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« L’objectif des Tribunes de la Presse est de proposer des débats de fond sur des questions d’actualité pour pérenniser la confiance entre citoyens et médias » – Jean-Pierre Tuquoi, directeur éditorial des Tribunes de la presse de Bordeaux

By 24 novembre 2022No Comments

Grand reporter spécialiste du Maghreb et de l’Afrique Noire au journal Le Monde jusqu’en 2011, Jean-Pierre Tuquoi a fondé la même année Les Tribunes de la Presse en région Aquitaine.

Ce mercredi 23 novembre débute la 12ème édition des Tribunes de la Presse à Bordeaux : quatre jours de débats, de rencontres et de tables-rondes autour de la thématique « La guerre des identités ». Presse, religion, géopolitique, génétique, astrophysique, urbanisme : moult déclinaisons qui sauront à coup sûr intéresser et éclairer chacun.

Partenaire des Tribunes pour la première fois cette année, Reporters d’Espoirs clôturera l’évènement en remettant avec Mémona Hintermann, journaliste et administratrice de l’association, son Prix presse écrite 2022, venant distinguer un reportage sur une situation de conflit dans laquelle des populations luttent pour résister, survivre ou se reconstruire.

Pourquoi avoir retenu la thématique “la guerre des identités”?

C’est un thème qui permet de décliner beaucoup de sujets qui me tiennent à cœur. A travers les questions des identités, on peut parler du conflit en Ukraine, de la question du genre, de la presse à travers l’identité des journaux papiers, de l’homme et son rapport à la nature, etc. Nous voulions couvrir un large scop.

Les Tribunes, c’est comme un buffet : chacun vient se servir et picorer selon ses appétences : un débat géopolitique sur l’appartenance de l’Ukraine à l’ensemble européen ou russe, un autre sur l’existence des religions dans une société laïque, ou encore l’astrophysicien Jean-Pierre Bibring tentant de démontrer pourquoi les hommes sont seuls dans l’univers. On embrasse ainsi des thématiques plus ou moins connues, et qui traitent toutes quelque part de l’identité.

Les sujets des Tribunes ne sont pas circonscrits au secteur de la presse, il ne s’agit pas seulement d’une introspection journalistique : est-ce une habitude ?

Les premières éditions étaient très tournées sur la presse, et les invités étaient essentiellement des journalistes français et étrangers. Mais au bout de quelques éditions, j’ai estimé qu’on risquait de se répéter et de rester dans un entre-soi journalistique. On a donc fait évoluer les Tribunes de la Presse vers un concept d’université populaire. Cela s’est avéré plus attractif pour le grand public : l’audience augmente année après année. Cette année, nous avons ouvert 12 000 places pour l’ensemble des débats de cette édition. De plus, depuis le Covid, le numérique s’est installé, et aujourd’hui les débats sont également accessibles en direct en ligne, nous ouvrant à un public francophone plus large – Québec, Antilles ou Afrique noire par exemple.

Quel est votre rôle dans l’organisation de cet évènement ?

J’ai créé Les Tribunes de la Presse il y a 12 ans, alors que je travaillais pour le cabinet du président du Conseil Régional d’Aquitaine, Alain Rousset, qui m’avait demandé de bâtir un évènement autour de la presse. Etant très attaché au débat d’idées, j’ai eu l’envie de créer un évènement porteur d’interactions et de dialogues.

Aujourd’hui, j’en suis le directeur éditorial : je choisis la thématique, sa déclinaison à travers les différents débats, les intervenants que j’estime pertinents selon les sujets. J’essaie également d’établir des partenariats dans la région. Par exemple, parmi les quatre lieux qui sont investis par les Tribunes de la Presse cette année, il y a l’école de journalisme de Bordeaux (IJBA) qui porte l’un des débats , animé par des étudiants.

Quel est le public touché par les Tribunes ?

Dans l’optique d’université populaire, l’idée est de faire un rassemblement citoyen, avec un public très varié : au-delà de l’écosystème du journalisme, des citoyens anonymes qui ont l’occasion de rencontrer des spécialistes ; énormément d’étudiants ; des lycéens de toute la région Nouvelle Aquitaine qui ont travaillé au préalable avec leurs enseignants sur certaines des thématiques . Les Tribunes ont vocation à être un outil pédagogique pour le corps enseignant.

Pensez-vous que ce type d’évènement est important pour renouveler la confiance entre citoyens et médias, à l’heure où 50% des 16-30 ans se désintéressent de l’actualité (Ipsos, 2022) ?

J’espère ! Chaque année nous tenons des débats sur les médias, avec la participation de différentes rédactions pour évoquer la situation de la presse. Nous allons remettre deux prix à l’occasion des Tribunes : le Prix Reporters d’Espoirs qui met à l’honneur un reportage sur la résistance en situation de conflit ; le Prix Jean Lacouture, qui récompense le livre d’un auteur francophone s’inscrivant dans l’héritage de l’œuvre d’un journaliste-écrivain. Nous proposons aussi un « Club des Tribunes » dans lequel le public rencontre et dialogue directement avec les journalistes.

C’est dans cette mesure que l’on contribue à l’amélioration de l’image de marque des journaux et à la pérennisation de la confiance entre citoyens et médias. Je crois que les citoyens sont preneurs d’une information si elle est honnête, fiable et travaillée en profondeur.

N’hésitez pas à prendre part aux Tribunes de la Presse 2022 : les inscriptions sont encore ouvertes, et les conférences sont transmises en direct en visioconférence sur www.tribunesdelapresse.org.

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