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Mathieu Dupré

Simon de Cyrène

« Le handicap a tout pour nous rebuter, et pourtant, il nous renvoie à notre humanité ». Le film Les Habitants diffusé sur Canal+ nous invite à fraterniser à travers l’expérience Simon de Cyrène.

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Chaque année en France, 40 000 personnes tombent dans un handicap grave, victimes notamment d’accidents vasculaires cérébraux. Depuis la loi sur l’habitat inclusif, 2000 lieux ont essaimé dans le pays pour les accueillir « autrement » que dans des établissements hospitaliers. Les maisons Simon de Cyrène, à l’initiative de Laurent de Chérisey, par ailleurs cofondateur de Reporters d’Espoirs, offrent un cadre particulièrement humain où personnes valides et handicapées vivent en colocation. Quinze ans après leur émergence, le réalisateur Louis-Julien Petit donne à voir ces lieux de vie et des moments de partage touchants, avec « Les Habitants », diffusé gratuitement pendant 1 mois sur la plateforme Canal+. Nous avons profité de l’avant-première parisienne au Grand Rex pour nous entretenir avec les deux comparses.

Propos recueillis par Gilles Vanderpooten/Reporters d’Espoirs

Comment s’est faite la rencontre entre le réalisateur et Simon de Cyrène ?

Louis-Julien Petit : Candice Souillac, productrice de films, m’a évoqué Simon de Cyrène en des termes très simples évoquant les valeurs de l’association : de la vulnérabilité, de la réciprocité, des valides qui vivent avec des non-valides. Ça a éveillé ma curiosité d’homme et de réalisateur. Car ce sujet de l’humain au service des humains, c’est le vecteur de tous mes films. J’ai découvert qu’à 800 mètres de chez moi, à Marseille, se trouvait une communauté Simon de Cyrène. Je suis tombé en amour avec le lieu et les gens, et n’ai cessé d’y revenir. Puis je me suis ensuite rendu dans les maisons de Vanves, Rungis, Nantes, Angers, Toulouse, La Rochelle. On s’est tapé dans la main avec Laurent, sans trop savoir où j’allais car c’était mon premier documentaire.

Laurent de Cherisey :  La rencontre avec Louis-Julien constitue l’un de ces moments qui ne mentent pas. “Est-ce que cet homme va être capable de rentrer en relation ?” me questionnais-je. Un déjeuner avec lui a suffi à m’en convaincre immédiatement. Car il a ce talent relationnel. Après quoi je me suis mis en retrait. Il a pris son bâton de pèlerin pour rencontrer les personnes dans chaque maison où il s’est rendu. Je lui ai donné mon bouquin qui retrace l’utilité sociale du projet. Je lui ai fait confiance, d’autant que j’avais en tête sa signature très forte de films au service des êtres humains et des projets de société. Et c’est bien ce qui ressort des retours que l’on a du film : il n’y pas de pathos, pas de trop ni de pas assez. C’est un regard d’auteur. Le film ne dit pas tout de Simon de Cyrène mais il dit l’essentiel sur la relation et sur le goût de la vie.

Laurent de Cherisey a-t-il été facile à convaincre de se mettre en avant dans le documentaire ?

Louis-Julien Petit : Laurent m’a laissé construire le film. Quand j’ai commencé à plonger chez les habitants, il m’est apparu important de rentrer aussi chez toi Laurent. Il fallait que je filme ta sœur, tes parents, car votre histoire familiale est bien à l’origine de l’aventure humaine que tu as bâtie.

Laurent de Cherisey : Mon obsession, c’est que le projet de l’association soit solide, et qu’il le soit sans moi, parce que les œuvres qui sont liées à leur fondateur sont hyper fragiles. J’avais dit au début, surtout à Candice, productrice du film, que je ne voulais pas être du tout dans le film. Mais je savais de l’aventure Passeurs d’espoir [voyage autour du monde entrepris par Laurent, son épouse et leurs cinq enfants] qu’il fallait quand même qu’on ait un fil rouge qui raconte d’où vient l’histoire. Si ce n’est pas incarné, les gens ne comprennent pas et ne se projettent pas. Donc je t’ai dit, Louis-Julien “tu fais le minimum nécessaire me concernant”, et j’ai l’impression que tu l’as fait de manière ajustée. Je pense que ton parti-pris était de ne pas tomber dans le panneau de réaliser un film institutionnel.

