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journalisme de solutions

« L’agriculture est une problématique sociétale majeure, mais elle peut aussi apporter des solutions »

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Sabrina Gaba est écologue, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (NRAE) et co-directrice d’une infrastructure de recherche, la Zone Atelier Plaine & Val de Sèvre. 

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ChatGpt - l'IA face au Journalisme de Solutions

IA vs journalisme de solutions : ChatGPT, Mistral & Co sont-ils capable d’identifier une vraie solution ?

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Alors que l’intelligence artificielle générative s’immisce dans la production de l’information, une question cruciale se pose : une machine peut-elle distinguer une véritable innovation sociale d’une simple opération de communication ? Si l’IA excelle à traiter des masses de données, la méthode Reporters d’Espoirs rappelle que le journalisme d’impact repose sur un pilier que l’algorithme ne peut franchir seul : le discernement humain. Entre détection statistique et enquête de terrain, analyse du rôle des algorithmes dans la fabrique de l’information constructive. Un article méthode : IA vs journalisme de solutions .

L’IA comme radar : détecter les « déviances positives »

L’intelligence artificielle n’est pas l’ennemie du journalisme de solutions . En réalité, elle en est le premier éclaireur. Elle analyse les données pour identifier les « déviances positives ».

  • Repérage d’anomalies : Les outils statistiques parcourent des bases de données massives.
  • Efficacité : Ils repèrent une école ou un hôpital aux résultats supérieurs à la moyenne malgré un contexte difficile.
  • Gain de temps : Ce processus est précieux pour les rédactions.

Des agrégateurs utilisent des opérateurs booléens pour filtrer les flux d’informations. Ainsi, ils aident les rédactions dans leur veille permanente. L’association Reporters d’Espoirs utilise d’ailleurs ce type d’algorithme, combiné à une expertise humaine, pour nourrir sa base de données LePlus, véritable réservoir d’initiatives pour les médias.

Le mur de l’algorithme : l’impossibilité de valider la réponse

C’est ici que s’arrête la compétence de la machine. L’IA peut signaler un fait statistique inhabituel. Néanmoins, elle est incapable de confirmer la crédibilité d’une solution.

  • Le « how-dunit » ou l’explication du processus : L’IA identifie le résultat chiffré, mais seul le travail d’enquête permet d’expliquer comment ce résultat a été obtenu.
  • La détection du « socialwashing » : Distinguer une véritable réponse sociétale d’une opération de greenwashing nécessite une connaissance fine du contexte politique et historique que l’IA ne possède pas. Elle a tendance à favoriser les contenus viraux ou sensationnalistes, risquant de relayer un « récit miracle » sans recul critique.
  • L’évaluation des limites : Une « vraie » solution doit impérativement exposer ses propres failles. L’IA, programmée pour être utile et consensuelle, peine à exercer cette distance critique indispensable à la crédibilité de l’info.

Le « 6e W » : l’exigence de l’enquête de terrain

Pour transformer une donnée en information de solution, le journaliste doit ajouter la question « And now ? » (Et maintenant ?) aux traditionnels 5W (qui, quoi, où, quand, pourquoi).

Cette étape exige un scepticisme nécessaire et un « travail à la maison » supplémentaire : vérifier les preuves via des essais contrôlés ou des données chiffrées solides. En interview, il est crucial de poser les questions qui fâchent sur la viabilité économique, le coût ou la pérennité de l’action. Un algorithme peut corréler des données, mais il ne peut pas confronter un porteur de projet sur la réalité de son infrastructure.

L’analogie de l’astronome

On peut comparer l’IA à un télescope automatique : il est capable de balayer le ciel pour pointer une lumière inhabituelle. Mais il faut toujours un astronome pour analyser le spectre de cette lumière, confirmer qu’il s’agit bien d’une étoile et non d’un satellite, et en expliquer la composition

IA vs journalisme de solutions : qui gagne le match ?

En résumé, l’IA agit comme un radar capable de signaler une anomalie statistique intéressante, mais elle ne possède pas le discernement éthique nécessaire pour qualifier cette anomalie de « solution » au sens journalistique.

