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« COP16 -PLENARY 1NOV 76 » par UN Biodiversity, CC BY 2.0

Comment aborder la COP17 dans les médias ?

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Du 19 au 30 octobre, la 17e Conférence des Parties (COP) sur la Convention de la diversité biologique (CDB) se déroulera à Yerevan, en Arménie. Les 196 pays qui font partie du traité évalueront les progrès accomplis sur la mise en application de cette convention, incluant ses objectifs de protéger la biodiversité et de gérer l’utilisation des ressources naturelles. Voici ce que vous devez savoir avant le début de la conférence. 

Tous les mots suivis d’un * sont dans notre glossaire de la biodiversité.

Une COP, c’est quoi ? 

Une Conférence des Parties* (COP) est un sommet international dédié à une convention où plusieurs Parties — les membres de la convention — se retrouvent pour négocier et adopter des termes, conditions et objectifs liés à la convention. La COP la plus connue est celle qui rassemble des États membres de l’ONU sur le changement climatique et qui a lieu chaque automne (aussi surnommée “COP Climat”). 

Ces rassemblements sont l’émanation de la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement qui s’est tenue à Rio de Janeiro en 1992. Plusieurs conventions y ont été établies, incluant la Convention sur la diversité biologique (CDB). Les premières COP se sont déroulées au cours des cinq années suivantes. 

Au-delà du climat et de la biodiversité, il existe des COP pour d’autres accords environnementaux comme la Convention sur la lutte contre la désertification et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. La première COP Océans se tiendra du 11 au 22 janvier 2027 à New York. Elles sont toutes liées en structure mais distinctes en sujet.

Les COP, quel intérêt ?

Les COP fonctionnent comme des forums où presque tous les pays du monde se réunissent autour d’un même sujet : chaque État membre a une voix, qu’importe sa taille, sa visibilité ou son envergure sur la scène géopolitique mondiale. Ces événements sont des tribunes permettant aux pays vulnérables ou aux petits États d’accroître leur influence, ainsi que des espaces où les communautés autochtones, le monde scientifique et la société civile peuvent se manifester et faire pression sur les décisionnaires. 

Les principales missions des COP consistent à élaborer et adopter des traités, allouer des financements à certaines questions prioritaires, évaluer les progrès accomplis par rapport aux objectifs fixés lors des COP précédentes, et s’appuyer sur ces conclusions pour définir les objectifs futurs. Cependant, l’une des critiques récurrentes à leur encontre est que la COP manque de pouvoir : elle ne peut pas imposer le respect des décisions, car celles-ci sont prises par consensus et ne sont pas juridiquement contraignantes. De plus, cette exigence d’un consensus absolu signifie, dans de nombreux cas, qu’un seul pays dissident peut bloquer le processus et freiner les avancées. 

La COP17 : quels enjeux ?  

La prochaine COP dédiée à la Convention sur la Diversité Biologique* (CDB) sera la 17e du genre et se tiendra en Arménie du 19 au 30 octobre 2026. La CDB est un accord qui a pour objectifs la conservation de la biodiversité, l’utilisation durable des ressources naturelles et le partage juste et équitable des avantages venant des ressources génétiques. Ces concertations biennales réunissent les signataires de la CDB pour examiner les progrès internationaux dans la mise en œuvre du traité et déterminer les objectifs des années à venir. 

La COP17 se concentrera sur la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, une politique adoptée lors de la COP15 qui vise à enrayer et à inverser la perte de la diversité biologique avant la fin de la décennie. Cette année sera la première fois que les Parties procèdent à un bilan global des progrès collectifs accomplis dans la mise en œuvre de l’accord de Kunming-Montréal. Mais il y a déjà des frictions, plusieurs pays étant en retard pour soumettre leurs plans d’action. Il risque d’y avoir un grand écart entre les engagements pris et l’objectif de faire que 30 % des terres et 30 % des écosystèmes marins deviennent des aires protégées d’ici à 2030, enjeu majeur des dernières COP. 