Vous êtes habitué à réaliser des fictions, avec des acteurs et des actrices. Le registre est ici tout autre : filmer la réalité. L’exercice du documentaire est-il totalement différent ?

Louis-Julien Petit : Réaliser un documentaire n’a pas constitué un changement total, parce que je fais souvent des comédies sociales. Il y a dans chacun de mes films une part de réflexion sur la société, sur l’humanité, sur l’affection sociétale. Et pour enrichir le scénario, je vais souvent chercher des personnes qui n’ont jamais joué de rôle et se livrent telles qu’elles sont. Quand j’ai réalisé « Les Invisibles », film sur l’insertion des femmes de la rue, c’est avec beaucoup de femmes qui avaient réellement connu la rue et n’étaient pas forcément actrices. Pareil pour « La Brigade », qui porte sur des mineurs non accompagnés : les jeunes mineurs venaient des quatre coins du monde et n’étaient pas des acteurs non plus. Avec « Les Habitants », la boucle est bouclée : Sylviane, “la mascotte”, je l’ai tellement aimée que je lui ai proposé d’apparaitre dans mon prochain film, « En haut de la pile », qui sortira au cinéma en janvier 2027. Elle figure aux côtés de grands acteurs comme Alexandra Lamy, Corinne Masiero, Aliocha Schneider, Anthony Bajon et Yvan Attal. Et elle a trouvé sa place sans aucun problème.

Comment s’est déroulé le tournage des Habitants ? Combien d’heures et de jours de tournage, de temps d’acclimatation, a-t-il nécessité ?

Louis-Julien Petit : On a tourné des centaines d’heures de juin à décembre 2025. J’ai tourné 30 jours, peut-être 15 heures par jour, tellement il y avait de choses captivantes. Une partie du film était informative, didactique, et, au fur et à mesure du montage, je voulais qu’on raconte la communauté de l’intérieur par l’émotion, par le ressenti, par l’action presque.

Ça m’a touché d’être immergé non seulement en tant que réalisateur mais en tant que citoyen-témoin du vivre-ensemble dans plusieurs communautés Simon de Cyrène. J’y ai dormi aussi, plusieurs fois. C’était important d’assister au réveil, au coucher. Quand je revois cette caméra posée sur le lit de Nadia alors qu’elle tache de se remettre droite, je m’étonne encore qu’elle a oublié la présence de cet objet, pourtant intrusif. Au départ, durant les premiers jours, tout le monde te regarde, regarde la caméra, il y a un perchman. Puis, très vite, à se familiariser avec notre présence, les habitants en font abstraction et reviennent à la vie courante. Dans ce film, je ne voulais aucune voix off, aucun synthé, aucun sous-titrage. Je ne voulais pas entendre dire qu’on ne comprend pas bien ou qu’on sous-titre parce que telle ou telle personne a des problèmes d’élocution. Je ne voulais pas qu’on explique. Je voulais qu’on ressente.

Laurent de Cherisey : C’est puissant d’arriver à réaliser un film sans une voix off et sans un sous-titrage. La caméra disparaît, Louis-Julien a chopé des trucs de dingue. Il a tout compris.

Nombre de réalisateurs et producteurs disent qu’il est difficile de convaincre les diffuseurs, les chaines, d’accepter des films sur des initiatives solidaires. Qu’en est-il de votre côté ?

Louis-Julien Petit : C’est la force de persuasion de Laurent et de Candice ainsi que de Christine Cauquelin [ancienne directrice des documentaires chez Canal +] qui ont joué. Quand, après avoir dit que je voulais faire un documentaire dans mon petit milieu, on me demandait avec qui, je répondais “avec Christine Cauquelin”. C’était “madame documentaire”. Les Habitants, c’est son dernier avant de partir à la retraite. Elle est venue dans la maison partagée de Vances et s’est dit “il y a un film à faire”. On fait des films avec 3 mots : conviction, désir et confiance. Comme dans l’entreprenariat social.

