouvement : plus de 5 000 participants venus de 40 pays, plus de 300 projets innovants révélés, plus de 300 médias et journalistes mobilisés, plus de 150 journalistes formés au journalisme de solutions, une cinquantaine de partenaires institutionnels et privés, et cinq ouvrages publiés recensant les initiatives du continent.

Surtout, l’édition 2025 a transformé l’événement en infrastructure. Quatre comités stratégiques ont été créés : le Réseau des Ambassadeurs de Solutions pour l’Afrique, qui ambitionne de fédérer 10 000 porteurs de solutions ; le Réseau des Médias et Journalistes de Solutions pour l’Afrique ; un Comité de mobilisation des financements ; et l’Innov’Africa Hub, laboratoire réunissant chercheurs, entrepreneurs et créatifs. Cette architecture distingue la SAS d’un simple rendez-vous annuel : elle vise la circulation de modèles duplicables, du prototype local au déploiement continental.

L’édition 2026 : la « Génération Solutions » au centre

Placée sous le thème « Génération solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme », l’édition 2026 assume un pari démographique autant qu’éditorial : faire de la jeunesse africaine, la plus nombreuse au monde, le sujet central du récit plutôt que son angle mort. Le constat est documenté : les travaux d’Africa No Filter montrent que les récits sur la jeunesse africaine sont souvent marqués par des stéréotypes évoquant l’inactivité, la violence ou la criminalité, et que sa couverture médiatique en ligne a diminué entre 2017 et 2021.

Le programme articule le Forum des Solutions Africaines, espace de co-création entre innovateurs, investisseurs et décideurs ; le Village des Entrepreneurs de Solutions (Exposition Innov’Africa Hub) ; la Soirée des Solutions Awards ; des ateliers immersifs et laboratoires thématiques ; et l’espace « Parole aux Femmes de Solutions », consacré au leadership féminin. Fait notable pour un événement à dominante économique et diplomatique : la formation au journalisme de solutions y constitue un axe de programme à part entière, avec ateliers pratiques, mentorat et études de cas.

L’exigence de la sixième question

Car pour éviter les pièges de la communication institutionnelle ou du storytelling creux, ce changement de récit repose sur une méthodologie journalistique stricte. Il s’agit d’appliquer systématiquement la sixième question du journalisme : « Qu’est-ce qu’il se passe maintenant ? ». Enquêter sur une initiative implique d’en analyser les causes, d’évaluer le processus de mise en œuvre, de mesurer les résultats par des faits vérifiables, mais également d’en exposer les limites matérielles ou structurelles. Cette approche, initiée dès 2004 par des organisations pionnières comme Reporters d’Espoirs, a acquis une reconnaissance institutionnelle en France : le rapport des États généraux de l’information (2024) recommande explicitement de généraliser le journalisme de solutions, dont il est démontré qu’il fait baisser l’info-anxiété et renoue une relation de confiance avec les consommateurs d’information, notamment via la formation initiale et continue des journalistes.

C’est cette rigueur qui distingue le journalisme de solutions d’une narration simplement positive. Il ne s’agit pas d’éluder les difficultés du continent, mais d’adopter un spectre large capable de documenter à la fois les problèmes et les réponses concrètes apportées par la société. En réunissant autour de cette exigence innovateurs, décideurs, investisseurs et professionnels des médias, la Semaine l’Afrique des Solutions confirme qu’une information factuelle, constructive et non complaisante constitue à la fois un levier de confiance démocratique et, les chiffres le démontrent désormais, un levier de développement économique pour les territoires.

Journalisme de Solutions dans le Monde

MondoSolutions | Asie : le journalisme de solutions à l’épreuve des contextes politiques

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En Asie, le journalisme de solutions n’est pas une simple théorie. Il se déploie avec une vitalité réelle de Manille à Mumbai, et de Dacca à Hanoï. Cependant, cette pratique se heurte à une contrainte structurelle majeure que l’Europe et l’Amérique du Nord connaissent peu : dans une grande partie du continent asiatique, l’espace éditorial est étroitement négocié avec le pouvoir politique.

