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L’Iceberg ou comment prendre le temps de s’informer sur l’environnement donne envie d’agir

By 10 septembre 2026No Comments

L’Iceberg, revue indépendante sans publicité qui s’intéresse à notre rapport au vivant sous le prisme scientifique, a été lancée au printemps 2025.  Comment un média se décide à lancer une revue papier à l’heure du tout numérique ? Quelle ligne éditoriale a été choisie ? Pourquoi mettre en avant des initiatives et l’envie d’agir au cœur du projet sans parler de journalisme de solutions ? Autant de questions auxquelles Chaymaa Deb, rédactrice en chef et Matthieu Combe, directeur de la publication, nous ont répondu dans une interview croisée.

Quelle est la genèse du projet ? 

Matthieu Combe : Natura Sciences est à l’origine de L’Iceberg. C’est un média que j’ai créé en 2009, qui était au départ un blog  et qui s’est transformé en média.  Au bout d’un certain moment, on avait l’impression de se répéter tout le temps à dire que tout va mal. Avec L’Iceberg, l’idée était de traiter les questions écologiques sous le prisme scientifique ; comment on peut apporter de la science mais différemment. Le tout croisé avec des approches de terrain pour voir concrètement dans les territoires ce qu’il est possible de faire pour limiter – ou au moins s’adapter – face à la crise écologique. 

Sortir de la course à l’article web

Chaymaa Deb : À partir de 2015, plusieurs médias spécialisés sur les questions écologiques ont été créés , notamment en ligne. Alors que l’on vient d’un média web [Natura Sciences], on a rapidement trouvé qu’il y avait des limites. Sur internet, la mécanique de l’information devient une course pour sortir le maximum d’articles. Cette machine, qui s’emballe toujours plus vite, parce qu’il faut répondre aux algorithmes de Google, ou d’Instagram, nous précipite dans une logique de putaclic. 

On s’est dit que ce modèle ne suffit pas à créer une pensée, à impulser un changement de société et tendre vers une société plus écologique et solidaire. Cela nécessite une prise de recul de la part des gens, qu’ils prennent le temps de s’informer correctement pour pouvoir la digérer et construire leur pensée en tant que lecteur certes, mais surtout en tant que citoyen. Le meilleur moyen de le faire, c’est de sortir des écrans parce qu’on a parfois besoin d’être plus au calme pour réfléchir. C’est comme ça que l’on s’est dit qu’une revue trimestrielle, ça laisse le temps de bien traiter des sujets en profondeur, de manière plus complète, pour pouvoir accompagner les acteurs dans le fait de monter en connaissances, sur différents sujets liés à l’écologie, à une société plus solidaire.

Quand est-ce que le processus de création de L’Iceberg a commencé et quand est sorti le premier numéro ?  

Matthieu : Le premier numéro est sorti en avril 2025. 

Chaymaa : Avant ça, il y a eu toute la phase de maturation et de conception de la revue, qui a pris deux ans.

Combien êtes-vous dans la rédaction ?

Matthieu : À chaque numéro, il y a une quinzaine de pigistes qui travaillent pour nous et une quinzaine d’illustrateurs, photographes.

Chaymaa : À la fin de chaque numéro, nous avons une rubrique dans laquelle nous présentons toutes les personnes qui ont permis de le confectionner. Pendant l’année et demie de conception, nous avons également travaillé avec une directrice artistique. Dans un tel projet, c’est important d’être accompagné de personnes aux talents complémentaires, bien que cela représente un coût conséquent. 

Concernant la partie administrative et financière, on bénéficie de l’expérience de Matthieu avec Natura Sciences. Nous sommes vraiment chanceux parce que cette partie de l’ombre peut être très compliquée à gérer. 

Matthieu : Nous avons également été accompagnés au lancement de la revue pour comprendre les mécanismes de la distribution en kiosques. 

Votre magazine est indépendant, sans publicité et fonctionne grâce aux ventes et aux abonnements, avez-vous un lien particulier avec votre audience ?

