Pourquoi la biodiversité est-elle absente des discussions sur les élections municipales ? Les journalistes ont un rôle clé à jouer pour mettre en lumière cet enjeu écologique crucial pour les politiques locales.
Pourquoi la biodiversité est-elle absente des discussions sur les élections municipales ? Les journalistes ont un rôle clé à jouer pour mettre en lumière cet enjeu écologique crucial pour les politiques locales.
Pour sa 4ème édition, le Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs récompense six jeunes talents de moins de 30 ans. Leurs reportages, tournés vers l’Europe et la francophonie, mettent en lumière des réponses concrètes aux grands défis économiques, écologiques et sociaux.
Avant d’être mis en lumière, ces jeunes reporters ont dû relever un défi exigeant. Leur mission : réaliser un reportage en langue française sur un problème économique, social ou environnemental ; sur des initiatives qui y apportent des réponses concrètes, avec une dimension européenne.
Au terme de plusieurs mois de candidatures et d’un jury sélectif, elles et ils sont venus du Congo, du Canada, de l’île Maurice et des régions de France. Avant la remise des prix, ils ont participé à une immersion intense de 48h à Paris. Ce séjour, conçu comme un passage de témoin, leur a permis de rencontrer de grandes figures du métier, notamment la grande reporter Mémona Hintermann, ainsi que des journalistes de l’AFP et de France Médias Monde.
ls se sont également rendus à Europa Expérience pour raconter les reportages pour lesquels ils ont parcouru l’Europe. Mais ils ont fait plus que témoigner : le 15 septembre 2025, ils ont rejoint un collectif de 40 personnalités (journalistes, experts, acteurs économiques et culturels) pour débattre autour d’ateliers thématiques (jeunesse, numérique, biodiversité).
Ensemble, ils ont tenté de répondre à un défi majeur :
Comment l’information de solutions peut-elle restaurer la confiance des citoyens dans la démocratie européenne ?
C’est à l’issue de cette dynamique collective que les 6 lauréats du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs 2025 ont été officiellement désignés.
1er Prix : Amel Louzguiti – Seniors LGBT+ : des résidences pour passer l’hiver de sa vie en couleurs
Journaliste et vulgarisatrice scientifique, Amel Louzguiti s’intéresse dans cet article aux enjeux sociaux et culturels, reliant monde académique et grand public. Dans ce reportage, elle explore le quotidien des seniors LGBT+ en Europe, confrontés à la précarité, à la solitude et à la discrimination, et met en lumière les résidences inclusives qui leur offrent un cadre sûr et communautaire.
2e Prix : Emma D’Aversa – « Avec les Caravanes, on essaie d’abolir la prison pour mineurs »
Diplômée en histoire et en journalisme, Emma D’Aversa s’intéresse aux initiatives sociales et éducatives. Dans ce reportage, elle suit un séjour de marche collective pour mineurs en difficulté avec la justice, porté par l’association italienne Exodus, qui milite depuis 2020 pour l’abolition de la prison pour mineurs. À contre-courant du gouvernement de Giorgia Meloni et de son décret Caivano, le projet Pronti Via propose une alternative humaine et éducative face au phénomène croissant des baby-gangsters.
3e Prix : Thibaut Camboulives – La Sécurité Sociale de l’Alimentation : une idée qui fait son chemin
Journaliste spécialisé dans les questions sociales et environnementales, Thibaut Camboulives explore les expérimentations locales de la Sécurité sociale de l’Alimentation. Entre Cadenet, Montpellier, Bordeaux, Dieulefit, Toulouse, ainsi qu’en Belgique et en Suisse, il décrit des initiatives qui testent concrètement ce modèle innovant, prometteur de transformer en profondeur nos systèmes alimentaires et agricoles, malgré l’absence de vote national.
1er Prix : Esther Lubanza – Quand les petits villages ouvrent grand leurs portes : comment Camini transforme l’accueil des migrants en opportunité (République Démocratique du Congo)
Étudiante en sciences de l’information et de la communication, Esther Lubanza Ngangu s’intéresse aux dynamiques sociales et territoriales. Dans ce reportage, elle met en lumière Camini, village du Sud de l’Italie, qui accueille des migrants pour revitaliser sa vie économique et sociale, s’inspirant de l’expérience pionnière de Riace. À travers ce modèle d’hospitalité dispersée soutenu par les financements européens, elle montre comment un défi migratoire peut se transformer en opportunité au cœur des débats européens sur l’intégration.
