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Océanie : le journalisme de solutions, laboratoire d’une information plus inclusive

By 12 octobre 2026octobre 23rd, 2026No Comments

Crise de confiance, fermetures de rédactions, continent communautés du Pacifique sous-représentées : l’Océanie répond par le journalisme de solutions. De la Nouvelle-Zélande à l’Australie, médias, universités et collectifs en font un levier d’inclusion et de reconquête du public. C’est ce que nous allons voir dans cet article de la série “Le JoSo dans le monde” dans un continent peu médiatisé.

L’état du journalisme en Océanie ressemble au reste du monde, c’est-à-dire : une hausse de la concentration des médias, une baisse des revenus publicitaires, une baisse de la confiance dans les médias, et des fermetures de postes. De plus, les sujets sur l’environnement et le climat souffrent d’un manque d’accessibilité aux données et d’une sous représentation de certaines communautés notamment dans le Pacifique. La géographie de ce continent se révèle être un obstacle dans de nombreux cas : accès à du matériel difficile, journalisme local en déperdition. Nous verrons dans cet article de quelle manière les journalistes et institutions proposent des solutions pour assurer un accès à l’information et de qualité pour tous.

NB : Nous parlerons ici du journalisme de solutions et du journalisme constructif. Pour plus de lisibilité, quand nous évoquerons un des deux types de journalisme dans un paragraphe, l’autre sera évoqué implicitement du fait de leur convergence.

En Nouvelle-Zélande :

Le journalisme en Nouvelle-Zélande est en bonne santé mais depuis la crise du covid-19, il n’échappe pas aux crises du système. Un environnement non favorable pour permettre l’accès des citoyens à une information fiable et inclusive. En 2024, l’une des deux plus grosses chaînes de télévision du pays a fermé, faute de moyens. La presse locale n’est pas non plus épargnée. Un contexte économique qui affaiblit la participation à la vie citoyenne et démocratique dans les villes et régions touchées par ces fermetures de médias. Le déclin de confiance dans les médias a est observé depuis 2020 par le Journalism, Media and Democracy research Centre (JMAD). Depuis 2024, les chercheurs ont remarqué que le public était demandeur d’un accès à une information de qualité et indépendante. Les médias d’investigation trouvent de plus en plus leur place dans l’écosystème médiatique néo-zélandais. 

De plus, la Nouvelle-Zélande est un pays où les communautés asiatiques et autochtones augmentent depuis plusieurs années. Ces communautés sont représentées dans les médias, que ce soit dans les rédactions ou dans les sujets abordés. Une couverture partielle qui renforce les stéréotypes à leur encontre.

Le journalisme de solutions pour faire entendre la voix des communautés sous-représentées

Le journalisme de solutions est implanté en Nouvelle Zélande. Il existe notamment grâce à l’existence du collectif de l’Asia Pacific Media Network (APMN) fondée en 2022 pour améliorer la représentation dans les médias des populations autochtones et du Pacifique. Le collectif regroupe des journalistes, chercheurs, universitaires et militants associatifs. Ils mènent leurs activités en Nouvelle-Zélande et Pacifique en mettant l’accent sur un journalisme constructif, les communautés sous-représentées et un journalisme engagé en faveur de la justice sociale, tourné vers l’avenir et axé sur la recherche de solutions. L’APMN collabore avec le média, l’Asia Pacific Report, lancé en 2024. Une étude de 2025, menée par Khairiah A Rahman et Adam Brown, a analysé le rôle et le travail de ce collectif en tant que média constructif. Les résultats ont montré que l’Asia Pacific Media Network promeut un journalisme constructif avec une vision inclusive et donne les moyens d’agir aux groupes marginalisés. 

Il existe un type de journalisme semblable à cette méthode dans la région du Pacifique, appelé le journalisme Talanoa, basé sur l’inclusivité, la remise en contexte, le dialogue. Précurseur dès l’origine, ce journalisme s’est construit sur un travail de terrain, au plus près des questions qui concernent la communauté. Son modèle participatif repose sur des actions d’éducation et de formation, afin de lutter contre la mésinformation et la désinformation et d’instaurer la confiance.

