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Plan B, l’économie autrement : quand quête de sens et volonté de transformer le secteur se rencontrent

By 30 octobre 2026No Comments

Plan B, l’économie autrement, émission de France 24, allie économie et journalisme de solutions depuis septembre 2023. Comment une émission économique avec un prisme solution s’est imposée dans un groupe comme France 24 ? Quelles sont les réalités du terrain ? Qu’est-ce que cela a apporté à la pratique du journalisme ? Des questions que nous avons posées à Myriam Mascarello, journaliste-présentatrice à l’initiative de cette émission.

Pouvez-vous revenir sur les motivations qui vous ont poussée à proposer ce format d’émission à votre rédaction ? De faire du journalisme de solutions ?

Myriam Mascarello : Je suis journaliste économique à France 24 depuis plus de 12 ans, j’ai commencé le journalisme économique au moment de la crise des “subprimes”. L’émission sur laquelle j’ai travaillé avant celle-ci était un magazine de pédagogie économique car peu de personnes maîtrisent les termes du domaine. Elle s’appelait “Le gros mot de l’éco” et a duré six saisons. L’économie ne parle pas de l’essentiel, à savoir de l’insoutenabilité du système tel qu’il est, faire du journalisme économique sans parler du vrai problème ne m’intéressait plus, je n’y trouvais plus de sens. Nous sommes dans une période où les médias subissent une crise sans précédent  et l’information est angoissante, ce qui augmente la panique environnementale. Je souhaitais parler de transition en étant dans une démarche de journalisme de solutions, je l’ai vendu comme cela à ma rédaction. Le message de l’émission, c’est : “1. Ne fuyez pas, écoutez. Et 2. “Vous pouvez, vous aussi, participer d’une manière ou d’une autre aux différentes solutions.”

La mise en place de votre émission a-t-elle été facile à mettre en place ?

MM : J’ai commencé à travailler sur l’émission six à huit mois avant la sortie du pilote. Il n’y avait pas de journalisme de solutions à l’antenne donc j’avais beaucoup travaillé dessus pour que le projet d’émission soit accepté. A l’époque, il n’y avait pas autant de “backlash” environnement et le journalisme économique sous le prisme solution n’existait que très peu, donc j’en ai profité. Cela n’a pas été simple, et ça ne l’est toujours pas, le journalisme de fond ressemble de plus en plus à un sport de combat [référence à “La sociologie est un sport de combat”, film documentaire de Pierre Bourdieu].

Quelles sont les évolutions de l’émission depuis sa création ?

MM : Le pilote est le seul format de douze minutes, ensuite nous avons décidé de faire une émission de six minutes. Il y avait également une rubrique “pratique” où je donnais des solutions concrètes, des conseils pour que les téléspectateurs aient aussi le sentiment d’être acteurs Cette rubrique avait pour but de sortir du discours “j’angoisse, je ne sais pas quoi faire” ou “moi, on me culpabilise tout le temps, et on me le fait payer”. J’essaye de leur donner de l’espoir et des pistes d’amélioration. Il n’y a jamais qu’une seule solution, et j’explique dans l’émission que chacune des solutions a aussi des inconvénients ou insuffisances. Bien que la rubrique n’existe plus en tant que telle, en fonction du sujet, je donne toujours des conseils.

Comment se compose votre équipe ?

MM : En équivalent temps plein pour fabriquer quatre émissions, nous sommes 2,5 pour tout faire, de la conception au mixage en passant par le tournage, le montage et les réseaux. Je suis la seule à plein temps, le reste de l’équipe est composé de journalistes pigistes.

Comment trouvez-vous vos idées de sujets ?

MM : Je reçois régulièrement des mails d’attachés de presse nous proposant des idées de sujets. Il nous arrive de contacter certaines entreprises quand elles proposent de réelles solutions. Je trouve la grande majorité des sujets par secteur, il y en a énormément dans l’économie. Dans chaque secteur, j’identifie les “problématiques” les plus fortes et je cherche qui sont les acteurs concernés, comment, pourquoi, etc. Je trouve également des sujets grâce au terrain, nous avons de la chance d’en faire encore beaucoup. Plus on est sur le terrain plus les idées de sujets viennent naturellement, grâce aux rencontres notamment.

Quel est le message de l’émission ? Y a-t-il un public cible ?

MM : Il n’y a pas de public cible, l’émission est à destination de publics très variés. Je considère qu’une solution pour la transition économique est universelle par définition, mais qu’elle va prendre des formes différentes en fonction de là où vous êtes. La nature même du sujet me fait dire que l’idée est d’avoir des solutions le plus possible transposables. C’est pour ça que nous avons une rubrique qui s’appelle “Solutions d’ailleurs”. 

A lire aussi : le journalisme de solutions à l’AFP.

Comment avez-vous connu le journalisme de solutions ? Qu’est-ce que cela a apporté dans votre pratique du journalisme ?

MM : J’ai besoin de sens dans ce que je fais, comme beaucoup de monde, sinon je ne me sens pas bien. J’avais l’envie de faire quelque chose autour de la transition. En cherchant, j’ai découvert le journalisme de solutions. Cette approche du journalisme est “marketingement” utile, c’est-à-dire que si la presse veut garder son public, il faut qu’elle arrête de l’angoisser et qu’elle arrive à parler des sujets autrement, pas uniquement en solutions. Cela me fait beaucoup de bien parce que je ne me confronte plus tous les jours à des sujets négatifs, mais j’ai affaire à des personnes qui vivent quelque chose qui a du sens pour eux aussi. Cela est très enrichissant et répond à ma quête de sens et de mon désir de faire avancer la cause. J’ai eu un déclic, peut-être que d’autres vont l’avoir avec mon émission.

Comment se compose votre audience ?

MM : L’audience de France 24 Francophone est principalement issue d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne. Tout médium numérique confondu (réseaux sociaux, Facebook, Youtube et site internet), il y a 100 000 vues en moyenne par numéro. L’émission a son public, en particulier sur le continent africain dont les quelques sujets tournés là-bas ont très bien marché sur nos réseaux et ont aussi eu des répercussions sur place.

Savez-vous quels sujets fonctionnent le mieux ?

MM : C’est un aspect difficile à évaluer. Certaines fois des sujets fonctionnent sur les réseaux et pas du tout sur l’émission et inversement. L’idée derrière l’émission est de donner des clés pour que les personnes prennent part aux initiatives, et ce, quelles qu’elles soient. Le tout, en ne faisant pas croire que les solutions sont nécessairement faciles à mettre en place.

Marine Issartel

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