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Samuel Delwasse

« L’objectif des Tribunes de la Presse est de proposer des débats de fond sur des questions d’actualité pour pérenniser la confiance entre citoyens et médias » – Jean-Pierre Tuquoi, directeur éditorial des Tribunes de la presse de Bordeaux

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Grand reporter spécialiste du Maghreb et de l’Afrique Noire au journal Le Monde jusqu’en 2011, Jean-Pierre Tuquoi a fondé la même année Les Tribunes de la Presse en région Aquitaine.

Ce mercredi 23 novembre débute la 12ème édition des Tribunes de la Presse à Bordeaux : quatre jours de débats, de rencontres et de tables-rondes autour de la thématique « La guerre des identités ». Presse, religion, géopolitique, génétique, astrophysique, urbanisme : moult déclinaisons qui sauront à coup sûr intéresser et éclairer chacun.

Partenaire des Tribunes pour la première fois cette année, Reporters d’Espoirs clôturera l’évènement en remettant avec Mémona Hintermann, journaliste et administratrice de l’association, son Prix presse écrite 2022, venant distinguer un reportage sur une situation de conflit dans laquelle des populations luttent pour résister, survivre ou se reconstruire.

Pourquoi avoir retenu la thématique “la guerre des identités”?

C’est un thème qui permet de décliner beaucoup de sujets qui me tiennent à cœur. A travers les questions des identités, on peut parler du conflit en Ukraine, de la question du genre, de la presse à travers l’identité des journaux papiers, de l’homme et son rapport à la nature, etc. Nous voulions couvrir un large scop.

Les Tribunes, c’est comme un buffet : chacun vient se servir et picorer selon ses appétences : un débat géopolitique sur l’appartenance de l’Ukraine à l’ensemble européen ou russe, un autre sur l’existence des religions dans une société laïque, ou encore l’astrophysicien Jean-Pierre Bibring tentant de démontrer pourquoi les hommes sont seuls dans l’univers. On embrasse ainsi des thématiques plus ou moins connues, et qui traitent toutes quelque part de l’identité.

Les sujets des Tribunes ne sont pas circonscrits au secteur de la presse, il ne s’agit pas seulement d’une introspection journalistique : est-ce une habitude ?

Les premières éditions étaient très tournées sur la presse, et les invités étaient essentiellement des journalistes français et étrangers. Mais au bout de quelques éditions, j’ai estimé qu’on risquait de se répéter et de rester dans un entre-soi journalistique. On a donc fait évoluer les Tribunes de la Presse vers un concept d’université populaire. Cela s’est avéré plus attractif pour le grand public : l’audience augmente année après année. Cette année, nous avons ouvert 12 000 places pour l’ensemble des débats de cette édition. De plus, depuis le Covid, le numérique s’est installé, et aujourd’hui les débats sont également accessibles en direct en ligne, nous ouvrant à un public francophone plus large – Québec, Antilles ou Afrique noire par exemple.

Quel est votre rôle dans l’organisation de cet évènement ?

J’ai créé Les Tribunes de la Presse il y a 12 ans, alors que je travaillais pour le cabinet du président du Conseil Régional d’Aquitaine, Alain Rousset, qui m’avait demandé de bâtir un évènement autour de la presse. Etant très attaché au débat d’idées, j’ai eu l’envie de créer un évènement porteur d’interactions et de dialogues.

Aujourd’hui, j’en suis le directeur éditorial : je choisis la thématique, sa déclinaison à travers les différents débats, les intervenants que j’estime pertinents selon les sujets. J’essaie également d’établir des partenariats dans la région. Par exemple, parmi les quatre lieux qui sont investis par les Tribunes de la Presse cette année, il y a l’école de journalisme de Bordeaux (IJBA) qui porte l’un des débats , animé par des étudiants.

Quel est le public touché par les Tribunes ?

Dans l’optique d’université populaire, l’idée est de faire un rassemblement citoyen, avec un public très varié : au-delà de l’écosystème du journalisme, des citoyens anonymes qui ont l’occasion de rencontrer des spécialistes ; énormément d’étudiants ; des lycéens de toute la région Nouvelle Aquitaine qui ont travaillé au préalable avec leurs enseignants sur certaines des thématiques . Les Tribunes ont vocation à être un outil pédagogique pour le corps enseignant.

