Skip to main content
All Posts By

Jeanne Tesson

Comment l’AFP s’est réorganisée pour mieux traiter les enjeux environnementaux

By Environnement, Home, Interviews, L'actu des médias, MéthodeNo Comments

À l’occasion du prix européen jeunes Reporters d’Espoirs, nous avons pu échanger avec deux journalistes de l’Agence France Presse (AFP), Marianne Barriaux, adjointe au rédacteur en chef Europe et Juliette Michel, adjointe à la cheffe du pôle Planète, pour comprendre comment l’agence internationale a réorganisé sa rédaction pour mieux couvrir les enjeux environnementaux. 

Read More

AFP : voici comment la plus grande agence de presse s’approprie le journalisme de solutions

By Home, Interviews, Les articles, MéthodeNo Comments

À l’occasion du dernier prix européen jeunes Reporters d’Espoirs, nous avons pu échanger avec deux journalistes de l’Agence France Presse (AFP), Marianne Barriaux, adjointe au rédacteur en chef Europe et Juliette Michel, adjointe à la cheffe du pôle Planète, pour comprendre comment l’agence internationale développe le journalisme de solutions dans sa production d’informations. 

Read More

Libé des solutions : « C’est l’un des journaux les mieux vendus de l’année »

By Home, L'actu des médias, MéthodeNo Comments

18 ans après son lancement, l’édition spéciale créée avec Reporters d’Espoirs s’avère toujours performante : +34% de ventes l’année dernière. Elle plait aux lecteurs – ce qui n’est pas la moindre des qualités pour un journal qui a vocation à être lu ! – et aux journalistes qui ont progressivement intégré la méthode du journalisme de solutions. Nous avons voulu savoir comment les choses s’organisent et sont perçues au sein du journal. 

En 2007, Libération lançait en partenariat avec Reporters d’Espoirs, un numéro spécial consacré au journalisme de solutions. Après plusieurs années de coopération, la rédaction du quotidien national s’est emparée pleinement du projet. Et c’était bien l’objectif. Dix-huit ans plus tard, le Libé des solutions paraît toujours, chaque 31 décembre. « Si j’étais très cynique, je dirais que si on continue à le faire, c’est parce que c’est un des journaux qui se vend le mieux de l’année », lance Michel Becquembois, responsable des éditions spéciales chez Libération. Et c’est vrai. En 2024, il a fait +34% de ventes par rapport à un numéro classique sur la même période, et +38% en 2023. Mais s’arrêter aux ventes, ce serait passer à côté de l’essentiel. 

Se forcer à porter un regard différent

Derrière ce succès commercial, il y a un vrai projet éditorial. Et si une fois par an, on se forçait à regarder l’actualité autrement ? Michel Becquembois pilote le Libé des solutions depuis 2021. Il en est à sa cinquième édition. Pour lui, ce numéro annuel joue un rôle précis au sein de la rédaction : « Quand on est entraîné par le flux de l’actualité, on se laisse facilement emporter par les guerres, les conflits, le terrorisme, les arrangements politiques. Se forcer à porter un regard différent, ça nous aide. C’est un aiguillon qu’on se met à nous-mêmes. » 

Un constat que partage Elsa Maudet, cheffe adjointe du pôle société de Libération, qui contribue au numéro depuis plusieurs années. « Assez naturellement, on va vers ce qui dysfonctionne. Et évidemment, il faut le faire. Mais si on n’a que du négatif, en tant que journalistes, il y a un vrai impact sur le moral. Cette spirale peut être un peu mortifère. » 

Pour les deux journalistes, le Libé des solutions n’est donc pas un simple « feel good journal », mais une tentative de rééquilibrage. Une manière de rappeler que le réel ne se limite pas à ce qui échoue, et que raconter ce qui fonctionne relève aussi d’un travail journalistique exigeant.

« Le journal de Gandhi »

Depuis 2007, le Libé des solutions a bien évolué. À ses débuts, le concept était flou. Ou mal perçu. Parfois moqué en interne. « On parlait de “Libé des bonnes nouvelles », raconte Michel Becquembois. Certains raillaient ce numéro en disant que c’était le journal de Gandhi, qu’on allait raconter que tout va bien. » Avec le temps, le concept s’est affiné. Reporters d’Espoirs y a signé des reportages sur la mafia en Sicile (et comment lutter contre), ou sur des entreprises au bord de la faillite (qui s’en sont relevées à force d’ingéniosité) : quand les narrations comportent une part de tension et de résolution, cela aide à convaincre.

Le journalisme de solutions a depuis un certain temps été théorisé, clarifié, et débarrassé de son angélisme supposé. La profession, aussi, a fait un peu de travail sur elle-même, sur ses biais… « Ce n’est pas un journalisme qui nie les problèmes, précise Michel Becquembois. On va chercher des choses constructives, mais on garde notre esprit critique de journalistes. » Aujourd’hui, cette distinction est largement intégrée dans la rédaction. Et le Libé des solutions est devenu un exercice assumé, qui « nous fait du bien », assure-t-il.