2ème Prix : Alice Girard Bossé – Quand la salle d’urgence vient au patient (Canada)
Journaliste au quotidien québécois La Presse, Alice Girard-Bossé allie son expertise en neurosciences à son intérêt pour la santé publique. Dans ce reportage, elle suit les ambulances spécialisées pour les accidents vasculaires cérébraux (AVC), une initiative née à Hombourg, en Allemagne, et reproduite dans une vingtaine de villes dans le monde. Au cœur de ces équipes médicales, elle met en lumière leur détermination à sauver des vies grâce à des interventions rapides et innovantes.
3ème Prix : Kelly Gourdin – Semences libres : une licence pour résister aux multinationales (Maurice) Journaliste passée par Radio Pulsar et cofondatrice de l’association Aether Narratio, Kelly Gourdin signe un travail rigoureux qui prolonge un podcast réalisé en duo avec Hildegard Leloué. Elle y enquête sur la résistance face aux multinationales à travers les semences libres, dans la lignée de son projet « Éveille ta Ville », un tour d’Europe des solutions écologiques. Remis spécifiquement lors des Tribunes de la presse à Bordeaux, ce prix récompense une plume qui a fait ses débuts à l’île Maurice et qui défend une information cherchant des réponses plutôt que des divisions.
Le jury 2025 était composé de personnalités engagées pour une information de qualité :
Marianne Barraux (AFP), Paolo Levi (La Stampa/ANSA), François Vey (Légende/Le 1), Ségolène Allemandou (ENTR), Dorian de Meeus (La Libre Belgique).
Pascal Canfin (Député européen), Nora Hamadi (France Inter), Serge Michel (Heidi.news), Alexia Kefalas (Le Figaro/France 24), Carolin Ollivier (ARTE).
Christophe Leclercq (Euractiv), Dorothée Merville (Fondation Hippocrène), Etienne Pflimlin (Fondation Crédit Mutuel) et Amélie Reichmuth (Lauréate 2024).
Journalistes et créateurs de contenus : Les photos de la soirée et des lauréats sont à votre disposition. (Mention obligatoire : Copyright Augustin Perraud/Reporters d’Espoirs
Par Théo Criscuolo/Reporters d’Espoirs
Lundi 15 et mardi 16 septembre 2025, Reporters d’Espoirs a réuni à Paris cinq des six lauréats du Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs pour deux journées d’échanges, de rencontres et d’inspiration. Ces jeunes reporters, âgés de moins de 30 ans, ont été récompensés pour leurs reportages sur les grands défis économiques, écologiques, sociaux et culturels qui traversent l’Europe.

Tout commence autour d’un déjeuner avec Mémona Hintermann, grand reporter et ancienne membre du CSA. Témoin de conflits majeurs, de la chute du mur de Berlin aux guerres du Moyen-Orient, elle partage avec les lauréats son regard sur le journalisme, fait de rigueur, d’engagement et de résilience. Un moment privilégié qui prend des allures de dialogue entre générations.

Début d’après-midi. Les jeunes reporters poussent les portes du Figaro, accueillis par Anne Rovan, journaliste qui durant six années a été la correspondante du journal à Bruxelles. Elle leur livre les coulisses d’un journalisme européen exigeant, où il s’agit de rendre lisibles des institutions complexes, tout en montrant les forces souvent méconnues de l’Union. Bien que critiquée, l’Europe sait aussi faire preuve de solidarité entre États membres, rappelle-t-elle. Et si le sujet peine à captiver le grand public, une clé réside dans la manière de les raconter : donner de la « chair », c’est-à-dire incarner les enjeux en parlant de personnes réelles, plutôt que rester dans un registre purement technique et institutionnel. Une leçon qui résonne particulièrement auprès des lauréats, soucieux de placer l’humain au cœur de leurs récits.

C’est à Europa Expérience que la journée se poursuit, avec la cérémonie de remise des Prix. Cinq lauréats sur les six récompensés sont dévoilés ce soir-là, et prennent la parole devant un public de 40 personnalités issues des mondes médiatique, économique, politique et culturel. Au-delà de la remise des prix, la soirée prend la forme d’un laboratoire d’idées. L’objectif : réfléchir à la manière dont les médias peuvent « donner envie d’Europe » aux citoyens. L’enjeu est clair : à travers une information à spectre large, capable de montrer à la fois les problèmes et les initiatives pour y répondre, les journalistes ont un rôle essentiel pour redonner confiance dans la démocratie européenne et la coopération des peuples et des nations.
