Skip to main content
Category

Biodiversité Le Challenge

biodiversité journalisme économique

Faire de la Biodiversité un (vrai) sujet économique : ce que les journalistes sont venus chercher au Challenge Reporters d’Espoirs

By Biodiversité Le Challenge, Economie, HomeNo Comments

Ils n’étaient pas venus écouter un énième discours sur l’urgence écologique. Ils étaient venus travailler. Le 9 juin, quarante journalistes, dirigeants de rédactions, économistes et scientifiques se sont retrouvés à la Fondation François Sommer, dans le quartier du Marais à Paris, pour une nouvelle édition du Challenge Reporters d’Espoirs. Un seul objectif : faire de la biodiversité un sujet du journalisme économique et financier. Pas une rubrique nature. Pas un encart de plus en fin de journal. Un sujet de fond, traité avec l’exigence de la macroéconomie ou des marchés financiers.

En trois heures, le format a tenu sa promesse : une conférence d’ouverture avec des économistes du vivant, des ateliers de co-construction d’angles et de formats, et un temps de networking. Ce que les participants ont rapporté dans leurs rédactions, ce ne sont pas des bonnes intentions. Ce sont des sujets, des sources, des méthodes.

Un nouveau réflexe : devancer la question du vivant

Pour les journalistes économiques et les correspondants internationaux présents, l’intérêt premier n’était pas idéologique, mais méthodologique.

Si la couverture de sujets complexes, comme le déploiement de l’intelligence artificielle et la construction massive de data centers,  intégrait déjà la consommation des ressources en eau, les risques de pollutions locales ou les arbitrages fonciers, le Challenge a permis d’ajouter une dimension systématique. Le constat partagé est clair : s’accorder un temps de réflexion dédié permet d’acquérir un réflexe supplémentaire. L’objectif éditorial est de ne plus attendre que les décideurs économiques amènent d’eux-mêmes la question de la biodiversité. Le journaliste peut l’imposer proactivement, en interrogeant les conséquences directes sur les écosystèmes et en s’appuyant sur des rapports scientifiques précis pour nourrir son enquête.

En quelques heures de travail collectif, ces professionnels ont ainsi pu élargir leur réseau de sources : nouveaux rapports d’experts, références scientifiques et indicateurs du vivant jusqu’alors hors de leur périmètre habituel.

Cette évolution n’est pas une conversion. C’est une consolidation de méthode. Le journalisme économique a toujours cherché à cartographier les interdépendances. La biodiversité en est une, massive, et longtemps sous-exploitée dans les grilles d’analyse habituelles.

Rendre le vivant palpable, sans édulcorer les faits

Le deuxième enjeu pour les participants était d’ordre éditorial. Comment traiter un sujet que les audiences perçoivent comme abstrait, lointain, ou réservé aux spécialistes, sans tomber dans le catastrophisme qui produit l’effet inverse de celui recherché ?

Deux journalistes présentes au Challenge posent le problème depuis des angles complémentaires. Lorraine Goumot, journaliste financière, commence par déconstruire une opposition qu’elle juge infondée : « L’économie est strictement corrélée à l’environnement. S’il n’y a pas de forêt qui fonctionne et d’agriculture qui fonctionne, il n’y a pas de création de richesse. Donc la biodiversité est un élément essentiel de la finance et de l’économie. Je pense qu’il faut sortir d’une dialectique qui oppose création de richesse, économie et protection de la nature. Les sujets ne s’opposent pas, ils sont intimement liés. »

Ce cadrage posé, reste une difficulté concrète de métier. Émilie Brouze, journaliste au service économie et transition au Nouvel Obs, la formule directement : « La difficulté en tant que journaliste, c’est que la biodiversité peut être plus abstraite ou difficile à relier à la vie économique. Il faut incarner ces sujets à travers des histoires, à travers des portraits. Je pense que le journalisme de solutions est une réponse pour dépasser les simples constats. »

C’est précisément l’articulation entre les deux : dire que biodiversité et économie sont liées ne suffit pas. Encore faut-il trouver les histoires qui le rendent visible. Donner la parole à des experts capables de vulgariser les indicateurs du vivant, enquêter sur des mécanismes concrets, c’est outiller les lecteurs — grand public autant qu’investisseurs institutionnels — pour orienter leurs arbitrages en connaissance de cause.

50 % du PIB mondial : un angle mort médiatique ?

Le chiffre est connu des économistes. Il l’est moins des rédactions : 50 % du PIB mondial dépend directement ou indirectement de la biodiversité, selon les estimations du Forum économique mondial de Davos. Derrière ce chiffre, 44 000 milliards de dollars d’activité économique exposés à la dégradation des écosystèmes. Un sujet qui concerne les rubriques finance, immobilier, agro-industrie, assurance, énergie, autant que les pages environnement.

