Un article du Monde alerte sur la santé des agents de nettoyage. Et si on adoptait une lecture orientée solutions pour mieux comprendre et agir ?
Un article du Monde alerte sur la santé des agents de nettoyage. Et si on adoptait une lecture orientée solutions pour mieux comprendre et agir ?
Philippe Grandcolas nous livre sa vision sur la manière dont nous pourrions créer des ponts entre scientifiques et journalistes, le rôle des médias face à la perte de la biodiversité et pourquoi nous avons besoin d’un changement culturel pour réduire cette crise.
Reporters d’Espoirs est à nouveau partenaire des Tribunes de la presse de Bordeaux en 2025. L’association remettra un Prix à un journaliste en clôture samedi 29 novembre, et sera présente à Bordeaux tout au long de l’événement. Elle interviendra par ailleurs à l’Institut du Journalisme de Bordeaux-Aquitaine (IJBA) et au journal Sud-Ouest dans le cadre de son étape bordelaise du « Tour des Reporters d’Espoirs » axé sur la formation des journalistes et étudiants à la biodiversité.
Des Tribunes de la presse 2025 sous le signe de « L’affaire Trump »
Politique, écologie, diplomatie, sciences : pas un jour ne se passe sans que Donald Trump ne fasse parler de lui.
Qu’il s’agisse de sa politique migratoire musclée, de ses jugements à l’emporte-pièce sur les uns et les autres, de ses revendications impériales sur le Groenland, le Canada ou le canal de Panama, de son déni du dérèglement climatique et des scientifiques lanceurs d’alerte, Trump est omniprésent et insaisissable. Il se présente en homme de paix mais ne fait pas grand-chose pour éteindre les conflits en cours quand il ne les alimente pas. Il se veut démocrate mais tresse des couronnes à ces homologues qui ne le sont pas. Et il n’a de cesse de réduire les contre-pouvoirs qui entravent son action : la justice, la presse…
Bref, il y a bien une « Affaire Trump » et c’est elle qui sera au centre de cette édition des Tribunes de la presse qui fêtera cette année son 15e anniversaire ! Au-delà de la personnalité du 47e président des Etats-Unis, nous verrons les forces qui ont permis son retour à la Maison blanche (le courant libertarien et la droite religieuse conservatrice en sont les piliers idéologiques) avant de dresser un bilan provisoire d’un an de présidence Trump.
Parmi les intervenants : Clément Beaune, Delphine Batho, Thomas Snegaroff, Daniel Baal, Elie Barnavi, Alexis Bellas, Barbara Cassin, David Colon, Dominique Steiler, Karima Delli, François Gemenne, Bernard Guetta, Eddy L. Harris, Pierre Lévy, Didier Pourquery, …
Remise du « Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs » en clôture de l’événement
Reporters d’Espoirs dévoilera le 6e lauréat du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs 2025 en clôture des Tribunes de la Presse, avec Gilles Vanderpooten, directeur de l’association, et Pierre Girard, journaliste à Arte et Youtubeur. Samedi 29 novembre à 12h au Théâtre national Bordeaux Aquitaine (TnBA).
Que pensent les journalistes de l’ESS, comment la traitent-ils dans leurs médias, et que peuvent-ils faire de plus ? Et vous, acteurs de l’ESS, que pouvez-vous faire de mieux pour capter leur attention et obtenir davantage de visibilité ? Reporters d’Espoirs anime une conférence jeudi 30 octobre à 15h15 dans le cadre du GSEF – Forum mondial de l’économie sociale et solidaire qui se tient à Bordeaux du 29 au 31 octobre 2025.
Le secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS) exprime souvent ses difficultés à se rendre visible : « nous ne savons pas communiquer », « nous n’avons pas les moyens des multinationales », ou encore « les médias parlent toujours des mêmes ». De leur côté, les journalistes sont parfois accusés de méconnaître la richesse et la diversité de ce secteur qui ne correspondrait pas à la culture économique dominante qui leur serait constitutive. Comment alors rapprocher les deux mondes ?
Cette conférence propose d’aborder :
Elle s’appuiera sur les résultats d’une étude menée par le Lab Reporters d’Espoirs, qui croise les regards et les pratiques de journalistes et d’acteurs de l’économie sociale et solidaire.