Laurent de Cherisey : Ce sont des histoires de personnes engagées. Comme Candice Souillac, qui a mis toute sa crédibilité et son réseau sur la table. Christine Cauquelin et Louis-Julien Petit sont aussi engagés. Il fallait ces trois personnalités pour arriver à cela, en plus de la volonté de Canal+ de faire des films à impact.

Louis-Julien Petit : Je souhaite que le film vive sa vie le plus longtemps possible, en France et à l’étranger. Comme les maisons partagées, ce n’est que le début de l’histoire de ce film.

Tatiana Giraud - Moins de diversité, c’est une alimentation plus vulnérable et moins nutritive

« Moins de diversité, c’est une alimentation plus vulnérable et moins nutritive »

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INTERVIEW – Spécialiste de la diversité génétique et de l’évolution (CNRS et Collège de France), Tatiana Giraud salue le modèle de la ferme de Grand Laval, avec sa formidable biodiversité, et une compréhension de ce délicat système d’interactions du vivant.

Dans votre livre L’attention au vivant, vous insistez sur l’urgence de protéger la biodiversité.

Elle est souvent perçue, à tort, comme une simple collection d’espèces qu’il suffirait de stocker dans des banques de graines, ou de congeler. L’idée d’une Arche de Noé est fausse. Ce n’est pas une affaire de conservation statique : la biodiversité est un système dynamique d’interactions, qui entraînent des réactions en chaîne, un point de bascule critique. Quelle espèce clé de voûte disparue fera collapser tout un écosystème ? Si on stoppe ce mouvement, tout peut s’effondrer comme un vélo qui tombe à l’arrêt. Le vivant ne peut être figé, il doit évoluer.

Une illustration de ces interactions fragiles ?

Au Kenya, la disparition d’une fourmi locale, chassée par une espèce invasive, a perturbé toute une chaîne écologique : cette fourmi avait une interaction symbiotique avec les acacias, qu’elle protégeait des herbivores. Sans elle, les acacias ont moins de feuilles, qui cachent moins bien les lions, qui attrapent moins de zèbres et s’attaquent alors aux buffles… dont la population a chuté. L’introduction d’une espèce peut faire disparaître une espèce native, sans a priori de lien évident. Chaque espèce est un rouage, parfois invisible, du fonctionnement global. De même, un champignon pathogène a déjà fait disparaître plus de mille espèces de batraciens.

Comment expliquer l’appauvrissement de la diversité génétique ?

Essentiellement par les activités humaines : surexploitation, espèces invasives, destruction des habitats et dérèglement climatique. Ces pressions réduisent la diversité génétique des espèces, affaiblissent les écosystèmes et perturbent les équilibres naturels, comme l’augmentation des inondations liée à la disparition des zones humides, qui agissaient comme zones tampons.

Quelles conséquences pour nos modes de vie ?

Moins de diversité, c’est une alimentation plus vulnérable et moins nutritive. Les écosystèmes appauvris sont moins résilients face aux catastrophes et notre microbiote intestinal, donc notre immunité, s’altère. Il est aussi fondamental de conserver la diversité génétique dans nos ressources gastronomiques. Or, je travaille depuis dix ans sur les moisissures de fromage, et note que le Pénicillium camemberti ne se reproduit plus. En réalité, nos chers camembert et brie sont en train de devenir une espèce en voie de disparition…

Que peut-on faire pour inverser la tendance ?

Restaurer les habitats, réintroduire des espèces, développer l’agroécologie… Mais aussi éduquer et réglementer. Les COP sur la biodiversité sont un premier pas, trop lent. Il faut une régulation mondiale pour sanctionner les comportements destructeurs. La tragédie des biens communs, c’est que chacun en dépend, mais que certains en profi tent sans jamais payer les dégâts. La sobriété doit devenir une règle, pas une option, et remplacer le greenwashing des influenceurs.

Et à l’échelle individuelle ?