Pour Reporters d’Espoirs, la technologie augmente le regard du journaliste, elle ne le remplace pas.

AFP : voici comment la plus grande agence de presse s’approprie le journalisme de solutions

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À l’occasion du dernier prix européen jeunes Reporters d’Espoirs, nous avons pu échanger avec deux journalistes de l’Agence France Presse (AFP), Marianne Barriaux, adjointe au rédacteur en chef Europe et Juliette Michel, adjointe à la cheffe du pôle Planète, pour comprendre comment l’agence internationale développe le journalisme de solutions dans sa production d’informations. 

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Libé des solutions : « C’est l’un des journaux les mieux vendus de l’année »

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18 ans après son lancement, l’édition spéciale créée avec Reporters d’Espoirs s’avère toujours performante : +34% de ventes l’année dernière. Elle plait aux lecteurs – ce qui n’est pas la moindre des qualités pour un journal qui a vocation à être lu ! – et aux journalistes qui ont progressivement intégré la méthode du journalisme de solutions. Nous avons voulu savoir comment les choses s’organisent et sont perçues au sein du journal. 

En 2007, Libération lançait en partenariat avec Reporters d’Espoirs, un numéro spécial consacré au journalisme de solutions. Après plusieurs années de coopération, la rédaction du quotidien national s’est emparée pleinement du projet. Et c’était bien l’objectif. Dix-huit ans plus tard, le Libé des solutions paraît toujours, chaque 31 décembre. « Si j’étais très cynique, je dirais que si on continue à le faire, c’est parce que c’est un des journaux qui se vend le mieux de l’année », lance Michel Becquembois, responsable des éditions spéciales chez Libération. Et c’est vrai. En 2024, il a fait +34% de ventes par rapport à un numéro classique sur la même période, et +38% en 2023. Mais s’arrêter aux ventes, ce serait passer à côté de l’essentiel. 

Se forcer à porter un regard différent

Derrière ce succès commercial, il y a un vrai projet éditorial. Et si une fois par an, on se forçait à regarder l’actualité autrement ? Michel Becquembois pilote le Libé des solutions depuis 2021. Il en est à sa cinquième édition. Pour lui, ce numéro annuel joue un rôle précis au sein de la rédaction : « Quand on est entraîné par le flux de l’actualité, on se laisse facilement emporter par les guerres, les conflits, le terrorisme, les arrangements politiques. Se forcer à porter un regard différent, ça nous aide. C’est un aiguillon qu’on se met à nous-mêmes. » 

Un constat que partage Elsa Maudet, cheffe adjointe du pôle société de Libération, qui contribue au numéro depuis plusieurs années. « Assez naturellement, on va vers ce qui dysfonctionne. Et évidemment, il faut le faire. Mais si on n’a que du négatif, en tant que journalistes, il y a un vrai impact sur le moral. Cette spirale peut être un peu mortifère. » 

Pour les deux journalistes, le Libé des solutions n’est donc pas un simple « feel good journal », mais une tentative de rééquilibrage. Une manière de rappeler que le réel ne se limite pas à ce qui échoue, et que raconter ce qui fonctionne relève aussi d’un travail journalistique exigeant.

« Le journal de Gandhi »

Depuis 2007, le Libé des solutions a bien évolué. À ses débuts, le concept était flou. Ou mal perçu. Parfois moqué en interne. « On parlait de “Libé des bonnes nouvelles », raconte Michel Becquembois. Certains raillaient ce numéro en disant que c’était le journal de Gandhi, qu’on allait raconter que tout va bien. » Avec le temps, le concept s’est affiné. Reporters d’Espoirs y a signé des reportages sur la mafia en Sicile (et comment lutter contre), ou sur des entreprises au bord de la faillite (qui s’en sont relevées à force d’ingéniosité) : quand les narrations comportent une part de tension et de résolution, cela aide à convaincre.