Trois ateliers thématiques rythment la soirée dont deux conçus en collaboration avec Making Tomorrow, qui apporte sa méthode de design-fiction pour stimuler la créativité et projeter les participants dans des scénarios inédits. Un atelier “biodiversité” sur “comment les médias peuvent fédérer les Européens sur la préservation de leur patrimoine naturel”, un atelier “numérique” ou “comment les médias peuvent donner envie de souveraineté numérique européenne”, et enfin un atelier animé par Maxime Verner, centré sur la question “comment les médias peuvent donner envie d’Europe aux jeunes ?”.
Entre discours des lauréats, débats et ateliers, la soirée a offert un moment unique de dialogue, où s’est dessinée une vision commune : replacer l’Europe au cœur du récit médiatique, non pas comme un sujet technique ou institutionnel, mais comme une histoire collective à laquelle chacun peut prendre part.

Le lendemain, les lauréats ont vécu une immersion au sein de grandes rédactions. La matinée débute au siège de l’AFP (Agence France Presse), par l’observation de la conférence de rédaction. Puis un échange nourri s’engage avec Marianne Barriaux, adjointe à la rédaction en chef pour la région Europe et Juliette Michel, adjointe au service Planète.
Créé en 2022, ce service est devenu l’une des deux priorités stratégiques de l’AFP avec le numérique. Juliette Michel explique comment l’agence a choisi de mêler ses journalistes environnement à ceux de l’économie pour créer des synergies inédites : couvrir ensemble les activités économiques qui affectent le climat et la biodiversité. Le dispositif fonctionne si bien que le sujet infuse désormais dans tout le réseau, avec des référents identifiés pour structurer et porter cette dynamique.
Quant au journalisme de solutions, l’AFP applique une méthode exigeante, adaptée à son cas de figure spécifique, reposant sur quatre règles :
Les rédactions sont très demandeuses de ce type de contenus porteurs d’espoir nous affirment nos interlocutrices. Et cela répond aussi à une préoccupation croissante : la santé mentale des publics, de plus en plus éprouvés par la surabondance d’informations anxiogènes.
Au fil des échanges, d’autres défis contemporains se font jour : la difficulté à produire des nouvelles positives face à l’urgence des crises, les conditions de travail des correspondants en Ukraine, ou encore le rôle de l’IA perçue comme un véritable enjeu pour l’avenir de l’agence. Enfin, les lauréats découvrent l’ampleur du travail de fact-checking mené par l’AFP, par une équipe de 100 journalistes dédiés dans le monde.

Après-midi. Cap sur les locaux du groupe France Médias Monde qui réunit notamment la radio RFI et la chaîne d’information France 24. Après une visite guidée des locaux, des plateaux TV et des salles de rédaction organisée par Ségolène Allemandou, rédactrice en cheffe d’ENTR, les lauréats rencontrent l’équipe d’ENTR.
ENTR est un réseau de journalistes européens qui produit des vidéos à dimension transnationale, spécialement conçues pour les réseaux sociaux. Particularité : les contenus ne sont pas simplement traduits, mais adaptés aux publics de chaque pays, afin de toucher les jeunes générations là où elles s’informent et avec des formats qui leur parlent. L’équipe présente une série consacrée à l’environnement, pensée avec une approche de journalisme de solutions. Les vidéos mettent en avant des initiatives concrètes, réplicables et impactantes, ancrées dans différents territoires européens. Une manière de montrer que l’Europe n’est pas seulement une institution, mais aussi un vivier d’innovations et de réponses communes aux défis globaux.
Cette présentation fait écho aux discussions de la matinée à l’AFP : qu’il s’agisse d’une agence internationale de presse ou d’un média jeune et numérique, une même ambition se dessine. Les rédactions cherchent à intégrer l’environnement et le journalisme de solutions au cœur de leurs pratiques, répondant à une demande de plus en plus forte des publics et à un enjeu de société majeur.
