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Le journalisme de solutions, un nouveau souffle pour les médias de l’Europe de l’Est

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Quand on parle de journalisme de solutions en Europe, on pense aux pays de l’Europe de l’Ouest et du Nord mais pas de l’Europe centrale et de l’Est. Pourtant, depuis quasiment dix ans, les initiatives ne manquent pas, tant dans les médias, que via des formations ou des réseaux de journalistes. Que donne la recherche sur une initiative encore balbutiante et dans des contextes politiques encore fragiles ? C’est ce que nous allons voir dans cet article de la série “Le JoSo dans le monde ».

Pour comprendre correctement la façon dont le journalisme de solutions a été implanté en Europe centrale et de l’Est, il est important de comprendre à quoi ressemble le paysage médiatique dans ces régions marquées par les crises. La consommation des médias et les changements d’habitude des citoyens sont étudiés dans le Digital News Report, un rapport publié chaque année par Reuters et l’Université d’Oxford, via un prisme historique, social et économique. Nous nous sommes intéressés au rapport 2026 pour plusieurs pays, en voici quelques extraits. A noter, le pourcentage de confiance dans les médias dans le monde est de 37 %.

Un paysage médiatique fragilisé

République Tchèque : 

  • 36 % des Tchèques ont confiance dans les médias et 41 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le paysage médiatique montre un rétablissement économique mais aussi la montée des pressions technologiques notamment avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle.
    • La concentration des médias augmente tandis que les abonnements baissent en particulier la presse papier.
  • L’adoption d’une législation à partir des principaux cadres européens a été à maintes fois retardée.
    • En attendant, les principaux organes de presse et associations de journalistes ont adopté un code d’autorégulation qui vise à renforcer la transparence, l’autonomie éditoriale et le respect de normes éthiques communes.

Hongrie :

  • Seulement 17 % des Hongrois ont confiance dans les médias (contre 31 % il y a 10 ans) et 45 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Les élections législatives d’avril 2026 et la fin l’ère Orbán ont suscité des changements majeurs en Hongrie. Le gouvernement hongrois contrôlait jusqu’alors 80 % des médias et poussait l’usage massif de l’IA.
    • Son projet de loi qui prévoyait des amendes et voulait interdire les rédactions de recevoir de l’argent de pays étrangers a été suspendu malgré plusieurs tentatives – en réponse, il y a eu un boom des donations pour les rédactions indépendantes.

Serbie :

  • 22 % des Serbes ont confiance dans les médias tandis que 53 % d’entre eux évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le paysage médiatique s’est beaucoup détérioré cette année dû à la crise politique (depuis novembre 2024 – qui a mobilisé des milliers de Serbes).
    • Depuis, le gouvernement a de plus en plus la main sur les médias tout comme son influence financière et politique sur le marché, et persécute de plus en plus les médias indépendants.
      • La crise a poussé au déclin de la liberté des médias et de la sécurité des journalistes, notamment via la répression.
  • Cependant, il y a de plus en plus d’intérêt pour le journalisme d’investigation et les médias citoyens.

Slovaquie :

  • 19 % des Slovaques ont confiance dans les médias et 47 % évitent régulièrement/souvent de s’informer. 
  • Le service public slovaque est faible, il est souvent utilisé par le gouvernement pour diffuser sa communication.
    • Le paysage médiatique est polarisé, notamment la presse.

Le manque d’investissement financier dans les médias pour assurer une bonne qualité de l’information, couplé à la baisse des revenus publicitaires, a eu de lourdes conséquences pour le journalisme dans cette région de l’Europe. Face à cette situation, certains journalistes ont mutualisé leurs forces pour trouver une autre façon de faire du journalisme.

Un véritable hub du journalisme de solutions en Europe centrale

Le journalisme de solutions est apparu en Europe centrale et de l’Est grâce à TOL. Une ONG fondée en 1999, par Jeremy Druker (rédacteur en chef et directeur exécutif) qui a pour but de renforcer le professionnalisme, l’indépendance et l’impact des médias d’information dans les pays européens post-communistes et de l’ancienne Union Soviétique. TOL présente différents programmes : 

  • Le magazine en ligne, Transitions, bilingue anglais-langue native du journaliste, se focalise sur l’Europe centrale, de l’Est, Sud-Est et la Turquie, le tout grâce à un réseau de journalistes locaux et internationaux. Les contributeurs sont indépendants et couvrent des sujets souvent peu abordés.
  • Concernant le journalisme de solutions, Transitions s’appuie sur le Transitions’ Knowledge Center for Solutions Journalism qui fournit des cours, du mentorat et un soutien aux journalistes. Le centre collabore également avec des universités et écoles de journalisme pour intégrer cette méthodologie au sein des programmes.
  • Un programme Media Academy est proposé, Tol Education, et plus de 14 500 personnes à travers le monde ont participé aux cours via leur plateforme en ligne mais aussi en présentiel.

Transitions s’est mis au journalisme de solutions en 2016 via Ashoka République Tchèque qui a introduit le Prix Spécial du Journalisme de solutions lors de la cérémonie des Prix du journalisme Tchèque. Ce prix spécial a perduré jusqu’en 2019. Avec le journalisme de solutions, Jeremy Druker et Lucie Černá (cheffe du programme de mentorat chez Transitions) ont trouvé un moyen de faire du journalisme autrement. Après un travail de formation et de coordination de plusieurs années, notamment avec le Solutions Journalism Network (SJN), Transitions a pris la coordination des activités régionales dans le domaine et offre aux journalistes locaux formations et soutien.