« Implémentation » sera le maître mot, avec plusieurs discussions visant à traduire les cibles globales en action nationale et concrète. Mais historiquement, la question de savoir qui doit payer figure parmi celles qui génèrent le plus de tensions. L’accord de Kunming-Montréal prévoit qu’au moins 200 milliards de dollars américains soient mobilisés chaque année avant 2030. Il demande également aux pays développés d’augmenter d’au moins 30 milliards de dollars américains leurs dons annuels aux pays ayant besoin d’un soutien financier d’ici à la fin de la décennie. 

Autre sujet central : qui bénéficie des connaissances sur la génétique, telles que le fonctionnement des génomes et de l’ADN, par exemple ?  

La COP16 a établi le Fonds Cali*, une enveloppe financière gérée par l’ONU et alimentée par les grandes entreprises et acteurs qui dépendent fortement des données et des ressources génétiques (industries pharmaceutiques, cosmétiques, etc.). Ce fonds a été créé à la suite des revendications des pays en développement, qui abritent une grande partie de la biodiversité mondiale. Ils ont estimé que, puisque la majorité des ressources génétiques se trouve dans les pays du Sud et est détenue par des communautés autochtones, les revenus générés par leur exploitation doivent revenir à ces peuples. De leur côté, des pays développés considèrent que cette réorientation des fonds va suffoquer l’innovation scientifique et que les données génétiques doivent rester gratuites et en accès libre. 

Seul l’avenir dira comment toutes ces questions seront résolues dans les couloirs de la conférence. 

Journalistes : comment couvrir la COP17 sans greenwashing ?

Les COP offrent de nombreuses pistes à explorer pour leur traitement médiatique. Mais cela suppose de dépasser les annonces pour aller plus loin.

 Quelques conseils : 

  • Les annonces ne correspondent pas nécessairement aux décisions qui ont été prises. Parfois les délégations annoncent qu’il y a du « mouvement » ou du « progrès » sur un traité : ça ne signifie pas toujours qu’une nouvelle politique est créée. → Creuser pour voir ce qu’il en est concrètement.
  • Sur un sujet similaire : les engagements annoncés par les gouvernements peuvent différer — et c’est souvent le cas — de ce qui a été effectivement convenu. → Identifier les points de divergence et d’alignement, puis approfondir la question.
  • Les chiffres des financements dans les politiques mises en œuvre diffèrent-ils de ceux annoncés dans les engagements pris ? → Se pencher sur les dépenses annoncées et celles effectuées.
  • Regarder qui est représenté dans les négociations : quelles voix sont les plus audibles, quels intérêts sont reflétés, quelles langues sont utilisés et qui bloque ou inspire le progrès. → Explorer les intérêts (économiques, sociaux, environnementaux) qui ressortent des négociations.
  • Analyser les progrès qui viennent de la conférence, ainsi que les possibilités qu’ils ouvrent et les écueils potentiels. → Mobiliser le journalisme de solutions pour évaluer l’impact réel des COP.

  Source de l’image : « COP16 -PLENARY 1NOV 76 » par UN Biodiversity, CC BY 2.0

Crée par Phoebe Skok pour Reporters d’Espoirs d’après une infographie de NOAA

El Niño : dépasser les événements extrêmes pour raconter les enjeux de fond

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Un « super » El Niño se prépare dans l’océan Pacifique et s’annonce non seulement comme le phénomène le plus puissant jamais enregistré, mais aussi comme le plus grave, avec une « marge véritablement stupéfiante », selon une analyse récente de Zeke Hausfather, climatologue au sein de l’organisation à but non lucratif Berkeley Earth. Pourtant, la plupart des discussions autour d’El Niño se concentrent uniquement sur le réchauffement des eaux — mais qu’en est-il de ses impacts sur la biodiversité, les régimes climatiques mondiaux et le système alimentaire ? 

