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LAB BIODIVERSITÉ > DÉFINITION

La biodiversité : de quoi parle-t-on ?

Reporters d’Espoirs remercie la Fondation pour la recherche sur la biodiversité pour sa relecture et ses conseils précieux dans la rédaction de cette page.

La biodiversité – ou diversité biologique – désigne plusieurs éléments : à la fois l’ensemble du vivant, des micro-organismes invisibles à l’œil nu aux grands mammifères, en passant par les plantes et les champignons, mais aussi les écosystèmes qui les accueillent et les interactions qu’ils recouvrent. Ce concept fait également référence à la diversité génétique au sein d’une même population.

Selon Gilles Bœuf, ancien président du Muséum national d’histoire naturelle, elle est avant tout « l’ensemble de toutes les relations que tous les êtres vivants ont établi entre eux et avec leur environnement. […] La biodiversité, c’est la partie vivante de la nature ».  

Mais malgré son importance, la biodiversité est en péril. Selon un sondage d’Odoxa en 2024, 80 % des Français s’inquiètent de son état et 95 % considèrent sa préservation comme une priorité. Pourtant, plus de la moitié ne sait pas la définir précisément. Mais que recouvre réellement cette notion ? Pourquoi est-elle essentielle à notre avenir ? Mieux comprendre la biodiversité, c’est déjà faire un premier pas vers sa protection.

Bien plus qu’un catalogue d’espèces

Qu’est-ce que la diversité génétique ? 

La diversité génétique fait référence à la variation dans la composition génétique des individus d’une espèce ou d’une population. Cet aspect est fondamental pour comprendre l’équilibre de la biodiversité car il permet l’adaptation des espèces à de nouvelles conditions et assure la pérennité des écosystèmes. Plus la diversité génétique est élevée, plus les chances d’adaptation sont grandes.

Ainsi, si une population présente une large gamme de traits génétiques, certains individus peuvent avoir de meilleures chances de survie et de reproduction face à des conditions nouvelles (changement climatique, apparition de maladies…). Cela contribue à la survivance de l’espèce à long terme. 

Qu’est-ce qu’une espèce ?

Il s’agit d’un groupe d’individus qui se ressemblent, disposent de nombreux points communs et peuvent se reproduire entre eux. Par exemple, tous les chiens sont de la même espèce (Canis lupus familiaris). Pour autant, au sein de cette même espèce, il existe une grande diversité génétique entre un chihuahua et un Saint-Bernard. De la même façon, il existe plus de 1 000 variétés de bananes même si nous n’en consommons que quelques-unes.

On compte aujourd’hui près de 2 millions d’espèces et les experts estiment qu’il en reste encore plus de 80 % à découvrir. Chaque année, environ 18 000 nouvelles espèces sont décrites, selon le livre de Philippe Grandcolas et Claire Marc, « Tout comprendre (ou presque) sur la biodiversité ».  

A noter : ces chiffres ne prennent pas en compte des milliards de microbes, champignons, bactéries et virus qui forment une partie invisible — mais cruciale — de la biodiversité.

Qu’est-ce qu’un écosystème ?

Un écosystème est un communauté d’êtres vivants en interaction entre eux et avec leur environnement, sur une échelle spatiale donnée. Dans la plupart des cas, les écosystèmes sont emboîtés comme des poupées russes. Un ver de terre héberge un micro-écosystème dans son tube digestif, tout en évoluant lui-même dans l’écosystème du sol, inclus dans un écosystème forestier plus vaste.

Comment la nature évolue-t-elle ?

La biodiversité est partout, mais elle est inégalement répartie : certaines régions, des « hotspots », concentrent un grand nombre d’espèces. Mais pourquoi ces zones sont-elles particulièrement riches en biodiversité ?

L’évolution de la biodiversité, loin d’être un simple processus linéaire d’adaptation des espèces aux conditions environnantes, repose sur des dynamiques plus complexes. C’est grâce à la variation génétique au sein des populations, qui active des capacités d’adaptation.