Véritable hub du journalisme de solutions dans cette région de l’Europe, Transitions a su s’imposer et a permis à de nombreux médias de réaliser des reportages constructifs. Entre 2018 et 2021, 20 ateliers en ligne et en présentiel ont été organisés et plus de 650 journalistes, étudiants et rédacteurs en chef ont été formés. Depuis lors, ils organisent les European Solutions Journalism Summit chaque année à Prague.

Formations, réseaux et prix : un écosystème en construction 

Les programmes et réseaux passés 

Transitions s’est imposé comme leader du journalisme de solutions mais d’autres réseaux et programmes se sont développés. C’est le cas du projet mené par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) en collaboration avec le Constructive Institute, en 2024. L’objectif : implanter un programme afin de montrer aux rédacteurs et journalistes comment le journalisme constructif/de solutions contribue à la démocratie en présentant des solutions concrètes. Un programme qui s’inscrit dans un cycle de sensibilisation pour combattre la manipulation de l’information dans les pays Balkans occidentaux. 

Les formations et réseaux ne manquent désormais plus. De même pour les récompenses attribuées aux professionnels de l’information qui se sont tournés vers le journalisme de solutions. C’est le cas du prix Tchèque du journalisme de solutions, mentionné ultérieurement,  ainsi que le Prix Spécial du journalisme de solutions en Slovaquie, remis lors de la cérémonie des Prix du Journalisme, organisé par Memo 98 et Open Society Foundation

L’Union Européenne a également contribué à “SoJo Europe”, programme européen de deux ans (2023-2025) à hauteur de 1,6 millions d’euros, cofinancé par la Commission Européenne via le Creative Europe Media. Sont aussi associés le Journalismfund Europe (Belgique), le Constructive Institute (Danemark), le South East European Network for Professionalisation of Media  (réseau de 19 organisations de médias dans treize pays d’Europe centrale et la Turquie) et Transitions (République Tchèque). Il a pour but de promouvoir la production de contenus de solutions et des enquêtes partout en Europe, et d’apporter des clés pour construire un modèle économique viable grâce à l’expertise de pays d’Europe du Nord et de l’Ouest.

Les projets actuels

Mediacentar, fondée en 1995, est une organisation bosniaque qui vise à améliorer les normes journalistiques pour le journalisme indépendant. Elle a développé un module de formation en présentiel sur le journalisme de solutions, disponible en plusieurs langues. Mediacentar organise par exemple à la fin du mois de septembre 2026, une formation régionale au Monténégro, afin de promouvoir des reportages sur l’agenda écologique des balkans occidentaux (soutenu financièrement par divers organismes allemands) et en collaboration avec Clean Energy Wire (CLEW), la principale plateforme européenne dédiée au journalisme collaboratif et axé sur les solutions en matière de climat et d’énergie. 

Transitions a lancé au printemps 2026, le projet Rebuilding Trust Project. Il vise à rassembler une cohorte de rédactions pour tendre vers un journalisme fondé sur les données et impliquant de multiples parties prenantes, au service de la résilience démocratique. Les rédactions vont travailler avec des chercheurs, organisations de la société civile, experts en data et autres partenaires à travers l’Europe. L’objectif : d’explorer comment le journalisme basé sur les faits, la data et les solutions contribuent à un meilleur écosystème d’information et des démocraties résilientes. Ce projet est financé par un fonds de soutien du département des affaires étrangères suisse.

A lire aussi : https://reportersdespoirs.org/journalisme-solutions-amerique-latine/

La recherche dans cette région pointe le bout de son nez

Lenka Vochocová, enseignante-chercheuse tchèque au Département des médias de l’Université Charles de Prague, a publié en avril 2026 “Good News is No News, despite the crisis” – Les bonnes nouvelles ne font pas la une, malgré la crise – avec une focale sur la République Tchèque. L’enseignante revient sur le fait que dans le pays, le terme “journalisme de solutions” est davantage employé que “journalisme constructif”. Il est plus “institutionnalisé” notamment avec la mise en place de programmes de mentorat et des prix. Le terme “constructif” paraît plus conceptuel, moins normatif et pousse moins au changement que le terme “solutions”. La chercheuse a mené une étude auprès de huit journalistes sur leur perception du rôle du journalisme de solutions en temps de crise, ce qui les a motivés à faire du journalisme de solutions et ce qu’ils en pensent. 

Les conclusions de l’étude permettent de comprendre la présence du journalisme de solutions en Europe centrale et de l’Est. En effet, les journalistes tchèques ne voient pas le journalisme de solutions comme un moyen de sortir des crises, au contraire elles font obstacle à son implantation dans les rédactions car elles sont trop exigeantes en ressources et trop contraignantes. Et ce, malgré une bonne image de cette méthodologie. Tous reconnaissent le fait que le journalisme de solutions est un moyen de s’émanciper de la crise des médias, de retrouver de la stabilité dans les démocraties et l’utilité dans son métier. Par ailleurs, ils remarquent que le journalisme de solutions n’est que très peu présent dans le pays car peu de médias s’en saisissent. Pour cela, ils estiment que les conditions humaines et financières doivent être réunies, ne laissant pas la place à des changements structurels dans les rédactions. Dans une région qui porte encore les stigmates de son lourd passé, et où l’efficacité dans la production de l’information est le maître mot, il paraît difficile d’implanter le journalisme de solutions sans passer par des réseaux.

Marine Issartel

La couverture médiatique des canicules a besoin de plus de (bio)diversité

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Fin juin, la France a enregistré la température moyenne nationale la plus élevée depuis le début des relevés en 1947 ; à peine un mois auparavant, une semaine de chaleur de niveau exceptionnel a déclenché la première alerte canicule de l’année et la première à avoir jamais été annoncée en mai.
Et c’est toute la biodiversité – flore, faune et donc…humains – qui en pâtit. Mais des solutions fondées sur la nature existent pour nous protéger des impacts des canicules, notamment en ville.