Le journalisme de solutions a depuis un certain temps été théorisé, clarifié, et débarrassé de son angélisme supposé. La profession, aussi, a fait un peu de travail sur elle-même, sur ses biais… « Ce n’est pas un journalisme qui nie les problèmes, précise Michel Becquembois. On va chercher des choses constructives, mais on garde notre esprit critique de journalistes. » Aujourd’hui, cette distinction est largement intégrée dans la rédaction. Et le Libé des solutions est devenu un exercice assumé, qui « nous fait du bien », assure-t-il.

Un numéro « normal », sans supplément

L’un des choix éditoriaux les plus structurants concerne la forme. Contrairement à ses débuts, le Libé des solutions n’est plus un cahier à part, ni un journal entièrement dédié à un thème unique. « C’est le Libé des 31 décembre et 1er janvier, un Libé normal, avec une pagination normale et un chemin de fer classique, explique Michel Becquembois. Sauf que dans chaque séquence (international, politique, économie, société) on s’astreint à proposer un ou plusieurs sujets relevant du journalisme de solutions. »

« On peut parler des trains qui arrivent à l’heure,
mais ce n’est pas pour dire que tout a été rose pendant le trajet.
»

Ce choix n’est pas anodin. Il évite de cantonner le journalisme de solutions à un espace marginal et affirme qu’il s’agit avant tout d’une grille de lecture posée sur l’actualité, pas d’un genre à part. La date choisie est également stratégique, puisque l’actualité se calme généralement pendant les fêtes de fin d’année. Et si « l’actu chaude » de la veille peut être propice à ce type de traitement de l’information, le secret, c’est le « mag » : « On prépare ça bien en amont », indique Michel Becquembois, à l’affût de sujets auprès des correspondants à l’international dès le début de l’automne. 

Dans les coulisses d’un reportage « solutions »

Pour l’édition parue ce mercredi 31 décembre 2025, Elsa Maudet a choisi de travailler sur Atypie Friendly, un dispositif d’accompagnement d’étudiants présentant des troubles du neurodéveloppement, notamment des étudiants autistes. Né à Toulouse, le programme est aujourd’hui déployé dans 37 établissements d’enseignement supérieur.

Avant de se rendre sur place, la journaliste a appliqué les mêmes réflexes que pour n’importe quel autre sujet : vérifier l’envergure du dispositif, mesurer son impact réel, confronter les points de vue. « La première question qu’on s’est posée avec Michel, c’était : est-ce que ce n’est pas trop anecdotique ? Si ça concerne deux personnes et demie, ça n’a pas grand intérêt. » Un critère utile pour choisir un sujet orienté solutions qui soit convaincant. Sur le terrain, Elsa Maudet observe un dispositif structuré, porté par une équipe pluridisciplinaire, mais aussi imparfait. Certains étudiants décrochent. Le programme est parfois accusé de ne concerner que des profils déjà favorisés. Des critiques qu’elle prend en compte, et auxquelles la journaliste confronte les acteurs du projet. 

Toujours choisir son sujet soi même

Pour s’assurer de ne jamais jouer le jeu d’une marque, de rentrer dans la communication, ou simplement de vendre du rêve, les deux journalistes insistent sur la nécessité de garder une distance critique, notamment face aux sollicitations extérieures. « Je reçois beaucoup de communiqués de presse me disant “on fait quelque chose de formidable, parfait pour votre Libé des solutions », raconte Michel Becquembois. Ça ne nous suffit jamais, affirme-t-il. Le garde-fous, c’est que l’on s’astreint à définir nous-mêmes tous nos sujets. »

Même vigilance du côté d’Elsa Maudet. « Quand quelqu’un vient toquer à ta porte en disant “regarde comme c’est super ce que je fais”, il faut être encore plus attentif. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas traiter le sujet, mais il faut se renseigner, vérifier, confronter. » 

Pour Michel Becquembois, comme pour la méthode proposée par Reporters d’Espoirs, faire du journalisme de solutions ne rime pas avec négation des dysfonctionnements. « On peut parler des trains qui arrivent à l’heure, mais ce n’est pas pour dire que tout a été rose pendant le trajet. » Autrement dit, la recherche de réponses concrètes ne dispense jamais de l’esprit critique, ni de la mise en évidence des limites, des échecs ou des angles morts d’une initiative. « Parler d’un sujet positif, ça n’empêche pas de faire apparaître des bémols. Au contraire, c’est sain », ajoute Elsa Maudet, pour qui raconter ce qui fonctionne n’exonère jamais de la rigueur journalistique. 