Ce n’est pas l’individu ou l’espèce qui évolue volontairement pour s’adapter à son environnement, mais les gènes, de manière aléatoire. De cette manière, certaines variations génétiques confèrent à certains individus des avantages pour leur survie ou leur reproduction. Les individus qui possèdent des gènes favorables ont plus de chances de survivre et ainsi de transmettre leur matériel génétique, entraînant l’adaptation de l’espèce. 

Par exemple, la capacité de digérer le lactose s’est développée indépendamment dans des populations qui ont pratiqué l’élevage du bétail ; c’est pourquoi, en général, les personnes d’ascendance européenne présentent moins de risques de développer une intolérance au lactose par rapport aux personnes d’ascendance africaine ou asiatique. 

Comme l’explique Tatiana Giraud, directrice de recherche au CNRS, « la diversité est le carburant de l’évolution et de l’adaptation. » Cette diversité permet aux populations de faire face aux défis environnementaux, tels que les changements climatiques, les maladies ou les mutations, en offrant une plus grande variabilité génétique.

La nature en observation : comment peut-on la mesurer ?

Évaluer l’état de la biodiversité se révèle être un exercice complexe. 

Contrairement au changement climatique, où le carbone joue le rôle de métrique universelle, la biodiversité se dérobe à une approche simplifiée. Elle est par essence d’une grande complexité parce qu’elle repose sur une multitude d’interactions entre espèces différentes dans des écosystèmes très variés.

Face à cet écueil, les scientifiques ont développé des indicateurs spécifiques pour décrire et comprendre l’évolution de la biodiversité. Ces outils quantitatifs permettent de suivre son état, d’identifier les pressions qu’elle subit et d’évaluer les réponses apportées. En France, l’Observatoire national de la biodiversité (ONB) compile ces données en plus de 120 indicateurs qui traitent des sujets comme l’agriculture biologique, les températures des lacs et les mammifères des milieux humides.

Ça sert à quoi ?

La biodiversité est le filet de sécurité du vivant : elle est essentielle à la survie des écosystèmes en assurant leur bon fonctionnement et leur équilibre.

Plus un environnement est riche en biodiversité, plus il a de chances d’être résilient et de résister aux perturbations liées aux changements climatiques et aux autres pressions, comme les maladies ou les ravageurs. La biodiversité est donc importante en elle-même / pour elle-même. Des écosystèmes en bonne santé garantissent par ailleurs la préservation de l’habitabilité de nos territoires, de notre bien-être.

Les services écosystémiques 

L’importance de la biodiversité réside aussi dans tous les services qu’elle nous rend, appelés services écosystémiques. Ce sont les bénéfices que la nature procure aux êtres vivants, dont les humains.

Ils correspondent aux services indispensables que nous tirons de la biodiversité et des écosystèmes, et peuvent être classés en 4 catégories :

Culture

La nature joue un rôle clé pour notre bien-être : c’est ce qu’on appelle les services culturels.

  • Santé mentale et physique 
  • Éducation 
  • Loisirs 
  • Valeurs spirituelles

Approvisionnement

Ce sont les ressources que nous tirons directement des écosystèmes.

  • Alimentation
  • Matières premières
  • Eau potable
  • Énergie
  • Ressources médicinales

Régulation

Ce sont les bénéfices que la nature nous rend en régulant l’environnement.

  • Purification de l’air et de l’eau 
  • Régulation du climat
  • Formation, protection, décontamination des sols et des sédiments
  • Lutte contre les maladies et nuisibles 
  • Pollinisation des cultures

Soutien

Les trois premiers services reposent sur des processus naturels pour bien fonctionner. C’est ce qu’on appelle les services de soutien. 