Réduire les pesticides, soutenir l’agriculture locale, participer à des actions de conservation. Chacun a un rôle à jouer. Il ne s’agit pas d’un lointain avenir, à moyen terme, nos enfants seront les premières victimes si rien ne change.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANGELICA TARNOWSKA /REPORTERS D’ESPOIRS

Image de Cyrille Frank : Cyrille Frank - Expert Formation journalisme biodiversité Image de Pierre Girard : Pierre Girard - Formation journalisme biodiversité et récit de terrain Image de Carole Layac : Carole Layac - Enseignement et Formation journalisme biodiversité

Biodiversité : comment sortir du silence médiatique ? Les clés de notre formation pour les journalistes

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Pourquoi la biodiversité est-elle la grande oubliée des journaux ? Comment traiter l’urgence environnementale sans provoquer la sidération du public ? Pour répondre à ces défis, Reporters d’Espoirs lance son nouveau MOOC : une formation concrète pour réconcilier rigueur scientifique et récits de solutions. Nos trois experts référents vous expliquent pourquoi il est urgent de changer de méthode.

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New York Times

Transformation des médias : quand le New York Times fait de la science et de la santé un pilier de confiance

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En annonçant une expansion massive de sa couverture santé et sciences début 2026, le New York Times ne se contente pas d’ajouter des effectifs : il acte une mutation profonde du rôle du média. Dans un monde saturé d’incertitudes, l’expertise scientifique n’est plus une spécialité de niche, mais une stratégie de survie démocratique. Analyse d’un pivot qui fait écho aux ambitions de Reporters d’Espoirs.

Le pivot du New York Times : de l’information au service

L’annonce officielle du quotidien new-yorkais marque un tournant stratégique. En fusionnant ses expertises pour répondre aux défis contemporains (des politiques de santé publique au bien-être quotidien, en passant par les enjeux environnementaux) le média adopte une logique de « journalisme de service ».

L’objectif n’est plus seulement de rapporter des faits, mais d’aider le citoyen à naviguer dans un monde de plus en plus complexe. Pour Reporters d’Espoirs, ce mouvement valide une intuition portée depuis plus de 20 ans : pour recréer du lien, le média doit faire croître l’utilité et l’impact positif de ses contenus sur la vie des gens.

L’expertise scientifique comme rempart contre la fatigue informationnelle

Pourquoi ce pari sur la science maintenant ? La réponse réside dans l’état psychologique de l’audience. Selon le Baromètre Kantar – La Croix de janvier 2025, 51 % des Français ressentent de la fatigue ou du rejet par rapport à l’information. Ce désengagement est nourri par un sentiment d’angoisse ou d’impuissance face à l’actualité, cité par 41 % des citoyens.

Le déploiement d’une expertise scientifique solide permet de briser ce cycle d’anxiété. Là où l’information catastrophiste paralyse, la connaissance d’initiatives porteuses de solutions aide les citoyens à croire en leur capacité d’agir. C’est le cœur du lien entre médias et démocratie : promouvoir une information fiable et utile est indispensable à la cohésion sociale et à la stabilité démocratique.

Une tendance de fond : combler le déficit de formation

Le choix du New York Times souligne également une urgence structurelle : le manque de culture scientifique dans les rédactions. Pourtant, la quasi-totalité des journalistes sera amenée à couvrir des sujets ayant trait à la science appliquée à l’environnement.

Face à ce constat, l’investissement dans la formation devient prioritaire. Reporters d’Espoirs s’inscrit dans cette dynamique avec notre Lab Reporters d’Espoirs Biodiversité. L’objectif est d’acculturer des milliers de professionnels aux bases scientifiques pour traiter la crise environnementale avec la rigueur nécessaire à une société mieux informée.

Qu’est-ce qu’il se passe maintenant ?

La stratégie du New York Times rejoint la méthode du journalisme de solutions que nous défendons depuis 2004. Aux cinq questions traditionnelles (Quoi, Qui, Quand, Où, Pourquoi), le média ajoute désormais systématiquement une sixième dimension : ”Qu’est-ce qu’il se passe maintenant ? ».

Cette approche a prouvé son efficacité :

  • Impact citoyen : 46 % des personnes qui évitent l’information sont intéressées par un journalisme axé sur les solutions.
  • Performance économique : L’édition “Libé des solutions” a généré +34 % de ventes, et les articles de solutions de Nice Matin surperforment en temps de lecture et en fidélisation.
  • Santé mentale : Offrir des perspectives de résolution protège les citoyens du repli sur soi et du désœuvrement.