De ces deux journées, une conviction ressort : l’Europe a besoin de nouveaux récits. Ces jeunes reporters, curieux, engagés et inventifs, sont prêts à les écrire. Grâce à cette immersion entre figures emblématiques du journalisme et coulisses de grandes rédactions, ils repartent avec des clés, des contacts, et une certitude : l’information européenne peut être vivante, proche des citoyens et porteuse d’avenir.
Esther Lubanza (République Démocratique du Congo, Kinshasa)
« En seulement 48 heures, le Prix européen Jeunes Reporters d’Espoirs a bouleversé ma vision et marqué un tournant dans mon parcours. Le concours, l’accompagnement et le Challenge du lundi m’ont portée bien au-delà de mes attentes. Moi qui pensais poursuivre en communication, j’ai découvert une évidence : le journalisme de solutions est ma voie. Ces rencontres et cette énergie collective m’ont donné confiance et l’envie de transmettre, à mon tour, des récits porteurs d’espoir. »
Amel Louzguiti (France, Lyon)
« La vie est faite de rencontres, dont certaines peuvent changer votre regard sur le monde, pour le mieux et pour longtemps. Reporters d’Espoirs fait exactement cet effet ! Le Prix, l’accompagnement, les visites que nous avons partagées m’ont offert le souffle nécessaire pour oser. Il m’a confirmé le rôle du journalisme de solutions pour éclairer le monde, servir l’intérêt général et semer des idées qui font naître de nouvelles perspectives et parfois, beaucoup. »
Le 20 mars 2025, le Comité économique et social européen (CESE / EESC) a récompensé trois projets à but non lucratif de la Slovaquie, de la France et de la Belgique pour leur contribution exceptionnelle à la lutte contre la polarisation préjudiciable de la société européenne. Reporters d’Espoirs est le lauréat pour la France pour notre action de lutte contre la polarisation via le journalisme de solutions. Plus particulièrement pour notre programme « Jeunes Reporters d’Espoirs Europe » de formation, d’accompagnement à l’écriture journalistique, et de dotations financières autour duquel s’est constitué une communauté de 800 jeunes, 23 lauréats, 50 réseaux francophones partenaires, 40 jurés.
>L’article sur le site de l’EESC
Par Paul Chambellant et Angélica Tarnowska/Reporters d’Espoirs
C’est là que nous rencontrons Pierre Terraz, Amélie Reichmuth (venue de Suède), Emilie Andrieux et Sami Zaïbi (venu de Suisse), 4 des 7 lauréats décorés par ce Prix européen du jeune reporter, pour un déjeuner aux accents italiens. Alors, pâtes ou pizza ? Les choix diffèrent selon qu’ils soient pigistes, correspondants, data journalistes, photoreporters… ou professeurs, un ami de Sami nous ayant rejoints. Si lui est un profane du monde journalistique, les lauréats quant à eux y sont immergés : qu’ils soient issus d’une école ou formés sur le terrain, ils se destinent tous au journalisme. L’occasion de se découvrir des points communs insoupçonnés et de s’émerveiller devant des parcours d’ores-et-déjà inspirants. Amélie parle six langues, Pierre a appris le photojournalisme en autodidacte après une école de communication, Sami vient de s’installer au Caire pour y apprendre l’arabe et devenir correspondant, Emilie maîtrise déjà l’art des infographies… De vrais couteaux suisses !
Au programme : une discussion sur l’état de l’Europe, les défis des élections et de la mandature à venir et le rôle de vulgarisation des journalistes. A la fois européens convaincus et analystes critiques des institutions, ils s’engagent dans la poursuite du projet européen à travers voyages d’étude et analyses des révolutions écologique et industrielle. Nous abordons des sujets aussi variés que le difficile arbitrage européen de l’intelligence artificielle après la « révolution manquée » d’Internet, la communication européenne en matière de politique environnementale, ou encore les enjeux posés par l’hypothèse d’un élargissement de l’Union Européenne en pleine guerre à ses frontières. Les lauréats ont su s’affranchir de l’aspect un peu académique de la rencontre, s’inspirant de leurs expériences de terrain pour interroger l’indépendance des journalistes européens et la pertinence d’un Pacte Vert à l’échelle européenne.