  • Cycle des nutriments
  • Photosynthèse
  • Habitats pour les espèces

Le rapport de l’IPBES, l’équivalent du Giec pour la biodiversité, sur la notion de « changement transformateur » paru en 2024 souligne que l’impact des activités humaines sur la biodiversité implique un coût équivalent à 25 000 milliards de dollars par an à l’économie mondiale. Pourtant, selon le Forum économique mondial, plus de la moitié du PIB mondial dépend de la biodiversité. 

La disparition de la biodiversité fragilise directement la productivité et la durabilité des secteurs comme l’agriculture, la foresterie, la pêche, le tourisme ou encore la médecine. Dans le domaine de la foresterie, par exemple, la déforestation et la perte de biodiversité des forêts entraînent une diminution des ressources boisées et réduisent l’approvisionnement en matières premières pour l’industrie du bois et le secteur de la construction. 

Les services écosystémiques indispensables à la production agricole, à la purification de l’eau ou encore à la régulation climatique ne sont pas suffisamment pris en compte dans les prix des biens et services, révélant une importante distorsion économique.

Préserver la biodiversité pour elle-même

Au-delà de leur utilité pour l’humain, ces services témoignent d’une richesse intrinsèque. « Il faut surtout comprendre que la biodiversité a une valeur pour elle-même, au-delà de tout ce que nous, en tant qu’humains, pouvons lui donner », résume Sandra Lavorel, écologue au CNRS et membre de l’Académie des Sciences.

La biodiversité menacée

La vitesse des changements induits par l’activité humaine dépasse nettement celle de la capacité d’adaptation des organismes vivants. La biodiversité s’appauvrit plus rapidement que jamais dans son histoire et le rythme s’accélère. Tous les indicateurs des services écosystémiques montrent d’ores et déjà des tendances à la baisse.

Alerte rouge

Florian Kirchner, écologue à l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), tire la sonnette d’alarme : « Une des façons de mesurer l’ampleur de la crise aujourd’hui, c’est d’examiner l’état de santé des espèces. » C’est la raison d’être de la liste rouge mondiale de l’UICN. Elle « dresse un constat alarmant, mais surtout elle nous incite à agir ».

Selon cette liste référente, les menaces pèsent sur : 

  • 12 % des espèces d’oiseaux 
  • 27 % des espèces mammifères 
  • 41 % des amphibiens 
  • 44 % des espèces de coraux

Au total, 47 187 espèces dans le monde, qui représentent 47 % des espèces globalement, sont menacées d’extinction.

Selon le rapport IPBES proposant une évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques :

  • les 2/3 des océans souffrent des impacts cumulatifs,
  • les 3/4 de la surface terrestre ont déjà changé significativement
  • et presque 90 % des zones humides ont disparu.

Pour autant, ces chiffres ne reflètent pas l’impact concret de la crise de la biodiversité sur les sociétés humaines. Selon Tatiana Giraud, « les pourcentages, aussi vertigineux soient-ils, n’en restent pas moins des chiffres qu’on a tôt fait d’oublier. » Pour elle, au-delà des données chiffrées, il s’agit de saisir l’impact de cette dégradation dans notre quotidien.

Sixième extinction en vue ?

Dans une interview, Bruno David, ancien président du Muséum national d’histoire naturelle, le proclame : nous sommes à l’aube de la sixième extinction. Une extinction de masse se définit par trois critères : une universalité qui impacte toute la planète (pas juste une région), une rapidité à l’échelle géologique et un impact sur plusieurs groupes d’espèces.  « Si on regarde le taux d’extinction des espèces depuis 500 ans, on est au tout début de la sixième extinction des espèces. Mais la crise actuelle est 100 à 1 000 fois plus rapide que celles du passé ». 

Cette fois, nous sommes à l’origine de la crise, mais nous avons le pouvoir d’être aussi la solution. « La biodiversité est résiliente tant qu’on n’a pas dépassé une certaine limite, il y a des retours en arrière possibles », explique-t-il.

Points de bascule : est-il trop tard pour agir ? 