Des médias qui se rapprochent peu à peu du journalisme de solutions

Peu de médias néo-zélandais revendiquent faire du journalisme de solutions, certains ont une rubrique dédiée tandis que d’autres sont des médias communautaires autochtones dont certaines lignes s’en rapprochent

Fondée en 2017 avec la volonté explicite d’éviter les titres racoleurs, cette rédaction indépendante privilégie les enquêtes approfondies d’intérêt public. Elle aborde régulièrement des problèmes sociétaux majeurs – tels que le changement climatique, la politique environnementale et les enjeux économiques structurels – en mettant l’accent sur l’analyse systémique, les réponses en matière de politiques publiques et une vision claire tournée vers l’avenir.

La rédaction a mis en place la rubrique Solutions Planétaires en mars 2026, avec l’aide du Hub durabilité Waipapa Taumata Rau de l’université d’Auckland. La rubrique propose une couverture en profondeur des challenges en matière d’environnement et propose des idées pour construire un futur durable. 

Chaîne de télévision nationale autochtone de Nouvelle-Zélande, lancée en 2004 sous le nom Maori Television et devenue Whakaata Maori en juin 2022. 

Réseau qui comprend 21 stations locales tenues par des tribus Maori. La couverture médiatique des radios se focalisent sur du journalisme qui vient des communautés. 

Fondé en 2014, The Spinoff est un média d’information indépendant. Le média privilégie des formats longs et des investigations. En 2025, le média a fait un pari en lançant “Now You Know” (Maintenant vous savez), une série de courtes vidéos à destination des 18-24 ans pour qu’ils aient accès à une information fiable, régulière et locale. Un pari gagnant car la série a reçu des dizaines de millions de vues et permet à une partie de la population de se sentir concernée par les enjeux locaux.

En Australie :

L’Australie, quant à elle, bénéficie d’une couverture du journalisme de solutions plus large qu’en Nouvelle-Zélande. En effet, de nombreuses formations, en ligne ou présentielles, sont disponibles. Les universités australiennes sont également proactives en proposant des programmes de recherche, ou des colloques. 

Des projets qui poussent les médias à se mettre au journalisme de solutions

  • ABC News 

En 2020, ABC News est un service public d’audiovisuel, qui  a adopté l’approche du journalisme de solutions, après la pandémie du covid-19, quand les personnes désertaient les médias, les jugeant trop négatifs. Cette adoption a été présentée et expliquée à leur audience, en précisant qu’ils utiliseraient au maximum cette approche sans pouvoir garantir son utilisation à 100%. En mars 2026, ABC a réaffirmé son engagement éditorial en lançant une campagne appelée “Keep Asking” (Continuez à questionner) pour rappeler que le média existe pour poser des questions approfondies pour pousser à la transparence et trouver des réponses d’intérêt public. 

Avant les élections fédérales de 2025, ABC a lancé “ABC your say”, donnant la parole à des dizaines de milliers d’Australiens qui avaient fait part des enjeux les préoccupant le plus avant le vote. En juillet 2026, le média a lancé la deuxième édition, visant à établir un lien avec les communautés à travers tout le pays et d’offrir une occasion de s’exprimer sur les enjeux, défis et opportunités qui façonneront leur vie. Une initiative qui a commencé le 20 juillet, pour une durée de huit semaines. Les voix sont inégalement représentées selon les régions, c’est pourquoi les équipes éditoriales vont à la rencontre des personnes pour recueillir leurs avis pour refléter la diversité des points de vue et des communautés composant l’Australie. Les personnes peuvent participer via plateforme numérique, et lorsque les stations radios locales se rendent dans les communautés. Ce projet permettra à ABC d’affiner son approche éditoriale. 

  • The Walkley Foundation : 

La Fondation Walkley en partenariat avec le Solutions Journalism Network (SJN) promeut, à partir de 2024, le journalisme de solutions via un programme d’accompagnement et de webinaires. En 2024, le programme Walkley Solutions Journalism Fund a permis de financer onze projets sur six mois, représentant un coût de 180 000 dollars australiens. Depuis 2022, Corrine Podger est la première formatrice de cette approche via le SJN, en Australie. 