Un numéro « normal », sans supplément

L’un des choix éditoriaux les plus structurants concerne la forme. Contrairement à ses débuts, le Libé des solutions n’est plus un cahier à part, ni un journal entièrement dédié à un thème unique. « C’est le Libé des 31 décembre et 1er janvier, un Libé normal, avec une pagination normale et un chemin de fer classique, explique Michel Becquembois. Sauf que dans chaque séquence (international, politique, économie, société) on s’astreint à proposer un ou plusieurs sujets relevant du journalisme de solutions. »

« On peut parler des trains qui arrivent à l’heure,
mais ce n’est pas pour dire que tout a été rose pendant le trajet.
»

Ce choix n’est pas anodin. Il évite de cantonner le journalisme de solutions à un espace marginal et affirme qu’il s’agit avant tout d’une grille de lecture posée sur l’actualité, pas d’un genre à part. La date choisie est également stratégique, puisque l’actualité se calme généralement pendant les fêtes de fin d’année. Et si « l’actu chaude » de la veille peut être propice à ce type de traitement de l’information, le secret, c’est le « mag » : « On prépare ça bien en amont », indique Michel Becquembois, à l’affût de sujets auprès des correspondants à l’international dès le début de l’automne. 

Dans les coulisses d’un reportage « solutions »

Pour l’édition parue ce mercredi 31 décembre 2025, Elsa Maudet a choisi de travailler sur Atypie Friendly, un dispositif d’accompagnement d’étudiants présentant des troubles du neurodéveloppement, notamment des étudiants autistes. Né à Toulouse, le programme est aujourd’hui déployé dans 37 établissements d’enseignement supérieur.

Avant de se rendre sur place, la journaliste a appliqué les mêmes réflexes que pour n’importe quel autre sujet : vérifier l’envergure du dispositif, mesurer son impact réel, confronter les points de vue. « La première question qu’on s’est posée avec Michel, c’était : est-ce que ce n’est pas trop anecdotique ? Si ça concerne deux personnes et demie, ça n’a pas grand intérêt. » Un critère utile pour choisir un sujet orienté solutions qui soit convaincant. Sur le terrain, Elsa Maudet observe un dispositif structuré, porté par une équipe pluridisciplinaire, mais aussi imparfait. Certains étudiants décrochent. Le programme est parfois accusé de ne concerner que des profils déjà favorisés. Des critiques qu’elle prend en compte, et auxquelles la journaliste confronte les acteurs du projet. 

Toujours choisir son sujet soi même

Pour s’assurer de ne jamais jouer le jeu d’une marque, de rentrer dans la communication, ou simplement de vendre du rêve, les deux journalistes insistent sur la nécessité de garder une distance critique, notamment face aux sollicitations extérieures. « Je reçois beaucoup de communiqués de presse me disant “on fait quelque chose de formidable, parfait pour votre Libé des solutions », raconte Michel Becquembois. Ça ne nous suffit jamais, affirme-t-il. Le garde-fous, c’est que l’on s’astreint à définir nous-mêmes tous nos sujets. »

Même vigilance du côté d’Elsa Maudet. « Quand quelqu’un vient toquer à ta porte en disant “regarde comme c’est super ce que je fais”, il faut être encore plus attentif. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas traiter le sujet, mais il faut se renseigner, vérifier, confronter. » 

Pour Michel Becquembois, comme pour la méthode proposée par Reporters d’Espoirs, faire du journalisme de solutions ne rime pas avec négation des dysfonctionnements. « On peut parler des trains qui arrivent à l’heure, mais ce n’est pas pour dire que tout a été rose pendant le trajet. » Autrement dit, la recherche de réponses concrètes ne dispense jamais de l’esprit critique, ni de la mise en évidence des limites, des échecs ou des angles morts d’une initiative. « Parler d’un sujet positif, ça n’empêche pas de faire apparaître des bémols. Au contraire, c’est sain », ajoute Elsa Maudet, pour qui raconter ce qui fonctionne n’exonère jamais de la rigueur journalistique. 

Un laboratoire qui infuse lentement

Si le Libé des solutions reste un rendez-vous annuel, ses effets dépassent largement le 31 décembre. « Pendant l’année, il m’arrive de dire en conférence de rédaction : ce sujet aurait été parfait pour le Libé des solutions, raconte Michel Becquembois. Et en fait, on le publie quand même, en avril ou en juin. C’est très bien aussi. »

Elsa Maudet, elle, se méfie du « tout positif », mais revendique une nécessité sociale. « Les lecteurs ne veulent pas que du positif. C’est une question d’équilibre. Mais d’un point de vue sociétal, oui, il faut aussi raconter ce qui fonctionne », assure la journaliste, qui souligne d’ailleurs une « demande assez forte de la direction » de Libération pour que la rédaction produise davantage de sujets positifs tout au long de l’année. Il faut dire que tous les médias ou presque ont vu apparaître ces dernières années dans leurs études de lectorat une demande croissante du public pour ce genre de contenus – ce dont témoignent Le Monde Diplomatique comme Le Figaro.