Les points de bascule sont des seuils critiques au-delà desquels un écosystème bascule irrémédiablement. Revenir en arrière est souvent difficile, même si on diminue le niveau de stress exercé sur le système. Si on perd une espèce, on ne peut pas la remplacer, ce qui peut causer des effets en cascade sur l’ensemble de l’écosystème.

FOCUS – L’Amazonie au bord du basculement  

l'Amazonie

Photo de James Martins, CC BY 3.0

L’Amazonie est un écosystème très riche : elle abrite 13 % des arbres de la planète, 10 % de la biodiversité mondiale et elle est habitée par 34 millions de personnes. Depuis des années, la déforestation et le changement climatique perturbent son équilibre, fragilisent son rôle de puits de carbone et menacent le cycle de l’eau, et les espèces qui l’habitent.

Si 20 à 25 % de sa surface disparaît, un point de bascule pourrait être atteint et la forêt pourrait se transformer en savane. En 40 ans, elle a déjà perdu 17 % de sa surface.

Les responsables du déclin 

L’IPBES identifie cinq principaux facteurs d’érosion de la biodiversité. Ils touchent toutes les régions, tous les écosystèmes et la plupart des espèces du monde.

  • Destruction des habitats naturels
    • L’extension des zones urbaines, l’agriculture intensive et les grands projets de développement menacent des habitats, par exemple par l’artificialisation des zones humides. D’après Tatiana Giraud, « en quelques décennies, plusieurs écosystèmes ont même été complètement rayés de la carte. » 
  • Surexploitation des ressources naturelles 
    • La surpêche, la chasse excessive et l’épuisement des terres agricoles menacent de nombreuses espèces. « Cette surexploitation répond avant tout à des fins alimentaires », rappelle Tatiana Giraud dans son livre, L’attention au vivant.
  • Changements climatiques 
    • Les changements climatiques bousculent les écosystèmes à un rythme effréné, poussant certaines espèces à migrer quand leurs habitats deviennent trop froids ou chauds. Selon l’IPBES, une hausse de 1,5 degré affecterait 6 % des insectes, 8 % des plantes et 4 % des vertébrés. Ces chiffres doubleraient avec un réchauffement de 2 degrés. 
  • Pollution
    • Les pollutions – plastiques, pesticides, gaz à effet de serre – constituent un autre facteur clé de destruction. Les milieux d’eau douce et marins y sont particulièrement exposés. Par exemple, quand les PFAS, qui sont des substances chimiques utilisées dans diverses applications industrielles et produits de consommation courante, ou les microplastiques pénètrent la nappe phréatique, ils polluent les habitats de nombreux organismes et ont un impact négatif sur la santé du sol (et, par extension, sur l’agriculture).
  • Espèces exotiques envahissantes
    • Les espèces exotiques envahissantes perturbent les équilibres écologiques et contribuent à 60 % des extinctions connues à l’échelle mondiale. Ces invasions biologiques sont favorisées par les échanges commerciaux, qui déplacent les espèces d’un milieu à l’autre. Ils peuvent devenir une force dominante dans l’écosystème, en prenant plus d’espace et/ou en consommant toutes les ressources à disposition, conduisant ainsi à la disparition des espèces locales. 

Et l’interconnexion des menaces ne fait qu’accélérer le déclin de la biodiversité.

En danger : toutes et tous concernés ?

La perte de biodiversité entraîne des conséquences multiples, qui touchent aussi bien l’équilibre des écosystèmes que le fonctionnement des sociétés humaines.

Des écosystèmes moins stables 

Un écosystème fonctionne comme un orchestre. Son fonctionnement repose sur la diversité et la complémentarité entre les espèces. Une perte de biodiversité brise l’harmonie, réduit la capacité de l’écosystème à encaisser les chocs et se régénérer. Avec pour conséquence de l’exposer à un risque accru d’effondrement. 

Quand la nature faiblit, les services s’écroulent

Un écosystème en bonne santé fournit des services écosystémiques de qualité. Mais chaque disparition d’espèce perturbe l’équilibre global, réduisant la capacité de la nature à nous fournir ces fonctions vitales.