Une pratique ancrée dans l’urgence du terrain

Dans les démocraties fragiles ou émergentes d’Asie du Sud et du Sud-Est, le journalisme de solutions s’ancre d’abord dans l’urgence du terrain et les besoins vitaux des populations. En Indonésie, des portails d’information reconnus comme Mongabay traitent par exemple les controverses minières locales sous l’angle exclusif des alternatives concrètes et des remèdes durables.

Aux Philippines, des chercheurs documentent la façon dont les rédactions locales s’emparent de la méthode constructive pour couvrir les effets directs de la crise environnementale sur les communautés côtières. En Inde et au Pakistan, ce traitement journalistique irrigue massivement les sujets de santé publique et d’écologie, mettant en lumière des initiatives de proximité très concrètes, telles que le déploiement de la télémédecine dans les zones rurales isolées ou la gestion communautaire des ressources en eau.

Ces pratiques de terrain restent pourtant peu théorisées et s’avèrent largement absentes de la littérature académique internationale. C’est ce que les chercheurs désignent par le terme de « Global South Gap » : un angle mort structurel dans la production de savoirs et de données de référence sur les médias du Sud.

Le cas chinois : quand la méthode constructive devient un instrument d’État

La Chine représente un cas d’étude à part entière, mais aussi un avertissement utile pour la profession. Le journalisme constructif y est massivement pratiqué par les médias, mais entièrement réinterprété à l’aune de l’idéologie d’État.

Lors des confinements liés au Covid-19 à Shanghai, les récits médiatiques axés sur la solidarité collective et les réponses organisationnelles ont ainsi servi autant la cohésion sociale que la narration officielle du gouvernement. À l’international, les médias d’État comme Xinhua ou le China Daily exportent activement ce modèle, notamment en Afrique, en proposant une couverture « solutions » des relations sino-africaines pour faire contrepoids aux récits occidentaux jugés systématiquement négatifs.

La liberté éditoriale comme premier critère d’évaluation

Face à ces réalités, la ligne directrice reste mince. Entre un journalisme de solutions rigoureux, qui documente des réponses vérifiables à des problèmes réels à l’aide de preuves chiffrées, et une communication étatique habillée en journalisme constructif, c’est la liberté éditoriale qui fait la différence. En Asie plus qu’ailleurs, cette indépendance journalistique demeure le premier critère d’évaluation de la qualité de l’information. Dans le cadre de notre série sur le journalisme de solutions à travers le monde, ce panorama rappelle que la méthode exige une vigilance constante pour préserver la confiance du public et le débat démocratique.

biodiversité journalisme économique

Faire de la Biodiversité un (vrai) sujet économique : ce que les journalistes sont venus chercher au Challenge Reporters d’Espoirs

By Biodiversité Le Challenge, Economie, HomeNo Comments

Ils n’étaient pas venus écouter un énième discours sur l’urgence écologique. Ils étaient venus travailler. Le 9 juin, quarante journalistes, dirigeants de rédactions, économistes et scientifiques se sont retrouvés à la Fondation François Sommer, dans le quartier du Marais à Paris, pour une nouvelle édition du Challenge Reporters d’Espoirs. Un seul objectif : faire de la biodiversité un sujet du journalisme économique et financier. Pas une rubrique nature. Pas un encart de plus en fin de journal. Un sujet de fond, traité avec l’exigence de la macroéconomie ou des marchés financiers.

En trois heures, le format a tenu sa promesse : une conférence d’ouverture avec des économistes du vivant, des ateliers de co-construction d’angles et de formats, et un temps de networking. Ce que les participants ont rapporté dans leurs rédactions, ce ne sont pas des bonnes intentions. Ce sont des sujets, des sources, des méthodes.

Un nouveau réflexe : devancer la question du vivant

Pour les journalistes économiques et les correspondants internationaux présents, l’intérêt premier n’était pas idéologique, mais méthodologique.

Si la couverture de sujets complexes, comme le déploiement de l’intelligence artificielle et la construction massive de data centers,  intégrait déjà la consommation des ressources en eau, les risques de pollutions locales ou les arbitrages fonciers, le Challenge a permis d’ajouter une dimension systématique. Le constat partagé est clair : s’accorder un temps de réflexion dédié permet d’acquérir un réflexe supplémentaire. L’objectif éditorial est de ne plus attendre que les décideurs économiques amènent d’eux-mêmes la question de la biodiversité. Le journaliste peut l’imposer proactivement, en interrogeant les conséquences directes sur les écosystèmes et en s’appuyant sur des rapports scientifiques précis pour nourrir son enquête.