Un laboratoire qui infuse lentement

Si le Libé des solutions reste un rendez-vous annuel, ses effets dépassent largement le 31 décembre. « Pendant l’année, il m’arrive de dire en conférence de rédaction : ce sujet aurait été parfait pour le Libé des solutions, raconte Michel Becquembois. Et en fait, on le publie quand même, en avril ou en juin. C’est très bien aussi. »

Elsa Maudet, elle, se méfie du « tout positif », mais revendique une nécessité sociale. « Les lecteurs ne veulent pas que du positif. C’est une question d’équilibre. Mais d’un point de vue sociétal, oui, il faut aussi raconter ce qui fonctionne », assure la journaliste, qui souligne d’ailleurs une « demande assez forte de la direction » de Libération pour que la rédaction produise davantage de sujets positifs tout au long de l’année. Il faut dire que tous les médias ou presque ont vu apparaître ces dernières années dans leurs études de lectorat une demande croissante du public pour ce genre de contenus – ce dont témoignent Le Monde Diplomatique comme Le Figaro.

Commencer 2026 avec un journal moins anxiogène, sans renoncer à l’exigence critique, voilà la promesse du Libé des solutions. Non pas un antidote magique à l’actualité trop souvent négative, mais une respiration pour entrer dans la nouvelle année.

Jeanne Tesson // Reporters d’Espoirs

Le prix Reporters d’Espoirs, un  « fortificateur de confiance » pour Pierre Terraz, journaliste de 28 ans déjà multiprimé

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Crédit photo Pierre Terraz

Lauréat du Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs pour « Nommer, c’est faire exister » : sur la trace des morts anonymes, ce qui lui a valu d’être publié dans Le Figaro et de recevoir un prix de 2500 euros, Pierre Terraz a depuis été distingué, en octobre 2025, du prix Bayeux des correspondants de guerre pour une série de reportages intitulée « Birmanie : plongée clandestine dans la guerre civile ». 

Le jeune journaliste de 28 ans, qui cumule les distinctions -il a également reçu le Prix de la Fondation Lagardère-, s’est spécialisé dans les reportages à l’étranger, notamment au Bangladesh, en Thaïlande, en Malaisie, en Birmanie et en Indonésie. Il nous livre sa vision du journalisme de solutions et du prix Reporters d’Espoirs. 

Pierre Terraz : Les prix et les bourses de ce type sont des “fortificateurs de confiance”. C’est vraiment ça que j’ai ressenti en recevant le Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs. Ça apporte de la crédibilité à notre travail, et de la visibilité aussi certainement. On se dit qu’on est sur la bonne voie, et c’est d’autant plus important que notre métier n’est pas facile. Recevoir un prix, ça aide à vraiment se lancer avec confiance. A la dotation financière qui est forcément très sympa à recevoir, s’ajoute la satisfaction d’être validé par des pairs. Ce qui m’a fait le plus plaisir en recevant le prix, c’était que le jury comportait des professionnels de l’AFP, du Figaro, et des journalistes étrangers comme Paolo Levi aussi. Que mon travail soit validé par des gens plus âgés, plus installés, plus expérimentés que moi, c’est très stimulant !