  • Photo de Jan Canty sur Unsplash

    Moins d’arbres ? Moins de CO2 absorbé et une lutte affaiblie contre le réchauffement climatique.

  • Moins de pollinisateurs ? Des récoltes en péril et une insécurité alimentaire. 
  • L’érosion des sols ? Une filtration naturelle de l’eau fragilisée et une baisse de la fertilité des sols. 
  • Moins de zones humides ? Des crues dévastatrices et des villes plus vulnérables. 

Dans son rapport de 2019, l’IPBES alerte : « 14 catégories de contributions parmi les 18 analysées ont décliné. » Par exemple, « la dégradation des terres a entraîné une réduction de la productivité agricole sur 23 % de la surface terrestre ». 

Un trésor génétique en danger

La biodiversité est précieuse, fragile et irremplaçable. Depuis des siècles, nous sélectionnons certaines espèces pour leurs caractéristiques avantageuses : meilleure productivité, résistance accrue aux maladies ou encore adaptation aux conditions particulières. Il existe un véritable filon de ressources génétiques !

Mais en privilégiant des traits spécifiques, nous avons souvent réduit la variabilité génétique, ce qui rend les espèces plus vulnérables face à des menaces nouvelles et imprévues.

FOCUS – Le camembert, emblème des conséquences de la perte de diversité génétique 

Un symbole de cette perte est le camembert. Au fil du temps, la production de ce patrimoine national a été rationalisée pour répondre à la demande importante des consommateurs, causant la standardisation des types de champignons utilisés et des méthodes de production.

Malheureusement, cette standardisation risque d’entraîner la perte des micro-organismes qui produisent le meilleur camembert parce qu’il n’y a plus de diversité génétique. Seule une varieté de champignons inocule le camembert, et l’uniformisation des gènes a rendu la souche incapable de se reproduire naturellement. Il devient aujourd’hui de plus en plus difficile pour l’industrie de trouver et d’obtenir des spores. 

> En savoir plus

Ainsi, plus il y a de variations génétiques au sein d’une population, plus celle-ci a de chances de s’adapter aux changements, qu’ils soient liés au climat, aux maladies ou à l’évolution des conditions environnementales. En perdant cette diversité, nous risquons non seulement de compromettre l’avenir de certaines productions, mais aussi de fermer la porte à des solutions possibles aux défis alimentaires et écologiques de demain.

Un avenir incertain pour notre alimentation

Tous les aliments sont issus de la biodiversité. 

Par exemple, les céréales modernes (comme le blé ou le riz) ont été sélectionnées pour leur productivité, mais cette homogénéisation génétique les rend vulnérables à des maladies ou des conditions climatiques extrêmes. Certaines variétés anciennes ou peu cultivées de riz peuvent offrir une meilleure résistance à certaines maladies fongiques et à la sécheresse

Enfin, la perte de biodiversité marine influence la sécurité alimentaire. Les écosystèmes marins sont une source essentielle de protéines pour des milliards de personnes dans le monde. La surpêche déstabilise les populations de poissons et menace des espèces comme le thon, le saumon, et la morue. Cette pratique a déjà entraîné une diminution des stocks de poissons dans certaines régions.

Notre santé en première ligne

Les trois quarts de nos médicaments sont d’origine naturelle et 70 % des anticancéreux sont dérivés de la biodiversité. Parmi eux : l’aspirine, la morphine, les antipaludiques et encore les anti-inflammatoires.

On constate également « la mortalité directement causée par la dégradation de la qualité des eaux quand les écosystèmes ne peuvent plus la réguler correctement » selon Sandra Lavorel. Elle rappelle aussi qu’il existe des risques pour la santé mentale. En effet, la dégradation de la biodiversité peut affecter notre bien-être psychologique car l’accès à des environnements naturels sains est associé à une réduction du stress, de l’anxiété et de la dépression.

