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L’Amérique Latine, terreau fertile pour le Joso malgré un terrain miné

By 4 septembre 2026No Comments

Le journalisme de solutions est particulièrement développé et documenté en Europe et Amérique du Nord depuis plus de dix ans. Qu’en est-il en dans le reste du monde ? Existe-t-il des initiatives de journalisme de solutions dans les médias ? Depuis combien de temps ? Quelles conclusions en tirent les journalistes ? C’est ce que nous allons voir dans cette nouvelle série “Le Joso dans le monde”, explorant le journalisme de solutions dans certaines régions du monde. Celui-ci est consacré à l’Amérique Latine, terreau d’initiatives.

Le journalisme de solutions, ou JoSo pour faire court, a commencé à se développer en Amérique Latine à la fin des années 2010 mais existait déjà auparavant. En effet, l’Argentine est l’un des pays pionnier en termes de JoSo, avec Noticias Positivas, le premier média JoSo argentin, créé en 2003. Média indépendant dont la création a été poussée par Positive News, média JoSo britannique fondé en 1993. Noticias Positivas est le premier média argentin à avoir reçu la certification B Corp, représentatif selon eux, de leur engagement.  

Noticias Positivas, déjà avant-gardiste dans son approche du journalisme l’était également puisqu’il a commencé exclusivement en ligne. Avec les années, le média s’est développé via un magazine, un cabinet de conseil, une chaîne de Youtube et un programme de radio. 

Une introduction récente du journalisme de solutions

Plus globalement, le journalisme de solutions a été massivement introduit par la Fondation Gabo avec le soutien du Solutions Journalism Network (SJN), à partir de 2019. Pour suivre leur travail de mise en réseau de médias et journalistes se tournant vers le JoSo, la fondation avait dédié une rubrique spéciale sur leur site internet [qui n’existe plus à ce jour]. Fort de cet accompagnement, la Fondation Gabo organise des ateliers, conférences, remet des prix et des bourses pour promouvoir le journalisme de solutions et organise des festivals de journalisme.

C’est notamment lors d’un de ces festivals que la première formation en JoSo a eu lieu en Amérique Latine, plus précisément à Medellin (Colombie), raconte dans un article le journaliste Jonathan Gutierrez. Journaliste vénézuélien, il est coordinateur pour l’Amérique Latine pour le SJN avec 22 autres journalistes, ils ont organisé plus de 150 formations à plus de 1500 journalistes et étudiants en journalisme entre 2021 et 2023. Il a établi une carte du réseau JoSo en 2023 : 32 médias issus de 14 pays différents proposent une couverture médiatique axée sur le JoSo. 

Une variété de médias

Les médias faisant le plus de JoSo sont indépendants, en voici une liste non-exhaustive : 9 Millones, média puerto ricain, Proyecto Lava, média du Salvador, El Colectivo 506, au Costa Rica, qui oeuvre pour un réseau élargi du JoSo en Amérique Latine. Guterriez a également identifié des médias très locaux ou des projets spécifiques comme El Otro Pais au Paraguay ou Amazônia Vox au Brésil. Ou encore des médias de plus grande échelle comme Folha de São Paulo, quotidien national brésilien. 

Les médias faisant du journalisme de solutions en Amérique Latine créent et s’appuient sur leur communauté pour fonctionner et trouver à la fois des idées de sujet, des sources mais aussi une résonance dans une région du monde qui reste instable.

Le journalisme de solutions permet de reprendre le pouvoir

Jonathan Gutierrez voit le journalisme de solutions comme un moyen de lutter contre la régression de la démocratie et l’arrivée au pouvoir de populistes. Il permet aussi, selon lui, de montrer comment la société civile s’organise pour résister et agir pour un changement sociétal. Alors qu’il est déjà compliqué de trouver un modèle économique pour un média dit “classique”, la crise économique que de nombreux pays sud américains traversent n’aide pas le JoSo à en trouver un. S’ajoute à cela, le terrain dangereux auquel doivent faire face les journalistes lorsqu’ils se rendent au plus près de leurs sources.

Un exemple qui a marqué le journaliste vénézuélien est la fermeture en 2024 du média Red/Accion, média pionnier en JoSo en Amérique Latine. Fondé en 2018 par l’ancien secrétaire général de La Nacion (grand quotidien argentin). Red/Accion faisait participer son audience via différents médiums : site internet, newsletter, réseaux sociaux, magazine bi-mensuel et Laboratoire des Expériences Journalistiques à destination des étudiants en journalisme. En mai 2021, il avait lancé une rubrique appelée Soluciones para America Latina avec le média d’info Infobae (l’un des médias argentin les plus lus du pays). Un partenariat lors duquel, un article JoSo était publié par jour, une initiative qui a pris fin en juin 2022. 

Jonathan Gutierrez, malgré un contexte difficile, a pu montrer dans ses articles grâce au journalisme de solutions, à quel point la population vénézuélienne est résiliente et trouve des solutions.

Santé mentale améliorée, article plus complet, audience comblée

Monica Quesade et Katherine Stanley Obando, sont co-fondatrices d’El Colectivo 506, média de solutions costaricien. Elles ont également fondé en 2024, le Latin American Solutions Journalism Fund, dans le but de promouvoir le JoSo en Amérique Latine à travers une bourse, du mentorat et une formation. Pour un article publié sur le site de DW Akademie, elles ont interrogé plusieurs journalistes boursiers sur les bénéfices du JoSo dans leur carrière. Voici quelques conclusions :

  • Leur santé mentale s’est nettement améliorée.
  • Le journalisme de solutions leur permet de voir les tenants et aboutissants d’un problème parce qu’ils peuvent prendre le temps, pour eux cela ajoute du relief à leur connaissance du sujet et donc sur la manière dont ils vont le vulgariser auprès du public. En outre, cela redonne du pouvoir au journalisme car il permet de faire vivre le débat public de manière constructive. 
  • Le JoSo permet de couper avec la constante polarisation des médias, avec comme espoir de changer (pour certains) l’image du métier, souvent terne. 
  • Le JoSo permet d’expliquer les procédés d’enquêtes (leurs sources, l’avancement, etc) et de montrer qu’il existe des initiatives/solutions quand un problème est présenté.  Il est important pour eux d’en parler, certains parlent de “responsabilité quasiment politique. Si la démarche des journalistes est explicitée, des sources auparavant réfractaires peuvent changer d’avis et influer sur la manière de raconter les faits. 
  • Le journalisme de solutions permet de rendre accessible la technicité, ce qui est parfois reproché aux journalistes. 

Nécessité d’expliquer et de jouer collectif

Finalement, si l’audience a tous les tenants et aboutissants d’un sujet et des propositions pour agir, elle va plus facilement être impactée car elle va réussir à s’identifier. Et c’est précisément là la clé, prendre du temps pour un sujet change la manière de travailler pour les journalistes et touche son public. 

Certains médias, dont Noticias Positivas, vont au-delà du journalisme de solutions et se réclament du “journalisme régénératif”, c’est-à-dire qui tend vers une transformation, vers de la connexion avec les autres. 

Ce que l’on remarque après la lecture de cet aperçu général du journalisme de solutions en Amérique Latine est que les médias privilégient un lien fort avec leur audience et plus globalement avec leur communauté. Si l’on compare avec la France, ce type de journalisme peut se transposer aux nombreux collectifs que l’on voit émerger notamment auprès des journalistes pigistes ou des médias indépendants. Une manière de s’associer qui est bénéfique tant pour leur santé mentale que d’un point de vue financier.

Marine Issartel

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