Intervenants :
>Infos et inscription à l’événement sur : https://bordeauxgsef2025.org/
Jean-Victor Blanc, photo Copyright Florent Vanoni
Nous l’avons entendu vendredi soir sur le plateau de Quotidien sur TMC. Jean-Victor Blanc est médecin psychiatre à l’hôpital Saint Antoine (AP-HP), enseignant à Sorbonne Université, chroniqueur au Mag de la Santé sur France 5, et écrivain. Il vient de faire paraitre l’ouvrage Pop&Psy : addicts aux éditions Points. Nous avons souhaité l’interroger, lui qui analyse les relations entre fiction et santé mentale, alors que s’ouvre ce vendredi à Saint-Ouen (93) le Festival Pop&Psy, « le festival pop de la santé mentale » qu’il a créé.
Gilles Vanderpooten : Vos travaux portent sur la représentation des troubles mentaux dans les films et séries. Avez-vous aussi examiné comment le journalisme s’en empare ?
Jean-Victor Blanc : Mon travail porte d’abord sur l’analyse, ce pourquoi j’aime bien la fiction. Elle me permet d’assortir les représentations qu’elle véhicule à mes connaissances scientifiques et cliniques, et cela au service d’une cause. Je fais un peu le même travail avec les prises de parole de célébrités pour illustrer des propos scientifiques. Mais pour ce qui est du reportage journalistique, je ne me prononce pas sur la qualité ou l’exactitude de l’information. C’est un autre domaine. Je recommande de ce point de vue le travail de l’association Papageno, qui fournit des conseils aux journalistes notamment sur la question de la prévention du suicide.
GV : Les mots utilisés dans les médias ont un impact. Avez-vous remarqué un mésusage de certains termes sur lesquels il faut attirer l’attention des journalistes ?
En santé mentale, beaucoup de problèmes sont liés au traitement des fait divers, souvent inexact lorsqu’il établit des raccourcis entre troubles psychiques et violences, un mésusage des termes comme « schizophrénie » ou « autisme », ou une confusion sur le rôle des psychotropes.
GV : En matière de films et séries, avez-vous un exemple de production réussie ?

L’ouvrage du Dr Jean-Victor Blanc paru le 3 octobre en version poche.
JVB : La série canadienne Empathie [NDLR : diffusée depuis septembre, et dans laquelle joue notamment l’acteur et humoriste français Thomas Ngijol], raconte le quotidien d’une psychiatre. Elle est très documentée et regarde les personnages avec beaucoup d’humanité sans les réduire uniquement à leur trouble. Elle se déroule dans le contexte assez spécifique d’une unité médico-légale avec des patients qui sont en général amenés par la Justice. C’est une petite partie du sujet, néanmoins je l’ai trouvée très juste et elle a été bien reçue dans la profession.
GV : On reproche à l’information son caractère anxiogène : catastrophes, angoisse, peurs, monde qui tombe. Peut-on faire le même reproche à la fiction ?
JVB : La fiction peut être anxiogène, mais les scénarios font intervenir des héros, ce qui crée une distance salutaire. Un sondage Odoxa-Doctolib réalisé avec nous en 2023 témoigne que 25% des Français considèrent films et séries comme une source d’information fiable sur la santé mentale, devant les reportages de presse et télévision qui ne sont cités ainsi qu’à 24%. C’est étonnant… En tout cas cela témoigne que la fiction peut être perçue comme informative.
GV : Quel est votre rapport aux médias ? Avez-vous une discipline particulière dans votre consommation d’information ?
JVB : Cela pourra paraitre préhistorique mais je m’informe essentiellement avec Le Monde, dans sa version papier, et que j’ai décidé de lire le matin. Parce que le soir je rentre chez moi trop tard, et parce que je me suis rendu compte durant le confinement à quel point la lecture des nouvelles retardait mon endormissement et donc la qualité de mon sommeil. Je m’informe très peu via la télévision, et j’ai désactivé mes notifications autant sur les applications des journaux d’information que sur les réseaux sociaux. L’information en continu et les alertes sont trop anxiogènes.
GV : La question de l’information revient-elle fréquemment chez vos patients ?
JVB : Elle revient parfois dans mes consultations, sans être centrale. Certains patients font le choix de prendre de la distance d’avec l’information, surtout lorsqu’ils sont sujets à une dépression et que cette dépression se teinte de l’environnement médiatique dans lequel on est. Il faut dire qu’en ce moment il est plutôt sombre. C’est un choix complexe, car il est important de s’informer.