Chaymaa : La création de L’Iceberg répond à des remontées de terrain. À l’époque de Natura Sciences, Matthieu a écrit deux livres, notamment un qui est sorti en 2019 qui s’intitule Survivre au Péril Plastique. Pendant l’été 2020,  nous avons eu la possibilité de faire des ateliers, conférences, débats sur la question de la pollution plastique dans des centres de vacances partout en France. Sans cette expérience, L’Iceberg n’existerait probablement pas aujourd’hui.  Tous les soirs, des gens nous disaient être  très inquiets sur l’avenir du monde, sur la pollution, sur ce qu’on allait pouvoir faire comme société et qui nous disaient tous la même phrase, « moi, je fais tout ce que je peux, mais ça ne sert à rien ».

Nous avons fini par leur dire que tous les soirs, on se retrouvait face à des personnes différentes qui nous disaient toutes la même chose. C’est bien la preuve que vous n’êtes pas tout seul, c’est juste que vous ne vous voyez pas. Ce que nous voulons faire avec L’Iceberg, c’est apporter des réponses à des inquiétudes parfois liées à des manques de connaissances sur des sujets, mais aussi montrer des pistes d’action individuelles ou collectives. 

Aujourd’hui, les liens que nous entretenons avec notre communauté passent essentiellement par les réseaux sociaux et nos newsletters. Nous espérons pouvoir organiser prochainement des événements pour se rencontrer en vrai, au cours de moments collectifs et conviviaux. 

Réussissez vous à identifier des réussites ? Et a contrario, des difficultés ?

Matthieu : Dans les réussites, nous allons sortir notre sixième numéro, ce n’est pas rien. On nous dit également que la revue fait du bien aux gens, cela récompense notre travail. Notre promesse initiale était justement de croiser les sciences avec le terrain et en ayant un bel objet [le magazine], c’est une réussite. Le fait d’allier à la fois des faits scientifiques avec ce qui se fait sur le terrain et voir des personnes qui agissent, c’est ce qu’ont envie de voir les gens. Avec chaque problématique, nous pouvons faire le lien et ça permet d’avoir une grille de lecture qui est un peu plus optimiste. 

Chaymaa : Concernant les difficultés, je dirais qu’on reste un média indépendant et que l’argent, ce n’est jamais facile, et qu’il y a toujours le défi d’avoir assez de fonds pour pouvoir continuer. 

Matthieu : Chaque décision coûte de l’argent, nous devons peser le pour et le contre quand il s’agit de dépenser. On doit se demander : est-ce que ce sont des dépenses nécessaires ou est-ce qu’on peut faire autrement. C’est un arbitrage permanent. Je pense que le public et même les personnes avec qui on travaille ne le voient pas forcément.

Votre magazine fait du journalisme de solutions, comment l’intégrez-vous dans les articles ? Qu’est-ce que cela vous évoque ?

Matthieu : Nous ne revendiquons pas le fait de faire du journalisme de solutions bien qu’il soit omniprésent dans la revue. Nous ne le revendiquons pas parce que souvent l’image qui est accolée au journalisme de solutions, ce sont des initiatives très locales et qui n’avaient pas vocation à être renouvelées. Nous, on s’intéresse à des initiatives qui soient reproductibles ou qui inspirent des gens à agir par ailleurs. Cette idée de reproductibilité est dans la définition du journalisme de solutions mais on ne s’intéresse pas uniquement aux initiatives. Nous faisons du journalisme de solutions qui s’intègre plus globalement dans nos contenus et même dans nos analyses, nos enquêtes, nos reportages. 

Chaymaa : Ce qui peut-être peut nous poser problème dans la notion de journalisme de solutions, c’est que l’on puisse penser que la solution est le pendant positif d’un problème. Quand on parle d’une initiative dans notre rubrique “place à l’action”, c’est pour montrer la construction collective. 

Combien de personnes sont abonnées à la revue ?

Matthieu : Nous avons 1000 abonnés à la revue et nous venons de lancer une nouvelle campagne d’abonnements le 8 septembre pour en doubler le nombre en vue de la sortie du sixième numéro fin octobre. Et 5500 abonnés à la newsletter.

Si vous souhaitez soutenir L’Iceberg, voici le lien.

Marine Issartel

 

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