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Photo de The Climate Reality Project sur Unsplash

Les cinq réflexes à adopter pour mieux traiter les sujets environnementaux

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Un guide récemment publié en anglais par l’UNESCO et le Représentant pour la liberté des médias de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), intitulé « Reporting the Environment : A Practical Manual for Journalists » (Couvrir l’environnement : un manuel pratique pour les journalistes), explique comment les journalistes peuvent aborder les problèmes courants rencontrés dans le journalisme environnemental.

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Fraude travail dissimulé journalisme de solutions

On a décortiqué un article de Capital… et l’histoire n’est plus la même

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1,5 milliard de fraude : pourquoi la plupart des journaux s’arrêtent au milieu de l’histoire. 

Vous avez sans doute vu passer cet article du média Capital, daté du 22 février 2026 : « Plus de 1,5 milliard d’euros : le travail au noir bat un record« .

Un papier factuel qui s’alarme d’une progression de 25 % du travail dissimulé en deux ans. L’article souligne un paradoxe de taille : si l’Urssaf détecte de mieux en mieux la fraude (1,5 milliard d’euros redressés), elle peine à recouvrer les fonds, avec seulement 6 % des sommes effectivement encaissées. Le ministre du Travail y rappelle les conséquences : affaiblissement de la Sécurité sociale, perte de droits à la retraite pour les salariés et concurrence déloyale pour les entreprises respectueuses des règles.

L’article pose un diagnostic sévère. Mais ce constat appelle une autre question : si la détection progresse, quels sont les leviers qui permettent aujourd’hui de passer du « chiffre notifié » à « l’argent récupéré » ? C’est ici que commence la démarche solutions. 

Partir du diagnostic mais l’orienter autrement

Le point de départ reste inchangé : la fraude se sophistique, notamment par le numérique, et le taux de recouvrement est le maillon faible de la chaîne.

La différence de regard est la suivante : plutôt que de s’arrêter au constat d’impuissance, on utilise ce « record de détection » comme la preuve d’un arsenal de contrôle qui monte en puissance. On s’interroge alors sur la suite de la chaîne :

  • Quels dispositifs ont permis d’atteindre ce niveau record de détection ?
  • Quelles sont les expérimentations qui parviennent à augmenter le taux de recouvrement ?
  • Comment la nouvelle loi examinée à l’Assemblée propose-t-elle de bloquer les fraudes à la racine plutôt que de courir après les « entreprises bidon » ?

Chercher ce qui se passe déjà, même à petite échelle

L’enquête va alors débusquer les signaux faibles et les changements de méthode :

  • C’est l’utilisation du « data mining » (croisement de fichiers) par l’Urssaf qui permet aujourd’hui de repérer des schémas frauduleux invisibles il y a trois ans.
  • Ce sont les fédérations professionnelles (BTP, commerce) qui mettent en place des labels ou des cartes d’identification (Carte BTP) pour protéger les chantiers et les entreprises vertueuses.
  • Ce sont des pays voisins ou des départements pilotes qui testent le « blocage des avoirs » dès la détection de la fraude, avant que l’entreprise ne disparaisse.

Définir clairement les terrains où enquêter

Pour que l’information soit utile, trois terrains de résolution doivent être explorés :

  • La cybersécurité sociale : comment l’IA et le numérique, outils de la fraude, deviennent les premiers outils de sa détection.
  • La responsabilité des donneurs d’ordres : comment responsabiliser les grandes entreprises qui sous-traitent pour s’assurer que leurs prestataires soient en règle.
  • L’arsenal législatif : comprendre concrètement comment le projet de loi du 24 février simplifie les saisies pour transformer les 6 % de recouvrement en un chiffre plus protecteur du bien commun.