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“Combien” les médias ont-ils couvert la biodiversité lors des élections municipales de 2026 ?

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Durant la campagne des élections municipales de 2026, la biodiversité disparaît des radars médiatiques. Éclipsée par les enjeux politiques et toujours moins traitée que le climat, sa couverture fluctue au rythme de l’actualité et baisse entre les deux tours des élections. Reporters d’Espoirs a analysé les données de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (OME) pour déterminer quel a été le traitement médiatique du sujet.

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Les 6 lauréats du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs 2025 dévoilés

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Pour sa 4ème édition, le Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs récompense six jeunes talents de moins de 30 ans. Leurs reportages, tournés vers l’Europe et la francophonie, mettent en lumière des réponses concrètes aux grands défis économiques, écologiques et sociaux.

Jeunesse, Médias & Démocratie : l’itinéraire des lauréats

Avant d’être mis en lumière, ces jeunes reporters ont dû relever un défi exigeant. Leur mission : réaliser un reportage en langue française sur un problème économique, social ou environnemental ; sur des initiatives qui y apportent des réponses concrètes, avec une dimension européenne.

Au terme de plusieurs mois de candidatures et d’un jury sélectif, elles et ils sont venus du Congo, du Canada, de l’île Maurice et des régions de France. Avant la remise des prix, ils ont participé à une immersion intense de 48h à Paris. Ce séjour, conçu comme un passage de témoin, leur a permis de rencontrer de grandes figures du métier, notamment la grande reporter Mémona Hintermann, ainsi que des journalistes de l’AFP et de France Médias Monde.

ls se sont également rendus à Europa Expérience pour raconter les reportages pour lesquels ils ont parcouru l’Europe. Mais ils ont fait plus que témoigner : le 15 septembre 2025, ils ont rejoint un collectif de 40 personnalités (journalistes, experts, acteurs économiques et culturels) pour débattre autour d’ateliers thématiques (jeunesse, numérique, biodiversité).

Ensemble, ils ont tenté de répondre à un défi majeur :

Comment l’information de solutions peut-elle restaurer la confiance des citoyens dans la démocratie européenne ?

C’est à l’issue de cette dynamique collective que les 6 lauréats du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs 2025 ont été officiellement désignés.

Les 3 lauréats « France »

1er Prix : Amel Louzguiti – Seniors LGBT+ : des résidences pour passer l’hiver de sa vie en couleurs

Journaliste et vulgarisatrice scientifique, Amel Louzguiti s’intéresse dans cet article aux enjeux sociaux et culturels, reliant monde académique et grand public. Dans ce reportage, elle explore le quotidien des seniors LGBT+ en Europe, confrontés à la précarité, à la solitude et à la discrimination, et met en lumière les résidences inclusives qui leur offrent un cadre sûr et communautaire.

2e Prix : Emma D’Aversa – « Avec les Caravanes, on essaie d’abolir la prison pour mineurs »

Diplômée en histoire et en journalisme, Emma D’Aversa s’intéresse aux initiatives sociales et éducatives. Dans ce reportage, elle suit un séjour de marche collective pour mineurs en difficulté avec la justice, porté par l’association italienne Exodus, qui milite depuis 2020 pour l’abolition de la prison pour mineurs. À contre-courant du gouvernement de Giorgia Meloni et de son décret Caivano, le projet Pronti Via propose une alternative humaine et éducative face au phénomène croissant des baby-gangsters.

3e Prix : Thibaut Camboulives – La Sécurité Sociale de l’Alimentation : une idée qui fait son chemin

Journaliste spécialisé dans les questions sociales et environnementales, Thibaut Camboulives explore les expérimentations locales de la Sécurité sociale de l’Alimentation. Entre Cadenet, Montpellier, Bordeaux, Dieulefit, Toulouse, ainsi qu’en Belgique et en Suisse, il décrit des initiatives qui testent concrètement ce modèle innovant, prometteur de transformer en profondeur nos systèmes alimentaires et agricoles, malgré l’absence de vote national.

Les 3 lauréats « francophonie »

1er Prix : Esther Lubanza – Quand les petits villages ouvrent grand leurs portes : comment Camini transforme l’accueil des migrants en opportunité (République Démocratique du Congo)

Étudiante en sciences de l’information et de la communication, Esther Lubanza Ngangu s’intéresse aux dynamiques sociales et territoriales. Dans ce reportage, elle met en lumière Camini, village du Sud de l’Italie, qui accueille des migrants pour revitaliser sa vie économique et sociale, s’inspirant de l’expérience pionnière de Riace. À travers ce modèle d’hospitalité dispersée soutenu par les financements européens, elle montre comment un défi migratoire peut se transformer en opportunité au cœur des débats européens sur l’intégration.

2ème Prix : Alice Girard Bossé – Quand la salle d’urgence vient au patient (Canada)

Journaliste au quotidien québécois La Presse, Alice Girard-Bossé allie son expertise en neurosciences à son intérêt pour la santé publique. Dans ce reportage, elle suit les ambulances spécialisées pour les accidents vasculaires cérébraux (AVC), une initiative née à Hombourg, en Allemagne, et reproduite dans une vingtaine de villes dans le monde. Au cœur de ces équipes médicales, elle met en lumière leur détermination à sauver des vies grâce à des interventions rapides et innovantes.