En quelques heures de travail collectif, ces professionnels ont ainsi pu élargir leur réseau de sources : nouveaux rapports d’experts, références scientifiques et indicateurs du vivant jusqu’alors hors de leur périmètre habituel.

Cette évolution n’est pas une conversion. C’est une consolidation de méthode. Le journalisme économique a toujours cherché à cartographier les interdépendances. La biodiversité en est une, massive, et longtemps sous-exploitée dans les grilles d’analyse habituelles.

Rendre le vivant palpable, sans édulcorer les faits

Le deuxième enjeu pour les participants était d’ordre éditorial. Comment traiter un sujet que les audiences perçoivent comme abstrait, lointain, ou réservé aux spécialistes, sans tomber dans le catastrophisme qui produit l’effet inverse de celui recherché ?

Deux journalistes présentes au Challenge posent le problème depuis des angles complémentaires. Lorraine Goumot, journaliste financière, commence par déconstruire une opposition qu’elle juge infondée : « L’économie est strictement corrélée à l’environnement. S’il n’y a pas de forêt qui fonctionne et d’agriculture qui fonctionne, il n’y a pas de création de richesse. Donc la biodiversité est un élément essentiel de la finance et de l’économie. Je pense qu’il faut sortir d’une dialectique qui oppose création de richesse, économie et protection de la nature. Les sujets ne s’opposent pas, ils sont intimement liés. »

Ce cadrage posé, reste une difficulté concrète de métier. Émilie Brouze, journaliste au service économie et transition au Nouvel Obs, la formule directement : « La difficulté en tant que journaliste, c’est que la biodiversité peut être plus abstraite ou difficile à relier à la vie économique. Il faut incarner ces sujets à travers des histoires, à travers des portraits. Je pense que le journalisme de solutions est une réponse pour dépasser les simples constats. »

C’est précisément l’articulation entre les deux : dire que biodiversité et économie sont liées ne suffit pas. Encore faut-il trouver les histoires qui le rendent visible. Donner la parole à des experts capables de vulgariser les indicateurs du vivant, enquêter sur des mécanismes concrets, c’est outiller les lecteurs — grand public autant qu’investisseurs institutionnels — pour orienter leurs arbitrages en connaissance de cause.

50 % du PIB mondial : un angle mort médiatique ?

Le chiffre est connu des économistes. Il l’est moins des rédactions : 50 % du PIB mondial dépend directement ou indirectement de la biodiversité, selon les estimations du Forum économique mondial de Davos. Derrière ce chiffre, 44 000 milliards de dollars d’activité économique exposés à la dégradation des écosystèmes. Un sujet qui concerne les rubriques finance, immobilier, agro-industrie, assurance, énergie, autant que les pages environnement.

C’est précisément l’angle que le Challenge proposait de travailler : non pas convaincre les journalistes économiques que la biodiversité « mérite » d’être couverte, mais leur montrer concrètement comment l’intégrer dans les sujets qu’ils traitent déjà. Avec des économistes comme Harold Levrel (Professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle), Lauriane Mouysset (CNRS), Alexandre Rambaud (AgroParisTech) ou Clément Feger (AgroParisTech), les ateliers ont permis d’identifier des angles solides, sourcés scientifiquement, directement exploitables en rédaction.

Ce qui change dans les rédactions

Ce que le Challenge révèle, au fond, c’est moins une prise de conscience qu’une accélération. Dans les rédactions économiques, le mouvement est déjà là. Les sujets existent, obligations réelles environnementales, comptabilité du capital naturel, risques climatiques dans les bilans bancaires, impact de l’agriculture intensive sur les rendements à long terme. Ce qui manquait, c’était un espace structuré pour travailler collectivement les angles, tester les formats, et trouver les sources scientifiques capables de tenir face aux exigences du fact-checking journalistique.

En trois heures, le Challenge a fourni une première version de cet espace. La biodiversité comme sujet économique n’est plus une intention. C’est un chantier ouvert.

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Reporters d’Espoirs organise chaque année le Challenge avec le soutien de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale et de l’Office Français de la Biodiversité, et également le soutien cette année de la Fondation François Sommer, de l’Alliance de la Presse et du PressClub de France.

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