Identifier des initiatives et vérifier leurs résultats

Le journalisme de solutions exige des preuves. Pour chaque avancée, il faut demander :

  • Le nouveau système de détection en temps réel a-t-il réduit le délai d’intervention des inspecteurs ?
  • Dans les secteurs où la carte d’identification est obligatoire, observe-t-on une baisse du travail dissimulé ?
  • Quels sont les obstacles techniques qui empêchent encore un recouvrement total ?

Examiner les limites pour comprendre les conditions de réussite

La résolution n’est pas magique. Il faut exposer les tensions : la complexité des montages dématérialisés internationaux, la protection des données personnelles lors du croisement des fichiers, et le coût humain de l’inspection face à une fraude industrielle. Exposer ces limites, c’est définir le chemin restant à parcourir.

Tester la reproductibilité pour passer du cas isolé à l’enjeu collectif

Une fois qu’une méthode de recouvrement efficace est identifiée (par exemple dans un secteur spécifique comme le BTP), peut-elle être transposée aux services à la personne ou au commerce en ligne ? C’est là que le sujet quitte le fait divers pour devenir un débat de société constructif sur l’équité devant l’impôt et la solidarité.

Ce que donnerait l’article relu avec cette méthode

On conserverait la gravité du chiffre (1,5 milliard), mais on basculerait vers un angle comme : “Lutte contre la fraude : derrière le record de détection, le défi du recouvrement 2.0”

Au lieu de laisser le lecteur sur un sentiment d’injustice et d’inefficacité, on lui montre comment la « riposte » s’organise. On passe d’un constat immobile à un récit de transformation législative et technologique. L’information ne sert plus seulement à dénoncer un record, mais à éclairer la protection future de notre modèle social.

Comment l’AFP s’est réorganisée pour mieux traiter les enjeux environnementaux

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À l’occasion du prix européen jeunes Reporters d’Espoirs, nous avons pu échanger avec deux journalistes de l’Agence France Presse (AFP), Marianne Barriaux, adjointe au rédacteur en chef Europe et Juliette Michel, adjointe à la cheffe du pôle Planète, pour comprendre comment l’agence internationale a réorganisé sa rédaction pour mieux couvrir les enjeux environnementaux. 

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ChatGpt - l'IA face au Journalisme de Solutions

IA vs journalisme de solutions : ChatGPT, Mistral & Co sont-ils capable d’identifier une vraie solution ?

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Alors que l’intelligence artificielle générative s’immisce dans la production de l’information, une question cruciale se pose : une machine peut-elle distinguer une véritable innovation sociale d’une simple opération de communication ? Si l’IA excelle à traiter des masses de données, la méthode Reporters d’Espoirs rappelle que le journalisme d’impact repose sur un pilier que l’algorithme ne peut franchir seul : le discernement humain. Entre détection statistique et enquête de terrain, analyse du rôle des algorithmes dans la fabrique de l’information constructive. Un article méthode : IA vs journalisme de solutions .

L’IA comme radar : détecter les « déviances positives »

L’intelligence artificielle n’est pas l’ennemie du journalisme de solutions . En réalité, elle en est le premier éclaireur. Elle analyse les données pour identifier les « déviances positives ».

  • Repérage d’anomalies : Les outils statistiques parcourent des bases de données massives.
  • Efficacité : Ils repèrent une école ou un hôpital aux résultats supérieurs à la moyenne malgré un contexte difficile.
  • Gain de temps : Ce processus est précieux pour les rédactions.

Des agrégateurs utilisent des opérateurs booléens pour filtrer les flux d’informations. Ainsi, ils aident les rédactions dans leur veille permanente. L’association Reporters d’Espoirs utilise d’ailleurs ce type d’algorithme, combiné à une expertise humaine, pour nourrir sa base de données ”LePlus”, véritable réservoir d’initiatives pour les médias.

Le mur de l’algorithme : l’impossibilité de valider la réponse

C’est ici que s’arrête la compétence de la machine. L’IA peut signaler un fait statistique inhabituel. Néanmoins, elle est incapable de confirmer la crédibilité d’une solution.