Ce qu’il faut retenir : La transformation illustrée par le New York Times prouve que la valeur d’un média en 2026 ne se mesure plus seulement à son audience, mais à son impact réel sur la capacité d’action de ses lecteurs. En plaçant la science et la santé au centre, le journalisme redevient un bien précieux de la démocratie.


Sources et Références

  1. New York Times (2025). Expanding Our Health and Science Coverage. Communiqué de presse officiel.
  2. Kantar – La Croix (01/2025). Baromètre de confiance dans les médias. Étude sur la fatigue informationnelle et l’angoisse liée à l’actualité..
  3. Observatoire des Médias sur l’Écologie (OME, 2025). Étude quantitative sur le traitement médiatique de la biodiversité..
  4. Reporters d’Espoirs (2025). Programme stratégique 2025-2028 : Science, Jeunesse et Démocratie..
  5. YouGov – Reuters Institute (2023). Digital News Report : Intérêt pour le journalisme axé sur les solutions..
  6. Nice Matin / Libération (2024). Données internes de ventes et d’engagement sur les contenus « Solutions ».
Fraude travail dissimulé journalisme de solutions

On a décortiqué un article de Capital… et l’histoire n’est plus la même

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1,5 milliard de fraude : pourquoi la plupart des journaux s’arrêtent au milieu de l’histoire. 

Vous avez sans doute vu passer cet article du média Capital, daté du 22 février 2026 : « Plus de 1,5 milliard d’euros : le travail au noir bat un record« .

Un papier factuel qui s’alarme d’une progression de 25 % du travail dissimulé en deux ans. L’article souligne un paradoxe de taille : si l’Urssaf détecte de mieux en mieux la fraude (1,5 milliard d’euros redressés), elle peine à recouvrer les fonds, avec seulement 6 % des sommes effectivement encaissées. Le ministre du Travail y rappelle les conséquences : affaiblissement de la Sécurité sociale, perte de droits à la retraite pour les salariés et concurrence déloyale pour les entreprises respectueuses des règles.

L’article pose un diagnostic sévère. Mais ce constat appelle une autre question : si la détection progresse, quels sont les leviers qui permettent aujourd’hui de passer du « chiffre notifié » à « l’argent récupéré » ? C’est ici que commence la démarche solutions. 

Partir du diagnostic mais l’orienter autrement

Le point de départ reste inchangé : la fraude se sophistique, notamment par le numérique, et le taux de recouvrement est le maillon faible de la chaîne.

La différence de regard est la suivante : plutôt que de s’arrêter au constat d’impuissance, on utilise ce « record de détection » comme la preuve d’un arsenal de contrôle qui monte en puissance. On s’interroge alors sur la suite de la chaîne :

  • Quels dispositifs ont permis d’atteindre ce niveau record de détection ?
  • Quelles sont les expérimentations qui parviennent à augmenter le taux de recouvrement ?
  • Comment la nouvelle loi examinée à l’Assemblée propose-t-elle de bloquer les fraudes à la racine plutôt que de courir après les « entreprises bidon » ?

Chercher ce qui se passe déjà, même à petite échelle

L’enquête va alors débusquer les signaux faibles et les changements de méthode :

  • C’est l’utilisation du « data mining » (croisement de fichiers) par l’Urssaf qui permet aujourd’hui de repérer des schémas frauduleux invisibles il y a trois ans.
  • Ce sont les fédérations professionnelles (BTP, commerce) qui mettent en place des labels ou des cartes d’identification (Carte BTP) pour protéger les chantiers et les entreprises vertueuses.
  • Ce sont des pays voisins ou des départements pilotes qui testent le « blocage des avoirs » dès la détection de la fraude, avant que l’entreprise ne disparaisse.

Définir clairement les terrains où enquêter

Pour que l’information soit utile, trois terrains de résolution doivent être explorés :

  • La cybersécurité sociale : comment l’IA et le numérique, outils de la fraude, deviennent les premiers outils de sa détection.
  • La responsabilité des donneurs d’ordres : comment responsabiliser les grandes entreprises qui sous-traitent pour s’assurer que leurs prestataires soient en règle.
  • L’arsenal législatif : comprendre concrètement comment le projet de loi du 24 février simplifie les saisies pour transformer les 6 % de recouvrement en un chiffre plus protecteur du bien commun.