3ème Prix : Kelly Gourdin – Semences libres : une licence pour résister aux multinationales (Maurice) Journaliste passée par Radio Pulsar et cofondatrice de l’association Aether Narratio, Kelly Gourdin signe un travail rigoureux qui prolonge un podcast réalisé en duo avec Hildegard Leloué. Elle y enquête sur la résistance face aux multinationales à travers les semences libres, dans la lignée de son projet « Éveille ta Ville », un tour d’Europe des solutions écologiques. Remis spécifiquement lors des Tribunes de la presse à Bordeaux, ce prix récompense une plume qui a fait ses débuts à l’île Maurice et qui défend une information cherchant des réponses plutôt que des divisions.

A propos du jury

Le jury 2025 était composé de personnalités engagées pour une information de qualité :

  • Marianne Barraux (AFP), Paolo Levi (La Stampa/ANSA), François Vey (Légende/Le 1), Ségolène Allemandou (ENTR), Dorian de Meeus (La Libre Belgique).

  • Pascal Canfin (Député européen), Nora Hamadi (France Inter), Serge Michel (Heidi.news), Alexia Kefalas (Le Figaro/France 24), Carolin Ollivier (ARTE).

  • Christophe Leclercq (Euractiv), Dorothée Merville (Fondation Hippocrène), Etienne Pflimlin (Fondation Crédit Mutuel) et Amélie Reichmuth (Lauréate 2024).

 

Espace Presse & Médias

Journalistes et créateurs de contenus : Les photos de la soirée et des lauréats sont à votre disposition. (Mention obligatoire : Copyright Augustin Perraud/Reporters d’Espoirs

48h pour l’Europe des solutions : immersion des lauréats du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs 2025

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Par Théo Criscuolo/Reporters d’Espoirs

Lundi 15 et mardi 16 septembre 2025, Reporters d’Espoirs a réuni à Paris cinq des six lauréats du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs pour deux journées d’échanges, de rencontres et d’inspiration. Ces jeunes reporters, âgés de moins de 30 ans, ont été récompensés pour leurs reportages sur les grands défis économiques, écologiques, sociaux et culturels qui traversent l’Europe.

Journée 1 : des rencontres sous le signe de la transmission

Tout commence autour d’un déjeuner avec Mémona Hintermann, grand reporter et ancienne membre du CSA. Témoin de conflits majeurs, de la chute du mur de Berlin aux guerres du Moyen-Orient, elle partage avec les lauréats son regard sur le journalisme, fait de rigueur, d’engagement et de résilience. Un moment privilégié qui prend des allures de dialogue entre générations.

Début d’après-midi. Les jeunes reporters poussent les portes du Figaro, accueillis par Anne Rovan, journaliste qui durant six années a été la correspondante du journal à Bruxelles. Elle leur livre les coulisses d’un journalisme européen exigeant, où il s’agit de rendre lisibles des institutions complexes, tout en montrant les forces souvent méconnues de l’Union. Bien que critiquée, l’Europe sait aussi faire preuve de solidarité entre États membres, rappelle-t-elle. Et si le sujet peine à captiver le grand public, une clé réside dans la manière de les raconter : donner de la « chair », c’est-à-dire incarner les enjeux en parlant de personnes réelles, plutôt que rester dans un registre purement technique et institutionnel. Une leçon qui résonne particulièrement auprès des lauréats, soucieux de placer l’humain au cœur de leurs récits.

Challenge Reporters d’Espoirs Europe : 1 soirée, 40 invités de marque rassemblés autour des 5 lauréats

C’est à Europa Expérience que la journée se poursuit, avec la cérémonie de remise des Prix. Cinq lauréats sur les six récompensés sont dévoilés ce soir-là, et prennent la parole devant un public de 40 personnalités issues des mondes médiatique, économique, politique et culturel. Au-delà de la remise des prix, la soirée prend la forme d’un laboratoire d’idées. L’objectif : réfléchir à la manière dont les médias peuvent « donner envie d’Europe » aux citoyens. L’enjeu est clair : à travers une information à spectre large, capable de montrer à la fois les problèmes et les initiatives pour y répondre, les journalistes ont un rôle essentiel pour redonner confiance dans la démocratie européenne et la coopération des peuples et des nations.

Trois ateliers thématiques rythment la soirée dont deux conçus en collaboration avec Making Tomorrow, qui apporte sa méthode de design-fiction pour stimuler la créativité et projeter les participants dans des scénarios inédits. Un atelier “biodiversité” sur “comment les médias peuvent fédérer les Européens sur la préservation de leur patrimoine naturel”, un atelier “numérique” ou “comment les médias peuvent donner envie de souveraineté numérique européenne”, et enfin un atelier animé par Maxime Verner, centré sur la question “comment les médias peuvent donner envie d’Europe aux jeunes ?”.

Entre discours des lauréats, débats et ateliers, la soirée a offert un moment unique de dialogue, où s’est dessinée une vision commune : replacer l’Europe au cœur du récit médiatique, non pas comme un sujet technique ou institutionnel, mais comme une histoire collective à laquelle chacun peut prendre part.

Jour 2 : de l’AFP à France Médias Monde, plongée dans les coulisses des rédactions

Le lendemain, les lauréats ont vécu une immersion au sein de grandes rédactions. La matinée débute au siège de l’AFP (Agence France Presse), par l’observation de la conférence de rédaction. Puis un échange nourri s’engage avec Marianne Barriaux, adjointe à la rédaction en chef pour la région Europe et Juliette Michel, adjointe au service Planète. 