De plus, 60 % des maladies infectieuses humaines sont zoonotiques, c’est-à-dire causées par un virus, une bactérie ou des parasites et sont transmises aux humains par des animaux ou des insectes. Le covid en est une illustration récente, comme l’explique Gilles Boeuf dans une interview : « une zoonose est un saut d’espèce d’un pathogène qui passe de plantes, de champignons ou d’animaux à l’humain. » Or, la perte de la biodiversité augmente les risques de nouvelles maladies ou pandémies : quand les habitats naturels sont détruits, les animaux se rapprochent des zones urbaines, augmentant ainsi les interactions entre les animaux porteurs de maladies et les humains.

Prenons l’exemple des renards. 

Les renards régulent des populations de rongeurs et jouent un rôle essentiel dans la prévention de maladies comme la maladie de Lyme. Si les renards disparaissent, l’absence de prédateur naturel des rongeurs entraîne leur prolifération et augmente ainsi les risques de transmission de maladies aux humains ou animaux de compagnie. Ce lien entre la biodiversité et la régulation des maladies est souvent négligé, mais il est essentiel de comprendre que la nature, en agissant comme un régulateur de nos écosystèmes, joue un rôle direct dans la protection de notre santé.

Un patrimoine culturel en danger

La biodiversité incarne des valeurs culturelles et spirituelles, notamment pour les communautés autochtones. Pour elles, chaque espèce disparue, chaque forêt rasée, c’est une page arrachée du patrimoine culturel mondial et l’érosion des savoirs traditionnels. 

La nature n’est pas simplement un environnement dans lequel ces communautés vivent, mais un élément central de leur identité, de leurs traditions et de leurs pratiques spirituelles. La disparition de ces éléments naturels affecte ainsi leur vision du monde et leur capacité à transmettre leurs savoirs ancestraux aux générations futures.

Gladys Barragan-Jason, chercheuse spécialisée dans les relations entre les humains et la nature à la station d’écologie théorique et expérimentale au CNRS (SETE), met en lumière l’importance de cette connexion profonde. Selon elle, la dégradation de la biodiversité et la perte de ces liens sont non seulement des défis écologiques, mais aussi des défis sociaux

Dans de nombreuses cultures, la nature est considérée comme un acteur à part entière et un « être vivant » avec lequel les humains partagent une relation symbiotique. La perte de ces relations peut, dit-elle, entraîner un sentiment de déconnexion, qui fragilise l’équilibre social et culturel des communautés concernées.

Des boucliers naturels qui cèdent

Des écosystèmes en bonne santé nous protègent des catastrophes naturelles. « Ils amortissent les tempêtes, absorbent les crues, stabilisent les sols », souligne Sandra Lavorel. Une perte de biodiversité réduit ainsi la capacité des écosystèmes à survivre à ces évènements, augmentant la vulnérabilité des sociétés humaines. 

Ainsi, la protection et la restauration de la biodiversité jouent un rôle clé dans la régulation des températures. Les forêts, les arbres et les zones humides rejettent de la vapeur d’eau par transpiration, ce qui rafraîchit leur environnement immédiat. C’est pourquoi les villes avec une plus grande quantité d’espaces verts restent plus fraîches que les villes en béton.

Les herbiers marins et les mangroves, en particulier, sont exceptionnellement efficaces pour stocker le carbone, avec des taux pouvant être jusqu’à quatre fois supérieurs à ceux des forêts terrestres. Cette capacité fait des écosystèmes côtiers des alliés précieux dans la lutte contre la crise climatique et la protection de la biodiversité.