C’est précisément l’angle que le Challenge proposait de travailler : non pas convaincre les journalistes économiques que la biodiversité « mérite » d’être couverte, mais leur montrer concrètement comment l’intégrer dans les sujets qu’ils traitent déjà. Avec des économistes comme Harold Levrel (Professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle), Lauriane Mouysset (CNRS), Alexandre Rambaud (AgroParisTech) ou Clément Feger (AgroParisTech), les ateliers ont permis d’identifier des angles solides, sourcés scientifiquement, directement exploitables en rédaction.

Ce qui change dans les rédactions

Ce que le Challenge révèle, au fond, c’est moins une prise de conscience qu’une accélération. Dans les rédactions économiques, le mouvement est déjà là. Les sujets existent, obligations réelles environnementales, comptabilité du capital naturel, risques climatiques dans les bilans bancaires, impact de l’agriculture intensive sur les rendements à long terme. Ce qui manquait, c’était un espace structuré pour travailler collectivement les angles, tester les formats, et trouver les sources scientifiques capables de tenir face aux exigences du fact-checking journalistique.

En trois heures, le Challenge a fourni une première version de cet espace. La biodiversité comme sujet économique n’est plus une intention. C’est un chantier ouvert.

Reporters d’Espoirs organise chaque année le Challenge avec le soutien de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale et de l’Office Français de la Biodiversité, et également le soutien cette année de la Fondation François Sommer, de l’Alliance de la Presse et du PressClub de France.

Faire de la biodiversité un sujet médiatique incontournable : immersion au cœur du Challenge de Reporters d’Espoirs

By Biodiversité Actu, Biodiversité Le Challenge, Le Lab BiodiversitéNo Comments

par Théo Criscuolo et Emma Baraban, volontaires en service civique chez Reporters d’Espoirs

Jeudi 19 juin 2025, dans le cadre du lancement de son Lab Biodiversité, Reporters d’Espoirs réunissait, lors d’un Challenge inédit, soixante personnalités aux profils variés : scientifiques, journalistes politiques et économiques, éditorialistes, influenceurs et dirigeants de rédactions. Objectif : réfléchir ensemble aux leviers qui permettront de faire davantage de la biodiversité un sujet d’intérêt pour les acteurs des médias : quels angles éditoriaux nouveaux la biodiversité offre-t-elle ? Dans quelles conditions peut-elle être un levier de fidélisation et d’audience ? En quoi mérite-t-elle d’être plus largement couverte et diffusée… ?

Pour nourrir cette réflexion, Reporters d’Espoirs s’est associé au collectif Making Tomorrow et à sa méthode innovante de design fiction. Répartis en ateliers thématiques – autour de deux questions : “Comment faire de la biodiversité un sujet d’actu politique ?” et “Comment faire de la biodiversité un sujet d’actu économique ?” – les participants ont été invités à imaginer des scénarios éditoriaux originaux et porteurs d’angles pertinents.

Point de départ de chaque atelier : le visionnage d’extraits de films, séries ou publicités. Dans les deux groupes observés, les séquences abordaient deux sujets actuels : le climato scepticisme, et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le cadre de la préservation de la biodiversité. Ces images ont servi de déclencheurs pour libérer la parole et recueillir les réactions spontanées des participants – positives comme dubitatives. À partir de ces échanges, les animateurs ont construit, avec le groupe, des scénarios prospectifs et créatifs.

Ce qui frappe, dès les premières minutes, c’est la force de la fiction pour rendre tangibles les enjeux et illustrer les paradoxes du traitement médiatique de la biodiversité. Les débats ont rapidement mis en lumière un constat partagé : les jeunes générations, plus sensibilisées et souvent plus radicales dans leurs engagements pour l’environnement en général et la biodiversité notamment, semblent délaisser les médias qui n’accordent pas assez de place à ces sujets.

Autre objet qui a animé les discussions : la montée en puissance des influenceurs et des journalistes qui se sont imposés sur les réseaux sociaux comme nouveaux médias à part entière. À l’image d‘Hugo Clément ou d’Hugo Décrypte qui reviennent dans nombre de discussions, ces figures incarnent la lutte climatique -de manière évidente pour le premier en tout cas- et captent un large public jeune grâce à des formats courts, engageants et percutants. Cette dynamique crée une forme d’opposition avec les médias traditionnels, qui peinent parfois à rivaliser en termes d’impact et de proximité. Bien que les journalistes soient désormais formés à ces nouveaux codes et formats numériques, plusieurs défis subsistent, notamment celui de la surinformation. Les jeunes, eux, réclament plus de contenus sur la biodiversité, mais attendent surtout qu’on leur donne la parole et qu’on crée un dialogue authentique.