GV : Le festival Pop&Psy que vous avez créé se déroule ce week-end du 10 au 12 octobre à Saint-Ouen-sur-Seine près de Paris. Avec du beau monde, des concerts, des conférences, et aussi un « Village des solutions ». Penser solutions, c’est important dans votre démarche ?
JVB : Oui, car en psychiatrie il faut apporter de l’espoir. Pop et Psy montre des exemples de rétablissement et des solutions, même si le secteur psychiatrique ne se porte pas bien. L’idée est d’être positif sans être naïf.
GV : Voyez-vous le traitement médiatique de la santé mentale progresser ?
Depuis 2018, la couverture médiatique de la santé mentale s’est améliorée, en partie grâce aux réseaux sociaux et à la pop culture, qui ont donné de la visibilité au sujet.
Pour aller plus loin
par Emma Baraban, Giulia Bono et Phoebe Skok / Reporters d’Espoirs
Avec à peine 1 % du temps d’antenne à la télévision et à la radio1, la biodiversité s’est imposée à la Une des médias à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC), organisée à Nice du 9 au 13 juin 2025. Porté par l’Objectif de développement durable n°14 (vie aquatique), l’événement a permis à plusieurs rédactions de traiter la biodiversité sous un angle concret et humain : santé, médecine, alimentation, climat, territoires.
L’UNOC a entraîné une augmentation significative de la couverture médiatique des enjeux liés à l’océan et à la biodiversité. Selon les données de l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie (OME), la part des sujets environnementaux à la radio et à la télévision a grimpé à 6,8 % pendant la semaine du sommet, contre une moyenne annuelle de 3,7 % en 2024. Ce pic d’attention a déjà été observé lors d’autres grands événements internationaux à portée environnementale (COP 29 (5,1%) et COP 28 (5,8%)) sans atteindre un tel niveau.
L’augmentation ponctuelle de la couverture ne s’est pas limitée aux médias spécialisés sur les sujets environnementaux. Plusieurs rédactions généralistes ont mobilisé leurs ressources éditoriales pour produire des contenus sur les enjeux océaniques, souvent sous un angle local, technique ou humain. Cette intensification de la production éditoriale met en évidence une capacité des rédactions à traiter d’un écosystème et de ses enjeux de manière approfondie, même si cela se produit dans un contexte spécifique.
Certains médias ont ouvert leurs colonnes aux contributions citoyennes. Nice-Matin a lancé en amont du sommet un appel à propositions intitulé « Ma proposition pour l’océan », destiné à ses lecteurs. Le quotidien régional a reçu plus de 300 réponses et en a publié plusieurs dans ses pages, exposées lors du sommet. Cette initiative s’inscrit dans une logique participative, visant à relier les attentes du public aux processus décisionnels internationaux.
Dans la même dynamique, Nice-Matin a couvert une opération de nettoyage menée sur les berges du Paillon à Nice, quelques jours avant l’ouverture du sommet. Le reportage vidéo réalisé à cette occasion documente l’engagement d’associations locales, tout en relayant certaines propositions concrètes issues du terrain, comme la réintroduction de la consigne pour les bouteilles en plastique.
Autre exemple, RFI a diffusé plusieurs mini-films réalisés par de jeunes vidéastes dans le cadre de son réseau ePOP, consacré aux enjeux environnementaux vécus localement. Ces contenus, présentés dans l’émission C’est pas du vent, traitent notamment de pollution marine, de surpêche ou de dégradation des littoraux. Ils sont accompagnés d’analyses contextuelles, permettant de mieux comprendre les réalités écologiques de différents territoires.
Durant l’UNOC, certaines rédactions ont opté pour des formats de reportage ancrés dans les territoires. Le Monde a consacré un article à la réserve marine de Cerbère-Banyuls (Pyrénées-Orientales), en choisissant de contextualiser les négociations sur les aires marines protégées à partir d’un exemple localisé. Cette approche permet de rendre perceptibles les effets concrets de la régulation environnementale, en illustrant la manière dont des dispositifs de protection peuvent produire des résultats visibles sur les écosystèmes.
De son côté, France Info a produit une série de contenus thématiques à l’occasion d’une journée spéciale dédiée à l’océan. L’un des reportages s’intéresse à l’usage de satellites pour la surveillance de la pêche illégale, en s’appuyant sur les travaux de la société française Unseenlabs. Ce traitement combine données scientifiques, applications techniques et éléments réglementaires, offrant une lecture transversale du sujet.