Septième étage, vue imprenable sur Paris. Nous rencontrons Guillaume Rollin, rédacteur en chef du service vidéo de l’AFP, Cécile Feuillatre, journaliste au service international, Kadir Demir, journaliste au service vidéo, et Coline Sallois, chargée de communication et de projets, pour une heure de questions-réponses sur les coulisses de leur métier, la couverture des terrains de conflits, le sort des journalistes palestiniens à Gaza, les choix éditoriaux d’une rédaction d’envergure internationale… Tous sont journalistes multi-tâches, tantôt en « desk » tantôt sur le terrain, et chez chacun résonne l’idée que le sigle AFP doit rester un gage d’indépendance et de qualité de l’information. Nous visitons ensuite la newsroom, clignotant de mille feux au rythme d’une actualité mondiale qui s’affiche sur une multitude d’écrans, avant de libérer les lauréats pour la soirée.
Voilà qui vient conclure cette première journée passée sur la route de l’info !
Une lauréate est arrivée avant les autres : Cristina Coellen, étudiante autrichienne en école de journalisme à Paris. Bientôt rejoints par les autres lauréats, nous découvrons ensemble les bâtiments somptueux du Figaro, s’étendant sur une dizaine d’étages. C’est un Renaud Girard souriant et pensif qui nous y accueille, grand reporter au Figaro et spécialiste des crises et conflits mondiaux. Kosovo, Israël, Afghanistan, Ukraine, Irak… Lui qui a couvert toutes les guerres depuis 1984 s’en souvient avec vivacité, avec silence aussi parfois. C’est que le « souffle de l’histoire » qu’il a senti passer à de multiples reprises semble toujours l’habiter aujourd’hui, l’invitant à la contemplation. Il fait l’éloge de la lenteur sur les terrains en conflit, comparant les journalistes à des « historiens de l’instant ». Prendre le temps de la compréhension, choisir une histoire à raconter qui parle des gens et aux gens pour mieux rendre compte de la réalité : il faut montrer qu’on a été sur place, qu’on peut apporter de la valeur ajoutée. Inspirés par le personnage, son érudition et son parcours, nous prenons une photo de groupe pour immortaliser ce moment hors du temps, butte Montmartre en arrière plan. Et quittons le journal, nous prêtant à rêver nous aussi de pouvoir sentir le souffle de la grande histoire sur le terrain d’un reportage.
C’est donc à la Gaîté Lyrique que s’est tenu le final, mardi 13 février au soir, avec la 3e édition du Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs. Dans une effervescence positive, tous se sont retrouvés pour découvrir les sept lauréats sélectionnés parmi 140 candidats. L’objet du concours ? Réaliser un reportage sur des réponses concrètes apportées à un problème économique, social ou environnemental, avec une dimension européenne. Le défi ? Nous donner envie d’Europe ! Alexia Kefalas, correspondante de France24 et du Figaro, venue tout spécialement d’Athènes, menait la danse avec brio. Une soirée ponctuée des croquis plein d’humour signés Serge Bloch.
Le Best-of des Jurés
Chacun des jurés présents a évoqué le sujet qui l’a le plus enthousiasmé : Nicole Gnesotto, vice-Présidente de l’Institut Jacques Delors, a salué le reportage de Pierre Terraz, « Morts sous X », pour son originalité, la dignité et la délicatesse de son traitement. Étienne Pflimlin, à la tête de la Fondation du Crédit Mutuel pour la lecture, a retenu le sujet d’Émilie Andrieux, « Étudiants secouristes en santé mentale à l’Université de Bordeaux ». Patrick d’Humières, pionnier de la réflexion sur les médias et l’Europe, a été touché par le sujet d’Amélie Reichmuth, « Danemark : Grâce à Elderlearn, l’intégration devient un vecteur de lien social ». « Dans une société divisée, repliée sur soi et avec la peur des autres, ce projet valorise une Europe intergénérationnelle, où au contact des anciens, des réfugiés peuvent resocialiser, revivre, c’est un beau signe d’espoir », partage-t-il. Christophe Leclerc, fondateur d’Europe Média Lab, a lui aimé le sujet de Sami Zaïbi, « Samsø et l’énergie renouvelable, l’utopie devenue réalité ». Enfin, Dorothée Merville, Directrice générale de la Fondation Hippocrène, a choisi l’article de la journaliste autrichienne Cristina Coellen, « Extraire la chaleur des eaux usées, une technique de chauffage durable à la conquête des villes européennes ». « On y voit comment les solutions locales peuvent être répliquées partout et ce sujet donne envie d’Europe ! », commente-t-elle. Un vrai bon point car l’Union Européenne est assez dépréciée.
