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Solutions

Planète C, l’émission qui veut faire rimer environnement et solutions dans un média généraliste

By 30 juillet 2026No Comments
Lucie Franco, journaliste et responsable de production éditoriale pour 20 Minutes TV. Crédit : 20 Minutes TV

Lucie Franco est journaliste et responsable de production éditoriale pour 20 Minutes TV, pôle vidéo du journal 20 Minutes, depuis 2023. Elle travaille notamment pour l’émission Planète C. Au départ, la journaliste travaillait sur des formats verticaux courts, destinés aux réseaux sociaux. Depuis quelques mois, ces formats ont évolué pour s’intégrer aux codes de Youtube. Au-delà de ce changement, la journaliste affiche une volonté d’apporter des solutions dans un climat où les sujets environnementaux sont rapidement anxiogènes. Elle nous explique comment. 

Qu’est-ce qui a motivé votre initiative ? 

Le média 20 Minutes TV est la partie vidéo et télévisée du journal papier 20 Minutes, qui a pris un virage vidéo ces dernières années. J’ai été recrutée dans ce cadre-là pour proposer de nouveaux formats, de nouveaux sujets. L’environnement est un de mes sujets de prédilection. Je leur ai proposé en septembre 2023 une série de petites vidéos qui s’appelaient « Good Morning Planète ». C’était au début des vidéos verticales courtes pour alimenter le site Internet et les réseaux. Nous avions un ton assez léger et utilisions des memes ou des gif dans le montage. Le but était d’expliquer quelque chose d’assez simple en rapport avec l’actu et ensuite d’aller sur le terrain filmer une initiative qui apporte une solution à la problématique.

Comme cela a bien marché, la rédaction a décidé d’en faire une réelle émission de 12 minutes. Le format a beaucoup évolué depuis jusqu’à ce qu’on me demande de faire un format compatible avec YouTube pour aller toucher une cible plus large. Sur nos réseaux sociaux, nous faisons beaucoup d’actu chaude, d’où le fait d’élargir avec Youtube pour tester une nouvelle approche. C’est à partir de ce moment-là que l’on a reformaté “Good Morning Planète” en “Planète C”. On en a fait un format beaucoup plus ambitieux : il y a un travail d’enquête, un ou plusieurs reportages et plusieurs intervenants.

Vos sujets sont, comme dans toute rédaction, soumis à la validation éditoriale de votre rédactrice en cheffe. Comment cela se déroule ? Y a-t-il des freins ou des attentes particulières ?

Il faut avoir le ton 20 Minutes, c’est-à-dire le fait de poser des questions assez accrocheuses. Le ton 20 Minutes, c’est ton pote qui va te raconter quelque chose au bar du coin.  Il y a ce challenge de parler de sujets sérieux qui concernent la biodiversité, la crise climatique, mais de manière assez tranchée et vulgarisée. Il y a aussi un enjeu dans le choix des sujets que l’on peut aborder, qui est lié au business model de 20 Minutes. C’est un journal gratuit, ce qui fait qu’on est très dépendant des annonceurs pour nous financer. Parfois, la temporalité de publication d’un sujet peut être modifiée car elle peut interférer avec la campagne d’un annonceur, c’est frustrant. Cependant, la Rédactrice en Chef ne me prive pas d’aborder les thématiques de fond et de déranger, la priorité est à l’information.

L’avantage de 20 Minutes, a contrario, c’est que grâce à notre trafic, des auditeurs vont un peu par hasard se retrouver devant le contenu de Planète C. Cela permet à une audience qui n’était initialement pas venue pour ces sujets d’y être exposée, et donc de toucher un public plus large, peu conquis à la thématique écologique.

Vous êtes l’unique journaliste à travailler sur Planète C, comment cela se passe ? 

Je travaille sur d’autres émissions en parallèle. Le travail est très intense, tenir les délais, mener des enquêtes et en parallèle traiter des sujets quotidiens n’est pas simple. Cela m’est déjà arrivé de devoir retarder la diffusion de sujets parce que je n’avais pas fini l’enquête. Comme c’est un format que j’ai créé, c’est un peu pris comme un bonus pour la rédaction. J’ai la chance d’avoir une rédaction très compréhensive et qui s’adapte. Comme c’est quelque chose qui me tient énormément à cœur de par mon engagement et le fait que ce sont des sujets qui sont extrêmement importants, je continue à porter le projet, même en étant en sous-effectif.  