Dans un registre différent, Libération a publié un numéro spécial intitulé Le Libé des océans, comprenant un article sur les effets des éoliennes offshore de Saint-Nazaire sur la biodiversité marine. L’article met en lumière le phénomène connu sous le nom d’« effet récif », observé autour des structures métalliques installées en mer. Ce traitement montre comment une infrastructure liée à la transition énergétique peut également produire des effets sur les écosystèmes, tout en soulevant la question des impacts environnementaux indirects.
Ces exemples illustrent le fait que l’UNOC n’a pas seulement servi de vitrine diplomatique. Pour plusieurs rédactions, il a été l’occasion de traiter la biodiversité autrement, en sortant des images convenues ou des chiffres répétés. De tels grands rendez-vous peuvent inviter les journalistes à élargir leur regard et à explorer des manières plus variées de raconter la biodiversité. Ce type d’approche permet de l’ancrer davantage dans l’actualité, de la rendre plus tangible pour le lecteur, et de montrer qu’elle n’est pas un sujet isolé mais qu’elle recoupe de nombreux enjeux de société.
En temps ordinaire, la biodiversité apparaît souvent dans les médias sous des formes dispersées : faits divers liés à la faune, images attendrissantes d’animaux charismatiques ou récits isolés sans véritable mise en perspective. Ces traitements, centrés sur des observations ponctuelles, peinent à montrer en quoi la biodiversité s’entrelace avec des enjeux humains, économiques ou sociaux.
L’UNOC 2025 a marqué un contraste.
Profitant de la force d’un agenda international, plusieurs rédactions ont proposé des formats plus riches et structurés. Reportages de terrain, enquêtes technologiques, portraits ou encore dispositifs participatifs, ces approches révèlent les liens entre la biodiversité et des réalités concrètes comme la pêche illégale, la transition énergétique ou les initiatives locales. En ancrant les reportages dans les territoires, il est possible de renouveler la manière de parler de biodiversité et d’en renforcer la place dans l’actualité.
La couverture de l’UNOC 2025 est la preuve qu’il existe une vraie marge de manœuvre pour parler de biodiversité autrement. Pendant quelques jours, les rédactions ont su varier les formats, relier les enjeux à la vie quotidienne et donner de la profondeur à un sujet souvent perçu comme lointain. L’enjeu sera de conserver cette dynamique au-delà des grands rendez-vous internationaux, pour que la biodiversité trouve sa place dans l’actualité au même titre que la santé, l’économie et le climat.
1. Source : Observatoire des Médias sur l’Ecologie – mai 2025 : https://observatoiremediaecologie.fr/
Photo : Ouverture de l’UNOC à Nice, juin 2025 | Crédits : UN Photo/Evan Schneider
Plongez dans le 4e numéro de notre revue, dédié à la biodiversité et l’océan !

Ce jeudi soir, en clôture du « Printemps des études », Reporters d’Espoirs et iligo, agence d’études avec laquelle l’association a réalisé ses études qualitative et quantitatives sur le traitement de la biodiversité par les médias, a été doublement primée. Elle remporte le « Prix or » dans la catégorie « mobilisation des publics » et le « Grand Prix » toutes catégories confondues. Ces Prix sont décernés par Syntec Conseil, le syndicat professionnel représentatif des sociétés de conseil en France qui rassemble près de 250 entreprises. Un Prix que Reporters d’Espoirs partage aussi avec l’Office Français de la Biodiversité et la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, pour leur soutien financier et mécénat sans lesquels le Lab Biodiversité n’aurait pas pu accomplir ces travaux.


Une partie des équipes Reporters d’Espoirs et iligo entourées des membres du jury du Prix.
Par Théo Criscuolo/Reporters d’Espoirs
Lundi 15 et mardi 16 septembre 2025, Reporters d’Espoirs a réuni à Paris cinq des six lauréats du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs pour deux journées d’échanges, de rencontres et d’inspiration. Ces jeunes reporters, âgés de moins de 30 ans, ont été récompensés pour leurs reportages sur les grands défis économiques, écologiques, sociaux et culturels qui traversent l’Europe.

Tout commence autour d’un déjeuner avec Mémona Hintermann, grand reporter et ancienne membre du CSA. Témoin de conflits majeurs, de la chute du mur de Berlin aux guerres du Moyen-Orient, elle partage avec les lauréats son regard sur le journalisme, fait de rigueur, d’engagement et de résilience. Un moment privilégié qui prend des allures de dialogue entre générations.