  • Le « how-dunit » ou l’explication du processus : L’IA identifie le résultat chiffré, mais seul le travail d’enquête permet d’expliquer comment ce résultat a été obtenu.
  • La détection du « socialwashing » : Distinguer une véritable réponse sociétale d’une opération de greenwashing nécessite une connaissance fine du contexte politique et historique que l’IA ne possède pas. Elle a tendance à favoriser les contenus viraux ou sensationnalistes, risquant de relayer un « récit miracle » sans recul critique.
  • L’évaluation des limites : Une « vraie » solution doit impérativement exposer ses propres failles. L’IA, programmée pour être utile et consensuelle, peine à exercer cette distance critique indispensable à la crédibilité de l’info.

Le « 6e W » : l’exigence de l’enquête de terrain

Pour transformer une donnée en information de solution, le journaliste doit ajouter la question « And now ? » (Et maintenant ?) aux traditionnels 5W (qui, quoi, où, quand, pourquoi).

Cette étape exige un scepticisme nécessaire et un « travail à la maison » supplémentaire : vérifier les preuves via des essais contrôlés ou des données chiffrées solides. En interview, il est crucial de poser les questions qui fâchent sur la viabilité économique, le coût ou la pérennité de l’action. Un algorithme peut corréler des données, mais il ne peut pas confronter un porteur de projet sur la réalité de son infrastructure.

L’analogie de l’astronome

On peut comparer l’IA à un télescope automatique : il est capable de balayer le ciel pour pointer une lumière inhabituelle. Mais il faut toujours un astronome pour analyser le spectre de cette lumière, confirmer qu’il s’agit bien d’une étoile et non d’un satellite, et en expliquer la composition

IA vs journalisme de solutions : qui gagne le match ?

En résumé, l’IA agit comme un radar capable de signaler une anomalie statistique intéressante, mais elle ne possède pas le discernement éthique nécessaire pour qualifier cette anomalie de « solution » au sens journalistique.

Pour Reporters d’Espoirs, la technologie augmente le regard du journaliste, elle ne le remplace pas.

AFP : voici comment la plus grande agence de presse s’approprie le journalisme de solutions

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À l’occasion du dernier prix européen jeunes Reporters d’Espoirs, nous avons pu échanger avec deux journalistes de l’Agence France Presse (AFP), Marianne Barriaux, adjointe au rédacteur en chef Europe et Juliette Michel, adjointe à la cheffe du pôle Planète, pour comprendre comment l’agence internationale développe le journalisme de solutions dans sa production d’informations. 

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Libé des solutions : « C’est l’un des journaux les mieux vendus de l’année »

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18 ans après son lancement, l’édition spéciale créée avec Reporters d’Espoirs s’avère toujours performante : +34% de ventes l’année dernière. Elle plait aux lecteurs – ce qui n’est pas la moindre des qualités pour un journal qui a vocation à être lu ! – et aux journalistes qui ont progressivement intégré la méthode du journalisme de solutions. Nous avons voulu savoir comment les choses s’organisent et sont perçues au sein du journal. 

En 2007, Libération lançait en partenariat avec Reporters d’Espoirs, un numéro spécial consacré au journalisme de solutions. Après plusieurs années de coopération, la rédaction du quotidien national s’est emparée pleinement du projet. Et c’était bien l’objectif. Dix-huit ans plus tard, le Libé des solutions paraît toujours, chaque 31 décembre. « Si j’étais très cynique, je dirais que si on continue à le faire, c’est parce que c’est un des journaux qui se vend le mieux de l’année », lance Michel Becquembois, responsable des éditions spéciales chez Libération. Et c’est vrai. En 2024, il a fait +34% de ventes par rapport à un numéro classique sur la même période, et +38% en 2023. Mais s’arrêter aux ventes, ce serait passer à côté de l’essentiel. 