Le lancement de Planète C a-t-il eu un impact sur les annonceurs ?

Oui, il y en a un avec qui on a collaboré sur une collection de quatre vidéos sur l’année. C’est un éco-organisme qui est venu juste pour ce format-là. Nous avions déjà collaboré avec eux par le passé, ils étaient satisfaits. D’autres annonceurs se sont intéressés à cette thématique environnementale et c’est très gratifiant. Je ne sais pas si nos sujets très engagés peuvent freiner certaines entreprises dans leur collaboration avec 20 Minutes, nous sortons tellement d’articles par jour qu’il est difficile de savoir. Mais on ne m’a jamais dit qu’un annonceur s’était retiré suite à des reportages que l’on avait fait. 

Mesurez-vous l’audience de vos vidéos ?

C’est sans aucun doute notre site internet qui ramène le plus de trafic. Pourquoi ? Parce que c’est un journal gratuit. Donc même en termes de SEO, si vous tapez une actualité sur Google, très vite, c’est 20 Minutes qui remonte dans les premiers liens. Aujourd’hui, 20 Minutes, c’est 120 millions de vues sur le site. Sur les réseaux sociaux tout compris, on est à 75 millions. On a une audience totalement différente sur le site et sur les réseaux sociaux. C’est assez extraordinaire parce que je produis des formats sur les thématiques environnementales et elles bénéficient d’une audience qui est là pour de l’actu chaude. C’est un levier assez conséquent de toucher ces auditeurs là. Les derniers Planète C ont environ 130 000 vues sur notre site.

Avez-vous des détails sur votre audience ?

Sur le site, c’est du 25-49 ans actifs CSP+, mais aussi CSP-. Ce sont des personnes qui souhaitent de l’info vulgarisée, qui ne veulent pas lire des articles très complexes. Ils viennent chercher de l’info simple, facile à comprendre et à restituer. Sur les réseaux sociaux c’est encore différent. Grâce à cette multiplication des plateformes, on peut toucher des audiences différentes.

Est-ce qu’il y a eu des innovations depuis le début de votre format ? 

Quand j’ai commencé, je faisais des petites vidéos pour les réseaux. Comme expliqué au début, on en a fait une émission. Maintenant, on se tourne vers un format YouTube, que j’incarne. On reprend beaucoup de codes YouTube, que ce soit dans les transitions ou dans la manière d’amener les images. Il y a des allers-retours entre le reportage terrain et la partie plateau, alors qu’avant, c’était assez séparé. C’est un gros travail de fond que nous avons fait ces derniers mois.

Planète C se tourne de plus en plus vers le journalisme de solutions. Comment l’avez-vous découvert ? Et comment l’appliquez-vous ?

J’avais pour habitude après mon enquête de donner des conseils. Au quotidien, je me demande comment aborder un sujet sans tomber dans le côté anxiogène. Mais aussi comment on alerte tout en donnant envie aux personnes d’agir.  J’ai participé au webinaire de Reporters d’Espoirs en avril dernier et j’ai insisté auprès de ma rédaction pour instiller du journalisme de solutions dans mes sujets. Dernièrement, j’ai beaucoup fait d’enquêtes. J’essayais de finir mes sujets avec des solutions mais il faudrait laisser plus de place encore à cette partie. Ce qui veut dire : aller sur le terrain. 

Je l’ai mis en place sur le sujet des crèmes solaires. J’ai réalisé une grande enquête sur les différents labels de protection des océans. À la fin, j’ai expliqué à ma direction que j’avais envie de finir sur des solutions. Donc on est allé tourner dans une réserve marine, où il y a une zone de protection intégrale, et où il y a eu un énorme travail de sensibilisation aux effets de la crème solaire. On a réussi à montrer concrètement comment une mesure de protection réussissait à préserver un milieu naturel des effets néfastes de ces produits . J’aimerais bien faire évoluer l’émission dans ce sens et apporter davantage de “solutions” qui complémentent l’enquête.

Comment cela a été accueilli par votre rédaction ?

La verticale Planète et l’émission Planète C  participent à forger l’image d’un média qui traite de toutes les thématiques. C’est important d’avoir ce côté environnement, planète et solutions. Je pense que cela participe à l’aura du média. 20 Minutes c’est aussi un média qui est serviciel, on aime apporter des tips à l’audience. Proposer des solutions sur les sujets environnementaux est donc tout à fait dans notre ligne éditoriale.

Marine Issartel

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