L’Europe mal-aimée et ses institutions méconnues : une image à redorer !
« L’Europe est devenue un bouc émissaire. Brisons ce cercle vicieux, ayons l’honnêteté de reconnaître les conquêtes nées d’une impulsion européenne et arrêtons de pointer les technocrates ! Car ces derniers, moins nombreux que les fonctionnaires de l’Île-de-France par exemple, sont souvent des jeunes, qui gèrent de Bruxelles une administration qui concerne 450 millions d’Européens », explique Paolo Levi, correspondant italien de « La Stampa » et de l’Agenzia Nazionale Stampa Associata (Ansa). « L’Europe n’est pas un projet accompli mais une construction en cours ! », renchérit Bernard Guetta, Député européen Renew et journaliste. « Pour beaucoup, l’Europe reste une entité approximative et un pouvoir quasi-martien : Bruxelles est la capitale de la Belgique, mais accueille aussi les trois institutions de l’Europe, Conseil, Parlement et Commission. Or la place qui leur est consacrée dans les médias reste faible. On commence à peine à évoquer les débats au Conseil ou au Parlement européens… En défendant l’Europe, c’est un cri de besoin et de nécessité que je lance ! », conclut Bernard Guetta. Pour François Vey, rédacteur en chef des revues « Zadig » et « Légende », l’Europe des nations existe déjà : « La majorité du pouvoir est détenue par le Conseil européen, c’est lui qui tranche car il tient les cordons de la bourse ». Reste à faire découvrir la réalité de l’Union européenne, « trop souvent perçue comme ennuyeuse », explique Éléonore Gay, qui lui donne corps justement avec son émission « Nous les Européens », sur France 2. Elle ajoute : « Mais les cartes ont été rebattues par la guerre en Ukraine. Les gens manifestent une curiosité nouvelle pour les équilibres géopolitiques. Des valeurs communes comme la paix resserrent les liens. À nous journalistes de faire aimer l’Europe ! ».
Pitch des lauréats et conférence de rédaction
Venus d’Europe et même d’Égypte, il est temps pour les cinq lauréats [deux lauréates n’ont pu être présentes : Ndeye Fatou Toure (Sénégal) et Marie Dougnac (Bordeaux] de pitcher leur reportage afin de déterminer le sommaire idéal d’un journal dédié à l’Europe. Émilie démarre : « un étudiant sur six a une santé mentale dégradée. Depuis 2019, une formation australienne en secourisme psychologique se propage. À Bordeaux, 1 000 étudiants de fac la suivent, plus de 80 % sont prêts à aider leurs pairs, un franc succès pour des gestes qui peuvent sauver des vies ». Pour Mémona Hintermann, grand reporter, « voilà un grand sujet de société, car face aux 200 000 tentatives de suicides par an, il manque plus de 1 000 psychiatres en France ». Amélie a elle suivi l’association Elderlearn, qui a déjà créé au Danemark 1 600 binômes d’anciens, souvent trop seuls, avec des immigrés, qui veulent apprendre, avec 80 % de retours positifs ! Une idée lumineuse qui a tout pour s’exporter, pour une société inclusive et résiliente. Christina pitche : « L’eau peut avoir une seconde vie grâce à l’aquathermie, une technique réplicable partout ». Et Sami raconte Samsø, la première île autonome en énergie. « Les Danois sont ultra-pragmatiques, note Éléonore Gay, ils se sont organisés, ont confiance en l’autre, sont actionnaires de l’éolien, c’est un modèle visité par des groupes du monde entier ». Mémona Hintermann souligne : « là, c’est l’Europe qui marche ! ». Bernard Guetta note : « Européens, constructifs, passionnants, ces reportages sont parfaits pour l’ouverture des pages société, ils feront des émules ». Le sujet retenu par la majorité pour trôner en Une sera celui de Pierre Terraz qui a voulu savoir où était enterré « son » SDF, et a découvert le cimetière des Jardins de la Fraternité et ses tombes « sous X », à Thiais (94), où, avec, les collectifs de citoyens qui recherchent les familles de ces milliers de morts de la rue sans identité (migrants, vieux, corps retrouvés dans une rivière, bébés abandonnés… ». Bernard Guetta ponctue : « si je parle comme le directeur de rédaction que j’ai été à « L’Obs » et à « L’Expansion », alors le sujet sur les morts sous X, on achète, c’est intriguant, c’est forcément le sujet retenu pour faire la Une ».