Identifier des initiatives et vérifier leurs résultats

Le journalisme de solutions exige des preuves. Pour chaque avancée, il faut demander :

  • Le nouveau système de détection en temps réel a-t-il réduit le délai d’intervention des inspecteurs ?
  • Dans les secteurs où la carte d’identification est obligatoire, observe-t-on une baisse du travail dissimulé ?
  • Quels sont les obstacles techniques qui empêchent encore un recouvrement total ?

Examiner les limites pour comprendre les conditions de réussite

La résolution n’est pas magique. Il faut exposer les tensions : la complexité des montages dématérialisés internationaux, la protection des données personnelles lors du croisement des fichiers, et le coût humain de l’inspection face à une fraude industrielle. Exposer ces limites, c’est définir le chemin restant à parcourir.

Tester la reproductibilité pour passer du cas isolé à l’enjeu collectif

Une fois qu’une méthode de recouvrement efficace est identifiée (par exemple dans un secteur spécifique comme le BTP), peut-elle être transposée aux services à la personne ou au commerce en ligne ? C’est là que le sujet quitte le fait divers pour devenir un débat de société constructif sur l’équité devant l’impôt et la solidarité.

Ce que donnerait l’article relu avec cette méthode

On conserverait la gravité du chiffre (1,5 milliard), mais on basculerait vers un angle comme : “Lutte contre la fraude : derrière le record de détection, le défi du recouvrement 2.0”

Au lieu de laisser le lecteur sur un sentiment d’injustice et d’inefficacité, on lui montre comment la « riposte » s’organise. On passe d’un constat immobile à un récit de transformation législative et technologique. L’information ne sert plus seulement à dénoncer un record, mais à éclairer la protection future de notre modèle social.

ChatGpt - l'IA face au Journalisme de Solutions

IA vs journalisme de solutions : ChatGPT, Mistral & Co sont-ils capable d’identifier une vraie solution ?

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Alors que l’intelligence artificielle générative s’immisce dans la production de l’information, une question cruciale se pose : une machine peut-elle distinguer une véritable innovation sociale d’une simple opération de communication ? Si l’IA excelle à traiter des masses de données, la méthode Reporters d’Espoirs rappelle que le journalisme d’impact repose sur un pilier que l’algorithme ne peut franchir seul : le discernement humain. Entre détection statistique et enquête de terrain, analyse du rôle des algorithmes dans la fabrique de l’information constructive. Un article méthode : IA vs journalisme de solutions .

L’IA comme radar : détecter les « déviances positives »

L’intelligence artificielle n’est pas l’ennemie du journalisme de solutions . En réalité, elle en est le premier éclaireur. Elle analyse les données pour identifier les « déviances positives ».

  • Repérage d’anomalies : Les outils statistiques parcourent des bases de données massives.
  • Efficacité : Ils repèrent une école ou un hôpital aux résultats supérieurs à la moyenne malgré un contexte difficile.
  • Gain de temps : Ce processus est précieux pour les rédactions.

Des agrégateurs utilisent des opérateurs booléens pour filtrer les flux d’informations. Ainsi, ils aident les rédactions dans leur veille permanente. L’association Reporters d’Espoirs utilise d’ailleurs ce type d’algorithme, combiné à une expertise humaine, pour nourrir sa base de données LePlus, véritable réservoir d’initiatives pour les médias.

Le mur de l’algorithme : l’impossibilité de valider la réponse

C’est ici que s’arrête la compétence de la machine. L’IA peut signaler un fait statistique inhabituel. Néanmoins, elle est incapable de confirmer la crédibilité d’une solution.

