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Economie

Et si les internautes devenaient des banquiers solidaires ?

By Economie, Partenariat Rue89No Comments

1976, au Bangladesh. Le professeur d’économie Muhammad Yunus, vient en aide aux petits paysans victimes de la famine qui frappe le pays, en leur permettant d’emprunter quelques dollars pour développer une activité économique. Le tout à des taux d’intérêt bien inférieurs à ceux des usuriers. Le microcrédit était né.

L’idée

Le concept prendra son essor avec la naissance de la Grameen Bank, la « banque des pauvres », qui vise à faciliter l’autonomie des exclus du système bancaire. Avant de se généraliser dans la plupart des pays en voie de développement.

Depuis trente ans, 10 000 institutions de microfinance – chaque IMF peut avoir un statut juridique différent : ONG, association, coopérative d’épargne et de crédit, banque non commerciale, société anonyme… – accompagnent les petits entrepreneurs à travers le monde. On estime qu’elles aident plus de 150 millions de personnes – dont 79% de femmes – dans 85 pays.

Le principe a été introduit dans un second temps dans les pays développés, en France en particulier, grâce à des organismes comme l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie), Créa-Sol ou France Active qui se sont spécialisés dans le microcrédit personnel accompagné auprès de chômeurs ou bénéficiaires de minima sociaux. En vingt-deux ans d’activité, l’Adie a octroyé plus de 81 000 microcrédits qui ont permis de financer près de 65 530 entreprises.

Si l’utilité économique et sociale du microcrédit est incontestable, le système a cependant connu récemment un certain nombre de dérives :

taux usuraires,
pratiques de recouvrement abusives,
surendettement alarmant,
inflation des crédits à la consommation (huit prêts sur dix, en Inde),
pratique dite de « cavalerie » consistant à emprunter à X pour rembourser Y avec la complicité des agents de crédit, etc.
Le 28 juillet 2010, l’introduction en bourse de la plus grande IMF, l’indienne SKS (près de 6 millions de clients), a fait éclater au grand jour le débat sur la compatibilité de la mission sociale de la microfinance avec des objectifs de profit, propres à une logique commerciale et financière. La crise financière, de son côté, a provoqué un assèchement des liquidités sur les marchés financiers, puis amené les bailleurs de fonds à réduire leurs dons aux IMF et fragilisé les banques commerciales.

Méfiance vis-à-vis des institutions financières, volonté de retrouver la vocation première du microcrédit, recherche d’une plus grande transparence dans la gestion des sommes prêtées, valorisation de l’engagement solidaire, humanisation de la relation de prêt, autant de facteurs qui contribuent au développement des plateformes solidaires de « peer to peer lending », de prêts de personne à personne.

Lire la suite de l’article sur le site de Rue89

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Le microcrédit peut-il tenir ses promesses ?

By EconomieNo Comments

Sujet très en vogue, tantôt pointé d’un doigt accusateur, tantôt divinisé, le microcrédit déchaîne les passions et soulève les foules. Et foule il y avait au Comptoir Général, en ce mardi 18 janvier, pour la première conférence consacrée au thème de « L’argent et l’autonomie ». Jean-Luc Perron, délégué général de la Fondation Grameen Crédit Agricole, Arnaud Poissonnier, fondateur du site Babyloan.org, Frédéric Tailler, secrétaire général de Crédit@People et François Dechy, directeur délégué de France Active Financement, ont tenté de faire la lumière sur le bien-fondé et les enjeux de cet outil révolutionnaire.

Nos quatre invités ont choisi de répondre en premier lieu aux inquiétudes que le microcrédit soulève et aux amalgames qui s’y mêlent. A la question : la crise financière a-t-elle affecté la sphère de la microfinance ?, nos spécialistes rappellent que les institutions de micro finance (IMF), subventionnées aux 3/4 par le système local, et agissant régionalement dans l’économie rurale, sont protégées des pressions extérieures. Pas d’effet domino, de contagions des dysfonctionnements d’un pays à un autre, puisque chaque marché de la microfinance se fonde sur l’autonomie. Le spectre des subprimes se retrouve quant à lui bel et bien écarté par la nature même du microcrédit qui prône une connexion entre financeurs et bénéficiaires.