Pensez-vous que ce type d’évènement est important pour renouveler la confiance entre citoyens et médias, à l’heure où 50% des 16-30 ans se désintéressent de l’actualité (Ipsos, 2022) ?

J’espère ! Chaque année nous tenons des débats sur les médias, avec la participation de différentes rédactions pour évoquer la situation de la presse. Nous allons remettre deux prix à l’occasion des Tribunes : le Prix Reporters d’Espoirs qui met à l’honneur un reportage sur la résistance en situation de conflit ; le Prix Jean Lacouture, qui récompense le livre d’un auteur francophone s’inscrivant dans l’héritage de l’œuvre d’un journaliste-écrivain. Nous proposons aussi un « Club des Tribunes » dans lequel le public rencontre et dialogue directement avec les journalistes.

C’est dans cette mesure que l’on contribue à l’amélioration de l’image de marque des journaux et à la pérennisation de la confiance entre citoyens et médias. Je crois que les citoyens sont preneurs d’une information si elle est honnête, fiable et travaillée en profondeur.

N’hésitez pas à prendre part aux Tribunes de la Presse 2022 : les inscriptions sont encore ouvertes, et les conférences sont transmises en direct en visioconférence sur www.tribunesdelapresse.org.

« Les rédactions doivent se pencher sur les conditions de travail des journalistes, pour créer des climats moins stressants et moins violents »

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10% de cartes de presse en moins délivrées au cours des dix dernières années ; une carrière qui s’écourte et dure en moyenne quinze ans. Alors que le numérique a bousculé le modèle économique des médias et les supports de diffusion de l’information, les conditions de travail des journalistes se sont nettement dégradées, poussant nombreux d’entre eux à quitter la profession, démontre le livre Hier journalistes, ils ont quitté la profession, écrit par Adénora Pigeolat, éducatrice spécialisée, et Jean-Marie Charon, sociologue de l’information et des médias, à la suite d’une étude menée auprès de 55 journalistes. Ce dernier alerte sur la perte de sens, l’intensification du travail et la précarité qui touchent le métier.

Vous insistez sur le fait que le métier de journaliste ne correspond pas à l’image que nombreux s’en font. A quel niveau se situe le décalage, et quand naît-il ?

Depuis tout petits, à travers la télévision et d’autres médias, les jeunes visualisent le journaliste soit comme un grand reporter, soit comme un investigateur qui fait naître des révélations. De cet idéal bâti pendant des années, se construit une image éloignée de ce qu’on va leur demander une fois dans la profession.

Les étudiants qui se projettent dans le journalisme évoquent souvent un métier passion, avec beaucoup de relationnel, un rôle de médiateur dans la société ou d’enquêteurs révélant des faits méconnus : c’est pratiquement un métier social, une forme de journalisme-citoyen.

Quand on leur demande la raison de leur départ, avant même la précarité, c’est le désenchantement qui arrive en premier. Ils expriment une perte de sens, tout d’abord individuelle, de par les sujets qu’ils traitent, mais aussi collective, car on rejette souvent le travail des journalistes. Ils sont les mal-aimés de la société, avec un manque de considération très difficile à accepter au regard de leurs valeurs et de l’amour qu’ils portent pour ce métier.

Les écoles de journalisme jouent-elles un rôle dans la distorsion de cette réalité ?

Au contraire, elles tâchent de ramener les étudiants à la réalité et de leur exposer les difficultés du quotidien d’un journaliste. On ne peut pas dire qu’ils ignoraient les problèmes auxquels ils ont été confrontés, notamment la précarité, dont on parle très tôt dans les écoles. On les a donc amenés à peser le pour et le contre avant de se lancer dans ces carrières.

Dans votre étude, vous distinguez plusieurs profils-types de journalistes qui quittent la profession : qui sont-ils ?

On a tout d’abord les jeunes de moins de 35 ans, avec deux cas de figures. D’une part ceux à qui on n’offre que des piges et des CDD. Cela contraint souvent à des passages par le chômage, voire des petits boulots à côté pour se sortir de la précarité. D’autre part ceux qui ont rapidement trouvé un emploi stable, mais pour un contenu inintéressant et répétitif, majoritairement des emplois sur le web où ils ont l’impression d’être à l’usine.