« Quand vous êtes amené à couvrir un conflit sur le temps long, le journalisme de solutions devient une bonne option »

Pierre Terraz : A l’époque, j’étais déjà orienté sur les reportages à l’étranger, je ne le faisais pas régulièrement mais c’est ce que je voulais faire. Après le prix ça s’est un peu intensifié, j’ai eu plus de commandes pour partir à l’étranger, et notamment en Asie. De fait, en couvrant des zones de conflits, le journalisme de solutions, ce n’est pas le genre de reportages que je fais le plus souvent, mais il m’est arrivé d’en réaliser à plusieurs reprises, et de repenser à Reporters d’Espoirs. Par exemple, l’été dernier j’étais en Ukraine, où il y a énormément de soldats et de civils amputés, qui n’ont plus qu’une jambe ou qu’un bras. C’est un sujet un peu glauque, que je couvrais pour un magazine Suisse. J’ai tout de même opté pour un angle solutions. En Ukraine, avec la guerre, de nombreux clubs de foot pour amputés se sont montés dans les grandes villes du pays, pour les aider à surmonter les douleurs fantômes, à réapprendre à se servir de leur corps, et à le revaloriser. Il y a même désormais un tournoi national et international. Ce reportage a été complètement inspiré par le journalisme de solutions. 

Pierre Terraz : Quand on couvre un conflit, c’est assez compliqué de trouver des angles de solutions. Mais ils existent quand même. Les personnes victimes du conflit ou qui en pâtissent n’attendent pas la fin de la guerre pour commencer à se reconstruire. Tout cela se fait en même temps. Dans les médias classiques, le journalisme de solutions, ce n’est pas encore un réflexe, surtout pour couvrir les guerres. Mais j’observe que cela devient une manière intéressante de traiter les conflits sur le temps long. Au début du conflit, les médias sont très intéressés par ce qui se passe dans le pays. Mais après trois ou quatre années de guerre, il y a un espèce d’essoufflement de l’intérêt des médias, ou du public. Ils en ont assez. Donc quand vous êtes amené à couvrir le conflit sur le temps long, le journalisme de solutions devient une bonne option. Il permet de mettre en avant des initiatives locales pour faire face à la guerre, pour se reconstruire. Quand on a déjà beaucoup parlé des problèmes, c’est un bon moyen de continuer à capter l’attention médiatique sur la situation.

UNOC : Nice-Matin nous fait rencontrer  les « vigies de l’océan »

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A l’approche de la 3e Conférence des Nations unies pour l’océan (Unoc-3), qui se tient à Nice du 9 au 13 juin 2025, la rédaction de Nice-Matin prend le large. Avec « Les vigies de l’océan » elle propose une série de dix portraits de personnalités azuréennes. Skipper, apnéiste, océanographe ou photographe y racontent leurs passions, constats et espoirs. Objectif : parler de mer autrement. L’initiative mêle sensibilisation, participation citoyenne et journalisme de solutions. Explications par Sophie Casals, responsable des projets éditoriaux du journal.

Propos recueillis par Emma Baraban/Reporters d’Espoirs

photo : Sophie Casals interroge le biologiste et photographe Jean-Vincent Vieux-Ingrassia, l’une des dix vigies de l’océan, sur la plage de Beaulieu-sur-Mer. Crédit photo : Camille Devisi.

Emma Baraban : Comment est née cette série, et pourquoi avoir choisi de la construire autour de dix personnalités du monde marin?

Sophie Casals : Les grands sommets internationaux, comme celui de l’ONU sur l’océan, paraissent souvent lointains, techniques, voire déconnectés du quotidien. Aussi nous avons voulu rendre ce sujet plus proche, plus incarné. Comment parler de la mer à nos lecteurs ? Et surtout, comment le faire à partir de notre territoire, la Méditerranée, ses habitants, ses usages ? La réponse est venue naturellement : en donnant la parole à celles et ceux qui vivent la mer au quotidien, ici, sur nos rivages. Apnéiste, réalisateur, photographe, chercheur. Nous avons bâti une galerie de portraits à la fois variée et incarnée. Pas seulement des experts mais des voix capables de transmettre un attachement sensible, une émotion. On voulait parler à l’intellect et aussi donner à ressentir la mer, sa beauté, sa fragilité. Chaque entretien commence par une entrée intime : comment est née leur passion pour la mer ? Ensuite, on les amène vers les menaces qu’ils perçoivent et les solutions qu’ils imaginent.

Votre série adopte une posture constructive. Pourquoi ce choix ?