Dès lors, plusieurs pistes émergent : créer des formats plus interactifs et immersifs, encourager un dialogue plus direct entre journalistes et jeunes publics, et inventer de nouveaux angles éditoriaux où la biodiversité devient un levier de fidélisation et d’audience. En résumé, replacer la biodiversité au cœur du récit médiatique, non pas comme une contrainte, mais comme une opportunité de réinventer la relation entre médias et citoyens.

Ce Challenge, en conjuguant expertise scientifique, créativité éditoriale et design fiction, aura permis d’esquisser des pistes concrètes pour que la biodiversité cesse d’être cantonnée aux rubriques spécialisées et devienne enfin un sujet central et fédérateur.

Témoignages des participants

Olivier Pirot, journaliste à la Nouvelle République du Centre Ouest
J’ai trouvé très pertinent et intéressant de pouvoir confronter notre travail à d’autres considérations, d’autres acteurs de l’environnement et entendre, aussi, leurs arguments et leurs positions. Cela a permis, aussi, à tous de faire tomber quelques clichés sur le métier des uns et des autres.

Pierre Viard, Consultant & éditeur, participant au Challenge 2025
Merci d’avoir rassemblé ces professions différentes pour comprendre les interprétations de chacun sur ce sujet commun … dans une période où le rôle des médias et de l’influence est de plus en plus primordial !


Serge Tisseron, Psychiatre
De telles rencontres contribuent à définir un langage commun qui puisse être porté dans nos diverses sphères d’influence, avec l’espoir de démultiplier l’impact de formulations fortes.


Céline Bellard, chercheuse au CNRS
J’ai trouvé l’approche vraiment très intéressante et originale. Reporters d’Espoirs a organisé une belle matinée vraiment enrichissante. Les discussions ont aussi montré qu’il y a un réel besoin de rapprocher chercheurs et journalistes pour parler de la crise de la biodiversité, et aider ces derniers à mieux maîtriser les angles sur le sujet.

19.06.2025 : le Challenge Reporters d’Espoirs Biodiversité rassemble 60 journalistes, scientifiques et dirigeants à la Fondation François Sommer

By Agenda, Biodiversité Actu, Biodiversité Le Challenge, Home, Le Lab BiodiversitéNo Comments

Bernard de la Villardière (M6, Réel), Marie-Laure Augry (Assises du journalisme), Virginie Fichet (France Télévisions) en exercice de design fiction Making Tomorrow x Reporters d’Espoirs. 

 

A l’occasion du lancement de son Lab Biodiversité avec le soutien de l’Office Français de la Biodiversité et de la Fondation du Crédit Mutuel Alliance Fédérale, Reporters d’Espoirs rassemble ce jeudi 19 juin 2025, 60 personnalités de tous horizons à la Fondation François Sommer/Musée de la chasse et de la nature à Paris. 60 scientifiques, journalistes économiques et politiques, observateurs et acteurs des médias, éditorialistes et influenceurs, dirigeants.
L’objectif : réfléchir ensemble aux leviers qui permettront de faire de la biodiversité un sujet d’intérêt pour les acteurs des médias : quels angles éditoriaux nouveaux la biodiversité offre-t-elle ? Dans quelles conditions peut-elle être un levier de fidélisation et d’audience ? En quoi mérite-t-elle d’être plus largement couverte et diffusée… ?

Reporters d’Espoirs a associé les designers, anthropologues et experts du collectif Making Tomorrow pour faire ressortir des idées, des angles, des opportunités, des scénarios qui donnent envie, grâce à la méthode du design fiction.

Parmi les participants : des journalistes, dirigeantes et dirigeants de rédactions (France TV, Le Canard Enchainé, Le Point, The Conversation, Le Pèlerin…), animateurs (M6), nouveaux médias (Youtube, Réel), journalistes et rédactions en chef (Le Nouvel Obs, La Croix, Libération, Télérama, Arte, La Nouvelle République du Centre-Ouest, TF1, Reuters, Les Echos, Le 1, Le Monde), enseignants en écoles de journalisme (ESJ Lille), associations de journalistes (AJSPI, Assises du journalisme, Alliance de la Presse, Journalisme et citoyenneté), éditorialistes (France Inter) ; scientifiques (CNRS, Inrae, OFB), écrivains voyageurs ; ou encore acteurs de la banque et de la finance (Crédit Mutuel, Lombard Odier).