Ensuite, les quadragénaires. Ce sont des journalistes en situation stable, mais confrontés à une demande de surinvestissement non valorisé qui pousse à des burnouts. Les femmes y sont surreprésentées : 90% ! Un plafond de verre les empêche de grimper dans la hiérarchie. Par discrimination et machisme ordinaire, des femmes se voient attribuer un certain type de sujets. Il est souvent très compliqué pour elles d’accéder aux services politique, économique ou sportif. De plus, pour un meilleur arbitrage entre vie professionnelle et personnelle, des journalistes qui veulent s’impliquer dans leur vie familiale et ne parviennent pas à obtenir une réorganisation de leur temps de travail s’en vont.

Troisième profil, pour lequel le départ se passe le plus mal : les quinquagénaires qui ont souvent eu des postes importants, mais sont confrontés à une énième réorganisation de la rédaction, voire à la revente du média. Certains ont connu quatre ou cinq directions, qui exigent à chaque fois de nouveaux modes de travail. La reconversion est plus difficile car certains se font des illusions quant à leur capacité à rebondir.

Vous parlez de burnouts, de pression, d’intensification et de répétition des tâches : manque-t-on de garde-fous, de syndicats par exemple, pour s’assurer du respect des conditions de travail ?

Pas tout à fait car c’est en train de bouger. Les syndicats poussent dorénavant pour qu’il y ait des enquêtes socio-professionnelles pour révéler les cas de burnouts. Toutefois on en tire pas forcément de conséquences. On est entre le déni et la sous-estimation, tant par les rédactions que par les syndicats, voire par les journalistes eux-mêmes.

Quand on s’est tourné vers les professionnels du soin au cours de cette étude (psychiatres, médecins du travail, psychologues), cette question est apparue comme une évidence. Il faut absolument revoir l’appréhension de ce problème par les syndicats et les chefs de rédactions, car fermer les yeux s’avère dramatique pour certains journalistes.

Considérez-vous que la dégradation du métier est corrélée à sa digitalisation ?

Il y a un lien entre la dégradation du métier et l’impact du numérique sur l’économie des médias, le numérique ayant provoqué l’effondrement des ressources publicitaires. Entre 2007 et 2017, le chiffre d’affaires de la presse écrite a baissé de 30%, et le phénomène continue. C’est pareil pour la radio. La télévision commence à être touchée.

Pour nuancer, je dirais que c’est l’impact indirect du numérique qui a contribué à la dégradation du métier. Il a été demandé à de nombreux employés de devenir polyvalents sur différents supports, avec une amplitude d’horaires de travail plus grande, sans augmentation significative de rémunération. Ce n’est pas le numérique en tant que tel qui a directement provoqué cela, ce sont les choix, faits par les chefs de rédaction, de couverture du panel des possibilités offertes par le numérique.

Vous évoquez la précarité du statut de pigiste (20% touchent moins de 1000 euros par mois). Est-ce que vous percevez tout de même des bénéfices à ce statut d’indépendant ?

Ceux qui ont la pige heureuse sont les journalistes qui ont déjà connu plusieurs rédactions. Aguerris, ils ont un carnet d’adresses important, en termes de sources à interroger comme de rédactions « clientes » à contacter. Et ce sont souvent des experts, auxquelles les rédactions, constituées souvent de généralistes, font appel lorsqu’elles doivent traiter un sujet spécialisé.

Ils arrivent à en vivre car leurs profils sont très minoritaires. Mais la demande reste dépendante de l’actualité.

Vous faites le constat qu’une carrière de journaliste dure aujourd’hui en moyenne 15 ans. Quel avenir pour ceux qui quittent le journalisme ?

Aujourd’hui pour rentrer dans le journalisme, il faut un bagage universitaire, un bac+5, et une formation avant l’école. C’est ce bagage-là qu’ils utilisent au moment de leur reconversion. Beaucoup se tournent vers l’enseignement, notamment dans l’histoire ou la littérature.

Pour autant, ils ne partent pas nécessairement avec la décision de quitter définitivement la profession. Il y a toujours un affect pour le métier et ses valeurs. Certains restent proches du monde des médias, en partant dans la communication par exemple. D’autres continuent à faire des piges à côté.

Une fois le constat – plutôt sombre- que vous dressez par votre enquête, où sont les solutions ?

Sur la question des rémunérations, je ne suis pas optimiste, car je ne crois pas en la capacité des médias, notamment en presse écrite, à faire augmenter les grilles de salaires. Ils vont rester sous pression, et je ne vois pas comment un miracle pourrait survenir.