Commencer 2026 avec un journal moins anxiogène, sans renoncer à l’exigence critique, voilà la promesse du Libé des solutions. Non pas un antidote magique à l’actualité trop souvent négative, mais une respiration pour entrer dans la nouvelle année.

Jeanne Tesson // Reporters d’Espoirs

Le prix Reporters d’Espoirs, un  « fortificateur de confiance » pour Pierre Terraz, journaliste de 28 ans déjà multiprimé

By Home, Interviews, Les articlesNo Comments

Crédit photo Pierre Terraz

Lauréat du Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs pour « Nommer, c’est faire exister » : sur la trace des morts anonymes, ce qui lui a valu d’être publié dans Le Figaro et de recevoir un prix de 2500 euros, Pierre Terraz a depuis été distingué, en octobre 2025, du prix Bayeux des correspondants de guerre pour une série de reportages intitulée « Birmanie : plongée clandestine dans la guerre civile ». 

Le jeune journaliste de 28 ans, qui cumule les distinctions -il a également reçu le Prix de la Fondation Lagardère-, s’est spécialisé dans les reportages à l’étranger, notamment au Bangladesh, en Thaïlande, en Malaisie, en Birmanie et en Indonésie. Il nous livre sa vision du journalisme de solutions et du prix Reporters d’Espoirs. 

Pierre Terraz : Les prix et les bourses de ce type sont des “fortificateurs de confiance”. C’est vraiment ça que j’ai ressenti en recevant le Prix européen jeunes Reporters d’Espoirs. Ça apporte de la crédibilité à notre travail, et de la visibilité aussi certainement. On se dit qu’on est sur la bonne voie, et c’est d’autant plus important que notre métier n’est pas facile. Recevoir un prix, ça aide à vraiment se lancer avec confiance. A la dotation financière qui est forcément très sympa à recevoir, s’ajoute la satisfaction d’être validé par des pairs. Ce qui m’a fait le plus plaisir en recevant le prix, c’était que le jury comportait des professionnels de l’AFP, du Figaro, et des journalistes étrangers comme Paolo Levi aussi. Que mon travail soit validé par des gens plus âgés, plus installés, plus expérimentés que moi, c’est très stimulant !

« Quand vous êtes amené à couvrir un conflit sur le temps long, le journalisme de solutions devient une bonne option »

Pierre Terraz : A l’époque, j’étais déjà orienté sur les reportages à l’étranger, je ne le faisais pas régulièrement mais c’est ce que je voulais faire. Après le prix ça s’est un peu intensifié, j’ai eu plus de commandes pour partir à l’étranger, et notamment en Asie. De fait, en couvrant des zones de conflits, le journalisme de solutions, ce n’est pas le genre de reportages que je fais le plus souvent, mais il m’est arrivé d’en réaliser à plusieurs reprises, et de repenser à Reporters d’Espoirs. Par exemple, l’été dernier j’étais en Ukraine, où il y a énormément de soldats et de civils amputés, qui n’ont plus qu’une jambe ou qu’un bras. C’est un sujet un peu glauque, que je couvrais pour un magazine Suisse. J’ai tout de même opté pour un angle solutions. En Ukraine, avec la guerre, de nombreux clubs de foot pour amputés se sont montés dans les grandes villes du pays, pour les aider à surmonter les douleurs fantômes, à réapprendre à se servir de leur corps, et à le revaloriser. Il y a même désormais un tournoi national et international. Ce reportage a été complètement inspiré par le journalisme de solutions. 

Pierre Terraz : Quand on couvre un conflit, c’est assez compliqué de trouver des angles de solutions. Mais ils existent quand même. Les personnes victimes du conflit ou qui en pâtissent n’attendent pas la fin de la guerre pour commencer à se reconstruire. Tout cela se fait en même temps. Dans les médias classiques, le journalisme de solutions, ce n’est pas encore un réflexe, surtout pour couvrir les guerres. Mais j’observe que cela devient une manière intéressante de traiter les conflits sur le temps long. Au début du conflit, les médias sont très intéressés par ce qui se passe dans le pays. Mais après trois ou quatre années de guerre, il y a un espèce d’essoufflement de l’intérêt des médias, ou du public. Ils en ont assez. Donc quand vous êtes amené à couvrir le conflit sur le temps long, le journalisme de solutions devient une bonne option. Il permet de mettre en avant des initiatives locales pour faire face à la guerre, pour se reconstruire. Quand on a déjà beaucoup parlé des problèmes, c’est un bon moyen de continuer à capter l’attention médiatique sur la situation.