Avec deux Erasmus à Sciences Po, Amélie Reichmuth, franco-allemande basée en Suède et mariée à un Danois, est résolument européenne. Elle se passionne très tôt pour le journalisme de solutions et avait déjà postulé au Prix européen du jeune reporter les années précédentes, une persévérance payante ! « Les visites organisées par Reporters d’Espoirs la veille étaient formidables, une occasion d’échanger avec des reporters de renom comme Renaud Girard, de voir comment pitcher un sujet, et aussi de tisser des liens entre lauréats aux profils très variés, autodidactes comme moi ou sortis d’écoles de journalisme. Débats à bâtons rompus, avis engagés… la soirée était formidable ! Seul petit regret, on aurait aimé que le public aussi participe par vote à la conférence de rédaction. »
Sami Zaïbi, lui, a particulièrement aimé la visite à l’AFP : « on utilise tous les jours leurs dépêches, découvrir la mécanique et le nombre de journalistes dédiés à l’info était fascinant ». Curiosité, amour de l’écriture et de la transmission, le Tuniso-Suisse a étudié à l’Académie du Journalisme à Neuchâtel, « avec Serge Michel, Prix Albert Londres, le journalisme constructif y était évoqué plus que vraiment enseigné ». Journaliste chez « Le Temps », il a pris une année sabbatique pour apprendre l’arabe en Égypte, mais continue de rédiger une newsletter hebdomadaire sur le Moyen-Orient: « Elle s’intitule « Le Point du Jour » et comporte une rubrique Une Raison d’Espérer… Pas toujours simple à alimenter ! »
Christine Buhagiar est la directrice régionale Europe de l’Agence France-Presse (AFP). Passée précédemment par les services France, politique, économique, puis vidéo de l’AFP, elle a rejoint cette année le jury du Prix européen du jeune reporter d’espoirs. Elle évoque pour nous son expérience journalistique et son activité au sein de l’AFP.
Reporters d’Espoirs a le plaisir de compter Bernard Guetta, journaliste lauréat du Prix Albert Londres, ex-chroniqueur « Géopolitique » à France Inter et actuellement député européen, parmi les invités à sa soirée « Médias : donnez-nous envie d’Europe ! », mardi 13 février à 19h à la Gaité Lyrique. Un événement accessible gratuitement sur inscription ici.
L’opportunité d’un regard à la fois critique et constructif sur le traitement médiatique de l’Europe, par un expert de l’Europe et du journalisme, qui échangera et débattra avec les journalistes réunis lors de cette soirée, parmi lesquels Mémona Hintermann, grand reporter, figure du JT de France 3, qui a couvert les grands événements européens de ces trente dernières années, Paolo Levi correspondant des médias italiens La Stampa et Ansa, ou encore Alexia Kefalas, correspondante de France24 et du Figaro à Athènes.
L’occasion aussi d’un échange avec les 7 lauréats du Prix européen du jeune reporter, âgés de 23 à 30 ans, en provenance de toute l’Europe.
A propos de Bernard Guetta
Après avoir couvert la naissance de Solidarność en Pologne, l’essor du néolibéralisme dans l’Amérique reaganienne et l’effondrement communiste dans l’U.R.S.S sous Gorbatchev en tant que correspondant pour Le Monde, Bernard Guetta fut durant 27 ans chroniqueur à France Inter. Il a été également directeur de la rédaction de l’Expansion et du Nouvel Observateur et éditorialiste à l’Express, au Temps et à Libération.
Au cours de sa carrière, il a reçu 6 prix de journalisme, dont le prestigieux Prix Albert-Londres en 1981. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages traitant de géopolitique dont le dernier, « La Nation européenne », est paru chez Flammarion en avril 2023.
Il est élu député européen, membre du groupe Renew Europe, depuis 2019. Il est le premier vice-président de la sous-commission Droits de l’Homme (DROI), membre de la commission des affaires étrangères (AFET) et de la délégation à la commission de coopération parlementaire UE-Russie, de la délégation pour les relations avec les pays du Machrek et de la délégation à l’Assemblée parlementaire de l’Union pour la Méditerranée.