La marge de manœuvre réside dans les aménagements de carrière, les conditions de travail, de sorte à créer des climats moins stressants et moins violents. Ne pas bloquer les jeunes uniquement sur les « desk web » (qui ne va pas sur le terrain, mais travaille à partir de sources extérieures) et leur assigner des tâches plus valorisantes. Être plus attentif aux fragilités psychologiques des uns et des autres, en faisant attention au temps de travail. Proposer plus de flexibilité et d’aménagements. Autant de choses facilitées aujourd’hui par le numérique et le télétravail.

C’est important de s’engager là-dedans car au-delà de la précarité, ce qui pousse en premier les journalistes à quitter leur poste demeure la perte de sens, la répétitivité et l’intensification du travail.

Coup de projecteur sur l’ESS avec le Prix de l’innovation sociale 2022

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« L’économie sociale et solidaire, un sujet médiatique ? », voici la question à laquelle nous avons tenté de répondre lors de l’atelier-débat organisé par Reporters d’Espoirs dans les locaux de France Télévisions ce lundi 10 octobre.

En présence d’une quarantaine de journalistes économiques et acteurs de terrain et en compagnie de Raphaëlle Duchemin qui animait cette soirée, nous avons présenté notre nouveau programme J’invESStigue et ses 4 piliers :

  • le MOOC « Mieux comprendre l’économie sociale et solidaire pour mieux en parler » (lancé le 17 octobre sur coursera),
  • l’étude qualitative et quantitative sur la médiatisation de l’ESS (dont la synthèse est disponible ici, et la version complète sera en ligne le 20 octobre)
  • le Tour des Reporters d’Espoirs
  • ainsi que le Prix Reporters d’Espoirs de l’innovation sociale.

S’appuyant sur les résultats de l’étude, nous avons partagé les enseignements à retenir, leviers et bonnes pratiques à encourager pour assurer à l’économie sociale et solidaire un traitement médiatique conforme à ce qu’elle représente et aux tendances qu’elle influence dans le monde économique.

> Les résultats de l’étude qualitative synthétisés ici

BÉRANGÈRE DUNGLAS LAURÉATE DU PRIX REPORTERS D’ESPOIRS DE L’INNOVATION SOCIALE 2022

La journaliste de France 3 Normandie s’est vue remettre le Prix de l’innovation sociale par Marie-Laure Augry (Vice-présidente des Assises du journalisme, ex-journaliste-présentatrice et médiatrice de France 3), membre d’un jury composé notamment de Cécile Allegra (documentariste, lauréate du Prix Albert Londres 2015), Sébastien Bohler (Neuroscientifique, auteur, journaliste, rédacteur en chef de la revue Cerveau & Psycho), Claire Léost (Présidente de Prisma Media, romancière), ou encore Alfred de Montesquiou (Grand reporter (Prix Albert Londres), réalisateur).

> Voir la liste complète des membres du jury

En proposant dans la région de Rouen de petits logements à bas prix, le programme « Un Toit vers l’Emploi » de l’association Entrepreneurs du Monde créée par Franck Renaudin, permet d’accompagner des personnes sans-abris dans leur réinsertion. De petites maisons en bois, rebaptisées « Yoops », parfois louées sur des emplacements mis à disposition par la ville de Rouen, représentent une aubaine pour des personnes à la recherche de logements abordables comme étape dans un parcours de reconstruction.

Bérangère Dunglas s’est intéressée à la faisabilité économique du modèle mis en place par Franck Renaudin. « Je connaissais vaguement l’ESS avant ce documentaire, explique-t-elle. C’est l’initiative en elle-même qui m’a parlée, plus que la volonté de traiter un sujet d’une entreprise de l’ESS. Ce qui était intéressant avec Franck, c’était la volonté de mener des actions pour aider les autres, mais dans un cadre professionnel, en créant une entreprise, des emplois. Les sans-abris ne reçoivent rien. On ne leur donne pas les logements, ce n’est pas simplement une démarche caritative, ils doivent payer un loyer et participer à ce projet ».

De gauche à droite, Catherine André (journaliste et membre du jury), Raphaëlle Duchemin (journaliste), Bérangère Dunglas (journaliste et lauréate du Prix de l’innovation sociale 2022), Marie-Laure Augry (membre du jury) et Gilles Vanderpooten (directeur général de Reporters d’Espoirs).