Créé en 2022, ce service est devenu l’une des deux priorités stratégiques de l’AFP avec le numérique. Juliette Michel explique comment l’agence a choisi de mêler ses journalistes environnement à ceux de l’économie pour créer des synergies inédites : couvrir ensemble les activités économiques qui affectent le climat et la biodiversité. Le dispositif fonctionne si bien que le sujet infuse désormais dans tout le réseau, avec des référents identifiés pour structurer et porter cette dynamique.

Quant au journalisme de solutions, l’AFP applique une méthode exigeante, adaptée à son cas de figure spécifique, reposant sur quatre règles : 

  • Vérifier si l’angle est nouveau
  • S’assurer qu’il peut trouver un écho dans d’autres pays
  • Écrire simplement, sans jargon
  • Évaluer la crédibilité des solutions

Les rédactions sont très demandeuses de ce type de contenus porteurs d’espoir nous affirment nos interlocutrices. Et cela répond aussi à une préoccupation croissante : la santé mentale des publics, de plus en plus éprouvés par la surabondance d’informations anxiogènes.

Au fil des échanges, d’autres défis contemporains se font jour : la difficulté à produire des nouvelles positives face à l’urgence des crises, les conditions de travail des correspondants en Ukraine, ou encore le rôle de l’IA perçue comme un véritable enjeu pour l’avenir de l’agence. Enfin, les lauréats découvrent l’ampleur du travail de fact-checking mené par l’AFP, par une équipe de 100 journalistes dédiés dans le monde.

Après-midi. Cap sur les locaux du groupe France Médias Monde qui réunit notamment la radio RFI et la chaîne d’information France 24. Après une visite guidée des locaux, des plateaux TV et des salles de rédaction organisée par Ségolène Allemandou, rédactrice en cheffe d’ENTR, les lauréats rencontrent l’équipe d’ENTR. 

ENTR est un réseau de journalistes européens qui produit des vidéos à dimension transnationale, spécialement conçues pour les réseaux sociaux. Particularité : les contenus ne sont pas simplement traduits, mais adaptés aux publics de chaque pays, afin de toucher les jeunes générations là où elles s’informent et avec des formats qui leur parlent. L’équipe présente une série consacrée à l’environnement, pensée avec une approche de journalisme de solutions. Les vidéos mettent en avant des initiatives concrètes, réplicables et impactantes, ancrées dans différents territoires européens. Une manière de montrer que l’Europe n’est pas seulement une institution, mais aussi un vivier d’innovations et de réponses communes aux défis globaux.

Cette présentation fait écho aux discussions de la matinée à l’AFP : qu’il s’agisse d’une agence internationale de presse ou d’un média jeune et numérique, une même ambition se dessine. Les rédactions cherchent à intégrer l’environnement et le journalisme de solutions au cœur de leurs pratiques, répondant à une demande de plus en plus forte des publics et à un enjeu de société majeur.

De ces deux journées, une conviction ressort : l’Europe a besoin de nouveaux récits. Ces jeunes reporters, curieux, engagés et inventifs, sont prêts à les écrire. Grâce à cette immersion entre figures emblématiques du journalisme et coulisses de grandes rédactions, ils repartent avec des clés, des contacts, et une certitude : l’information européenne peut être vivante, proche des citoyens et porteuse d’avenir.

Qu’ont pensé les lauréats de leur séjour parisien ?

Esther Lubanza (République Démocratique du Congo, Kinshasa)

« En seulement 48 heures, le Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs a bouleversé ma vision et marqué un tournant dans mon parcours. Le concours, l’accompagnement et le Challenge du lundi m’ont portée bien au-delà de mes attentes. Moi qui pensais poursuivre en communication, j’ai découvert une évidence : le journalisme de solutions est ma voie. Ces rencontres et cette énergie collective m’ont donné confiance et l’envie de transmettre, à mon tour, des récits porteurs d’espoir. »

Amel Louzguiti (France, Lyon)

« La vie est faite de rencontres, dont certaines peuvent changer votre regard sur le monde, pour le mieux et pour longtemps. Reporters d’Espoirs fait exactement cet effet ! Le Prix, l’accompagnement, les visites que nous avons partagées m’ont offert le souffle nécessaire pour oser. Il m’a confirmé le rôle du journalisme de solutions pour éclairer le monde, servir l’intérêt général et semer des idées qui font naître de nouvelles perspectives et parfois, beaucoup. »

20.3.2025 : Le Comité économique et social européen décerne à Reporters d’Espoirs le Prix de la Société civile !

By Agenda, EuropeNo Comments

Le 20 mars 2025, le Comité économique et social européen (CESE / EESC) a récompensé trois projets à but non lucratif de la Slovaquie, de la France et de la Belgique pour leur contribution exceptionnelle à la lutte contre la polarisation préjudiciable de la société européenne. Reporters d’Espoirs est le lauréat pour la France pour notre action de lutte contre la polarisation via le journalisme de solutions. Plus particulièrement pour notre programme « Jeunes Reporters d’Espoirs Europe » de formation, d’accompagnement à l’écriture journalistique, et de dotations financières autour duquel s’est constitué une communauté de 800 jeunes, 23 lauréats, 50 réseaux francophones partenaires, 40 jurés.

>L’article sur le site de l’EESC

>L’article de Toute l’Europe

 

48 h pour vivre l’Europe des solutions

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Le 3Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs a été décerné à Paris, en février dernier, à sept jeunes originaires du Danemark, de Suisse, de France… et même du Sénégal ! L’équipe de Reporters d’Espoirs a embarqué les lauréats à la rencontre de journalistes de l’AFP et du « Figaro », et d’experts des enjeux européens. Retour sur ces deux journées. Paul Chambellant, 22 ans et futur étudiant en journalisme qui a contribué à l’organisation de ce Prix en tant que service civique, retrace ces deux journées. Quant à Angélica Tarnowska, globetrotteuse et journaliste correspondante de Reporters d’Espoirs au Royaume-Uni, elle revient sur la soirée organisée en leur honneur à la Gaîté Lyrique, à Paris.

