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Luz, le chatbot IA qui guide les journalistes de solutions

By 23 février 2026No Comments

Face aux craintes suscitées par l’IA générative dans les rédactions, des médias expérimentent des usages alternatifs. Au Costa Rica, El Colectivo 506 a lancé Luz, un chatbot conçu pour accompagner les journalistes dans la pratique du journalisme de solutions, sans jamais écrire à leur place.

Le développement de l’IA générative suscite de fortes inquiétudes dans les rédactions. Certains médias l’utilisent déjà avec, en toile de fond, la crainte de suppressions de postes. Et si, au lieu de remplacer l’humain qui produit l’info, l’intelligence artificielle pouvait être pensée comme un outil au service des journalistes ?

C’est la proposition d’El Colectivo 506, petit média costaricien spécialisé dans le journalisme de solutions. Début janvier 2026, il a lancé Luz, un chatbot d’IA générative conçu en partenariat avec le Reynolds Journalism Institute, pour accompagner les journalistes qui souhaitent travailler sur des propositions de sujets sous l’angle des solutions. Luz, qui signifie lumière en espagnol, est le prénom donné à la mascotte d’El Colectivo 506, un paresseux, symbole national du Costa Rica. 

Un accompagnement accessible à tous

Mercredi 4 février 2026, Katherine Stanley Obando et Mónica Quesada Cordero, les journalistes co-fondatrices du site El Colectivo 506, ont présenté ce nouveau projet lors d’un webinaire auquel nous avons participé. El Colectivo 506 mène depuis plusieurs années un travail de formation au journalisme de solutions (JoSo) auprès de journalistes du Costa Rica et d’Amérique latine. Ces moments de coaching permettent aux journalistes de proposer leurs idées de sujets, de les retravailler, et de vérifier si elles répondent bien aux critères du journalisme de solutions. « Les journalistes que l’on forme ont besoin de temps pour vraiment comprendre la méthodologie », explique Monica Quesada Cordero. 

Mais face à l’augmentation de la demande, l’équipe constituée de deux personnes ne disposait plus du temps nécessaire pour assurer des séances individuelles d’accompagnement. « Un jour, je me suis retrouvée avec 104 journalistes dans la même session, illustre Katherine. C’était impossible d’interagir avec chaque idée de sujet » C’est de là qu’est née l’idée de cet outil. Luz, le chatbot, a été pensé comme un accompagnement accessible à tous, à toute heure, partout.

Une IA entraînée à dire non

Contrairement à de nombreux chatbots généralistes, Luz n’a pas été conçue pour valider systématiquement les idées de ses utilisateurs. « Là où des outils comme ChatGPT se montrent souvent enthousiastes face à n’importe quel pitch, Luz est entraînée à être honnête et directe quand c’est nécessaire », expliquent ses créatrices. « Un peu comme une maman, souligne Monica, elle répond avec amour, mais reste stricte sur les règles. »

Si une idée de sujet ne correspond pas aux critères du journalisme de solutions, Luz le signale. « Par exemple, si un journaliste lui propose une idée de solution qui n’a pas encore été mise en place sur le terrain, elle va nous signaler qu’on sort de la méthode JoSo, et qu’il faudra attendre de voir les effets de la mesure, une fois effective. » Elle aide alors le journaliste à reformuler son angle, à déplacer son regard, ou à retravailler son approche pour qu’elle s’inscrive dans la méthodologie.

Luz a été entraînée à partir d’un ensemble de ressources pédagogiques d’El Colectivo 506, comme des guides de journalisme de solutions, dont elle a intériorisé les quatre piliers (réponse au problème, preuves que ça fonctionne, impact réel, limites), mais aussi des exemples de pitchs et de scénarios rencontrés par les deux formatrices lors de leurs sessions live. « On a fait quatre versions différentes pour améliorer ses performances avant le lancement, précise Katherine, et on attend avec impatience les retours d’expérience des utilisateurs pour améliorer ce qui peut l’être ». 

« Elle n’écrit rien à votre place »

Luz ne produit pas d’articles à la place des journalistes, et elle ne peut pas trouver les idées d’initiatives à leur place. « C’est un outil volontairement limité, indique Monica, à la fois pour des raisons financières », puisque la maintenance des outils interactifs d’intelligence artificielle coûte chère, mais aussi parce qu’on croît que le gros du travail doit être fait par des humains ». Luz intervient comme un assistant, capable d’aider à cadrer un sujet, structurer un pitch, poser les bonnes questions et accompagner les différentes étapes du processus.

« Elle n’écrit rien à votre place, elle aide seulement à construire », résume l’équipe d’El Colectivo 506. « D’ailleurs, ça se voit dans son propre vocabulaire, souligne Monica. Quand on lui demande ce qu’elle peut faire, elle utilise les termes “guider”, “discuter”, “ensemble”, “aider” ou “réfléchir”. » Ce positionnement est un choix délibéré. Luz n’est pas une menace, elle ne produit rien, elle est simplement un outil de soutien, de formation, pas un substitut au travail humain.  

Accessible gratuitement, Luz est disponible en anglais, espagnol et portugais. Elle s’adresse aussi bien aux journalistes qu’aux formateurs et enseignants en journalisme, qui peuvent l’utiliser comme outil pédagogique pour initier leurs étudiants à la rigueur du journalisme de solutions.

Jeanne Tesson pour Reporters d’espoirs 

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