Un axe du programme, visant un accompagnement vers l’insertion socio-économique des sans-abris via la structure associative « Case départ », s’appuie sur des bénévoles et des subventions de l’État. Ce n’est en revanche pas le cas de l’axe principal de « Un Toit vers l’Emploi ». Franck Renaudin a créé « La Fabrik à Yoops », entreprise chargée de la construction de ces logements, dont le coût sera amorti au fil des années par les loyers modérés versés par les locataires. « C’est bien la preuve qu’on peut avoir des entreprises sociales qui font partie de l’économie, sans vivre de subventions, et qui ont un modèle économique indépendant et viable », ajoute Bérangère. La mise à l’honneur de cette initiative dans un tel reportage est encourageante pour les acteurs d’un modèle parfois méconnu du grand public. « Je suis convaincu que, par son modèle autonome et social, l’ESS peut être un pont entre grands groupes et institutions publiques », se réjouit Franck Renaudin.

L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE, UN SUJET MÉDIATIQUE ?

Reporters d’Espoirs a réalisé, en parallèle d’un cours en ligne sur l’ESS destiné principalement aux étudiants en journalisme et aux journalistes professionnels, une étude à la fois qualitative et quantitative. Cette étude s’intéresse à : Comment l’ESS est-elle traitée dans les médias généralistes ? Comment les journalistes l’appréhendent-ils ? Comment les acteurs de l’ESS perçoivent-ils le sort qui leur est réservé médiatiquement ?
Avec 60 journalistes et 8 acteurs de terrain, nous avons ainsi tenté d’analyser la sphère médiatique et son rapport à l’ESS.

  • Si 95% des journalistes interrogés disent éprouver un intérêt pour l’ESS et y voir un modèle alternatif prometteur…
  • …58% admettent ne connaître que moyennement ce que recouvre l’ESS
  • …et seuls 24% admettent traiter « souvent » de ce secteur.
  • 45% des journalistes admettent que l’ESS est absente des sujets évoqués lors des conférences de rédaction.
De gauche à droite. Franck Renaudin (porteur du programme Un Toit vers l’Emploi), Bérangère Dunglas (journaliste et lauréate du Prix de l’innovation sociale 2022), Erwann Tison (directeur des études à l’Institut Sapiens) et Raphaëlle Duchemin (journaliste et membre du jury)

C’est là tout le défi auquel l’ESS est confrontée pour sa visibilité : comment peut-elle sortir de son statut de sous-sujet, trop souvent restreint au champ associatif subventionné ? Comment parvenir à la « banaliser » – c’est-à-dire à admettre qu’elle représente un modèle économique efficace qui a sa place au même titre que d’autres modèles économiques – tout en valorisant ses spécificités ? Erwann Tison, directeur d’études à l’Institut Sapiens, esquisse une cause en même temps que quelques pistes pour y remédier : « Le déficit dont l’étude rend compte, explique-t-il, tient à deux principaux biais selon moi. D’un côté, l’ESS est une discipline bicentenaire qui est rentrée comme normative dans les études économiques et sociales. D’un autre côté, il y a un accord tacite pour ne pas se mélanger à certaines structures, pour une question de valeurs. Pour caricaturer on a ‘les méchants capitalistes’ d’un côté et ‘les saints coopérativistes’ de l’autre. Alors qu’en réalité les deux mondes sont très complémentaires et l’ESS peut faire le pont entre l’économie publique et privée. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, et, de par le mouvement de rupture insufflé par l’ESS, on ne pourra pas survivre dans notre monde sans une révolution de l’économie traditionnelle ».

Dans le cadre de ce travail, Reporters d’Espoirs bénéficie du mécénat d’AESIO mutuelle, deuxième acteur mutualiste de France spécialisé dans la protection des personnes.

« La Rep’ prend soin de vous » : quand la presse régionale s’engage contre les déserts médicaux

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Johnny Roussel, rédacteur en chef de La République du Centre.

Du 21 au 23 septembre 2022, plusieurs dizaines de rédactions locales se sont retrouvées sur le Médiacampus de Nantes pour la 4ème édition du Festival de l’Info Locale, pour encourager les titres de presse régionale à partager leurs expériences et bonnes pratiques. Reporters d’Espoirs a remis son Prix de l’info locale, créé pour l’occasion avec le festival, au groupe La Montagne-Centre France. Son initiative « La Rép’ prend soin de vous » portée par La République du Centre, a essaimé au sein du groupe.