Début d’après-midi. Les jeunes reporters poussent les portes du Figaro, accueillis par Anne Rovan, journaliste qui durant six années a été la correspondante du journal à Bruxelles. Elle leur livre les coulisses d’un journalisme européen exigeant, où il s’agit de rendre lisibles des institutions complexes, tout en montrant les forces souvent méconnues de l’Union. Bien que critiquée, l’Europe sait aussi faire preuve de solidarité entre États membres, rappelle-t-elle. Et si le sujet peine à captiver le grand public, une clé réside dans la manière de les raconter : donner de la « chair », c’est-à-dire incarner les enjeux en parlant de personnes réelles, plutôt que rester dans un registre purement technique et institutionnel. Une leçon qui résonne particulièrement auprès des lauréats, soucieux de placer l’humain au cœur de leurs récits.

C’est à Europa Expérience que la journée se poursuit, avec la cérémonie de remise des Prix. Cinq lauréats sur les six récompensés sont dévoilés ce soir-là, et prennent la parole devant un public de 40 personnalités issues des mondes médiatique, économique, politique et culturel. Au-delà de la remise des prix, la soirée prend la forme d’un laboratoire d’idées. L’objectif : réfléchir à la manière dont les médias peuvent « donner envie d’Europe » aux citoyens. L’enjeu est clair : à travers une information à spectre large, capable de montrer à la fois les problèmes et les initiatives pour y répondre, les journalistes ont un rôle essentiel pour redonner confiance dans la démocratie européenne et la coopération des peuples et des nations.
Trois ateliers thématiques rythment la soirée dont deux conçus en collaboration avec Making Tomorrow, qui apporte sa méthode de design-fiction pour stimuler la créativité et projeter les participants dans des scénarios inédits. Un atelier “biodiversité” sur “comment les médias peuvent fédérer les Européens sur la préservation de leur patrimoine naturel”, un atelier “numérique” ou “comment les médias peuvent donner envie de souveraineté numérique européenne”, et enfin un atelier animé par Maxime Verner, centré sur la question “comment les médias peuvent donner envie d’Europe aux jeunes ?”.
Entre discours des lauréats, débats et ateliers, la soirée a offert un moment unique de dialogue, où s’est dessinée une vision commune : replacer l’Europe au cœur du récit médiatique, non pas comme un sujet technique ou institutionnel, mais comme une histoire collective à laquelle chacun peut prendre part.

Le lendemain, les lauréats ont vécu une immersion au sein de grandes rédactions. La matinée débute au siège de l’AFP (Agence France Presse), par l’observation de la conférence de rédaction. Puis un échange nourri s’engage avec Marianne Barriaux, adjointe à la rédaction en chef pour la région Europe et Juliette Michel, adjointe au service Planète.
Créé en 2022, ce service est devenu l’une des deux priorités stratégiques de l’AFP avec le numérique. Juliette Michel explique comment l’agence a choisi de mêler ses journalistes environnement à ceux de l’économie pour créer des synergies inédites : couvrir ensemble les activités économiques qui affectent le climat et la biodiversité. Le dispositif fonctionne si bien que le sujet infuse désormais dans tout le réseau, avec des référents identifiés pour structurer et porter cette dynamique.
Quant au journalisme de solutions, l’AFP applique une méthode exigeante, adaptée à son cas de figure spécifique, reposant sur quatre règles :
Les rédactions sont très demandeuses de ce type de contenus porteurs d’espoir nous affirment nos interlocutrices. Et cela répond aussi à une préoccupation croissante : la santé mentale des publics, de plus en plus éprouvés par la surabondance d’informations anxiogènes.
Au fil des échanges, d’autres défis contemporains se font jour : la difficulté à produire des nouvelles positives face à l’urgence des crises, les conditions de travail des correspondants en Ukraine, ou encore le rôle de l’IA perçue comme un véritable enjeu pour l’avenir de l’agence. Enfin, les lauréats découvrent l’ampleur du travail de fact-checking mené par l’AFP, par une équipe de 100 journalistes dédiés dans le monde.

Après-midi. Cap sur les locaux du groupe France Médias Monde qui réunit notamment la radio RFI et la chaîne d’information France 24. Après une visite guidée des locaux, des plateaux TV et des salles de rédaction organisée par Ségolène Allemandou, rédactrice en cheffe d’ENTR, les lauréats rencontrent l’équipe d’ENTR.