Nous pouvons nous demander combien de rédactions pratiquent réellement le journalisme de solutions ?

Une méthode institutionnalisée jusqu’aux universités

Le journalisme de solutions dans les universités australiennes n’était au départ qu’une simple théorie de journalisme enseignée. Avec le temps, elle a pris sa place dans les curriculum des formations et est devenue un sujet de recherche. 

La plus vieille université privée d’Australie, l’Université de Bond, propose un cours appelé “Investigation et journalisme de solutions”. L’université d’Adélaïde propose un cours aux étudiants en licence et dispose d’un “hub” pour mener des recherches sur cette approche, notamment grâce au travail de la doctorante Kate Roff. L’université de Griffith offre également un cours “Journalisme pour des solutions la justice sociale” de niveau licence. L’Université de Technologie de Sydney (UTS) a notamment mené le projet Constructive Journalism in Communities. 

Une étude publiée en 2024, menée par l’Université d’Adélaïde et plusieurs universités étatsuniennes a démontré que le journalisme de solutions pourrait contribuer à susciter à nouveau l’intérêt des étudiants en médias déçus. Cette méthode permet de renforcer leurs compétences en matière de reportage et à accroître le nombre de recrues dans la profession.

Océanie : terrain d’adaptation et de coopération

Former :

La démarche la plus récente est celle de l’université de Monash, à Melbourne en Australie Celle-ci a lancé en janvier 2026, un programme de journalisme de solutions (Constructive Institute Asia Pacific Hub) via des bourses à destination de journalistes professionnels. Le programme, pilote, a été construit en partenariat avec le Constructive Institute et s’ouvre à la Malaisie et l’Indonésie. La première promotion a fait sa rentrée en septembre 2026. À cette occasion, plusieurs rédactions ont été approchées pour en intégrer dans leur ligne éditoriale, c’est le cas de : The Age, le Herald Sun, Nine Entertainment, SBS, NITV et News Corp Australia.

Mettre à disposition des outils :

Le Earth Journalism Network, réseau international de journalistes spécialisés dans l’environnement et le changement climatique a été fondé en 2004. Ce réseau a formé des dizaines de journalistes issus de neufs nations du Pacifique sur le journalisme de solutions appliqué à l’océan et la biodiversité marine via son programme “Deep Dive: Building Skills for Transformative Ocean Journalism”. 

Produire ensemble :

Le Pacific Local Journalism Network de l’Australian Broadcasting Corporation (Audiovisuel public australien) permet aux journalistes locaux des îles Fidji, Salomon, Tonga, Samoa, Vanuatu et la Papouasie Nouvelle Guinée, de mener des reportages. Le Solutions Journalism Network a publié en 2023 un guide sur le journalisme climatique inclusif, Climate Blueprint afin de rappeler l’importance d’intégrer au journalisme de solutions, les initiatives des peuples autochtones, souvent non médiatisées. 

The Junction : Une plateforme collaborative regroupant les rédactions universitaires australiennes, néo-zélandaises et du Pacifique. En partenariat avec le Constructive Institute,  ils ont produit depuis 2020 plus de 130 articles et animent toujours un podcast, Making a Difference.

De Wellington à Melbourne ou de Suva à Sydney, le journalisme de solutions s’installe en Océanie avec une idée directrice : redonner confiance en expliquant ce qui fonctionne et en faisant entendre ceux qui l’étaient peu. La Nouvelle-Zélande en fait un outil d’inclusion pour ses communautés autochtones et du Pacifique, l’Australie l’institutionnalise dans ses rédactions et ses universités, et la région tisse des réseaux de formation et de coopération. Reste à mesurer l’impact réel sur les audiences et sur la représentation, et à vérifier que ces initiatives dépassent le stade de pilotes. Un chantier que les médias de la région ont déjà commencé à ouvrir.

Marine Issartel

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