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AFP : voici comment la plus grande agence de presse s’approprie le journalisme de solutions

By 12 janvier 2026No Comments

« On tâche de faire du journalisme de solutions, surtout dans un domaine comme l’environnement où j’ai l’impression que les gens se lassent qu’on leur dise que la planète va très mal et que l’on court vers une catastrophe », constate Marianne Barriaux, adjointe au rédacteur en chef Europe à l’Agence France Presse (AFP). La journaliste a vu ces dernières années se développer un réel attrait de ses collègues pour les sujets réalisés sous le prisme du journalisme de solutions. 

Des sujets « porteurs d’espoir »

« Ainsi, chaque semaine, la rédaction met en avant sous l’étiquette “inspirant” les sujets qui donnent un peu espoir ». Ces temps ci, « la rédaction en chef admet avoir du mal à trouver des sujets adaptés parmi ceux que l’on publie ». Entre Gaza, l’Ukraine ou encore Donald Trump, qui occupent le devant de la scène internationale, difficile de trouver des sujets constructifs. « Même dans cette noirceur, il doit bien y avoir matière à de tels sujets porteurs d’espoirs », insiste Marianne Barriaux. 

Et quand on cherche, on trouve, partout dans le monde, des projets porteurs d’espoirs. A l’été 2025, l’AFP a produit un reportage au Kirghizstan, où l’apparition de matériaux de constructions écologiques et économiques à base de riz vient concurrencer le recours au ciment, gourmand en eau, et responsable de près de 8% des émissions mondiales de CO2, selon les données du forum économique mondial de 2023. Outre-Atlantique, c’est un projet prometteur de développement de l’énergie houlomotrice déployé le long d’un quai du port de Los Angeles qui a attiré l’attention de l’agence. Plus récemment encore, au Japon, un angle journalisme de solutions a vu le jour, pour parler d’une nouvelle génération d’auxiliaires de vie masculins et “culturistes”, recrutée pour pallier la pénurie de soignants dans un pays vieillissant. 

Journalisme de solutions : la méthode AFP en 5 critères 

Pour ne rien laisser au hasard dans sa pratique de ce journalisme éloigné du Breaking news dont elle est coutumière, l’agence s’est dotée d’une « check-list qui rassemble toutes les questions à garder en tête quand on réalise un papier orienté solutions sur le climat », indique Juliette Michel, adjointe à la cheffe du pôle planète, avant de les énumérer : 

  • 1. Est-ce que c’est nouveau ? Au sein de l’agence, un papier a-t-il déjà été réalisé à ce sujet ? Sinon, plus généralement, est-ce que ça a déjà été couvert dans les médias ? 
  • 2. Est-ce que l’angle rencontrera un échos dans d’autres pays ? « En tant qu’agence mondiale, on doit penser à tous nos clients », indique Juliette Michel. 
  • 3. Ecrire simplement sur des sujets parfois arides. « Plutôt que de parler de “politiques d’atténuation climatique”, on optera pour un langage plus compréhensible : “réduire les rejets de gaz à effet de serre” voire, “rejet d’émission qui réchauffent la planète” », précise la journaliste. 
  • 4. S’agit-il de réponses crédibles au changement climatique ? Est-ce que cela a déjà été testé ailleurs ? Est-ce que ça peut être répliqué, ou développé à plus grande échelle ? Quels sont les potentiels obstacles ? N’y a-t-il pas déjà une meilleure solution disponible ? Qu’en disent les chercheurs indépendants ? Et les détracteurs ?
  • 5. Pour quelle population, et dans quel cas, la réponse est-elle adaptée ?

Si jamais de “fausses bonnes solutions” se présentent, l’AFP ne s’interdit pas de les couvrir. « On a fait un papier récemment sur l’Afrique du sud qui s’est engagée dans une conversion de ses centrales à charbon pour des énergies plus vertes. Mais à la première fermeture de centrale, ça s’est très mal passé. On a donc fait un papier pour montrer ce sur quoi il ne fallait pas prendre exemple », précise-t-elle. 

“Les médias nous demandent davantage de papiers orientés solutions”

Si une agence mondiale comme l’AFP s’investit sur le journalisme de solutions, ce n’est pas un hasard. Au-delà de l’intérêt pour les journalistes eux-mêmes, qui s’extraient à cette occasion d’une bulle d’informations urgentes très souvent négatives, le journalisme de solutions répond aussi à la demande des clients de l’agence – c’est à dire essentiellement d’autres médias. « Nos clients nous demandent davantage de papiers orientés solutions, assure Marianne. L’actualité est tellement anxiogène, que ce n’est même pas forcément qu’ils veulent des solutions, mais c’est une question de survie pour eux. Ils nous le disent : si on veut garder notre audience, il nous faut des sujets porteurs d’espoirs », relate la journaliste. 

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Jeanne Tesson // Reporters d’Espoirs 

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