ENTR est un réseau de journalistes européens qui produit des vidéos à dimension transnationale, spécialement conçues pour les réseaux sociaux. Particularité : les contenus ne sont pas simplement traduits, mais adaptés aux publics de chaque pays, afin de toucher les jeunes générations là où elles s’informent et avec des formats qui leur parlent. L’équipe présente une série consacrée à l’environnement, pensée avec une approche de journalisme de solutions. Les vidéos mettent en avant des initiatives concrètes, réplicables et impactantes, ancrées dans différents territoires européens. Une manière de montrer que l’Europe n’est pas seulement une institution, mais aussi un vivier d’innovations et de réponses communes aux défis globaux.
Cette présentation fait écho aux discussions de la matinée à l’AFP : qu’il s’agisse d’une agence internationale de presse ou d’un média jeune et numérique, une même ambition se dessine. Les rédactions cherchent à intégrer l’environnement et le journalisme de solutions au cœur de leurs pratiques, répondant à une demande de plus en plus forte des publics et à un enjeu de société majeur.
De ces deux journées, une conviction ressort : l’Europe a besoin de nouveaux récits. Ces jeunes reporters, curieux, engagés et inventifs, sont prêts à les écrire. Grâce à cette immersion entre figures emblématiques du journalisme et coulisses de grandes rédactions, ils repartent avec des clés, des contacts, et une certitude : l’information européenne peut être vivante, proche des citoyens et porteuse d’avenir.
Esther Lubanza (République Démocratique du Congo, Kinshasa)
« En seulement 48 heures, le Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs a bouleversé ma vision et marqué un tournant dans mon parcours. Le concours, l’accompagnement et le Challenge du lundi m’ont portée bien au-delà de mes attentes. Moi qui pensais poursuivre en communication, j’ai découvert une évidence : le journalisme de solutions est ma voie. Ces rencontres et cette énergie collective m’ont donné confiance et l’envie de transmettre, à mon tour, des récits porteurs d’espoir. »
Amel Louzguiti (France, Lyon)
« La vie est faite de rencontres, dont certaines peuvent changer votre regard sur le monde, pour le mieux et pour longtemps. Reporters d’Espoirs fait exactement cet effet ! Le Prix, l’accompagnement, les visites que nous avons partagées m’ont offert le souffle nécessaire pour oser. Il m’a confirmé le rôle du journalisme de solutions pour éclairer le monde, servir l’intérêt général et semer des idées qui font naître de nouvelles perspectives et parfois, beaucoup. »
Reporters d’Espoirs rassemble 40 personnes – journalistes, créateurs de contenus, experts et acteurs de l‘Europe, représentants des mondes médiatique, économique, politique, culturel – autour de trois ateliers thématiques (jeunesse, numérique, patrimoine naturel) pour réfléchir à comment donner envie d’Europe aux citoyens. Plus spécifiquement, comment les journalistes et les médias peuvent, grâce à une information à spectre large, orientée à la fois sur les problèmes et les initiatives pour y faire face, amener les citoyens à croire en la démocratie européenne et en la coopération de peuples et de nations européens.
Les lauréats du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs étaient eux aussi partie prenante de ces ateliers après que chacun ait raconté son reportage en 3 minutes top chrono.
Leur mission : réaliser un reportage en langue française sur un problème économique, social ou environnemental ; sur des initiatives qui y apportent des réponses concrètes ; avec une dimension européenne. Au terme de plusieurs mois de candidatures et d’un jury, elles et ils sont venus du Congo, du Canada, de l’île Maurice, des régions de France.
Ils participent à une immersion de 48h à Paris à la rencontre notamment de la grande reporter Mémona Hintermann, de journalistes de l’AFP et de France Médias Monde. Ils se sont également rendus à Europa Expérience pour raconter les reportages pour lesquels ils ont parcouru l’Europe et ont été désignés lauréats du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs 2025.
1er Prix : Amel Louzguiti – Seniors LGBT+ : des résidences pour passer l’hiver de sa vie en couleurs
Journaliste et vulgarisatrice scientifique, Amel Louzguiti s’intéresse dans cet article aux enjeux sociaux et culturels, reliant monde académique et grand public. Dans ce reportage, elle explore le quotidien des seniors LGBT+ en Europe, confrontés à la précarité, à la solitude et à la discrimination, et met en lumière les résidences inclusives qui leur offrent un cadre sûr et communautaire.