Chiffres clés

Pour aller plus loin

La biodiversité en quelques dates clés

  • 1986 – Création du concept de biodiversité au Forum sur la biodiversité aux États-Unis.
  • 1992 – Convention sur la diversité biologique (CDB) : Premier traité mondial sur la biodiversité : reconnaissance officielle de l’importance de la biodiversité et engagement pour sa conservation.
  • 2004 – Stratégie nationale biodiversité (SNB 1) Première feuille de route française pour mettre en œuvre les engagements de la CDB, 12 ans auparavant.
  • 2010 COP 10 Biodiversité : Accord pour la création de l’IPBES, Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. L’IPBES fournit des évaluations scientifiques sur l’état de la biodiversité et des services écosystémiques à l’échelle mondiale.
  • 2010 – Adoption des 20 objectifs d’Aichi* comme stratégie mondiale avec une échéance à dix ans. Parmi eux : la réduction de moitié de la perte d’habitats naturels, la protection de 17 % des terres et eaux continentales et de 10 % des zones marines et côtières. Dix ans plus tard : seuls 6 objectifs ont été (partiellement) réalisés.
  • 2011Stratégie biodiversité 2020 de l’Union européenne. Cette stratégie a pour objectifs d’enrayer la perte de biodiversité et la dégradation des services écosystémiques dans l’UE, d’assurer leur rétablissement dans la mesure du possible et de renforcer la contribution de l’UE à la prévention de la perte de biodiversité. 
  • 2016 Stratégie nationale biodiversité (SNB 2) : Alignée sur les Objectifs d’Aichi et les engagements européens, elle donne la priorité aux écosystèmes locaux, aux espèces menacées et à la sensibilisation.
  • 2019Rapport de l’IPBES : Rapport majeur sur l’état critique de la biodiversité mondiale. Base pour redéfinir les stratégies mondiales, européennes et nationales.
  • 2020 Stratégie nationale biodiversité (SNB 3) : Nouvelle stratégie française structurée en 4 axes : réduire les pressions, restaurer, mobiliser, garantir les moyens.
  • 2021Stratégie biodiversité 2030 de l’Union européenne et l’objectif 30×30 : Cette politique vise à protéger 30 % des terres et des mers dans l’UE d’ici 2030.
  • 2022 – COP15 biodiversité à Montréal et accord mondial Kunming-Montréal : Cet accord historique fixe 23 cibles mondiales, dont la restauration de 30 % des écosystèmes, et la réduction de moitié des risques liés aux pesticides et aux produits chimiques d’ici 2030.
  • 2024 COP16 biodiversité à Cali, Colombie : Bilan d’étape préoccupant : protection insuffisante des espaces naturels et échec des négociations sur le financement.
  • 2024 – Publication de deux rapports de l’IPBES : “Nexus” et “Changements transformateurs” qui examinent les interconnexions entre la biodiversité, l’eau, l’alimentation, la santé et le changement climatique, explorent les causes profondes de la perte de biodiversité et proposent des leviers pour opérer des transformations systémiques.

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Bibliographie

Admin. (2025, April 10). La Liste rouge mondiale des espèces menacées – UICN France. UICN France. https://uicn.fr/liste-rouge-mondiale/ 

BLAST, Le souffle de l’info. (2021, September 24). BIODIVERSITÉ : L’AUTRE GRANDE CRISE ÉCOLOGIQUE DONT PERSONNE NE PARLE [Video]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=yw1y4Gaj6G0 

BLAST, Le souffle de l’info. (2022, January 28). BIODIVERSITÉ : LA PLUS GRAVE ET LA PLUS IGNORÉE DES CRISES [Video]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=gMHo9nlJ100 

Coulaud, A., & Schaub, C. (2022, December 7). Bruno David : «La crise actuelle de la biodiversité est de 100 à 1 000 fois plus rapide que celles du passé». Libération. https://www.liberation.fr/environnement/bruno-david-la-crise-actuelle-de-la-biodiversite-est-de-100-a-1-000-fois-plus-rapide-que-celles-du-passe-20221207_75I4DSCYFNHKZEADMDTQNVYSL4/ 

Díaz, S., Settele, J., et al. (2019). Rapport de la Plénière de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques sur les travaux de sa septième session. https://files.ipbes.net/ipbes-web-prod-public-files/2020-02/ipbes_global_assessment_report_summary_for_policymakers_fr.pdf  

Fondation pour la recherche sur la biodiversité. (2020). Biodiversité : les acteurs français passent à l’action. https://www.fondationbiodiversite.fr/wp-content/uploads/2020/10/FRB-methode-synthese-Cos-Ipbes.pdf 

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Giraud, T. (2024). L’attention du vivant.