Par Paul Chambellant et Angélica Tarnowska/Reporters d’Espoirs

 

Lundi 12 février 2024
Le rendez-vous est donné à 13 h au Caffe dei Fratelli, dans le 1er arrondissement de Paris.

C’est là que nous rencontrons Pierre Terraz, Amélie Reichmuth (venue de Suède), Emilie Andrieux et Sami Zaïbi (venu de Suisse), 4 des 7 lauréats décorés par ce Prix européen du jeune reporter, pour un déjeuner aux accents italiens. Alors, pâtes ou pizza ? Les choix diffèrent selon qu’ils soient pigistes, correspondants, data journalistes, photoreporters… ou professeurs, un ami de Sami nous ayant rejoints. Si lui est un profane du monde journalistique, les lauréats quant à eux y sont immergés : qu’ils soient issus d’une école ou formés sur le terrain, ils se destinent tous au journalisme. L’occasion de se découvrir des points communs insoupçonnés et de s’émerveiller devant des parcours d’ores-et-déjà inspirants. Amélie parle six langues, Pierre a appris le photojournalisme en autodidacte après une école de communication, Sami vient de s’installer au Caire pour y apprendre l’arabe et devenir correspondant, Emilie maîtrise déjà l’art des infographies… De vrais couteaux suisses !

 

14 h 30.
L’heure de rejoindre les locaux de Reporters d’Espoirs pour rencontrer les membres de L’Atelier Europe – Patrick d’Humières, Gabriela Martin, Aymeric Bourdin et Michaël Malherbe. 

Au programme : une discussion sur l’état de l’Europe, les défis des élections et de la mandature à venir et le rôle de vulgarisation des journalistes. A la fois européens convaincus et analystes critiques des institutions, ils s’engagent dans la poursuite du projet européen à travers voyages d’étude et analyses des révolutions écologique et industrielle. Nous abordons des sujets aussi variés que le difficile arbitrage européen de l’intelligence artificielle après la « révolution manquée » d’Internet, la communication européenne en matière de politique environnementale, ou encore les enjeux posés par l’hypothèse d’un élargissement de l’Union Européenne en pleine guerre à ses frontières. Les lauréats ont su s’affranchir de l’aspect un peu académique de la rencontre, s’inspirant de leurs expériences de terrain pour interroger l’indépendance des journalistes européens et la pertinence d’un Pacte Vert à l’échelle européenne.

 

17 h.
Cap sur les imposants locaux de l’Agence-France Presse (AFP), place de la Bourse à Paris.

Septième étage, vue imprenable sur Paris. Nous rencontrons Guillaume Rollin, rédacteur en chef du service vidéo de l’AFP, Cécile Feuillatre, journaliste au service international, Kadir Demir, journaliste au service vidéo, et Coline Sallois, chargée de communication et de projets, pour une heure de questions-réponses sur les coulisses de leur métier, la couverture des terrains de conflits, le sort des journalistes palestiniens à Gaza, les choix éditoriaux d’une rédaction d’envergure internationale… Tous sont journalistes multi-tâches, tantôt en « desk » tantôt sur le terrain, et chez chacun résonne l’idée que le sigle AFP doit rester un gage d’indépendance et de qualité de l’information. Nous visitons ensuite la newsroom, clignotant de mille feux au rythme d’une actualité mondiale qui s’affiche sur une multitude d’écrans, avant de libérer les lauréats pour la soirée.
Voilà qui vient conclure cette première journée passée sur la route de l’info !

 

Mardi 14 février, 9 h 30.
Rendez-vous avec Renaud Girard, grand-reporter au « Figaro ».

Une lauréate est arrivée avant les autres : Cristina Coellen, étudiante autrichienne en école de journalisme à Paris. Bientôt rejoints par les autres lauréats, nous découvrons ensemble les bâtiments somptueux du Figaro, s’étendant sur une dizaine d’étages. C’est un Renaud Girard souriant et pensif qui nous y accueille, grand reporter au Figaro et spécialiste des crises et conflits mondiaux. Kosovo, Israël, Afghanistan, Ukraine, Irak… Lui qui a couvert toutes les guerres depuis 1984 s’en souvient avec vivacité, avec silence aussi parfois. C’est que le « souffle de l’histoire » qu’il a senti passer à de multiples reprises semble toujours l’habiter aujourd’hui, l’invitant à la contemplation. Il fait l’éloge de la lenteur sur les terrains en conflit, comparant les journalistes à des « historiens de l’instant ». Prendre le temps de la compréhension, choisir une histoire à raconter qui parle des gens et aux gens pour mieux rendre compte de la réalité : il faut montrer qu’on a été sur place, qu’on peut apporter de la valeur ajoutée. Inspirés par le personnage, son érudition et son parcours, nous prenons une photo de groupe pour immortaliser ce moment hors du temps, butte Montmartre en arrière plan. Et quittons le journal, nous prêtant à rêver nous aussi de pouvoir sentir le souffle de la grande histoire sur le terrain d’un reportage.

 

 

Mardi, 19h.
Soirée de remise des Prix et conférence de rédaction « Médias : donnez-nous envie d’Europe », à la Gaîté Lyrique, à Paris.

