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Raconter la biodiversité pour mieux la comprendre

By 23 juillet 2026No Comments
Photo de Amélie Aronson sur Unsplash

La science est un langage qui doit être traduit pour être compris. Aussi, les journalistes traduisent chaque jour des connaissances scientifiques complexes pour les rendre accessibles au grand public. Les mots qu’ils choisissent, les récits qu’ils façonnent et les sources qu’ils mobilisent influencent la manière dont la biodiversité est perçue.

Comment trouver le bon équilibre pour rendre la science accessible tout en respectant sa rigueur ? Voici quelques pistes pour explorer différentes manières de parler de la biodiversité.

Tous les mots suivis d’une astérisque sont définis dans notre glossaire.  

Comment la narration transforme notre perception de la biodiversité

Depuis des siècles, les êtres humains s’appuient sur la narration pour donner un sens au monde qui les entoure. Les scientifiques ne font pas exception : ils recourent souvent à des récits et à un langage figuré pour expliquer des sujets complexes. Deux exemples : la crise de la biodiversité et la perte de diversité génétique sont comparées par certains chercheurs à l’incendie de la Grande Bibliothèque d’Alexandrie. Quant à l’expression « effet de serre », elle évoque une image qui aide à comprendre comment le changement climatique réchauffe la planète. 

Ces cadres narratifs peuvent permettre de situer une question ou un phénomène scientifique particulier dans un contexte plus large. Ils peuvent également influencer à la fois la manière dont nous conceptualisons un enjeu environnemental et le type de solutions que nous pourrions privilégier pour y remédier. 

Une étude publiée en 2024 dans BioScience par des chercheurs de l’université du Kent, au Royaume-Uni suggère qu’il existe quatre grands types de cadres narratifs à travers lesquels nous appréhendons la biodiversité :

  1. Des récits individuels, fondés sur la mémoire, où « la biodiversité intervient comme un événement au sein d’histoires plus larges sur l’individu » et son expérience de la nature  — comme le fait de  grimper aux arbres, sauter dans des tas de feuilles, etc.
  2. Des récits issus de la culture populaire qui présentent la biodiversité comme un personnage ou un décor (voir notre article sur les liens entre la biodiversité et les films Disney, les jeux vidéo et les séries télévisées populaires)
  3. Des récits autour des interactions entre l’humain et la biodiversité, et de la manière dont celles-ci sont façonnées par la gestion des territoires (par exemple, la lutte contre les espèces envahissantes)
  4. La nature en tant qu’histoire à part entière, où elle devient la toile de fond sur laquelle se déroule une série d’événements naturels — la comédie musicale Into the Woods de Stephen Sondheim en est un exemple parmi d’autres.

S’appuyer sur ces structures pour trouver un nouvel angle ou un nouveau sujet peut ainsi aider à mobiliser divers acteurs pour informer sur les questions liées à la biodiversité.

Miser sur la complémentarité entre récits et chiffres

Les récits sont d’autant plus importants qu’ils viennent éclairer et ancrer les messages dans les consciences. En effet, si les chiffres (sondages, études…) sont un moyen rapide et efficace d’accrocher l’attention, ils ne garantissent pas pour autant l’assimilation de l’information principale dans un reportage ou un article. Et sur un sujet complexe comme celui de la biodiversité, l’interprétation de données chiffrées peut ne donner qu’une vague idée des enjeux. C’est là que la complémentarité entre les deux approches devient indispensable. Les métaphores, les récits personnels et culturels sont des alliés pour faciliter la compréhension des principes scientifiques et faire passer ces études de la marge de l’attention publique au premier plan du débat. 

Les articles qui s’inscrivent dans une approche de « journalisme des solutions » sont d’autant plus intéressants qu’ils mettent en scène des personnages ou des situations auxquels on peut s’identifier. Profondément ancrés dans un lieu donné, ils constituent des approches efficaces pour traiter de la biodiversité.

Selon les chercheurs britanniques de l’étude citée plus haut : « Si nous voulons comprendre comment les gens appréhendent et raisonnent sur le monde naturel, et lui attribuent un sens et une importance dans leur vie, nous devons partir de la manière dont le langage est construit et utilisé dans ces contextes ordinaires, quotidiens et variés. » La manière dont les journalistes parlent de la biodiversité a donc son importance : le langage médiatique peut orienter la prise de conscience et le passage à l’action des citoyens. 

Une remarque cependant : bien que ces outils soient utiles pour aller rapidement à l’essentiel et offrir un récit clair, le même article souligne qu’ils « peuvent être en décalage avec les connaissances scientifiques dominantes ou occulter les nuances et la complexité scientifiques ». Le langage doit donc se situer entre le scientifiquement exact et la compréhension sociale.

Quelques pistes pour raconter autrement la biodiversité

Voici quelques pistes pour trouver le bon équilibre entre récits et données scientifiques dans l’information sur la biodiversité :

  • Ancrer les enjeux dans des histoires humaines. Derrière chaque étude ou politique publique se trouvent des personnes, des territoires et des expériences vécues qui permettent aux lecteurs de s’approprier un sujet parfois abstrait. 
  • Diversifier les récits pour prioriser une approche du journalisme de solutions. Expliquer les problèmes, les difficultés, est nécessaire. Mais le monde ne se limite pas à ça, et des solutions existent pour relever les défis auxquels nous faisons face. Les initiatives de protection, de conservation, de restauration ou les relations entre communautés humaines et non humaines peuvent ouvrir d’autres portes d’entrée vers la biodiversité.
  • Choisir ses métaphores avec précaution. Une bonne image facilite la compréhension, mais elle peut aussi simplifier à l’excès. L’objectif n’est pas de rendre la science spectaculaire ou simpliste, mais accessible, sans en gommer les nuances.
  • Incarner les données. Les chiffres permettent de mesurer l’ampleur d’un phénomène, les récits permettent d’en comprendre les conséquences. Les deux sont complémentaires.

En prêtant attention à ces dimensions linguistiques, les journalistes peuvent non seulement enrichir leurs reportages, mais aussi offrir une vision plus complète et plus représentative du vivant.

Photo de Amélie Aronson sur Unsplash

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