Grandcolas, P. (2023). Tout comprendre (ou presque) sur la biodiversité.

Indicateurs et outils de mesure : évaluer l’impact des activités humaines sur la biodiversité ? La FRB présente ses recommandations. (n.d.). Drupal. https://www.fondationbiodiversite.fr/ressource/indicateurs-et-outils-de-mesure-evaluer-limpact-des-activites-humaines-sur-la-biodiversite-la-frb-presente-ses-recommandations/ 

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La biodiversité, une pharmacopée entre opportunités et menaces. (2018, April 9). La Dépêche Vétérinaire. https://www.depecheveterinaire.com/la-biodiversite-une-pharmacopee-entre-opportunites-et-menaces_679E4F833768A566.html 

La Terre, un système en équilibre précaire. (n.d.). CNRS Le Journal. https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-terre-un-systeme-en-equilibre-precaire 

Les espèces exotiques envahissantes. (n.d.). https://www.ofb.gouv.fr/les-especes-exotiques-envahissantes 

LES INDICATEURS DE BIODIVERSITÉ : POUR QUI, POUR QUOI ? Comment mesurer les impacts des activités humaines sur la biodiversité et pour quoi faire ? (n.d.). https://www.fondationbiodiversite.fr/wp-content/uploads/2024/09/FRB_Depliant_Indicateurs_.pdf 

Maume, A. (2022, March 2). Bruno David : “L’effondrement de la biodiversité ne va pas se produire d’un coup, nous avons encore le temps de réagir.” Geo.fr. https://www.geo.fr/animaux/bruno-david-leffondrement-de-la-biodiversite-ne-va-pas-se-produire-dun-coup-nous-avons-encore-le-temps-de-reagir-204813 

Mayer, N. (2024, April 22). 80 % des Français jugent cruciale la préservation de la biodiversité et le gouvernement devrait les écouter. Futura. https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/biodiversite-80-francais-jugent-cruciale-preservation-biodiversite-gouvernement-devrait-ecouter-112886/

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Office français de la biodiversité. (2024). L’Observatoire national de la biodiversité, producteur d’indicateurs sur la biodiversité. https://web.archive.org/web/20241003111432/https://www.ofb.gouv.fr/sites/default/files/Fichiers/Presse/20241002_ONB_Indicateurs.pdf 

Plateforme intergouvernementale scientifique et politique pour la biodiversité et les services écosystémiques. (2019b). Biodiversité et services écosystémiques. In L’évaluation Mondiale De L’Ipbes. https://www.fondationbiodiversite.fr/wp-content/uploads/2020/12/FRB-fiche-ambassade-1.pdf 

Qu’est-ce que la biodiversité ? (n.d.). https://www.ofb.gouv.fr/quest-ce-que-la-biodiversite

Wakim, N. (2024, July 29). Sandra Lavorel, écologue : « Dans un monde avec moins de biodiversité, il sera plus difficile et plus cher de se nourrir ». Le Monde.fr. https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2024/07/27/sandra-lavorel-ecologue-dans-un-monde-avec-moins-de-biodiversite-il-sera-plus-difficile-et-plus-cher-de-se-nourrir_6259106_3451060.html 

World Economic Forum. (2024, January 22). How a nature-forward global economy can tackle both instability and inequality. https://www.weforum.org/stories/2024/01/nature-forward-global-economy-instability-inequality/ 

World Wildlife Foundation. (2024). 2024 Rapport planète vivante. https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2024-10/Rapport%20Planete%20Vivante%202024%20-%20WWF%20France.pdf

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