C’est donc à la Gaîté Lyrique que s’est tenu le final, mardi 13 février au soir, avec la 3édition du Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs. Dans une effervescence positive, tous se sont retrouvés pour découvrir les sept lauréats sélectionnés parmi 140 candidats. L’objet du concours ? Réaliser un reportage sur des réponses concrètes apportées à un problème économique, social ou environnemental, avec une dimension européenne. Le défi ? Nous donner envie d’Europe ! Alexia Kefalas, correspondante de France24 et du Figaro, venue tout spécialement d’Athènes, menait la danse avec brio. Une soirée ponctuée des croquis plein d’humour signés Serge Bloch.

Le Best-of des Jurés

Chacun des jurés présents a évoqué le sujet qui l’a le plus enthousiasmé : Nicole Gnesotto, vice-Présidente de l’Institut Jacques Delors, a salué le reportage de Pierre Terraz, « Morts sous X », pour son originalité, la dignité et la délicatesse de son traitement. Étienne Pflimlin, à la tête de la Fondation du Crédit Mutuel pour la lecture, a retenu le sujet d’Émilie Andrieux, « Étudiants secouristes en santé mentale à l’Université de Bordeaux ». Patrick d’Humières, pionnier de la réflexion sur les médias et l’Europe, a été touché par le sujet d’Amélie Reichmuth, « Danemark : Grâce à Elderlearn, l’intégration devient un vecteur de lien social ». « Dans une société divisée, repliée sur soi et avec la peur des autres, ce projet valorise une Europe intergénérationnelle, où au contact des anciens, des réfugiés peuvent resocialiser, revivre, c’est un beau signe d’espoir », partage-t-il. Christophe Leclerc, fondateur d’Europe Média Lab, a lui aimé le sujet de Sami Zaïbi, « Samsø et l’énergie renouvelable, l’utopie devenue réalité ». Enfin, Dorothée Merville, Directrice générale de la Fondation Hippocrène, a choisi l’article de la journaliste autrichienne Cristina Coellen, « Extraire la chaleur des eaux usées, une technique de chauffage durable à la conquête des villes européennes ». « On y voit comment les solutions locales peuvent être répliquées partout et ce sujet donne envie d’Europe ! », commente-t-elle. Un vrai bon point car l’Union Européenne est assez dépréciée.

L’Europe mal-aimée et ses institutions méconnues : une image à redorer !

« L’Europe est devenue un bouc émissaire. Brisons ce cercle vicieux, ayons l’honnêteté de reconnaître les conquêtes nées d’une impulsion européenne et arrêtons de pointer les technocrates ! Car ces derniers, moins nombreux que les fonctionnaires de l’Île-de-France par exemple, sont souvent des jeunes, qui gèrent de Bruxelles une administration qui concerne 450 millions d’Européens », explique Paolo Levi, correspondant italien de « La Stampa » et de l’Agenzia Nazionale Stampa Associata  (Ansa). « L’Europe n’est pas un projet accompli mais une construction en cours ! », renchérit Bernard Guetta, Député européen Renew et journaliste. « Pour beaucoup, l’Europe reste une entité approximative et un pouvoir quasi-martien : Bruxelles est la capitale de la Belgique, mais accueille aussi les trois institutions de l’Europe, Conseil, Parlement et Commission. Or la place qui leur est consacrée dans les médias reste faible. On commence à peine à évoquer les débats au Conseil ou au Parlement européens… En défendant l’Europe, c’est un cri de besoin et de nécessité que je lance ! », conclut Bernard Guetta. Pour François Vey, rédacteur en chef des revues « Zadig » et « Légende », l’Europe des nations existe déjà : « La majorité du pouvoir est détenue par le Conseil européen, c’est lui qui tranche car il tient les cordons de la bourse ». Reste à faire découvrir la réalité de l’Union européenne, « trop souvent perçue comme ennuyeuse », explique Éléonore Gay, qui lui donne corps justement avec son émission « Nous les Européens », sur  France 2. Elle ajoute : « Mais les cartes ont été rebattues par la guerre en Ukraine. Les gens manifestent une curiosité nouvelle pour les équilibres géopolitiques. Des valeurs communes comme la paix resserrent les liens. À nous journalistes de faire aimer l’Europe ! ». 

Pitch des lauréats et conférence de rédaction

Venus d’Europe et même d’Égypte, il est temps pour les cinq lauréats [deux lauréates n’ont pu être présentes : Ndeye Fatou Toure (Sénégal) et Marie Dougnac (Bordeaux] de pitcher leur reportage afin de déterminer le sommaire idéal d’un journal dédié à l’Europe. Émilie démarre : « un étudiant sur six a une santé mentale dégradée. Depuis 2019, une formation australienne en secourisme psychologique se propage. À Bordeaux, 1 000 étudiants de fac la suivent, plus de 80 % sont prêts à aider leurs pairs, un franc succès pour des gestes qui peuvent sauver des vies ». Pour Mémona Hintermann, grand reporter, « voilà un grand sujet de société, car face aux 200 000 tentatives de suicides par an, il manque plus de 1 000 psychiatres en France ». Amélie a elle suivi l’association Elderlearn, qui a déjà créé au Danemark 1 600 binômes d’anciens, souvent trop seuls, avec des immigrés, qui veulent apprendre, avec 80 % de retours positifs ! Une idée lumineuse qui a tout pour s’exporter, pour une société inclusive et résiliente. Christina pitche : « L’eau peut avoir une seconde vie grâce à l’aquathermie, une technique réplicable partout ». Et Sami raconte Samsø, la première île autonome en énergie. « Les Danois sont ultra-pragmatiques, note Éléonore Gay, ils se sont organisés, ont confiance en l’autre, sont actionnaires de l’éolien, c’est un modèle visité par des groupes du monde entier ». Mémona Hintermann souligne : « là, c’est l’Europe qui marche ! ». Bernard Guetta note : « Européens, constructifs, passionnants, ces reportages sont parfaits pour l’ouverture des pages société, ils feront des émules ». Le sujet retenu par la majorité pour trôner en Une sera celui de Pierre Terraz qui a voulu savoir où était enterré « son » SDF, et a découvert le cimetière des Jardins de la Fraternité et ses tombes « sous X », à Thiais (94), où, avec, les collectifs de citoyens qui recherchent les familles de ces milliers de morts de la rue sans identité (migrants, vieux, corps retrouvés dans une rivière, bébés abandonnés… ». Bernard Guetta ponctue : « si je parle comme le directeur de rédaction que j’ai été à « L’Obs » et à « L’Expansion », alors le sujet sur les morts sous X, on achète, c’est intriguant, c’est forcément le sujet retenu pour faire la Une ».

