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« Recevoir un prix Reporters d’Espoirs m’a permis de rencontrer des journalistes professionnels et de mettre en lumière mon travail. C’est également un véritable coup de pouce financier. » Guylaine Germain

By 16 août 2021août 26th, 2021No Comments

Guylaine Germain, 26 ans, a remporté le Prix Européen du Jeune Reporter 2021 pour son reportage “Des professionnels qui ne font pas “genre”, la ségrégation sexuelle dans le monde du travail”. Après des études de droit et science politique, elle s’est installée à Bruxelles pour effectuer un master en journalisme. Depuis son plus jeune âge, elle voue une véritable passion à Tintin qui a influencé son goût pour le reportage.


Qu’est-ce qui vous a amené à postuler au Prix Européen du Jeune Reporter ?

Je venais d’achever mon master de journalisme et je cherchais à publier mes reportages dans des rédactions à Bruxelles. C’est en m’intéressant aux institutions européennes que j’ai découvert le Prix Européen organisé par Reporters d’Espoirs. Très vite, j’ai remarqué que mes papiers correspondaient aux critères pour participer. Naturellement, j’ai eu envie de candidater pour voir comment le regard que je portais sur le monde du travail européen pouvait être interprété. Je ne le regrette pas.

Parlons de votre reportage ! “Des professionnels qui ne font pas “genre”, la ségrégation sexuelle dans le monde du travail”, comment en êtes-vous venu à vouloir aborder ce sujet ?

Dans le cadre de mon mémoire de fin d’étude à l’Université libre de Bruxelles, nous avions l’opportunité de réaliser un reportage sur un sujet de notre choix, comportant des recherches littéraires et un angle journalistique.

Originellement, je voulais traiter du sujet “Les femmes à la cuisine” afin de montrer le paradoxe qui existe entre le stéréotype sexiste des femmes qui doivent cuisiner et le manque de reconnaissance des femmes dans le milieu des chefs étoilés. Quand il s’agit de posséder un restaurant, d’avoir un titre de chef étoilé, on s’aperçoit qu’il y a une majorité d’hommes. Mon choix s’est finalement orienté vers une réalité plus générale, celle de la ségrégation sexuelle dans le monde du travail. Je me suis rendu compte qu’il existait des stéréotypes de genre dans toutes les professions.

Dans votre reportage vous dites, je vous cite que “si les femmes arrivent à se faire une place dans les milieux masculins, les hommes en revanche restent rares dans les métiers dits « féminisés”. Vos recherches laissent-elles entrevoir une explication à ce phénomène ?

Oui, le temps est le meilleur allié contre les clichés et certaines avancées ont déjà eu lieu. Les professions traditionnellement masculines, comme les ingénieurs, sont désormais autant féminines que masculines. Cependant, l’inverse est beaucoup moins vrai. Les métiers dits féminins sont dévalorisés socialement et économiquement. La profession de sage-femme était même interdite aux hommes jusqu’en 1982.

Si les femmes parviennent de plus en plus à des postes à haute responsabilité, les clichés persistent autour des professions traditionnellement féminines, moins bien reconnues socialement. Il n’y a pas autant de fascination pour un homme qui devient puériculteur que pour une femme qui devient PDG. Il serait nécessaire de revaloriser ces professions essentielles pour parvenir à une véritable équité.

Vous avez une sensibilité artistique, en témoigne les illustrations de Bianca Dall’Osso que vous avez choisies pour votre reportage. Vous avez également rédigé un ouvrage en commun, « Une langue qui a du chien » retraçant votre amour pour Bruxelles et ses dialectes particuliers.

Bianca est une très belle rencontre réalisée à l’Université libre de Bruxelles. Elle officiait en master de bande-dessinée, alors que j’étais en master de journalisme. Nous devions réaliser ensemble un reportage sur les langues à Bruxelles. Notre ambition de départ était d’étudier les différents accents mais il était difficile de les faire vivre à l’écrit. Alors nous avons choisi de nous intéresser aux dialectes bruxellois. Bruxelles est riche de son caractère cosmopolite, de son identité mêlant traditions et modernité. Mon mot préféré dans le patois belge c’est la zwanze, qui décrit l’humour traditionnel populaire bruxellois.

Notre reportage est devenu une bande-dessinée, publiée par les éditions CFC à Bruxelles. Notre plus grande fierté est d’entendre des habitants de Bruxelles nous dire qu’avec ce livre, ils ont appris des choses sur leur ville.

Une langue qui a du chien: petite histoire du bruxellois, Bianca Dall’Osso & Guylaine Germain 
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Broché – 14€

De nouveaux projets ?

Actuellement, je travaille à l’AJP, l’association des journalistes professionnels à Bruxelles. J’organise des rencontres entre journalistes, des discussions autour de thèmes d’actualité comme l’affaire Pegasus. Recevoir un prix Reporters d’Espoirs m’a permis de rencontrer des journalistes professionnels et de mettre en lumière mon travail. C’est également un véritable coup de pouce financier qui va me permettre de me focaliser longuement sur mes prochains sujets de reportages. J’ai déjà de nouvelles idées autour du travail et de la condition féminine.

Exposer un problème tout autant que de possibles solutions, est-ce un angle que vous comptez poursuivre pour vos futurs reportages ?

Complètement ! Le travail des journalistes nécessite de mettre en lumière un problème mais aussi d’aborder des remèdes. Dans mon reportage, j’ai voulu montrer les enjeux de la ségrégation sexuelle au travail tout en donnant la parole à des artisans et artisanes qui agissent pour le changement. En tant que journaliste, notre rôle n’est pas de passer à l’action mais de donner les clés qui donnent envie d’agir au plus grand nombre. Il existe un climat de défiance à l’égard des médias et des journalistes qui n’a pas toujours lieu d’être. Nombreux sont ceux qui cherchent à rassembler plutôt qu’à dissocier. Il est évident que je continuerai à parler des solutions qui existent.

Propos recueillis par Léa Sombret

Grâce au mécénat de la Fondation du Crédit Mutuel, du Fonds de dotation jeunes et innovants et de la Fondation Hippocrène, Reporters d’Espoirs a pu attribuer une dotation de 2000 euros à Guylaine Germain.


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