  • Le « how-dunit » ou l’explication du processus : L’IA identifie le résultat chiffré, mais seul le travail d’enquête permet d’expliquer comment ce résultat a été obtenu.
  • La détection du « socialwashing » : Distinguer une véritable réponse sociétale d’une opération de greenwashing nécessite une connaissance fine du contexte politique et historique que l’IA ne possède pas. Elle a tendance à favoriser les contenus viraux ou sensationnalistes, risquant de relayer un « récit miracle » sans recul critique.
  • L’évaluation des limites : Une « vraie » solution doit impérativement exposer ses propres failles. L’IA, programmée pour être utile et consensuelle, peine à exercer cette distance critique indispensable à la crédibilité de l’info.

Le « 6e W » : l’exigence de l’enquête de terrain

Pour transformer une donnée en information de solution, le journaliste doit ajouter la question « And now ? » (Et maintenant ?) aux traditionnels 5W (qui, quoi, où, quand, pourquoi).

Cette étape exige un scepticisme nécessaire et un « travail à la maison » supplémentaire : vérifier les preuves via des essais contrôlés ou des données chiffrées solides. En interview, il est crucial de poser les questions qui fâchent sur la viabilité économique, le coût ou la pérennité de l’action. Un algorithme peut corréler des données, mais il ne peut pas confronter un porteur de projet sur la réalité de son infrastructure.

L’analogie de l’astronome

On peut comparer l’IA à un télescope automatique : il est capable de balayer le ciel pour pointer une lumière inhabituelle. Mais il faut toujours un astronome pour analyser le spectre de cette lumière, confirmer qu’il s’agit bien d’une étoile et non d’un satellite, et en expliquer la composition

IA vs journalisme de solutions : qui gagne le match ?

En résumé, l’IA agit comme un radar capable de signaler une anomalie statistique intéressante, mais elle ne possède pas le discernement éthique nécessaire pour qualifier cette anomalie de « solution » au sens journalistique.

Pour Reporters d’Espoirs, la technologie augmente le regard du journaliste, elle ne le remplace pas.

Journalisme de solutions France Télévisions

Journalisme de solutions chez France Télévisions : au-delà de la « bonne nouvelle »

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Le journalisme de solutions France Télévisions s’invite désormais au cœur du service public. Invitée sur le plateau de l’émission Votre Télé et Vous, l’association Reporters d’Espoirs a porté la voix de l’information constructive. Face aux interrogations des téléspectateurs, Gilles Vanderpooten a rappelé une vérité essentielle. Notre mission n’est pas de rassurer le public. Au contraire, elle vise à armer les citoyens pour comprendre le monde.

Une pédagogie nécessaire face au public

Une question revient régulièrement via les médiateurs de presse : « Pourquoi tant de noirceur dans l’actu ? ». Pour y répondre, le service public a choisi le dialogue. Ainsi, Gilles Vanderpooten est intervenu hier soir pour démêler le vrai du faux. Il était aux côtés de Jérôme Cathala et de nos confrères européens du Guardian (Jon Henley) et de Die Zeit (Annika Joeres).

L’enjeu de cette intervention pour Reporters d’Espoirs était clair. Il fallait sortir le « JoSo » des rédactions pour l’expliquer au grand public. En effet, la demande de positivité ne doit pas occulter l’exigence journalistique.

Méthode vs Émotion : marquer la rupture

Sur le plateau, nous avons tenu à établir une distinction nette. Le débat sur le journalisme de solutions France Télévisions a permis de clarifier deux approches souvent confondues :

  • D’une part, l’info « Bonne Nouvelle » relève de l’émotion. Elle est subjective et sert souvent d’échappatoire au réel.
  • D’autre part, l’info « Solutions » relève de la méthode. Elle est factuelle et sert d’outil pour la démocratie.

Une exigence validée par l’Europe

Cette intervention a prouvé que la vision portée par Reporters d’Espoirs depuis 20 ans est devenue un standard. De plus, le dialogue avec les correspondants allemands et britanniques l’a confirmé. Traiter les problèmes (climat, économie, social) sous l’angle de la réponse est une nécessité, pas un supplément d’âme.

Comme l’a résumé Gilles Vanderpooten à l’antenne : « Le journalisme de solutions, ce n’est pas voir la vie en rose, c’est voir le monde en entier. C’est enquêter sur la réponse avec la même rigueur que sur le problème. »

Retrouvez l’intégralité de cet échange qui positionne l’information constructive au cœur du service public.