Se forcer à porter un regard différent

Derrière ce succès commercial, il y a un vrai projet éditorial. Et si une fois par an, on se forçait à regarder l’actualité autrement ? Michel Becquembois pilote le Libé des solutions depuis 2021. Il en est à sa cinquième édition. Pour lui, ce numéro annuel joue un rôle précis au sein de la rédaction : « Quand on est entraîné par le flux de l’actualité, on se laisse facilement emporter par les guerres, les conflits, le terrorisme, les arrangements politiques. Se forcer à porter un regard différent, ça nous aide. C’est un aiguillon qu’on se met à nous-mêmes. » 

Un constat que partage Elsa Maudet, cheffe adjointe du pôle société de Libération, qui contribue au numéro depuis plusieurs années. « Assez naturellement, on va vers ce qui dysfonctionne. Et évidemment, il faut le faire. Mais si on n’a que du négatif, en tant que journalistes, il y a un vrai impact sur le moral. Cette spirale peut être un peu mortifère. » 

Pour les deux journalistes, le Libé des solutions n’est donc pas un simple « feel good journal », mais une tentative de rééquilibrage. Une manière de rappeler que le réel ne se limite pas à ce qui échoue, et que raconter ce qui fonctionne relève aussi d’un travail journalistique exigeant.

« Le journal de Gandhi »

Depuis 2007, le Libé des solutions a bien évolué. À ses débuts, le concept était flou. Ou mal perçu. Parfois moqué en interne. « On parlait de “Libé des bonnes nouvelles », raconte Michel Becquembois. Certains raillaient ce numéro en disant que c’était le journal de Gandhi, qu’on allait raconter que tout va bien. » Avec le temps, le concept s’est affiné. Reporters d’Espoirs y a signé des reportages sur la mafia en Sicile (et comment lutter contre), ou sur des entreprises au bord de la faillite (qui s’en sont relevées à force d’ingéniosité) : quand les narrations comportent une part de tension et de résolution, cela aide à convaincre.

Le journalisme de solutions a depuis un certain temps été théorisé, clarifié, et débarrassé de son angélisme supposé. La profession, aussi, a fait un peu de travail sur elle-même, sur ses biais… « Ce n’est pas un journalisme qui nie les problèmes, précise Michel Becquembois. On va chercher des choses constructives, mais on garde notre esprit critique de journalistes. » Aujourd’hui, cette distinction est largement intégrée dans la rédaction. Et le Libé des solutions est devenu un exercice assumé, qui « nous fait du bien », assure-t-il.

Un numéro « normal », sans supplément

L’un des choix éditoriaux les plus structurants concerne la forme. Contrairement à ses débuts, le Libé des solutions n’est plus un cahier à part, ni un journal entièrement dédié à un thème unique. « C’est le Libé des 31 décembre et 1er janvier, un Libé normal, avec une pagination normale et un chemin de fer classique, explique Michel Becquembois. Sauf que dans chaque séquence (international, politique, économie, société) on s’astreint à proposer un ou plusieurs sujets relevant du journalisme de solutions. »

« On peut parler des trains qui arrivent à l’heure,
mais ce n’est pas pour dire que tout a été rose pendant le trajet.
»

Ce choix n’est pas anodin. Il évite de cantonner le journalisme de solutions à un espace marginal et affirme qu’il s’agit avant tout d’une grille de lecture posée sur l’actualité, pas d’un genre à part. La date choisie est également stratégique, puisque l’actualité se calme généralement pendant les fêtes de fin d’année. Et si « l’actu chaude » de la veille peut être propice à ce type de traitement de l’information, le secret, c’est le « mag » : « On prépare ça bien en amont », indique Michel Becquembois, à l’affût de sujets auprès des correspondants à l’international dès le début de l’automne. 

Dans les coulisses d’un reportage « solutions »

Pour l’édition parue ce mercredi 31 décembre 2025, Elsa Maudet a choisi de travailler sur Atypie Friendly, un dispositif d’accompagnement d’étudiants présentant des troubles du neurodéveloppement, notamment des étudiants autistes. Né à Toulouse, le programme est aujourd’hui déployé dans 37 établissements d’enseignement supérieur.