2e Prix : Emma D’Aversa – “Avec les Caravanes, on essaie d’abolir la prison pour mineurs”
Diplômée en histoire et en journalisme, Emma D’Aversa s’intéresse aux initiatives sociales et éducatives. Dans ce reportage, elle suit un séjour de marche collective pour mineurs en difficulté avec la justice, porté par l’association italienne Exodus, qui milite depuis 2020 pour l’abolition de la prison pour mineurs. À contre-courant du gouvernement de Giorgia Meloni et de son décret Caivano, le projet Pronti Via propose une alternative humaine et éducative face au phénomène croissant des baby-gangsters.
3e Prix : Thibaut Camboulives – La Sécurité Sociale de l’Alimentation : une idée qui fait son chemin
Journaliste spécialisé dans les questions sociales et environnementales, Thibaut Camboulives explore les expérimentations locales de la Sécurité sociale de l’Alimentation. Entre Cadenet, Montpellier, Bordeaux, Dieulefit, Toulouse, ainsi qu’en Belgique et en Suisse, il décrit des initiatives qui testent concrètement ce modèle innovant, prometteur de transformer en profondeur nos systèmes alimentaires et agricoles, malgré l’absence de vote national.
1er Prix : Esther Lubanza – Quand les petits villages ouvrent grand leurs portes : comment Camini transforme l’accueil des migrants en opportunité (République Démocratique du Congo)
Étudiante en sciences de l’information et de la communication, Esther Lubanza Ngangu s’intéresse aux dynamiques sociales et territoriales. Dans ce reportage, elle met en lumière Camini, village du Sud de l’Italie, qui accueille des migrants pour revitaliser sa vie économique et sociale, s’inspirant de l’expérience pionnière de Riace. À travers ce modèle d’hospitalité dispersée soutenu par les financements européens, elle montre comment un défi migratoire peut se transformer en opportunité au cœur des débats européens sur l’intégration.
2ème Prix : Alice Girard Bossé – Quand la salle d’urgence vient au patient (Canada)
Journaliste au quotidien québécois La Presse, Alice Girard-Bossé allie son expertise en neurosciences à son intérêt pour la santé publique. Dans ce reportage, elle suit les ambulances spécialisées pour les accidents vasculaires cérébraux (AVC), une initiative née à Hombourg, en Allemagne, et reproduite dans une vingtaine de villes dans le monde. Au cœur de ces équipes médicales, elle met en lumière leur détermination à sauver des vies grâce à des interventions rapides et innovantes.
Le 3e lauréat de cette catégorie sera révélé le samedi 29 novembre 2025 à 12h lors des Tribunes de la Presse à Bordeaux.
Le jury était constitué cette année de Marianne Barraux, rédactrice en chef adjointe Europe à l’AFP ; Paolo Levi, correspondant de La Stampa et d’ANSA (Italie) ; François Vey rédacteur en chef de Légende et journaliste à Le 1 Hebdo ; Ségolène Allemandou, rédactrice en chef du média ENTR ; Etienne Pflimlin, président d’honneur de la Fondation du Crédit Mutuel pour la lecture ; Christophe Leclercq, fondateur du média Euractiv et président de la Fondation Europe Média Lab ; Dorothée Merville, directrice générale de la Fondation Hippocrène ; Pascal Canfin, journaliste et député européen ; Serge Michel, journaliste et fondateur du média Heidi.news ; Dorian de Meeus, rédacteur en chef de La Libre Belgique ; Alexia Kefalas, correspondante en Grèce pour Le Figaro, France 24 et Le Point ; Carolin Ollivier, directrice de l’information d’ARTE ; Amélie Reichmuth, lauréate du Prix 2024 ; et Nora Hamadi, journaliste à France Inter.
Sélection de photos de la soirée et des lauréats
Journalistes et producteurs de contenus : des photos sont à votre libre disposition et téléchargeables sur le lien ci-dessous – merci de créditer : Copyright Augustin Perraud/Reporters d’Espoirs
Prochainement ici les informations sur l’événement et la conférence animée par Reporters d’Espoirs sur le thème « L’économie sociale et solidaire sera médiatisée ou ne sera pas ! ».
>Le site de l’événement : bordeauxgsef2025.org