Nous faisons du journalisme de solutions depuis bientôt dix ans chez Nice-Matin. Cela ne veut pas dire qu’on nie les problèmes : au contraire, on les documente avec précision. Mais on sait que le constat seul ne suffit plus. Trop d’informations anxiogènes finissent par détourner les lecteurs. Pour qu’ils restent engagés, il faut leur donner le sentiment qu’ils peuvent, à leur échelle, avoir prise sur les événements. Nos vigies alertent sur la pollution plastique, la surpêche, la dégradation des petits fonds… Mais on ne s’arrête pas là. On leur demande aussi de formuler des propositions, de raconter ce qu’ils font déjà, et ce qu’ils attendent des décideurs, notamment à l’approche du sommet. Mieux consommer, mieux se déplacer, s’engager localement, se reconnecter à la mer. On ne minimise pas mais on ne désespère pas.

Pour aller plus loin, nous avons lancé, en parallèle, l’initiative participative « Ma proposition pour l’océan ». On a demandé aux lecteurs ce qu’ils proposeraient s’ils étaient à la table des décideurs. Et là encore, surprise : plus de 300 contributions, d’une grande qualité, venues de lecteurs de 15 à 80 ans, parfois très documentées. On a senti une attente forte : être écouté, pris au sérieux, participer.

Comment articulez-vous cette série avec le sommet de l’UNOC ?

Nous avons souhaité travailler en amont du sommet. Préparer le terrain, sensibiliser les lecteurs avant que l’actualité ne soit prise en charge par la couverture plus classique – les discours, la signature des traités. Pendant plus de deux mois, on a publié un portrait par semaine. À cela s’ajoutent un documentaire et une soirée de projection avec nos abonnés et les vigies. Tout cela pour inscrire les grands enjeux du sommet dans une réalité locale, concrète, méditerranéenne.

Nice-Matin est un média local, ancré sur une façade maritime. Cela nous donne une responsabilité particulière : ici, la mer est tangible, vécue. C’est un espace commun. Et lorsqu’on a demandé ce qui préoccupait nos lecteurs et leurs idées pour protéger la Méditerranée, ils ont répondu avec précision : pollution plastique, sur-tourisme, bétonisation du littoral et aussi création d’aires marines protégées, école de la mer itinérante, robots nettoyeurs pour les ports… Ce sont des enjeux à la fois locaux et globaux, qui figurent dans les priorités du sommet. C’est aussi pour ça qu’on a voulu exposer leurs propositions dans notre espace à l’UNOC. Il y aura les portraits de nos vigies et les contributions citoyennes les plus plébiscitées par les lecteurs – qui votent. On veut que ces paroles locales pèsent. Montrer que ce qui se dit ici a sa place dans un débat international. Et on souhaite que nos lecteurs, en retrouvant leurs préoccupations dans l’agenda du sommet, se sentent pleinement légitimes à participer, à s’exprimer, à interpeller. Un lecteur bien informé est un citoyen plus exigeant. C’est aussi ça, notre rôle.

Ce projet a-t-il changé votre regard sur le métier de journaliste ?

Oui. Il nous rappelle qu’on ne peut pas se contenter de transmettre des faits. Il faut aussi parler au cœur, montrer ce qui est beau, pas seulement ce qui est abîmé. Le biologiste et photographe Jean-Vincent Vieux-Ingrassia révèle aux lecteurs la vie insoupçonnée des petits fonds marins. Il montre qu’il y a de la vie dès les premiers centimètres d’eau. Ce type de récit surprend, émerveille, change les regards – et, parfois, le rapport à l’environnement. 

Ce projet renforce aussi notre conviction : le journalisme de solutions n’est pas un supplément. C’est une manière responsable d’informer, d’impliquer, de relier. Si l’on désespère nos lecteurs, on désespère aussi leur capacité à agir, à voter, à se sentir concernés. 

Enfin, on croit de plus en plus au journalisme participatif. Sur des sujets très concrets comme l’océan, associer les lecteurs permet de mieux comprendre les enjeux locaux, de recueillir leurs préoccupations et de valoriser leurs idées. Ils répondent présents. Et ils veulent être partie prenante de l’information.