Cependant, tout n’est pas rose et replacer l’outil dans sa réalité géographique permet d’appréhender les difficultés auquel il se heurte. François Dechy insiste : « c’est une technologie du Sud reprise au Nord ». Les dérives Indiennes, teintées d’introduction en bourse, de détournement en crédit à la consommation, de surendettement et de suicides en série ne pourraient se produire dans nos pays du Nord. Tout simplement parce qu’à des banques peu présentes, voire inexistantes pour les catégories sociales les plus fragiles, s’oppose une économie du Nord, dépendante d’un système bancaire très puissant. À l’emploi plus ou moins informel s’oppose l’emploi salarié des pays occidentaux. La concurrence se fait donc féroce pour les IMF du Sud et tend à dénaturer l’objectif  initial du micro-crédit, pensé il y a plus de 30 ans par l’économiste bangladais et prix Nobel de la paix Muhammad Yunus: prêter aux plus démunis pour concrétiser des microprojets et favoriser la création de richesse.

Mais comment expliquer que les plus démunis voient leurs taux d’intérêts atteindre en moyenne 25% alors que ceux des pays développés ne dépassent pas, bien souvent, les 3% ? Nos quatre experts parlent de « composition en mille feuille », de « raisonnement en termes de supportabilité et non en valeur absolue ». La constitution même du microcrédit varie entre le Nord et le Sud. Les taux élevés des pays du Sud s’expliquent par le coût de refinancement des institutions, renforcés par des taux d’inflation importants, le coût de la main d’œuvre (suivi des  clients vivant dans des zones parfois éloignées), et les coûts de fonctionnement (biens et besoins matériels souvent importés).

Comment panser le microcrédit d’aujourd’hui et penser celui de demain ? Tendre à une réponse complète, qui passe à la fois par le crédit et à la fois par la microépargne et la microassurance, limiteraient les dérives. Le microcrédit ne peut se faire appeler comme tel sans connaissance et accompagnement de l’emprunteur. L’approche sociale sera au cœur des débats des prochaines années, alors que des formes ingénieuses de microprêt s’épanouiront, à l’image des «peer-to-peer lending», tel le français Babyloan.org.

Aude Serra (Alter Mardis – Parlons solutions)

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Le Crédit Coopératif s'applique à lui même une "taxe Tobin"

By EconomieNo Comments

Taxer les transactions financières à un taux très faible, c’est l’idée lancée en 1972 par l’économiste américain James Tobin pour lutter contre la spéculation. Son idée a depuis été reprise par de nombreux économistes comme Joseph Stiglitz ou Lawrence Summers, ainsi que par l’association altermondialiste ATTAC. Une telle taxe, si elle était instituée à un niveau international, comporterait le double intérêt de lutter contre une trop grande liquidité des marchés financiers, et de dégager des fonds pour l’aide aux citoyens. Avec la crise économique de 2008, cette idée a connu un retour en force, mais de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis, se sont opposés à la mise en place d’une telle taxe.

Dans son programme d’émission déposé à l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) en mai 2010, le Crédit Coopératif a inscrit la possibilité de mettre en place un système de « quote-part solidaire », c’est à dire de reverser un très faible pourcentage de ses opération financières à des organismes d’intérêt général. Ainsi, sur l’emprunt obligataire de plusieurs dizaines de millions d’euros qu’il vient de réaliser, le Crédit Coopératif a reversé 0,02 % du montant récolté, soit 10 000€ au CCFD-Terre Solidaire, par ailleurs partenaire de la banque depuis près de 30 ans.

Cette contribution de la part du Crédit Coopératif est volontaire et n’est donc pas assimilable à une taxe. Néanmoins, elle reprend un des principes de la taxe Tobin : en prélevant une minuscule part de transactions financières au volume énorme, on peut dégager de sommes conséquentes pour soutenir l’action des organismes d’intérêt général.

Espérons que l’initiative du Crédit Coopératif fasse des émules, et que cette pratique se généralise.

Lire le communiqué du Crédit Coopératif