Qu’ont pensé les lauréats de leur séjour parisien ?
Amélie Reichmuth et Sami Zaïbi témoignent. 

Avec deux Erasmus à Sciences Po, Amélie Reichmuth, franco-allemande basée en Suède et mariée à un Danois, est résolument européenne. Elle se passionne très tôt pour le journalisme de solutions et avait déjà postulé au Prix européen du jeune reporter les années précédentes, une persévérance payante ! « Les visites organisées par Reporters d’Espoirs la veille étaient formidables, une occasion d’échanger avec des reporters de renom comme Renaud Girard, de voir comment pitcher un sujet, et aussi de tisser des liens entre lauréats aux profils très variés, autodidactes comme moi ou sortis d’écoles de journalisme. Débats à bâtons rompus, avis engagés… la soirée était formidable ! Seul petit regret, on aurait aimé que le public aussi participe par vote à la conférence de rédaction. » 

Sami Zaïbi, lui, a particulièrement aimé la visite à l’AFP : « on utilise tous les jours leurs dépêches, découvrir la mécanique et le nombre de journalistes dédiés à l’info était fascinant ». Curiosité, amour de l’écriture et de la transmission, le Tuniso-Suisse a étudié à l’Académie du Journalisme à Neuchâtel, « avec Serge Michel, Prix Albert Londres, le journalisme constructif y était évoqué plus que vraiment enseigné ». Journaliste chez « Le Temps », il a pris une année sabbatique pour apprendre l’arabe en Égypte, mais continue de rédiger une newsletter hebdomadaire sur le Moyen-Orient: « Elle s’intitule « Le Point du Jour » et comporte une rubrique Une Raison d’Espérer… Pas toujours simple à alimenter ! »

« La seule vérité qui vaille, c’est celle du terrain » – Christine Buhagiar, directrice régionale Europe à l’AFP et membre du jury du Prix européen du jeune reporter

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Christine Buhagiar est la directrice régionale Europe de l’Agence France-Presse (AFP). Passée précédemment par les services France, politique, économique, puis vidéo de l’AFP, elle a rejoint cette année le jury du Prix européen du jeune reporter d’espoirs. Elle évoque pour nous son expérience journalistique et son activité au sein de l’AFP.

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RDV le 13.2.2024 avec Bernard Guetta en invité spécial : que pense un député européen et ex-journaliste du traitement médiatique réservé à l’Europe ?

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Reporters d’Espoirs a le plaisir de compter Bernard Guetta, journaliste lauréat du Prix Albert Londres, ex-chroniqueur « Géopolitique » à France Inter et actuellement député européen, parmi les invités à sa soirée « Médias : donnez-nous envie d’Europe ! », mardi 13 février à 19h à la Gaité Lyrique. Un événement accessible gratuitement sur inscription ici.

L’opportunité d’un regard à la fois critique et constructif sur le traitement médiatique de l’Europe, par un expert de l’Europe et du journalisme, qui échangera et débattra avec les journalistes réunis lors de cette soirée, parmi lesquels Mémona Hintermann, grand reporter, figure du JT de France 3, qui a couvert les grands événements européens de ces trente dernières années, Paolo Levi correspondant des médias italiens La Stampa et Ansa, ou encore Alexia Kefalas, correspondante de France24 et du Figaro à Athènes.

L’occasion aussi d’un échange avec les 7 lauréats du Prix européen du jeune reporter, âgés de 23 à 30 ans, en provenance de toute l’Europe.

A propos de Bernard Guetta

Après avoir couvert la naissance de Solidarność en Pologne, l’essor du néolibéralisme dans l’Amérique reaganienne et l’effondrement communiste dans l’U.R.S.S sous Gorbatchev en tant que correspondant pour Le Monde, Bernard Guetta fut durant 27 ans chroniqueur à France Inter. Il a été également directeur de la rédaction de l’Expansion et du Nouvel Observateur et éditorialiste à l’Express, au Temps et à Libération.

Au cours de sa carrière, il a reçu 6 prix de journalisme, dont le prestigieux Prix Albert-Londres en 1981. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages traitant de géopolitique dont le dernier, « La Nation européenne », est paru chez Flammarion en avril 2023.

Il est élu député européen, membre du groupe Renew Europe, depuis 2019. Il est le premier vice-président de la sous-commission Droits de l’Homme (DROI), membre de la commission des affaires étrangères (AFET) et de la délégation à la commission de coopération parlementaire UE-Russie, de la délégation pour les relations avec les pays du Machrek et de la délégation à l’Assemblée parlementaire de l’Union pour la Méditerranée. 

Au Parlement comme dans ses interventions publiques, Bernard Guetta concentre ses efforts sur la nécessaire concrétisation d’une Europe-puissance en défendant ses valeurs et en décryptant les rapports de forces d’un monde en totale et rapide mutation.