Au Parlement comme dans ses interventions publiques, Bernard Guetta concentre ses efforts sur la nécessaire concrétisation d’une Europe-puissance en défendant ses valeurs et en décryptant les rapports de forces d’un monde en totale et rapide mutation.
A l’approche des élections européennes, à l’occasion de son 20e anniversaire et de son 3e Prix européen du jeune reporter, Reporters d’Espoirs ouvre le débat sur la couverture médiatique de l’Europe, les dysfonctionnements comme les avancées permises par les institutions, les initiatives rendues possibles par la coopération des peuples et des nations. Elle s’associe à la Gaité Lyrique, lieu culturel de la ville de Paris, qui organise un cycle « Eu.topia » pour questionner les enjeux de notre temps et imaginer des solutions.
A l’approche des élections européennes, les débats sur l’Europe, les atouts et dysfonctionnements de ses institutions, vont s’intensifier.
Avec au cœur de la « machine médiatique », c’est attendu, affrontements de postures politiciennes, commentaires d’éditorialistes, amplification des désaccords…
Un autre scénario est-il possible ?
Et si les journalistes -mieux placés que quiconque pour donner à voir ce qu’il se passe sur le terrain- relevaient le défi de nous donner envie d’Europe ?
Sans positivisme ni catastrophisme, quelles initiatives concrètes et solutions rendues possibles par la coopération des peuples et des nations peuvent-ils nous donner à voir ?






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Quand ? Mardi 13 février à 19h
Où ? A la Gaité Lyrique, 13 bis rue Papin 75003 Paris
C’est gratuit, sur inscription en cliquant ici (attention : limité à 100 places !)
Avec le « Prix européen du jeune reporter », Reporters d’Espoirs encourage les jeunes francophones du monde entier à se faire acteurs de l’information, à pratiquer l’écriture en langue française, et à diffuser la connaissance d’initiatives constructives à l’échelle de l’Europe. Dédié aux 15-30 ans quels que soient leurs parcours et études, le Prix va soutenir 6 reportages écrits, couvrant des problèmes et des initiatives qui contribuent à une société européenne inspirante, solidaire et durable.

Le jury est cette année est composé de :
Ces 12 candidats ont été présélectionnés parmi 150 candidatures. 6 d’entre eux vont se partager la dotation de 10 000 euros en début d’année 2024, à l’occasion d’un événement célébrant les 20 ans de Reporters d’Espoirs.
Le Prix Reporters d’Espoirs met à l’honneur depuis 2004 les journalistes, innovateurs des médias, et étudiants-futurs professionnels des médias, pour leurs sujets traités sous l’angle « problème + solution ». Il a distingué plus de 110 lauréats depuis sa création, et célèbre en 2023 sa 13e édition.
Le Prix a permis à des journalistes de défendre leur travail au sein de leur rédaction, de gagner en notoriété auprès du public, de maintenir ou développer leurs rubriques, de convaincre leur média de la pertinence du journalisme de solutions, etc.
Le Prix s’inscrit dans la mission de Reporters d’Espoirs « pour une info et des médias qui donnent envie d’agir ».
Il est organisé avec le soutien de la Fondation du Crédit Mutuel pour la lecture (grand mécène), de la Fondation Hippocrène, du CFC Droit de copie, et du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
« Impact », « entreprise à mission », « politique d’engagement des entreprises », « raison d’être », « responsabilité sociale de l’entreprise », « finance à impact », « économie positive », « économie sociale et solidaire »… : comment s’y retrouver parmi les concepts dont s’empare ou s’inspire le monde de l’économie et de l’entreprise ? Au-delà des mots, quelles tendances de fond et réalités concrètes méritent particulièrement l’attention des journalistes dans les 3 prochains mois, au vu des évolutions réglementaires (européennes), gouvernementales (disparition du portefeuille ministériel dédié à l’ESS avec le départ de Marlène Schiappa), ou encore des évolutions au sein des entreprises (avec en toile de fond le changement de gouvernance au MEDEF) ?
En 30 minutes top chrono, le professeur Thierry Sibieude, fondateur de la Chaire Innovation et Entrepreneuriat Social de l’ESSEC, fin observateur de ces sujets et expert pédagogique auprès de Reporters d’Espoirs, a décrypté pour vous journalistes 5 tendances à observer de près à la rentrée 2023, dans le webinaire dont nous vous proposons le replay ci-dessous :