L’idée : apporter des solutions au problème de la désertification médicale. En recueillant des témoignages auprès de soignants, de patients, et en étudiant les initiatives menées dans et au-delà de la région, le groupe Centre France porte un engagement éditorial fort qui porte déjà ses fruits.

Des propositions constructives, pas de solution miracle

Lancé en novembre 2021, le projet « La Rép’ prend soin de vous » recense de nombreuses initiatives facilitant l’accès aux soins. L’exemple du CHU de Poitiers est brillant : un outil informatique a été développé pour permettre aux soignants de savoir en temps réel quel lit se libère dans quel service. « Ça leur fait gagner un temps considérable, et ça évite à des malades de rester dans les couloirs, en attendant un lit. On est allé voir ce qui se faisait là-bas pour encourager les établissements de notre région à reproduire ce modèle » témoigne Johnny Roussel, rédacteur en chef de La République du Centre.

Sans avoir la prétention de fournir une solution miracle à des problèmes institutionnels profonds, les deux journalistes pilotes du projet s’appliquent à pratiquer un journalisme de solutions critique et constructif. « Il faut rester lucide et travailler en profondeur sur les thématiques », poursuit Johnny. « On a par exemple fourni un dossier sur la télémédecine qui a apporté de très bonnes choses dans la région. On sait qu’il y a des dérives, des choses qui marchent, d’autres qui ne marchent pas. C’est pour ça qu’on décrypte les conditions, avantages et inconvénients de la télémédecine. On sait qu’on ne pas faire de miracle et trouver un médecin pour chaque Loirétain, mais on leur a expliqué la philosophie de notre action ».

L’engagement de La République du Centre se décline en trois axes : une newsletter hebdomadaire, dans laquelle un rédacteur reprend les sujets santé de la semaine ; une adresse mail exclusivement dédiée aux témoignages des lecteurs, qui peuvent partager leurs difficultés et trouvailles (c’est la cellule « Ecoute active ») ; des articles quasi-quotidiens en ligne – et ce gratuitement, témoignage de l’engagement particulier du média.

Au plus proche des patients… et des soignants

Cette initiative se caractérise par un recueil précis de témoignages de patients, desquels la rédaction souhaite se rapprocher plus encore cette année. « On va directement aller chercher les lecteurs sur le terrain. On va créer des cafés-santé avec des journalistes pour inviter les patients à nous partager directement leur expérience sur des sujets précis de santé. Nous allons aussi faire des conférences dans les halls d’hôpitaux, de cliniques, en donnant rendez-vous aux lecteurs ».

Cette cellule d’écoute touche également beaucoup de soignants, eux-aussi impliqués dans le traitement de la thématique. « On a observé que le public de la newsletter était composé à 80% de soignants. On va donc la réorienter pour s’adresser plus directement à eux. Notre principale fierté, c’est d’avoir tissé un lien puissant. Ils sont vraiment devenus des partenaires qui nous parlent de leurs problématiques, espoirs et désespoirs, nous font remonter des informations comme jamais on n’en avait eues ».

Un engagement éditorial assumé, qui dépasse parfois même l’exercice journalistique au sens strict. « On a suscité une mobilisation parmi des urgentistes du CH d’Orléans. Une pétition a été lancée pour demander la formation de 200 médecins supplémentaires. On a décidé d’aller au bout de notre démarche, puisque le titre a signé la pétition qu’il a quelque part un peu initiée ».

Alors que la deuxième saison de « La Rép’ prend soin de vous » débute cet automne, le projet a déjà pris une ampleur remarquable en l’espace de quelques mois. « Plusieurs rédactions ont rapidement décidé de reprendre cette opération à leur compte, comme une marque, qui a été déclinée dans 6 des 8 quotidiens du groupe Centre France ». De quoi donner de l’espoir tant aux journalistes qu’aux habitants de ces espaces parmi les moins bien dotés : la région d’Orléans compte 138 médecins spécialistes pour 100 000 habitants (contre 172 en moyenne nationale)*, soit la plus faible densité en métropole.

*Source : Agence régionale de santé, région Centre-Val de Loire, janvier 2021. Chiffres publiés dans La République du Centre, le 9 octobre 2021.

Pour en savoir plus, retrouvez en ligne l’ensemble des articles santé de la rubrique « La Rép’ prend soin de vous ».

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