
Pierre Archet est directeur de l’hebdomadaire régional « Le Journal d’Ici » (Tarn et Lauragais), une entreprise de 12 salariés implantée à Castres dont le bassin de diffusion couvre le Tarn et le Lauragais. Depuis 2019, il organise les T d’Oc, une opération de journalisme de solutions qui met à l’honneur des initiatives locales et qui s’est révélée être un véritable levier de diversification économique pour le titre. Point d’orgue de l’opération : l’événement « La nuit des terroirs ». Rencontre.
Qu’est-ce qui a motivé votre initiative ?
Nous voulions diversifier la marque pour ancrer notre notoriété et développer de nouveaux revenus. Dans notre ADN de média local, il y a la mise en valeur des dynamiques qui concerne aussi bien le tissu associatif que les acteurs économiques, publics ou les particuliers. C’est à partir de ces constats simples que nous avons imaginé une opération qui allie trois dimensions. Éditoriale d’abord : le journal, le site internet et les supports numériques. Deuxièmement, une interaction avec les lecteurs et avec le public de façon générale. Enfin, de l’événementiel. C’est sur ces bases qu’ont été créés les T d’Oc – pour “Tarn, Terroir de Talents, en Occitanie”.
Nous avons associé des partenaires institutionnels et privés à ces dynamiques locales, créant une ligne de revenus supplémentaire.
A t-il été difficile de convaincre les acteurs privés et publics de vous soutenir ?
Le principal challenge a été de faire de cette opération un événement suffisamment différenciant, remarquable et qualitatif. Pour que les gens qui nous avaient accompagnés aient envie de revenir et que l’événement s’ancre dans la durée. Nous avons réussi dès le départ à embarquer de gros partenaires institutionnels – conseil régional, conseil départemental, association des maires du Tarn, chambres de commerce et des métiers ; puis des partenaires privés nous ont rejoints au fil du temps – Le Crédit Mutuel, un cabinet d’experts comptables, etc. Le modèle économique de la presse est chahuté en ce moment, notamment avec la baisse des revenus publicitaires. Aussi nous avons voulu créer des activités de diversification. L’opération est rentable depuis ses débuts.
Les T d’Oc perdurent depuis 2019, identifiez-vous pour autant des freins ?
Nous n’avons pas rencontré de frein particulier. Au contraire, l’opération s’est installée dans le paysage et est devenue un rendez-vous important de la vie locale. De nouveaux partenaires financiers toquent même à la porte, que nous restreignons pour laisser aux autres une visibilité suffisante. En avoir trop ne serait pas une bonne idée : cela créerait une dilution et alourdirait l’opération.
Comment l’idée a été accueillie au sein du journal ?
C’est un projet d’entreprise. Nous sommes une Très Petite Entreprise (TPE) d’une douzaine de salariés dont six journalistes. Je nous définis souvent comme “artisans de l’information”. Quand on veut avancer, surtout sur de nouveaux projets assez ambitieux, il faut le vendre en interne. Toute l’équipe s’est embarquée facilement, notamment parce qu’on ne demandait pas aux journalistes de se faire commerciaux ou inversement. Les journalistes réalisent des reportages sur les quatre initiatives des cinq catégories définies : animation, patrimoine, produire local, emploi & inclusion et transition écologique. Une fois les reportages réalisés, ils sont publiés dans le journal et sur nos supports numériques. Puis le public vote.
Les journalistes constatent le succès de l’opération à travers les bénéfices qu’en tire le titre localement, en termes de crédibilité, de rayonnement et d’implantation. Donc forcément ils se sentent impliqués.
L’intérêt d’une structure de type PHR – Presse Hebdomadaire Régionale, agile, c’est que lorsqu’on a une idée, on la teste ; si elle est valable, on l’applique ; si elle ne l’est pas, on la change ou l’adapte.
Etes-vous attentif à la performance de vos articles – nombre de votes, taux d’ouverture des articles, nombre de clics ?
Nous suivons les votes et leur évolution, sachant que le public est invité à voter du mois de septembre jusqu’à mi-novembre sur le site internet du journal. L’engouement est là : pour l’édition 2025, 7 000 votes ont été comptabilisés sur le site, dans un département qui compte 399 000 habitants.
Vous êtes président du Syndicat de la presse hebdomadaire régionale. Comment voyez-vous le rôle de ce type de médias dans la société aujourd’hui ?
Au-delà du métier d’information stricto sensu, le média de proximité est là pour créer du lien. Le faire vivre et pour être une vitrine de la réalité locale, quelle qu’elle soit. Le travail d’animation que nous faisons avec les T d’Oc est légitime. Il peut prospérer assez rapidement, parce que les gens nous attendent là-dessus. C’est un moyen de faire perdurer la confiance des lecteurs.
Globalement, nos hebdomadaires régionaux ont une très forte crédibilité, grâce à une relation souvent très ancienne avec leur communauté. Il y en a environ 250 en France. C’est une famille de presse qui a énormément évolué et qui occupe toute sa place dans le champ local.
Je dis souvent que le journal local et le maire, ce sont les deux fantassins de première ligne de la démocratie. On est des acteurs de l’animation et du débat démocratique. Un des rôles essentiels qui nous incombe, c’est de faire vivre cela. L’information locale, c’est l’information du premier et du dernier kilomètre. C’est une presse d’hyper proximité. Pour l’essentiel, c’est une presse qui est très implantée dans les villes moyennes, dans les petites villes et dans les zones rurales.
Marine Issartel