Avant de se rendre sur place, la journaliste a appliqué les mêmes réflexes que pour n’importe quel autre sujet : vérifier l’envergure du dispositif, mesurer son impact réel, confronter les points de vue. « La première question qu’on s’est posée avec Michel, c’était : est-ce que ce n’est pas trop anecdotique ? Si ça concerne deux personnes et demie, ça n’a pas grand intérêt. » Un critère utile pour choisir un sujet orienté solutions qui soit convaincant. Sur le terrain, Elsa Maudet observe un dispositif structuré, porté par une équipe pluridisciplinaire, mais aussi imparfait. Certains étudiants décrochent. Le programme est parfois accusé de ne concerner que des profils déjà favorisés. Des critiques qu’elle prend en compte, et auxquelles la journaliste confronte les acteurs du projet. 

Toujours choisir son sujet soi même

Pour s’assurer de ne jamais jouer le jeu d’une marque, de rentrer dans la communication, ou simplement de vendre du rêve, les deux journalistes insistent sur la nécessité de garder une distance critique, notamment face aux sollicitations extérieures. « Je reçois beaucoup de communiqués de presse me disant “on fait quelque chose de formidable, parfait pour votre Libé des solutions », raconte Michel Becquembois. Ça ne nous suffit jamais, affirme-t-il. Le garde-fous, c’est que l’on s’astreint à définir nous-mêmes tous nos sujets. »

Même vigilance du côté d’Elsa Maudet. « Quand quelqu’un vient toquer à ta porte en disant “regarde comme c’est super ce que je fais”, il faut être encore plus attentif. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas traiter le sujet, mais il faut se renseigner, vérifier, confronter. » 

Pour Michel Becquembois, comme pour la méthode proposée par Reporters d’Espoirs, faire du journalisme de solutions ne rime pas avec négation des dysfonctionnements. « On peut parler des trains qui arrivent à l’heure, mais ce n’est pas pour dire que tout a été rose pendant le trajet. » Autrement dit, la recherche de réponses concrètes ne dispense jamais de l’esprit critique, ni de la mise en évidence des limites, des échecs ou des angles morts d’une initiative. « Parler d’un sujet positif, ça n’empêche pas de faire apparaître des bémols. Au contraire, c’est sain », ajoute Elsa Maudet, pour qui raconter ce qui fonctionne n’exonère jamais de la rigueur journalistique. 

Un laboratoire qui infuse lentement

Si le Libé des solutions reste un rendez-vous annuel, ses effets dépassent largement le 31 décembre. « Pendant l’année, il m’arrive de dire en conférence de rédaction : ce sujet aurait été parfait pour le Libé des solutions, raconte Michel Becquembois. Et en fait, on le publie quand même, en avril ou en juin. C’est très bien aussi. »

Elsa Maudet, elle, se méfie du « tout positif », mais revendique une nécessité sociale. « Les lecteurs ne veulent pas que du positif. C’est une question d’équilibre. Mais d’un point de vue sociétal, oui, il faut aussi raconter ce qui fonctionne », assure la journaliste, qui souligne d’ailleurs une « demande assez forte de la direction » de Libération pour que la rédaction produise davantage de sujets positifs tout au long de l’année. Il faut dire que tous les médias ou presque ont vu apparaître ces dernières années dans leurs études de lectorat une demande croissante du public pour ce genre de contenus – ce dont témoignent Le Monde Diplomatique comme Le Figaro.

Commencer 2026 avec un journal moins anxiogène, sans renoncer à l’exigence critique, voilà la promesse du Libé des solutions. Non pas un antidote magique à l’actualité trop souvent négative, mais une respiration pour entrer dans la nouvelle année.

Jeanne Tesson // Reporters d’Espoirs